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Sur la décision
| Référence : | TJ Tarbes, jugecontentieuxprotection, 12 mai 2026, n° 25/01243 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01243 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 27 mai 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
Service civil
Juge des Contentieux de la Protection
JUGEMENT
Du : 12 Mai 2026
N° de minute :
Affaire :
N° RG 25/01243 – N° Portalis DB2B-W-B7J-ETC2
Prononcé le 12 Mai 2026, au Tribunal Judiciaire de TARBES par mise à disposition au Greffe,
L’affaire a été appelée à l’audience publique du 10 mars 2026 sous la présidence de Madame LOUISON Céline, Juge des contentieux de la protection assistée de Madame TOURON Sandrine, greffier présent lors des débats et de Amel EL AMACHE Cadre greffier présent lors de la mise à disposition ;
A l’issue des débats : le Président a indiqué que le jugement était mis en délibéré au 12 Mai 2026, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l’article 450 du Code de procédure civile ;
Ce jour, après en avoir délibéré conformément à la loi, le jugement suivant a été rendu:
ENTRE :
DEMANDEUR(S) :
Société ACTION LOGEMENT SERVICES, dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Me GAUTHIER Catherine, du barreau de LYON, substitué par Me Olivier CLAVERIE, avocat au barreau de TARBES
D’UNE PART,
ET
DEFENDEUR(S) :
[M] [R], demeurant [Adresse 2]
(aide juridictionnelle Totale numéro C65440-2025-002234 du 26/09/2025 accordée par le bureau d’aide juridictionnelle de [Localité 1])
représenté par Me Christel MARBAIS, avocat au barreau de TARBES
D’AUTRE PART,
EXPOSE DU LITIGE :
Monsieur [K] [E] a donné à bail à Monsieur [M] [R] un local à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 2] par contrat en date du 15 avril 2024, pour un loyer mensuel de 500 € et 50 € de provisions sur charges.
Selon contrat en date du 24 avril 2024, la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES, s’est portée caution de Monsieur [M] [R] pour le payement des loyers et charges dans le cadre du dispositif “Visale”.
En raison de nombreux impayés de loyer et de charges, Monsieur [K] [E] a fait jouer ce cautionnement et obtenu le règlement des loyers et charges de décembre 2024 à février 2025, soit un total de 1 512 €.
La SAS ACTION LOGEMENT SERVICES a fait délivrer à Monsieur [M] [R] le 19 mars 2025 un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail pour un montant en principal de 1 512 €.
Suivant assignation en date du 14 mai 2025, la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES demande que son action soit dite recevable et bien-fondée, que soit constatée et, subsidiairement, prononcée la résiliation du bail et en conséquence, que soit ordonnée l’expulsion de Monsieur [M] [R], outre sa condamnation au payement de la somme de 2 612 € avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer du 19 mars 2025 sur la somme de 1 512 € et à compter de l’assignation pour le surplus, d’une indemnité mensuelle d’occupation jusqu’au départ effectif des lieux dès lors que les payements seront justifiés par une quittance subrogative, de la somme de 800 € au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile et des dépens, avec exécution provisoire pour le tout.
* * *
Le dossier a été appelé pour la première fois à l’audience du 16 septembre 2025 et a fait l’objet de plusieurs renvois à la demande de Monsieur [M] [R].
A l’audience du 10 mars 2026, la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES – représentée par SELARL LEVY ROCHE SARDA, avocat au barreau de Lyon – maintient l’ensemble de ses demandes.
Elle fait principalement valoir que :
— Monsieur [M] [R] ne s’est pas acquitté de l’intégralité des loyers et charges dont il était redevable à l’égard de Monsieur [K] [E],
— le contrat de bail comprenant une clause résolutoire, celle-ci se trouve acquise en application des dispositions de l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989 puisque le commandement délivré à Monsieur [M] [R] le 19 mars 2025, lequel visait cette clause résolutoire, est demeuré sans effet pendant plus de 6 semaines,
— la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES se trouve subrogée dans les droits de Monsieur [K] [E] en application de l’article 2306 du Code civil, de la jurisprudence de la Cour de cassation et de plusieurs Cour d’appel et se trouve en conséquence bien fondée à solliciter la condamnation du locataire à lui rembourser la somme de 8 112 € eu égard aux règlements complémentaires réalisés par la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES au bailleur suite à de nombreux incidents de payement.
*
En défense, Monsieur [M] [R] – représenté par Maître [N] [D] – sollicite du Juge des contentieux de la protection qu’il :
— lui donne acte qu’il s’en rapporte quant à la demande principale,
— déboute la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES de sa demande au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.
Monsieur [M] [R] reconnait la dette dans son principe et son montant. Il indique que ses ressources sont précaires et qu’il n’est pas, au jour de l’audience, en mesure de reprendre le payement du loyer courant ou de proposer un échelonnement afin de régler sa dette locative. Il sollicite malgré tout oralement son maintien dans les lieux.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe le 17 juillet 2025 et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 12 mai 2026 par mise à disposition au greffe.
MOTIFS :
Conformément à l’article 446-2 du Code de procédure civile, « lorsque toutes les parties comparantes formulent leurs prétentions et moyens par écrit et sont assistées ou représentées par un avocat, […] le juge ne statue que sur les prétentions énoncées au dispositif et n’examine les moyens au soutien de ces prétentions que s’ils sont invoqués dans la discussion. Les parties doivent reprendre dans leurs dernières conclusions les prétentions et moyens présentés ou invoqués dans leurs conclusions antérieures. A défaut, elles sont réputées les avoir abandonnés et le juge ne statue que sur les dernières conclusions déposées ».
Dès lors, il ne sera statué que sur les moyens et prétentions évoqués dans les dernières écritures des parties.
I. SUR LA RECEVABILITE DE L’ACTION DE LA SAS ACTION LOGEMENT SERVICES :
Sur la qualité de subrogé
L’article 2306 du Code civil dispose que la caution qui a payé la dette est subrogée dans tous les droits qu’avait le créancier contre le débiteur. Nonobstant une jurisprudence de la 1ère Chambre civile de la Cour de Cassation en date du 16 juillet 1998, seulement diffusée et non publiée, qui tend à permettre à la caution d’exercer, en qualité de subrogée dans les droits du créancier désintéressé, l’action en résolution du bail, il est constant que par le transfert de la créance du subrogeant au subrogé, seules les actions du créancier désintéressé tendant au recouvrement de la créance étaient autorisées et non pas celle de demander la résolution ou la résiliation du contrat lui-même.
Il n’en demeure pas moins qu’en l’espèce, l’article 8.2 du contrat de cautionnement signé entre le bailleur et la caution le 24 avril 2024 prévoit expressément que “dès la déclaration de l’Impayé de loyer, la Caution s’engage à (…) – procéder aux actions contentieuses de recouvrement et/ou d’expulsion (…)”, “le bailleur [ayant] la possibilité de s’adjoindre à la procédure engagée par la Caution" (pièce 5 demandeur).
En conséquence, par application de ce contrat, le bailleur a donné pouvoir à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES d’agir en expulsion. Au surplus, rien n’interdit à la SAS ACTION LOGEMENT d’exercer cette action.
Dès lors, l’action de la demanderesse est bien recevable.
Sur la recevabilité de l’action en résiliation
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture des Hautes-Pyrénées par la voie électronique le 19 mai 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 20 mars 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 14 mai 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
II. SUR L’ACQUISITION DES EFFETS DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE :
Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ».
Le bail conclu le 15 avril 2024 contient une clause résolutoire (article VIII. CLAUSE RESOLUTOIRE) octroyant un délai de régularisation de 6 semaines et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 19 mars 2025, pour la somme en principal de 1 512 €. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 1er mai 2025.
Sur la demande de suspension de l’acquisition de la clause résolutoire
L’article 24 VII de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ajoute que « Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ».
Monsieur [M] [R] sollicite verbalement la possibilité de se maintenir dans les lieux. Il reconnait cependant ne pas avoir repris le payement du loyer courant et ne pas être en mesure de proposer une somme à affecter mensuellement au remboursement de sa dette.
Dans ces conditions, l’article 24 VII de la loi du 06 juillet 1989 précité ne permet pas que l’acquisition de la clause résolutoire soit suspendue. En conséquence, l’expulsion de Monsieur [M] [R] sera ordonnée.
III. SUR LES DEMANDES DE CONDAMNATION AU PAYEMENT :
Sur les loyers et charges impayés
Selon décompte produit à l’audience par la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES, la dette de loyer de Monsieur [M] [R] s’élève au 10 février 2026 à la somme de 8 112 €.
Monsieur [M] [R] ne conteste ni le principe, ni le montant de cette dette. Il sera par conséquent condamné au payement de cette somme de 8 112 €, avec les intérêts au taux légal sur la somme de 1 512 € à compter du commandement de payer (19 mars 2025), sur la somme de 1 100 € à compter de l’assignation (14 mai 2025) et à compter de la présente décision pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du Code civil.
Sur l’indemnité d’occupation
Toute somme due ultérieurement à la résiliation du bail s’analyse en une indemnité d’occupation non indexable qu’il convient de fixer à la somme qui aurait été due au titre du loyer et des charges si le bail s’était poursuivi, soit à la somme de 550 €.
Monsieur [M] [R] sera ainsi condamné à payer cette indemnité d’occupation à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES à compter du 1er mars 2026, dans la limite des sommes que cette dernière aura réglé au bailleur.
IV. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
Monsieur [M] [R], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 19 mars 2025, de sa notification à la CCAPEX le 20 mars 2025, de l’assignation du 14 mai 2025 et de sa notification à la Préfecture le 19 mai 2025.
Compte tenu des démarches judiciaires qu’a dû accomplir la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES, Monsieur [M] [R] sera condamné à lui verser une somme de 300 € au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.
En application de l’article 514 du Code de procédure civile, les décisions rendues suite à une instance introduite après le 1er janvier 2020 sont de droit exécutoires à titre provisoire, à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
En l’espèce, il n’y a pas lieu de déroger au principe de l’exécution provisoire de droit.
PAR CES MOTIFS :
Le Juge des contentieux de la protection, statuant par décision contradictoire et en premier ressort, mise à disposition au greffe,
DECLARE recevable l’action en constatation de l’acquisition de la clause résolutoire et en expulsion formée par la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES ;
CONSTATE que la résiliation du bail du logement situé [Adresse 3] à [Localité 2], consenti par Monsieur [K] [E] à Monsieur [M] [R], est intervenue le 1er mai 2025 ;
ORDONNE en conséquence à Monsieur [M] [R] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai d’un mois à compter de la signification du présent jugement ;
DIT qu’à défaut pour Monsieur [M] [R] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
CONDAMNE Monsieur [M] [R] à payer à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES, caution subrogée dans les droits et actions de Monsieur [K] [E] la somme de 8 112 € (huit mille cent douze euros) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés, avec intérêt au taux légal sur la somme de 1 512 € à compter du 19 mars 2025, sur la somme de 1 100 € à compter 14 mai 2025 et à compter de la présente décision pour le surplus ;
CONDAMNE Monsieur [M] [R] à payer à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant des loyers et charges contractuels soit à la somme de 550 € (cinq cent cinquante euros), à compter du 1er mars 2026 et jusqu’à son départ effectif des lieux, dans la limite des sommes que la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES aura réglées à Monsieur [K] [E] à ce titre ;
CONDAMNE Monsieur [M] [R] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 19 mars 2025, de sa notification à la CCAPEX le 20 mars 2025, de l’assignation du 14 mai 2025 et de sa notification à la Préfecture le 19 mai 2025 ;
CONDAMNE Monsieur [M] [R] à payer à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES la somme de 300 € (trois cent euros) au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;
DEBOUTE les parties de toute demande plus ample ou contraire ;
RAPPELLE que le présent jugement est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
ORDONNE la transmission par les soins du greffe d’une copie de la présente décision à la Préfecture des HAUTES PYRENEES aux fins de suivi.
DIT que la présente décision sera signifiée par Huissier de Justice et/ou Commissaire de justice à la diligence des parties conformément aux dispositions de l’article 675 du Code de Procédure Civile.
Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction les jours, mois et an susdits.
En foi de quoi, le présent jugement a été signé par le juge et le cadre greffier.
Le cadre greffier Le juge
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