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Sur la décision
| Référence : | TJ Tours, jcp baux, 27 juin 2025, n° 24/04594 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/04594 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 7 novembre 2025 |
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Texte intégral
MINUTE N° : 25/00684
JUGEMENT
DU 27 Juin 2025
N° RC 24/04594
DÉCISION
réputée contradictoire et en premier ressort
VAL TOURAINE HABITAT
ET :
[R] [F]
[O] [D]
Débats à l’audience du 24 Avril 2025
Le
Copie executoire et copie à :
Copie à :
Monsieur le Prefet d'[Localité 8] et [Localité 9]
Copie dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 10]
TENUE le 27 Juin 2025
Au siège du Tribunal, [Adresse 1] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : F. DEVOUARD, Magistrat à titre temporaire du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER : E.ESPADINHA
DÉBATS :
A l’audience publique du 24 Avril 2025
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 27 Juin 2025 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
VAL TOURAINE HABITAT, dont le siège social est sis [Adresse 4]
représenté par Mme [M], responsable de pôle, muni d’un pouvoir régulier
D’une Part ;
ET :
Monsieur [R] [F]
né le 16 Décembre 1993 à [Localité 5], demeurant [Adresse 2]
non comparant
Madame [O] [D]
née le 15 Août 2000 à [Localité 7], demeurant [Adresse 3]
comparante
D’autre Part ;
EXPOSE DES MOTIFS
Par contrat sous seing privé, signé le 9 février 2021 à effet du 11 février 2021, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT a donné à bail à Mme [O] [D] et M. [R] [F], engagés solidairement, un bien immobilier à usage d’habitation avec jardin et parking, situé à [Adresse 6] pour un loyer mensuel principal, payable à terme échu, de 527,95 euros outre la somme de 36,20 euros à titre de charges.
Invoquant l’existence de loyers demeurés impayés, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT a :
— saisi la CCAPEX le 20 juin 2024 de la situation,
— fait signifier le 24 juin 2024 un commandement de payer visant la clause résolutoire figurant au bail à Mme [O] [D] et M. [R] [F].
Le bailleur a saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Tours par acte de commissaire de justice du 8 octobre 2024, dénoncé au préfet d’Indre et Loire le 10 octobre 2024 pour voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— constater l’acquisition de la clause résolutoire et subsidiairement prononcer la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et charges ;
— ordonner l’expulsion de Mme [O] [D] et M. [R] [F] devenus sans droit ni titre ;
— et obtenir leur condamnation conjointe et solidaire au paiement de la somme de 6 396,29 euros au titre des loyers et charges impayés dus au 25 aout 2024 et d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au loyers et charges actualisés à compter de la date de résiliation du bail et jusqu’à la libération de lieux, outre une somme de 150 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile et les dépens comprenant le coût du commandement.
Au soutien de ses prétentions, le bailleur fait valoir que ses locataires n’ont pas régularisé la situation relative aux loyers dans le délai imparti par le commandement, et qu’en application de la clause résolutoire prévue au bail ce dernier se trouve résilié de plein droit.
A l’audience du 24 avril 2025, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT, représenté par sa salariée munie d’un pouvoir, a repris les termes de son assignation et actualisé sa créance 5 704,39 euros hors dépens et frais. Il indique que les règlements ont repris depuis janvier 2025 avec une majoration à valoir sur l’arriéré et qu’un accord a été trouvé avec les locataires pour apurement de la dette par versements mensuels de 100 euros en plus du loyer courant. Il est d’accord pour que des délais suspensifs leurs soient accordés.
M. [R] [F] ne comparait pas. Mme [O] [D] est présente. Elle reconnait la dette. Elle confirme l’offre de payer 100 euros en plus du loyer courant et sollicite des délais suspensifs. Elle perçoit le SMIC et son compagnon 1 700 euros par mois en moyenne. Ils ont un enfant à charge et plusieurs autres dettes suite à la déchéance d’un précédent plan de surendettement. Ils s’efforcent de trouver des accord avec leurs créanciers.
Aucun diagnostic social et financier ne figure au dossier.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe.
MOTIFS
Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparait pas il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée.
1 ) Sur la recevabilité de l’action en résiliation et en expulsion
En vertu de l’article 24-II de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au litige, les bailleurs personnes morales autres que certaines SCI familiales ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 351-2 du code de la construction et de l’habitation et aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code de la sécurité sociale. Cette saisine peut s’effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret.
L’article 24-III de la loi du 6 juillet 1989 modifiée dispose, dans sa version applicable au litige, qu’à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de l’huissier de justice au représentant de l’État dans le département, au moins six semaines avant l’audience. Cette notification s’effectue par voie électronique, selon des modalités fixées par décret.
En l’espèce, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT justifie de la saisine de la CCAPEX et de la dénonciation de l’assignation au représentant de l’État conformément aux dispositions précitées.
L’action est donc recevable.
2) Sur le fond
— Sur la demande de constat d’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24-I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa rédaction applicable à l’espèce, prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que 2 mois après un commandement de payer demeuré infructueux. »
En l’espèce, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT produit :
— le bail conclu le 9 février 2021 contenant une clause résolutoire jouant deux mois après un commandement de payer infructueux.
— le commandement de payer visant cette clause, signifié le 24 juin 2024, pour la somme 5 795,69 euros en principal,
— une décompte de créance arrêté au 23 avril 2025.
Il en ressort que l’arriéré de loyer n’a pas été régularisé dans les deux mois du commandement de payer. En conséquence, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 25 août 2024
— Sur la demande en paiement au titre de l’arrieré locatif et de l’indemnité d’occupation
Le paiement des loyers et des charges échus constitue l’obligation principale d’un locataire à l’égard de son bailleur en vertu de l’article 7 a) de la loi 89-462 du 6 juillet 1989.
Depuis la résiliation du bail, Mme [O] [D] et M. [R] [F] qui se maintiennent dans les lieux et causent ainsi un préjudice à leur bailleur, sont redevables d’une indemnité d’occupation qu’il convient de fixer au montant actuel du loyer actualisé et des charges justifiées.
Mme [O] [D] et M. [R] [F] sont donc redevables des loyers dus avant la déchéance du terme et des indemnités d’occupations postérieurement à l’acquisition de la clause résolutoire.
En l’espèce, le bailleur produit un décompte de créance d’un montant de 5 704,39 euros hors dépens et pénalités d’enquête sociale à la date du 23 avril 2025 (échéance du mois de mars 2025 comprise), au titre des loyers et indemnités d’occupation échus après déduction des frais de commissaire de justice et des frais d’enquête.
Mme [O] [D] ne conteste ni le principe ni le montant de cette dette.
Toutefois, en application de l’article 24-V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut vérifier d’office tout élément constitutif de la dette locative.
En l’espèce, le bailleur a déduit de la créance qu’il revendique, les frais d’enquête sociale, non justifiés et les frais de commissaire de justice compris dans les dépens. La créance de 5 704,39 euros arrêtée à la date du 24 avril 2025 (échéance du mois de mars 2025 comprise), au titre des loyers et indemnités d’occupation échus sera donc retenue.
— Sur les délais de paiement.
L’article 24 V, de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que " Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années (…) ; l’article 24 VII ajoute que « Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet."
Le décompte de créance produit démontre que Mme [O] [D] et M. [R] [F] ont repris le paiement du loyer en janvier 2025 en y ajoutant selon leurs moyens un complément à valoir sur l’arriéré de la créance. La reprise des loyers, l’équilibre de leurs ressources et charges rendent possible que leur soit accordé les délais suspensifs aux quels le bailleur a consenti.
Compte tenu de ces éléments,Mme [O] [D] et M. [R] [F] seront autorisés à se libérer du montant de leur dette selon les modalités qui seront rappelées au dispositif. Les effets de la clause résolutoire seront suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés.
En cas d’apurement intégral de la dette selon l’échéancier, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué.
En revanche, à défaut de règlement d’une mensualité ou du loyer et charges courants, l’intégralité des sommes dues deviendra immédiatement exigible en l’absence de régularisation dans les 15 jours. La clause résolutoire reprendra alors ses effets et aura pour effet de déchoir la locataire de tout droit d’occupation du local donné à bail. L’expulsion sera ordonnée et jusqu’à libération complète des lieux, la locataire se trouvera redevable, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et de la provision sur charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail au jour de la défaillance.
3) Sur les demandes accessoires
L’article 696 du code de procédure civile dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Mme [O] [D] et M. [R] [F], parties perdantes, supporteront in solidum la charge de l’intégralité des dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût de la notification de l’assignation à la préfecture et du commandement de payer et de la notification exploc.
Il résulte des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile que dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation.
Afin de favoriser le règlement des loyers et compte tenu de la situation respective des parties, il n’apparaît pas équitable de faire application de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 9 février 2021 entre l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT et Mme [O] [D] et M. [R] [F] concernant le bien immobilier situé à [Adresse 6] , sont réunies à la date du 26 août 2024 ;
CONDAMNE solidairement Mme [O] [D] et M. [R] [F] à verser à l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT la somme cinq mille sept cent quatre euros et trente neuf centimes (5 704,39 euros) arrêtée à la date du 23 avril 2025 (échéance du mois de mars 2025 comprise), ;
AUTORISE Mme [O] [D] et M. [R] [F] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 35 mensualités de 100 euros chacune et une trente sixième mensualité qui soldera la créance en principal, frais et intérêts ;
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir en même temps que le paiement du loyer courant et pour la première fois avec le loyer dû dans le mois suivant la signification de la présente décision ;
SUSPEND l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que jusqu’à la décision définitive sur la procédure de surrendettement, toute mensualité impayée qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courantes ou de l’arriéré restée impayée quinze jours après sa date d’exigibilité justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu’à défaut pour Mme [O] [D] et M. [R] [F] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT puisse faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
* que Mme [O] [D] et M. [R] [F] soit condamnés solidairement à verser à l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT, jusqu’à libération définitive des lieux, une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle égale au montant du loyer et des charges justifiées qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail au jour de la défaillance ;
DIT qu’il n’y a pas lieu de faire application de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE in solidum Mme [O] [D] et M. [R] [F] aux entiers dépens de la présente procédure, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de la notification exploc ;
REJETE toutes autres demandes.
RAPPELLE que la présente décision est exécutoire à titre provisoire, frais et dépens compris ;
DIT qu’à la diligence du greffier, une expédition de la présente décision sera transmise au préfet d'[Localité 8] et [Localité 9] en application de l’article R412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile,
Le greffier, Le juge des contentieux de la protection,
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