Rejet 22 janvier 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Montreuil, 8e ch. (j.u), 22 janv. 2025, n° 2300358 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Montreuil |
| Numéro : | 2300358 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2023, Mme A C, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de ses trois enfants mineurs, représentée par Me Dilloard, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l’inexécution de l’obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à son relogement ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
— dès lors que son relogement a été reconnu prioritaire par la commission de médiation, la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée jusqu’au 22 septembre 2022, date à laquelle elle a été relogée dans un logement social ;
— les conditions d’hébergement extrêmement rudes n’ont pas permis d’offrir à ses enfants les conditions nécessaires à leur bon développement et à leur stabilité ;
— la carence de l’Etat lui a causé des troubles dans les conditions d’existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 15 septembre 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de la construction et de l’habitation ;
— l’ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 9 octobre 2019, désigné Mme C comme prioritaire et devant être logée en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement, elle a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 21 octobre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C demande, en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses trois enfants mineurs, la condamnation de l’Etat à lui verser la somme de 20 000 euros.
2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du
31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions présentées par la requérante au nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées.
5. Aux termes du I de l’article 1er de l’ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d’urgence sanitaire et à l’adaptation des procédures pendant cette même période : « I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ». Aux termes de l’article 6 de la même ordonnance : « Le présent titre s’applique aux administrations de l’Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu’aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d’une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ». Aux termes de l’article 7 de cette ordonnance : « Sous réserve des obligations qui découlent d’un engagement international ou du droit de l’Union européenne, les délais à l’issue desquels une décision, un accord ou un avis de l’un des organismes ou personnes mentionnés à l’article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n’ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu’à la fin de la période mentionnée au I de l’article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l’article 1er est reporté jusqu’à l’achèvement de celle-ci ».
6. La commission de médiation a reconnu le 9 octobre 2019 le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C au motif qu’elle était dépourvue de logement. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le délai de six mois initialement imparti au préfet pour faire une offre de logement à la requérante, qui devait expirer le 9 avril 2020, a été suspendu le 12 mars 2020, avant de reprendre, pour sa durée restante, à compter du 24 juin 2020, et est donc échu le 23 juillet 2020.
7. La persistance de la situation constatée par la commission de médiation, à compter du 23 juillet 2020, date à laquelle la carence de l’Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme C, qui vit avec ses trois enfants mineurs, des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. La requérante a été relogée le 22 septembre 2022 dans un logement dont il n’est pas soutenu qu’il serait inadapté à ses besoins et à ses capacités. La période d’indemnisation s’étend donc du 23 juillet 2020 au 22 septembre 2022. Dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la composition du foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme de 2 000 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme C la somme de 2 000 euros.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Dilloard, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Dilloard la somme de 1 100 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 2 000 euros.
Article 2 : L’Etat versera la somme de 1 100 euros à Me Dilloard en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Dilloard et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
S. B
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Justice administrative ·
- Île-de-france ·
- Astreinte ·
- Injonction ·
- Région ·
- Commissaire de justice ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Tribunaux administratifs ·
- Ville
- Justice administrative ·
- Département ·
- Sociétés ·
- Titre ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement d'instance ·
- Actionnaire ·
- Intérêt légal ·
- Acte ·
- Domaine public
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Décision administrative préalable ·
- Titre ·
- Juge des référés ·
- Astreinte ·
- L'etat ·
- Statuer ·
- Droit commun ·
- Lieu
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Cartes ·
- Renouvellement ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Légalité ·
- Autorisation provisoire ·
- Aide juridictionnelle ·
- Délai ·
- Autorisation
- Permis de conduire ·
- Justice administrative ·
- Infraction ·
- Commissaire de justice ·
- Route ·
- Retrait ·
- Inopérant ·
- Légalité ·
- Véhicule ·
- Composition pénale
- Collectivités territoriales ·
- Assainissement ·
- Justice administrative ·
- Procédures fiscales ·
- Redevance ·
- Etablissement public ·
- Livre ·
- Contestation ·
- Recouvrement ·
- Tiers détenteur
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Prostitution ·
- Insertion sociale ·
- Justice administrative ·
- Autorisation d'engagement ·
- Proxénétisme ·
- Action sociale ·
- Associations ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Aide
- Entretien ·
- Règlement (ue) ·
- Etats membres ·
- Aide juridictionnelle ·
- Asile ·
- Transfert ·
- L'etat ·
- Justice administrative ·
- Résidence ·
- État
- Urgence ·
- Troupeau ·
- Justice administrative ·
- Suspension ·
- Juge des référés ·
- Permis de construire ·
- Légalité ·
- Éleveur ·
- Construction ·
- Commissaire de justice
Sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Vie privée ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Titre ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Étudiant ·
- Liberté fondamentale ·
- Destination
- Justice administrative ·
- Commune ·
- Illégalité ·
- Maire ·
- Permis de construire ·
- Sursis à statuer ·
- Sociétés ·
- Préjudice ·
- Tribunaux administratifs ·
- Statuer
- Immigration ·
- Asile ·
- Recours administratif ·
- Aide juridictionnelle ·
- Refus ·
- Etats membres ·
- Bénéfice ·
- Erreur de droit ·
- Langue ·
- Illégalité
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.