Rejet 3 juillet 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Orléans, 3 juil. 2025, n° 2503036 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif d'Orléans |
| Numéro : | 2503036 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 1 août 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2025, M. B A, représenté par Me Damiens-Cerf, demande au juge des référés :
1°) d’accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 19 mai 2025 du préfet d’Indre-et-Loire portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination en tant qu’il porte refus de titre de séjour ;
3°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros au titre de ses frais de défense moyennant renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Il soutient que :
— l’urgence résulte de ce que la décision attaquée le place en situation irrégulière et a pour effet d’interrompre son contrat de travail, de compromettre la poursuite de sa scolarité et de son parcours professionnel et de le priver de ses ressources d’activité professionnelle ;
— l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte, en premier lieu, de l’incompétence de son auteur, en deuxième lieu, de l’erreur d’appréciation du caractère réel et sérieux de la formation entreprise au regard de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en troisième lieu, des erreurs de droit et d’appréciation commises par le préfet au regard de ces dispositions en estimant que l’intéressé n’établit pas l’existence de liens personnels en France, en quatrième lieu, de l’insuffisance de motivation, de l’erreur de droit, du défaut d’examen particulier et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du même code et, enfin, de l’atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Le dossier de la requête de M. A a été communiqué au préfet d’Indre-et-Loire pour qui il n’a pas été produit de mémoire en défense.
Vu :
— les autres pièces du dossier ;
— la requête n° 2503035, enregistrée le 18 juin 2025, par laquelle M. A demande l’annulation de l’arrêté du 19 mai 2025.
Vu :
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de M. C,
— et les observations de Me Bergeron, représentant M. A.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 14h 45.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 3 mai 2007, est entré en France le 12 octobre 2022, selon ses déclarations, et a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance à compter du 17 février 2023, soit avant son seizième anniversaire. Il a formé le 5 mai 2025 auprès du préfet d’Indre-et-Loire une demande en vue de la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » en se fondant sur l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le préfet a pris, le 19 mai 2025, un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination dont M. A a demandé l’annulation dans l’instance n° 2503035. Dans la présente instance, il demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de cet arrêté en tant qu’il porte refus de titre de séjour.
Les conclusions à fin d’octroi de l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit à la demande d’octroi de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Les conclusions à fin de suspension de l’exécution de la décision en litige :
3. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ». L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et des débats devant le juge des référés que M. A a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance à compter du 17 février 2023, avant son seizième anniversaire, et que le refus de séjour en litige, en le plaçant en situation irrégulière, a pour effet d’interrompre son contrat d’apprentissage, compromet la poursuite de sa scolarité au centre de formation des apprentis et le prive de ses ressources d’activité lui permettant notamment de financer son logement. Dès lors, le refus de séjour en litige a pour effet de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. Par suite, il doit être regardé comme faisant état de circonstances particulières caractérisant l’urgence.
5. En second lieu, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation dont le préfet d’Indre-et-Loire aurait entaché sa décision au regard, notamment, du caractère réel et sérieux de la formation entreprise par M. A au sens de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile paraît propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté litigieux.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander la suspension de l’exécution de l’arrêté du 19 mai 2025 en tant que celui-ci a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
7. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. » En vertu de ces dispositions, il appartient seulement au juge des référés d’assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l’administration.
8. La suspension de l’exécution de la décision par laquelle le préfet d’Indre-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour de M. A implique qu’il soit enjoint au préfet de lui délivrer, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Les frais de l’instance :
9. L’avocat de M. A peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Damiens-Cerf, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros.
ORDONNE:
Article 1er : Le bénéfice de l’aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. A.
Article 2 : L’exécution de l’arrêté du 19 mai 2025 est suspendue jusqu’au jugement de l’affaire au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d’Indre-et-Loire de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L’Etat versera à Me Damiens-Cerf, avocat de M. A, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet d’Indre-et-Loire et à Me Damiens-Cerf.
Fait à Orléans, le 3 juillet 2025.
Le juge des référés,
Denis C
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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