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Sur la décision
| Référence : | TJ Bar-le-Duc, réf., 3 sept. 2025, n° 25/00074 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00074 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Désigne un expert ou un autre technicien |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
Minute N°
N° RG 25/00074 – N° Portalis DBZF-W-B7J-B3SJ
SCI DE LA FONTAINE
C/
S.A.S. LAURENT DANIEL
Copie délivrée aux parties le:
Exécutoire délivré à:
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BAR LE DUC
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 03 SEPTEMBRE 2025
DEMANDERESSE :
S.C.I. DE LA FONTAINE
inscrite au RCS DE [Localité 9] sous le numero 348 792 340, dont le siège social est sis [Adresse 7] – prise en la personne de son représentant légal pour ce domicilié audit siège -
représentée par Maître Sylvain BEYNA de la SELARL LÉGICONSEIL AVOCATS, demeurant [Adresse 8], avocats au barreau de MEUSE
DEFENDERESSE :
S.A.S. LAURENT Daniel immatriculée au RCS de [Localité 10] sous le numéro 418 448 510, dont le siège social est sis [Adresse 6]
représentée par Maître Raoul GOTTLICH de la SCP D’AVOCATS RAOUL GOTTLICH PATRICE LAFFON, demeurant [Adresse 3], avocats au barreau de NANCY
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Emilie VANDENBERGHE Vice-Présidente,
Greffier : Hélène HAROTTE
PROCÉDURE :
Date de la première évocation : 02 Juillet 2025
Date des Débats : 02 Juillet 2025
Date du délibéré : 03 Septembre 2025
FAITS, PROCÉDURE, PRÉTENTIONS & MOYENS DES PARTIES
La SCI DE LA FONTAINE, propriétaire d’un immeuble sis [Adresse 5], a confié à la SAS LAURENT DANIEL des travaux de réfection de la toiture de l’immeuble suivant devis en date du 10 avril 2024 d’un montant de 27730,97 eurs, accepté le 14 mai 2024. Un acompte de 8319,29 euros a été versé par la SCI DE LA FONTAINE.
Constant l’existence de désordres dans l’exécution des travaux dans les logements n°6 et n°7 de l’immeuble (multiples impacts au plafond des deux appartements, fissure murale dans le logement n°7, défauts de jointement au niveau des vélux), la SCI DE LA FONTAINE a adressé une lettre recommandée en date du 7 décembre 2024 à la SAS LAURENT DANIEL, puis a fait constater lesdits désordres par procès-verbal de constat en date des 9 et 19 décembre 2024 et par un expert privé, Monsieur [V].
Le 13 décembre 2024, la SAS LAURENT DANIEL a adressé une facture de 19411,58 euros à la SCI DE LA FONTAINE, correspondant au solde des travaux, en fixant la date de réception des travaux au 20 décembre suivant.
Par courrier du 20 décembre 2024, la SCI DE LA FONTAINE a refusé de procéder à la réception des travaux, au vu des désordres existants.
Par acte de commissaire de justice en date du 27 mai 2025, la SCI DE LA FONTAINE a fait assigner la SAS LAURENT DANIEL devant le président du tribunal judiciaire de Bar-le-Duc statuant en référé aux fins de mettre en œuvre une mesure d’expertise judiciaire.
L’affaire a été évoquée à l’audience du 2 juillet 2025.
À cette date, la SCI DE LA FONTAINE, représentée par son conseil, a maintenu sa demande d’expertise.
La SAS LAURENT DANIEL, représentée par son conseil, a formulé toutes protestations et réserves.
L’affaire a été mise en délibéré au 3 septembre 2025.
SUR CE
Sur la demande d’expertise :
L’article 145 du code de procédure civile dispose que s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé.
Il est acquis que l’article 145 du code de procédure civile est un texte autonome auquel les conditions habituelles du référé ne sont pas applicables. Il n’est ainsi pas soumis à la condition d’urgence ou à la condition d’absence de contestation sérieuse.
Une mesure d’instruction ne peut être demandée et obtenue, sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile lorsqu’une juridiction du fond est saisie de l’affaire. La condition d’absence de saisine préalable des juges du fond s’apprécie au jour de la saisine du juge, puisque c’est une condition de recevabilité de la demande, et non pas au jour où le juge des référés statue.
Ce texte suppose l’existence d’un motif légitime c’est à dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l’objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d’instruction sollicitée à condition que cette mesure ne porte pas une atteinte illégitime aux droits d’autrui. Elle doit être pertinente et utile.
Ainsi, si le demandeur à la mesure d’instruction n’a pas à démontrer l’existence des faits qu’il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d’éléments rendant crédibles ses suppositions et justifier que le litige potentiel n’est pas manifestement voué à l’échec et que la mesure est de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur.
La faculté prévue à l’article 145 du code de procédure civile ne saurait, en outre, être exercée à l’encontre d’un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne serait pas susceptible d’être mis en cause dans une action principale.
De plus, si la partie demanderesse dispose d’ores et déjà de moyens de preuves suffisants pour conserver ou établir la preuve des faits litigieux, la mesure d’instruction demandée est dépourvue de toute utilité et doit être rejetée.
Enfin, l’application de cet article n’implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d’être ultérieurement engagé.
En l’espèce, il est constant que la SCI DE LA FONTAINE a confié à la SAS LAURENT DANIEL des travaux de réfection de la toiture de son immeuble sis [Adresse 4] à Bar-le-Duc ; que les constats de commissaire de justice produits aux débats et le rapport de l’expert mandaté relèvent la présence de plusieurs désordres. Dès lors, il apparaît que la SCI DE LA FONTAINE justifie d’un intérêt à ce qu’un technicien judiciaire décrive précisément les travaux réalisés par rapport aux devis et en chiffre le coût, afin de permettre de faire les comptes entre les parties, eu égard à l’acompte versé, ces éléments étant susceptibles de mettre en cause la responsabilité de la défenderesse, et la jurisprudence ne permettant pas d’envisager une action au fond sur la seule base de constats de commissaire de justice.
Il convient donc d’ordonner la mesure sollicitée aux frais avancés de la SCI DE LA FONTAINE.
Sur les demandes accessoires :
L’article 491 alinéa 2 du code de procédure civile précise que la juridiction des référés statue sur les dépens. L’article 696 dudit code dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
A la lumière de ce qui précède et la demande étant fondée sur l’article 145 du code de procédure civile, les dépens doivent demeurer à la charge de Madame [J] [H].
L’équité ne commande pas de faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ; la SARL BATISSES D’ARGONNE sera ainsi déboutée de sa demande formée à ce titre.
PAR CES MOTIFS
Nous, Emilie VANDENBERGHE, Vice-présidente, juge des référés, statuant publiquement par ordonnance contradictoire et en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir au fond, mais dès à présent ;
ORDONNONS une mesure d’expertise ;
DÉSIGNONS pour y procéder :
Monsieur [Y] [K]
[Adresse 2]
(tél : [XXXXXXXX01] Mail. [Courriel 11] ),
expert, lequel pourra prendre l’initiative de recueillir l’avis d’un autre technicien, mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne,
avec mission de :
Convoquer les parties et leur conseil,Se faire remettre tous documents utiles à l’accomplissement de sa mission,Se rendre sur les lieux [Adresse 4] à [Localité 10],Entendre les parties en leurs observations et répondre à leurs dires et observations, Examiner et décrire les travaux réalisés par la SAS LAURENT DANIEL par rapport aux devis signés entre les parties, Rechercher et dire si les stipulations contractuelles ont été exécutées et si les règles de l’art ont été respectées ; dans la négative, décrire les malfaçons, non façons et défauts de conformités constatés ; en indiquer la nature, l’origine et l’importance ; Donner son avis sur les remèdes à apporter aux désordres et les travaux de remise en état nécessaire, en chiffrer le coût aux vues des devis que lui présenteront les parties et qu’il vérifiera et en évaluer la durée ; faire le compte entre les parties ; Evaluer les préjudices de toute nature, directs ou indirects, matériels ou immatériels résultant des désordres, notamment le préjudice de jouissance subi ou pouvant résulter des travaux de remise en état;Fournir tout élément de fait et technique permettant ultérieurement à la juridiction compétente sur le fond du litige de déterminer les responsabilités éventuellement encourues ;
L’expert déposera au Greffe et adressera aux parties un pré-rapport, comprenant son avis motivé sur l’ensemble des chefs de sa mission, dans un délai de six mois à compter du jour de sa saisine (sauf à solliciter un délai complémentaire auprès du Juge chargé du contrôle des expertises) ; il laissera aux parties un délai minimum d’un mois à compter du dépôt de son pré-rapport pour leur permettre de faire valoir leurs observations par voie de dire récapitulatif ;
De toutes ses observations et constatations, l’Expert dressera enfin un rapport en deux exemplaires « papier » qu’il déposera au Greffe dans les 8 mois suivant l’avis qui lui sera donné de la consignation de l’avance à valoir sur ses honoraires ;
RAPPELONS que, pour l’accomplissement de cette mission, l’expert aura la faculté de : se faire communiquer ou remettre tous documents et pièces, y compris par des tiers, sauf à en référer au magistrat chargé de suivre les opérations d’expertise, en cas de difficultés, et entendre tous sachants qu’il estimera utiles ;en cas de besoin et conformément aux dispositions de l’article 278 du code de procédure civile, recueillir l’avis d’un autre technicien dans une spécialité distincte de la sienne, à charge pour l’expert de joindre cet avis à son rapport (article 282 du code de procédure civile) ; en cas de besoin et conformément aux dispositions de l’article 278-1 du code de procédure civile, se faire assister par la personne de son choix qui interviendra sous son contrôle et sa responsabilité, étant rappelé que son rapport devra mentionner les noms et qualités des personnes ayant prêté leur concours (article 282 du code de procédure civile) ; apporter son aide technique aux parties pour la conclusion d’une transaction;
SUBORDONNONS l’exécution de l’expertise au versement préalable par la SCI DE LA FONTAINE la somme de 2 000 euros par virement à la Régie du tribunal judiciaire de Bar-le-Duc le 3 octobre 2025 au plus tard à peine de caducité de la désignation de l’expert conformément aux dispositions de l’article 271 du code de procédure civile ;
RAPPELONS l’exécution provisoire de la présente ordonnance ;
DISONS qu’en cas d’empêchement de l’expert, son remplacement pourra être réalisé par ordonnance du magistrat chargé du contrôle des expertises ;
DISONS que l’expert devra, en toutes circonstances, informer le magistrat chargé du contrôle des expertises de l’état d’avancement de ses travaux et des difficultés qu’il pourra rencontrer ;
DISONS que si les honoraires de l’expert devaient dépasser le montant de la provision versée, il devra en aviser le magistrat en charge du contrôle des expertises et ne continuer ses opérations qu’après consignation d’une provision complémentaire ;
DISONS n’y avoir lieu à application de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS la SCI DE LA FONTAINE aux dépens ;
RAPPELONS que :
1)- le coût final des opérations d’expertise ne sera déterminé qu’à l’issue de la procédure, même si la présente décision s’est efforcée de fixer le montant de la provision à une valeur aussi proche que possible du coût prévisible de l’expertise;
2)- la partie qui est invitée par cette décision à faire l’avance des honoraires de l’expert n’est pas nécessairement celle qui en supportera la charge finale, à l’issue du procès ;
LE GREFFIER LA VICE-PRÉSIDENTE
H. HAROTTE E.VANDENBERGHE
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