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Sur la décision
| Référence : | TJ Créteil, sect. des réf., 16 déc. 2025, n° 25/01095 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01095 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 5 février 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N° :
ORDONNANCE DU : 16 Décembre 2025
DOSSIER N° : N° RG 25/01095 – N° Portalis DB3T-W-B7J-WE5U
CODE NAC : 30B – 0A
AFFAIRE : S.C.I. LES PRES C/ S.A.R.L. F&J AUTO
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE CRETEIL
Section des Référés
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
LE JUGE DES REFERES : Madame Isabelle KLODA, Première vice-présidente
LE GREFFIER : Madame Stéphanie GEULIN, Greffier
PARTIES :
DEMANDERESSE
S.C.I. LES PRES, immatriculée au RCS de PARIS sous le n° 338 948 169, dont le siège social est sis 41 avenue Montaigne – 75008 PARIS
représentée par Me Benoît ATTAL, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : G0608
DEFENDERESSE
S.A.R.L. F&J AUTO (exploitant sous l’enseigne CARTE GRISE CAFE et AUTO EASY), immatriculée au RCS de CRETEIL sous le n° 909 919 839, dont le siège social est sis 2 allée Léopold Sédar Senghor – 94450 LIMEIL-BRÉVANNES
non représentée
*******
Débats tenus à l’audience du : 04 Novembre 2025
Date de délibéré indiquée par le Président : 16 Décembre 2025
Ordonnance rendue par mise à disposition au greffe le 16 Décembre 2025
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 6 septembre 2022, la SCI LES PRES a donné à bail commercial à la SAS F&J AUTO des locaux situés 2 allée Léopold Sédar Senghor à Limeil-Brévannes (94450), correspondant au lot architecte n°48 – ilôt 7, ainsi que deux emplacements de parkings, correspondant au lot architecte n°1 et 2 – ilôt 8, pour une durée de 10 ans à terme le 15 mars 2033, moyennant un loyer annuel pincipal de 11 443,00 euros, hors charges et hors taxes, payable trimestriellement, par avance, avec clause d’indexation.
Des loyers sont demeurés impayés.
La SCI LES PRES a fait délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire par acte d’huissier du 6 novembre 2024 à la SAS F&J AUTO pour une somme de 11 208,57 euros.
C’est dans ces conditions que par acte d’huissier du 15 juillet 2025, la SCI LES PRES a fait assigner la SAS F&J AUTO devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de Créteil aux fins de :
— constater l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail,
— ordonner l’expulsion de la SAS F&J AUTO et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique si besoin est,
— ordonner le transport et la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu’il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée,
— condamner la SAS F&J AUTO à payer à la SCI LES PRES la somme provisionnelle de 16 466,08 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 27 juin 2025 [incluant le 3e trimestre 2025],
— condamner la SAS F&J AUTO au paiement d’une indemnité d’occupation provisionnelle égale au montant du dernier loyer en vigueur augmenté des charges, jusqu’à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés ou l’expulsion du défendeur,
— condamner la SAS F&J AUTO au paiement d’une somme de 2 000,00 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement, de l’extrait K-bis et de l’état des inscriptions.
Il convient de se référer à l’acte introductif d’instance pour un plus ample exposé des moyens qui y sont contenus.
A l’audience du 4 novembre 2025, la SCI LES PRES, par l’intermédiaire de son conseil, a maintenu les prétentions de son assignation et les moyens qui y sont contenus.
Bien que régulièrement assignée, la SAS F&J AUTO n’a pas constitué avocat.
La procédure a été dénoncée aux créanciers inscrits sur le fonds de commerce (la société Générale).
A l’issue des débats, il a été indiqué aux parties que l’affaire était mise en délibéré et que la décision serait rendue par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et les demandes qui en découlent
L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
La juridiction des référés n’est toutefois pas tenue de caractériser l’urgence, au sens de l’article 834 du code de procédure civile, pour constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d’un bail.
L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
Le bailleur, au titre d’un bail commercial, demandant la constatation de l’acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance.
Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que :
1. le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif,
2. le bailleur soit, de toute évidence, en situation d’invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause,
3. la clause résolutoire soit dénuée d’ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d’un bail doit s’interpréter strictement.
En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion.
Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu’il correspond exactement au détail des montants réclamés préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu’à défaut de paiement dans le délai d’un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l’article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte.
En faisant délivrer ce commandement, la SCI LES PRES n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause.
Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir 11 208,57 euros.
Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance.
Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit à compter du 7 décembre 2024.
Aux termes de l’article 835 alinéa 1 du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite.
L’expulsion de la SAS F&J AUTO et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans les 15 jours de la signification de la présente ordonnance.
Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance.
L’article 835, alinéa 2, du code de procédure dispose que dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, une provision peut être accordée au créancier.
Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire le preneur n’est plus débiteur de loyers mais d’une indemnité d’occupation.
L’indemnité d’occupation due par la SAS F&J AUTO depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires.
S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d’une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l’existence d’une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée
Aux termes de l’article 1353 du code civil, c’est à celui qui réclame l’exécution d’une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En l’espèce, au vu du décompte produit par la SCI LES PRES, l’obligation de la SAS F&J AUTO au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d’occupation au 27 juin 2025 n’est pas sérieusement contestable à hauteur de 16 466,08 euros [incluant le 3e trimestre 2025], somme au paiement de laquelle il convient de condamner la SAS F&J AUTO, avec intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement à hauteur de 11 208,57 € et à compter du 15 juillet 2025 pour le solde.
Sur les demandes accessoires
La SAS F&J AUTO, qui succombe à l’instance au sens de l’article 696 du code de procédure civile, doit supporter la charge des dépens.
Aucun élément tiré de l’équité ou de la situation économique de la SAS F&J AUTO ne permet d’écarter la demande de la SCI LES PRES formée sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile. Celle-ci sera cependant évaluée à la somme de 1 000,00 euros en l’absence d’éléments de calcul plus explicites versés aux débats.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par remise au greffe le jour du délibéré, après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail à la date du 7 décembre 2024,
ORDONNONS, à défaut de restitution volontaire des lieux dans les quinze jours de la signification de la présente ordonnance, l’expulsion de la SAS F&J AUTO et de tout occupant de son chef des lieux situés 2 allée Léopold Sédar Senghor à Limeil-Brévannes (94450), correspondant au lot architecte n°48 – ilôt 7, ainsi que deux emplacements de parkings, correspondant au lot architecte n°1 et 2 – ilôt 8, avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier,
DISONS, en cas de besoin, que les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désigné par elle et qu’à défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques ce conformément à ce que prévoient les dispositions du code des procédures civiles d’exécution sur ce point,
FIXONS à titre provisionnel l’indemnité d’occupation due par la SAS F&J AUTO, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires et CONDAMNONS la SAS F&J AUTO à la payer,
CONDAMNONS par provision la SAS F&J AUTO à payer à la SCI LES PRES la somme de 16 466,08 euros au titre du solde des loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés au 27 juin 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 6 novembre 2024 sur 11 208,57 euros euros et à compter du 15 juillet 2025 sur le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures,
CONDAMNONS la SAS F&J AUTO aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement, outre celui de l’extrait K-bis et de l’état des inscriptions,
CONDAMNONS la SAS F&J AUTO à payer à la SCI LES PRES la somme de 1000,00 euros par application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
RAPPELONS que l’ordonnance de référé rendue en matière de clause résolutoire insérée dans le bail commercial a autorité de chose jugée provisoire et est exécutoire à titre provisoire.
FAIT AU PALAIS DE JUSTICE DE CRÉTEIL, le 16 décembre 2025.
LE GREFFIER, LE JUGE DES RÉFÉRÉS
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