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Sur la décision
| Référence : | TJ Lille, tptg, 11 mai 2026, n° 25/05154 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/05154 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expertise |
| Date de dernière mise à jour : | 4 juin 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL DE PROXIMITE DE TOURCOING
N° RG 25/05154 – N° Portalis DBZS-W-B7J-ZQ5Q
N° de Minute :
JUGEMENT
DU : 11 Mai 2026
[W] [Q]
[I] [E]
C/
[C] [M]
REPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT DU 11 Mai 2026
DANS LE LITIGE ENTRE :
DEMANDEURS
M. [W] [Q], demeurant [Adresse 1]
Mme [I] [E], demeurant [Adresse 1]
représentée par Me Tiffany DHUIEGE, avocat au barreau de LILLE
ET :
DÉFENDEUR
M. [C] [M], demeurant [Adresse 2]
représenté par Me Simon DUTHOIT, avocat au barreau de LILLE
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS À L’AUDIENCE PUBLIQUE DU 11 Mars 2026
Catherine DEREGNAUCOURT, Juge, assistée de Kelly PIETIN, Greffier
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DU DÉLIBÉRÉ
Par mise à disposition au Greffe le 11 Mai 2026, date indiquée à l’issue des débats par Catherine DEREGNAUCOURT, Juge, assistée de Saïda SELLATNIA, Greffier
EXPOSE DU LITIGE
Monsieur [C] [M] est propriétaire d’un local à usage d’habitation sis [Adresse 3] à [Localité 1].
Par acte sous seing privé du 22 novembre 2017, Monsieur [K] [Z] et Madame [H] [U] a conclu un bail à usage d’habitation portant sur cet immeuble avec Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] moyennant un loyer mensuel initial de 780 € charges comprises.
Le bien occupé a été vendu à Monsieur [M] le 30 juillet 2018.
Par exploit de commissaire de justice en date du 30 avril 2025, Monsiuer [W] [Q] et Madame [I] [E] ont fait assigner Monsieur [C] [M] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Tourcoing aux fins qu’il soit constaté l’indécence de leur logement et de le voir condamner à leur payer :
— la somme de 36972 € en réparation de leur préjudice de jouissance ;
— la somme de 10000 € en réparation de leur préjudice moral ;
— la somme de 5000 € au titre de la résistance abusive ;
— le condamner à la réalisation de travaux de mise en conformité du logement sous astreinte de 100 € par jour de retard à compter de la signification du jugement à intervenir, à les reloger à ses frais pendant la durée de la réalisation des dits travaux et dire qu’aucun loyer ne sera dû jusqu’à la réalisation ;
— réduire le montant du loyer à la somme de 711,28 €, de manière rétroactive au jour du changement du propriétaire, soit le 30 juillet 2018 ;
— le condamner à leur verser la somme de 5497,60 € au titre du remboursement du loyer trop versé au regard de la superficie du logement depuis le 30 juillet 2018 ;
— le condamner à leur verser la somme de 591,60 € en réparation de leur préjudice matériel ;
— le condamner à leur verser la somme de 2000 € sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens.
Après plusieurs renvois ordonnés à la demande d’une ou l’autre des parties, l’affaire a été appelée en dernier lieu à l’audience du 11 mars 2026.
A cette audience, Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] assistés de leur conseil réitèrent et actualisent leurs demandes, sollicitant en outre la condamnation des défendeurs à leur verser la somme de 5000 € de dommages et intérêts pour résistance abusive ; ils cantonnent leur demandes concernant les travaux à réaliser à la suppression des causes de manifestations de l’humidité et rénovation des pièces affectées par les infiltrations d’eau (murs du rez-de-chaussée) et à l’isolation des murs des WC. Ils reconnaissent que la quasi-totalité des travaux a été réalisée.
Au soutien de leurs demandes, Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] exposent que le logement ne correspondaient pas aux critères de logement décent et que dès le mois de mars 2019 ils ont avisé leur propriétaire de ce que le logement souffrait de nombreux désordres ; qu’ils ont pû constater un développement important de moisissures et d’infiltrations en raison d’absence d’isolation et d’étanchéité ; ils affirment que le bailleur a mis plus de sept années pour réaliser les travaux ; que malgré la réalisation de ceux-ci il subsiste un problème d’humidité par capilarité et que le service d’hygiène de la commune a constaté, lors de la visite du logement du 03 mars 2026, de l’humidité dans les murs du rez-de-chaussée, de la cuisine et de la pièce à vivre. Ils reconnaissent que le bailleur n’en a pas été avisé.
En défense, Monsieur [C] [M] est assisté par son conseil. Il demande au juge de:
— débouter Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] de l’ensemble de leurs demandes et de les condamner à lui verser la somme de 2000 € d’indemnité de procédure outre les dépens.
Il fait valoir que les locataires avaient une parfaite connaissance l’acquisition du bien le 30 juillet 2018 ; il fait valoir qu’il a parfaitement exécuté son obligation de délivrance conforme et justifie de la réalisation de l’ensemble des travaux réclamés par les locataires ; que la poursuite du dossier par les services d’hygiène et de santé de la ville de [Localité 2] a été suspendue eu égard aux travaux engagés, et en cours, et qu’aucun constat d’indécence n’est versé aux débats ; il relève qu’à aucun moment une demande d’expertise n’a été sollcitée par les demandeurs et expose qu’il apprend à l’audience, qu’un problème d’humidité par capilarité subsiste dans le logement.
Le juge a interrogé les parties sur la tenue éventuelle d’une expertise.
A l’issue des débats, l’affaire est mise en délibéré au 11 mai 2026.
MOTIVATION
Sur les demandes de Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] :
Selon l’article 143 du code de procédure civile, les faits dont dépend la solution du litige peuvent, à la demande des parties ou d’office, être l’objet de toute mesure d’instruction légalement admissible.
En vertu de l’article 232 du même code, le juge peut commettre toute personne de son choix pour l’éclairer par des constatations, par une consultation ou par une expertise sur une question de fait qui requiert les lumières d’un technicien.
En application de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé, répondant à un critère de performance énergétique minimale et doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation. Le bailson a également l’obligation de délivrer au locataire un logement en bon état d’usage et de réparation ainsi que des équipements mentionnés au contrat de location en bon état de fonctionnement ; toutefois, les parties peuvent convenir par une clause expresse des travaux que le locataire exécutera ou fera exécuter et des modalités de son imputation sur le loyer mais une telle clause ne peut concerner que des logements répondant aux caractéristiques définies en application des premier et deuxième alinéas. Le bailleur est également tenu d’assurer au locataire la jouissance paisible du logement et, sans préjudice des dispositions de l’article 1721 du code civil, de le garantir des vices ou défauts de nature à y faire obstacle hormis ceux qui, consignés dans l’état des lieux, auraient fait l’objet de la clause expresse mentionnée au a ci-dessus, d’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués et de ne pas s’opposer aux aménagements réalisés par le locataire, dès lors que ceux-ci ne constituent pas une transformation de la chose louée.
Les caractéristiques du logement décent sont définies par le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 qui dispose notamment en son article 2 que :
1° le logement assure le clos et le couvert ; le gros oeuvre du logement et de ses accès est en bon état d’entretien et de solidité et protège les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d’eau ; les menuiseries extérieures et la couverture avec ses raccords et accessoires assurent la protection contre les infiltrations d’eau dans l’habitation, […]
2° le logement est protégé contre les infiltrations d’air parasites. Les portes et fenêtres du logement ainsi que les murs et parois de ce logement donnant sur l’extérieur ou des locaux non chauffés présentent une étanchéité à l’air suffisante, […]
4° la nature et l’état de conservation et d’entretien des matériaux de construction, des canalisations et des revêtements du logement ne présentent pas de risques manifestes pour la santé et la sécurité physique des locataires ;[…]
6° le logement permet une aération suffisante ; les dispositifs d’ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l’air et une évacuation de l’humidité adaptés aux besoins d’une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements […].
En l’espèce, Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] versent aux débats un constat de commissaire de justice en date du 24 décembre 2024 qui expose que la chaudière a été changée, et qui révèle des problèmes d’humidité dans le logement.
Le constat produit n’est pas dénué de force probante sous cette seule réserve que la juridiction de céans ne peut fonder sa décision sur ce seul élément de preuve.
En outre, le bailleur justifie de la réalisation de nombreux travaux postérieurement à ce constat.
Aucune expertise assurantielle sur la cause des désordres affectant le logement occupé, notamment concernant la présence d’une humidité persistante par capilarité , n’est versée aux débats.
Les éléments produits en demande et en défense sont en l’état insuffisants pour permettre au tribunal, d’une part, de déterminer la ou les causes des désordres qui affecteraient encore le logement, d’autre part, de déterminer les travaux de nature à y remédier.
Il convient, en conséquence, d’ordonner avant dire droit une mesure d’expertise judiciaire qui aura notamment pour objet de décrire l’ensemble des désordres affectant le logement loué par Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] de déterminer leur cause, de décrire les moyens propres à y remédier et de chiffrer le coût et la durée des travaux nécessaires ainsi que les éventuels préjudices subis par les occupants.
Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E], demandeurs en la cause, supporteront la charge de la consignation à valoir sur la rémunération de l’expert.
Les autres demandes ainsi que les dépens seront réservés.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Tourcoing, statuant publiquement, par jugement rendu contradictoirement
Avant dire droit
ORDONNE une mesure d’expertise du local d’habitation sis [Adresse 3] à [Localité 1] ;
COMMET pour y procéder
Monsieur [R] [D]
demeurant [Adresse 4] [Localité 3]
Tél : [XXXXXXXX01]
Mob : 06.61.19.05.55
Mél : [Courriel 1]
avec pour mission, après avoir entendu les parties, s’être fait remettre tout document utile et consulté tout sachant ;
— de se faire remettre sans délai par les parties et/ou par tout tiers les documents qu’il estimera utiles à l’accomplissement de sa mission ;
— de visiter et décrire le local d’habitation sis [Adresse 3] à [Localité 1] ;
— de décrire les désordres constatés dans le logement dans la mesure du possible notamment au niveau de l’humidité dans le logement, de dater leur apparition ;
— de déterminer la cause de ces désordres en précisant s’ils résultent d’un défaut d’entretien locatif ou d’un manquement du bailleur à ses obligations ;
— de dire, au regard de ces éléments, si le logement loué par Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] est conforme aux critères de décence définis par les dispositions du décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, et s’il est en bon état d’usage et de réparation ainsi qu’en état de servir à sa destination d’habitation au sens de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989,
— de préciser les moyens propres à remédier aux désordres affectant le logement de Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E], de décrire les travaux à effectuer et en chiffrer le coût et la durée ;
— de donner tout élément sur les inconvénients de toute nature éventuellement endurés par les occupants des lieux en décrivant leur nature (consistance et ampleur) ainsi que leur durée ;
— de fournir son avis sur la minoration éventuelle de loyer susceptible d’en résulter en raison de la perte de jouissance subie ;
— de donner toute information utile au tribunal ;
FIXE à la somme de 1 000 € le montant de la provision à valoir sur la rémunération de l’expert que Monsieur [W] [Q] et Madame [I] [E] devront consigner à la régie d’avances et de recettes du tribunal judiciaire de Lille, sis [Adresse 5] à Lille, dans le délai de six semaines à compter de la présente décision ;
DIT qu’en revanche, si les parties bénéficient de l’aide juridictionnelle, la rémunération de l’expert sera avancée par le trésor public conformément à l’article 119 du décret du 19 décembre 1991 ;
DIT que le suivi de la présente mesure d’expertise sera assuré par le magistrat en charge du service des expertises du tribunal judiciaire de Lille, sis [Adresse 5] à Lille ;
DIT qu’en cas d’empêchement ou de refus de l’expert commis, il sera pourvu à son remplacement par ordonnance rendue sur simple requête ;
DIT que l’expert devra adresser aux parties un projet de rapport de ses opérations contenant son avis en leur impartissant un délai de 15 jours, délai de rigueur, pour lui faire connaître leurs dires ou observations ;
DIT que l’expert répondra à ces dires ou observations dans son rapport définitif ;
DIT que l’expert devra déposer l’original de son rapport définitif au greffe du service de contrôle des expertises du tribunal judiciaire de Lille, sis [Adresse 5] à Lille, dans le délai de quatre mois à compter de la date à laquelle il aura été avisé du versement de la consignation ;
DIT qu’une copie de ce rapport sera adressée à chacune des parties conformément aux dispositions de l’article 173 du code de procédure civile ;
DIT que suite au dépôt de son rapport d’expertise, l’expert devra déposer sa demande de rémunération au greffe du service de contrôle des expertises du tribunal judiciaire de Lille, sis [Adresse 5] à Lille ;
RAPPELLE que l’expert sera tenu de présenter au magistrat en charge du service du contrôle des expertises du tribunal judiciaire de Lille une demande de provision complémentaire s’il constate au cours de sa mission que ses frais seront d’un montant supérieur à l’avance fixée dans la présente décision ;
RAPPELLE qu’aux termes des articles 271 et 275 du code de procédure civile, “à défaut de consignation dans le délai et selon les modalités impartis, la désignation de l’expert est caduque à moins que le Juge, à la demande d’une des parties se prévalant d’un motif légitime, ne décide une prorogation du délai ou un relevé de la caducité. L’instance est poursuivie sauf à ce qu’il soit tiré toute conséquence de l’abstention ou du refus de consigner”, “la Juridiction de jugement peut tirer toute conséquence de droit du défaut de communication des documents à l’expert” ;
RÉSERVE les autres demandes ainsi que les dépens ;
RENVOIE l’affaire à la première audience utile après réception des conclusions d’expertise,
DIT que les parties seront avisées de cette date par le greffe et intime à toutes les parties d’y être présentes ou représentées,
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe les jour, mois et an susdits,
Le greffier Le juge des contentieux de la protection
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