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Sur la décision
| Référence : | TJ Lisieux, jex mobilier, 12 janv. 2026, n° 25/00024 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00024 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 20 janvier 2026 |
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Texte intégral
Copies délivrées le / /2026/ à :
—
[X] [T] : 1 CE (LRAR) + 1 CCC (LS)
— CAISSE REGIONALE DE CREDIT AGRICOLE MUTUEL DE NORM ANDIE : 1 CE (LRAR) + 1 CCC (LS)
— Me Marc REYNAUD : 1 CE + 1 CCC (dossier plaidoirie) (Case)
— Me Frédéric FORVEILLE : 1 CE + 1 CCC ( dossier plaidoirie) (Case)
— Huissier poursuivant : 1 CCC (LS)
— dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LISIEUX
JUGE DE L’EXÉCUTION
AFFAIRE N° RG 25/00024 – N° Portalis DBW6-W-B7J-DMW4
MINUTE N°2026/
J U G E M E N T
R E N D U L E : DOUZE JANVIER DEUX MIL VINGT SIX
ENTRE
PARTIE DEMANDERESSE :
Monsieur [X] [T]
né le [Date naissance 2] 1956 à [Localité 5], demeurant [Adresse 3]
Représenté par Me Frédéric FORVEILLE, avocat au barreau de CAEN
ET :
PARTIE DÉFENDERESSE :
CAISSE REGIONALE DE CREDIT AGRICOLE MUTUEL DE NORMANDIE, immatriculée au RCS de [Localité 4] sous le n°478 834 930, prise en la personne de son représentant légal, dont le siège social est sis [Adresse 1]
Représentée par Me Marc REYNAUD, avocat au barreau de LISIEUX
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
JUGE DE L’EXÉCUTION : Madame Sarah NICOLAI, Juge ;
GREFFIER
LORS DES DEBATS : Madame Camille LAMOUR, Greffier ;
GREFFIER LORS
DE LA MISE A DISPOSITION : Madame Camille LAMOUR, Greffier ;
DEBATS :
L’affaire a été plaidée le 06 Novembre 2025, et mise en délibéré pour mise à disposition le 8 janvier 2026, prorogé au 12 Janvier 2026.
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte notarié reçu le 19 janvier 2012 par Me [E] [B], notaire associé, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de Normandie (ci-après dénommée « la CRCAMN ») a consenti à la société civile immobilière JJC un prêt d’un montant de 430 000 euros en principal assorti d’intérêts au taux de 4,08 % l’an.
Ce prêt était remboursable en 80 mensualités.
Aux termes de cet acte, M. [X] [T] s’est porté caution solidaire de la société JJC au titre de ce prêt dans la limite de la somme de 559 000 euros couvrant le paiement du principal, des intérêts et le cas échéant des intérêts de retard.
Par jugement en date du 25 septembre 2013, le tribunal de commerce de Lisieux a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la société JJC. Par jugement en date du 15 octobre 2014, le tribunal de commerce de Lisieux ouvrait une procédure de liquidation judiciaire à l’encontre de la société JJC. Par jugement en date du 6 novembre 2019, le tribunal de commerce de Lisieux prononçait la clôture de la procédure collective ouverte à l’encontre de la société JJC pour insuffisance d’actif.
Déclarant agir en vertu de la copie exécutoire de l’acte notarié du 19 janvier 2012, la CRCAMN a délivré à M. [T] un commandement de payer aux fins de saisie-vente par acte de commissaire de justice en date du 3 décembre 2024.
Par acte de commissaire de justice délivré le 3 janvier 2025, M. [T] a assigné la CRCAMN devant le juge de l’exécution du tribunal judiciaire de Lisieux, à l’audience du 6 février 2025, aux fins de contester le commandement litigieux.
L’affaire a fait l’objet de plusieurs renvois à la demande des parties puis a été utilement évoquée à l’audience du 6 novembre 2025.
Les parties sont représentées par leurs conseils qui reprennent oralement leurs dernières conclusions.
Ainsi, M. [T] demande au juge de l’exécution de :
In limine litis et en toute défense au fond,
— Prononcer la nullité de la saisie-vente 3 décembre 2024 dénoncée le 3 décembre 2024 ;
En conséquence,
— Ordonner la mainlevée des mesures d’exécution ;
A titre subsidiaire,
— Juger que le Crédit Agricole ne justifiait pas d’une créance certaine, liquide et exigible ;
En conséquence,
— Ordonner l’annulation et la mainlevée de la saisie-vente en date du 3 décembre 2024 ;
A titre infiniment subsidiaire,
— Accorder à M. [X] [T] un report de deux ans des sommes réclamées par le Crédit Agricole ;
— Ordonner, pendant cette période, la suspension des intérêts ;
— Compte tenu des délais accordés, ordonner la mainlevée des saisies effectuées le 3 décembre 2024 ;
En toute hypothèse,
— Débouter le Crédit Agricole de ses demandes, fins et prétentions.
— Condamner la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de Normandie au paiement d’une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article 700 du Code de Procédure Civile outre les entiers dépens.
Sur le fond, et au soutien de sa demande d’annulation la saisie-vente dont il a été dressé procès-verbal par commissaire de justice le 3 décembre 2024, et au visa de l’article R. 221-1 du code des procédures civiles d’exécution, M. [T] fait valoir que la CRCAMN n’a pas fait mention d’un décompte distinct des sommes réclamées conforme aux dispositions de cet article.
A titre subsidiaire, M. [T] sollicite l’annulation de cet acte au motif que la CRCAMN ne justifierait pas d’une créance certaine, liquide et exigible pour avoir manqué aux obligations mises à sa charge par l’article L. 313-22 du code monétaire et financier.
A titre infiniment subsidiaire, M. [T] sollicite l’octroi de délai de paiement au visa de l’article 1343-5 du code civil.
La CRCAMN sollicite du juge de l’exécution de :
Principalement,
— Déclarer purement et simplement irrecevable les demandes de M. [T] relatives aux saisies-attributions régularisées le 31 octobre 2024 ;
Subsidiairement,
— Débouter M. [T] de l’ensemble de ses demandes comme injustes et mal fondées ;
— Condamner M. [T] à payer à la concluante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
— Condamner M. [T] aux entiers dépens.
La CRCAMN fait valoir que l’action en contestation de M. [T] à l’encontre de saisies-attribution pratiquées le 31 octobre 2024 serait irrecevable pour avoir été engagée au-delà du délai d’une mois par le code des procédures civiles d’exécution. Sur le fond, elle conteste l’ensemble des moyens invoqués par M. [T].
Le jugement a été mis en délibéré au 8 janvier 2026.
MOTIFS
A titre liminaire, il y a lieu de relever que les dernières écritures de la CRCAMN ne concernent pas le présent litige de telle sorte qu’il ne sera statué sur aucune de ses demandes figurant dans son dispositif, à l’exception de celles afférentes aux frais du procès.
Sur la contestation du commandement de payer aux fins de saisie-vente
Aux termes de l’article L. 221-1 du code des procédures civiles d’exécution, tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut, après signification d’un commandement, faire procéder à la saisie et à la vente des biens meubles corporels appartenant à son débiteur, qu’ils soient ou non détenus par ce dernier.
Tout créancier remplissant les mêmes conditions peut se joindre aux opérations de saisie par voie d’opposition.
Lorsque la saisie porte sur des biens qui sont détenus par un tiers et dans les locaux d’habitation de ce dernier, elle est autorisée par le juge de l’exécution.
Aux termes de l’article R. 221-1 du même code, le commandement de payer prévu à l’article L. 221-1 contient à peine de nullité :
1° Mention du titre exécutoire en vertu duquel les poursuites sont exercées avec le décompte distinct des sommes réclamées en principal, frais et intérêts échus ainsi que l’indication du taux des intérêts ;
2° Commandement d’avoir à payer la dette dans un délai de huit jours faute de quoi il peut y être contraint par la vente forcée de ses biens meubles.
En l’espèce, M. [T] soutient que la saisie-vente dont il a été dressé procès-verbal par commissaire de justice le 3 décembre 2024 ne remplit pas les conditions prescrites par les dispositions de l’article R. 221-1 1° au motif que le décompte des sommes réclamées mentionné dans l’acte ne distingue par le principal des frais et des intérêts.
Leprocès-verbal litigieux est produit aux débats par M. [T]. Le décompte qu’il contient fait référence en premier lieu à la somme suivante : « MLT profession. N°00163047177 – 309 582,01 euros ».
Il est produit en défense un décompte des sommes revendiquées par la CRCAMN, arrêté au 25 octobre 2024. Aux termes de ce dernier, il est mentionné que la somme de 309 582,01 euros correspond aux « sommes exigibles dans le cadre de la déchéance du terme », ce qui signifie que cette somme inclue le capital restant dû, outre d’autres sommes dont le détail n’est pas indiqué.
En considération de ces éléments, force est de constater que le décompte mentionné dans le procès-verbal de saisie-vente du 3 décembre 2024 ne fait pas la distinction entre le principal, les frais et les intérêts.
En conséquence, le commandement de payer aux fins de saisie-vente litigieux sera annulé et sa mainlevée sera ordonnée.
Sur les dépens, les frais irrépétibles et l’exécution provisoire
La CRCAMN, qui succombe à la présente instance, sera tenue des entiers dépens.
Par ailleurs, il serait inéquitable de laisser à M. [T] la charge de la totalité des frais qu’il a dû exposer pour faire valoir ses droits et qui ne sont pas compris dans les dépens.
En conséquence, la CRCAMN sera condamnée à lui payer la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
La CRCAMN sera déboutée de sa demande formée en application de l’article 700 du code de procédure civile.
Enfin, il est rappelé qu’en vertu de l’article R. 121-21 du code des procédures civiles d’exécution, les décisions du juge de l’exécution bénéficient de l’exécution provisoire de droit.
PAR CES MOTIFS
Le juge de l’exécution, statuant après débats en audience publique, par jugement contradictoire, en premier ressort et mis à disposition au greffe de la juridiction,
PRONONCE la nullité de la saisie-vente du 3 décembre 2024 ;
ORDONNE sa mainlevée ainsi que celle des actes subséquents ;
CONDAMNE la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de Normandie aux dépens ;
CONDAMNE la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de Normandie à payer à M. [X] [T], la somme de 1 200 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ;
DEBOUTE la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de Normandie de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELLE que la présente décision bénéficie de l’exécution provisoire de droit dès sa notification.
Le greffier, Le juge de l’exécution,
C.LAMOUR S.NICOLAI
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