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Sur la décision
| Référence : | TJ Nice, service de proximite, 23 mai 2025, n° 24/01366 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/01366 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 29 décembre 2025 |
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Texte intégral
COUR D’APPEL D’AIX EN PROVENCE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NICE
MINUTE
(Décision Civile)
Service de proximité
[W] c/ Société EASYJET
MINUTE N°
DU 23 Mai 2025
N° RG 24/01366 – N° Portalis DBWR-W-B7H-PSQ3
Grosse délivrée
à Me PITCHER Joyce
Copie délivrée
à Me ZUCCARELLI Jérôme
le
DEMANDEUR:
Monsieur [L] [W]
domicilié : chez PITCHER AVOCAT
[Adresse 1]
[Localité 2]
représenté par Me PITCHER Joyce, avocat au barreau de Paris
DEFENDERESSE:
Société EASYJET
[Adresse 9]
[Adresse 9]
[Localité 3]
représentée par Me ZUCCARELLI Jérôme, avocat au barreau de Nice
COMPOSITION DE LA JURIDICTION:
Lors des débats et qui a délibéré :
Président : Mme Marie DEVILLENEUVE, Magistrat exerçant à titre temporaire au tribunal judiciaire de Nice,assistée lors des débats par Madame Nadia GALLO, Greffier et lors du prononcé par Madame Nadia GALLO qui a signé la minute avec le président
DEBATS : A l’audience publique du 21 Mars 2025, l’affaire a été mise en délibéré au 23 Mai 2025, les parties ayant été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe
PRONONCE : par mise à disposition au greffe le 23 Mai 2025
EXPOSE DU LITIGE
Par requête en date du 3 septembre 2023, Monsieur [L] [W] a fait convoquer la société EASYJET devant le tribunal judiciaire de Nice sur le fondement du Règlement européen n° 261/2004 afin d’obtenir la condamnation de cette dernière au paiement des sommes suivantes :
250 euros au titre de l’indemnisation forfaitaire prévue par l’article 7 du Règlement CE50 euros à titre de remboursement tel que prévu à l’article 8 du Règlement CE400 euros à titre de dommages et intérêts pour défaut d’information prévus à l’article 14 du Règlement CE36,00 euros à titre de remboursement des frais engagés pour la tentative de médiation400 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive500 euros sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civileLa condamnation de la société EASYJET aux entiers dépens
L’affaire a été renvoyée à l’audience 21 mars 2025.
A cette audience Monsieur [L] [W] représenté par Maître Joyce PITCHER maintient les demandes formulées dans son acte introductif d’instance.
Au soutien de ses demandes, il fait valoir qu’il a acheté un billet d’avion auprès de la compagnie aérienne EASYJET pour un voyage le 3 février 2019 au départ de [Localité 5] et à destination de [Localité 8].
Il indique que le vol n° [Numéro identifiant 6] reliant [Localité 5] à [Localité 8] le 3 février 2019 a été annulé, qu’il a sollicité auprès de la compagnie aérienne EASYJET par le biais de la société Claim Assistance, le paiement de l’indemnité forfaitaire due conformément aux dispositions du Règlement européen du 11 février 2004 mais que cette dernière qui ne justifie nullement de l’existence d’une circonstance extraordinaire à l’origine de l’annulation du vol n’a pas fait droit à sa demande.
Que la compagnie aérienne a manqué à son obligation d’information vis à vis du passager contrevenant ainsi aux dispositions de l’article 14 du Règlement CE et que ce dernier est par conséquent en droit de solliciter des dommages et intérêts à ce titre.
Que la société EASYJET a eu un comportement abusif en ne versant pas l’indemnité forfaitaire sollicitée et ce malgré les demandes du requérant et sa tentative de médiation demeurée vaine et l’obligeant ainsi à la saisine de la présente juridiction.
La compagnie aérienne EASYJET représentée par Maître Jérôme ZUCCARELLI ne fait valoir aucun moyen de défense.
L’affaire a été mise en délibéré au 23 mai 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande d’indemnisation forfaitaire
En application des dispositions de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de l’obligation.
La preuve de l’existence du contrat de transport pèse donc sur la partie qui l’invoque au soutien de ses demandes.
En revanche, il n’appartient pas au passager de rapporter la preuve du retard ou de l’annulation du vol qu’il invoque, mais au transporteur de démontrer qu’il a exécuté les obligations dont il est débiteur, celui-ci disposant des listings de vol permettant aisément de démontrer la réalité des circonstances des vols litigieux.
En vertu des dispositions de l’article 5.3 du Règlement CE n°261/2004 du 11 février 2004, il est instauré un principe de responsabilité sans faute de l’exploitant aérien, lequel ne peut échapper à sa responsabilité que s’il est en mesure de prouver que la perturbation est due à des circonstances extraordinaires qui n’auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises.
En application des dispositions des articles 5 et 7 du Règlement CE n°261/2004 du 11 février 2004, les passagers ont droit notamment en cas d’annulation d’un vol, à une indemnisation forfaitaire dont le montant varie selon la distance parcourue entre l’aéroport de départ et la destination finale du vol.
L’indemnité est de 250 euros par passagers pour tous les vols de 1 500 kilomètres ou moins.
En application des dispositions de l’article 8 du Règlement CE n°261/2004 du 11 février 2004, les passagers se voient proposer un réacheminement vers leur destination finale dans des conditions de transport comparables et dans les meilleurs délais.
L’article 14 du Règlement CE n°261/2004 fait peser sur le transporteur aérien notamment l’obligation de présenter une notice d’information à tous les passagers subissant une annulation pour rendre effectif leur droit à indemnisation.
Dans le contexte aérien, il a été jugé que les termes circonstances extraordinaires désignent un évènement qui n’est pas inhérent à l’exercice normal de l’activité du transporteur concerné et échappe à la maitrise effective de celui-ci du fait de sa nature ou de son origine, étant précisé que les circonstances qui permettent de déroger au droit à indemnisation tel que prévu par le Règlement CE doivent être interprétées de manière stricte.
En l’espèce, il ressort des éléments et pièces versés aux débats, que Monsieur [L] [W] a conclu un contrat de transport avec la compagnie aérienne EASYJET pour un voyage entre [Localité 5] et [Localité 8] le 3 février 2019 et que ce vol n° [Numéro identifiant 6] a été annulé.
La compagnie aérienne EASYJET ne fournit aucune pièce aux débats concernant les raisons de la perturbation.
Elle ne justifie par conséquent d’aucune circonstance extraordinaire lui permettant d’être exonérée de sa responsabilité.
Dans ces conditions, le requérant est bien fondé à faire valoir son droit à indemnisation du fait de l’annulation de son vol n° [Numéro identifiant 6] entre [Localité 5] et [Localité 8] et à réclamer le versement de la somme de 250 euros.
En conséquence, la compagnie aérienne EASYJET sera condamnée à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 250 euros à titre d’indemnisation forfaitaire.
Sur la demande de remboursement de frais
Vu les dispositions de l’article 8 du Règlement CE n°261/2004 du 11 février 2004,
En l’espèce, le requérant verse aux débats le justificatif de voyage opéré par la SNCF pour un trajet en train depuis la gare de [Localité 5] à la gare d'[Localité 4] via [Localité 7] pour un montant total de 50 euros et correspondant aux frais de réacheminement depuis [Localité 5] jusqu’à sa destination finale [Localité 8] le 4 février 2019.
Sa demande de remboursement compte tenu de l’annulation de son vol est dans ces conditions parfaitement justifiée et il conviendra d’y faire droit.
La société EASYJET sera par conséquent condamnée à verser à Monsieur [L] [W] la somme de 50 euros à titre de remboursement.
Sur la demande de dommages et intérêts pour défaut d’information
Vu les dispositions de l’article 14 du Règlement (CE) n°261/2004 du 11 février 2004,
Il relève certes de la responsabilité de l’exploitant aérien, débiteur d’une obligation d’information envers les passagers, de démontrer l’exécution de cette obligation d’information.
Le demandeur se prévaut d’un préjudice résultant d’un défaut d’information s’agissant de l’annulation du vol en cause de la part de l’exploitant aérien.
La compagnie aérienne EASYJET qui n’a donné aucune explication sur ce point ne justifie donc pas de l’exécution de cette obligation à l’égard du requérant.
Le défaut d’information s’agissant du retard du vol litigieux par le transporteur aérien a en outre crée un préjudice certain au détriment du demandeur qui s’il avait été prévenu suffisamment à l’avance du retard de son vol, aurait pu envisager une solution alternative pour effectuer l’ensemble du voyage envisagé et limiter ainsi le retard d’arrivée à sa destination finale.
Dans ces conditions, il sera fait droit à sa demande indemnitaire sur ce point à hauteur de 100 euros.
La compagnie aérienne EASYJET sera condamnée à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 100 euros en réparation du préjudice résultant du défaut d’information.
Sur la demande de remboursement des frais de tentative de médiation
Selon les dispositions de l’article 9 du code de procédure civile, il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention.
En l’espèce, le requérant sollicite le remboursement de la somme de 36,00 euros correspondant aux frais liés à la tentative de médiation qu’il a engagée dans le cadre de la présente procédure, mais ne fournit à l’appui de cette demande aucune facture correspondante.
En l’absence de production de tout justificatif, il sera débouté de cette demande de remboursement.
Sur la demande de dommages et intérêts pour résistance abusive
Il sera rappelé que la simple résistance à une action en justice n’est pas en soi caractéristique d’une faute constitutive de résistance abusive justifiant l’allocation de dommages et intérêts.
Le fait que la compagnie aérienne n’ait pas versé immédiatement l’indemnité sollicitée ne peut être considéré comme constituant une résistance abusive.
Il n’est en l’espèce justifié d’aucun préjudice distinct de l’indemnisation déjà accordée.
Monsieur [L] [W] sera par conséquent débouté de cette demande.
Sur les dépens
En vertu des dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, la partie qui succombe supporte les dépens.
La compagnie aérienne EASYJET sera condamnée aux entiers dépens.
Sur l’article 700 du code de procédure civile
L’équité commande de condamner la compagnie aérienne EASYJET à verser à Monsieur [L] [W] la somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Le tribunal judiciaire, statuant après débats en audience publique par jugement contradictoire, mis à disposition des parties par le greffe et en dernier ressort ;
Condamne la société EASYJET à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 250,00 euros à titre d’indemnisation forfaitaire pour l’annulation du vol n° [Numéro identifiant 6] ;
Condamne la société EASYJET à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 50,00 euros à titre de remboursement ;
Condamne la société EASYJET à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 100,00 euros à titre de dommages et intérêts pour le préjudice résultant du défaut d’information ;
Déboute Monsieur [L] [W] de sa demande de remboursement de frais de médiation ;
Déboute Monsieur [L] [W] de sa demande de dommages et intérêts pour résistance abusive ;
Condamne la société EASYJET à payer à Monsieur [L] [W] la somme de 200,00 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
Condamne la société EASYJET aux entiers dépens ;
Rappelle que le présent jugement est assorti de droit de l’exécution provisoire.
La Greffière la Présidente
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