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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, pcp jtj proxi fond, 7 mai 2026, n° 25/04496 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/04496 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 16 mai 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 1] [1]
[1] Le :
Copie conforme délivrée
à : S.C.I. NAFTI
Copie exécutoire délivrée
à : Me GODIGNON SANTONI
Pôle civil de proximité
■
PCP JTJ proxi fond
N° RG 25/04496 – N° Portalis 352J-W-B7J-DAXW4
N° MINUTE : 3/2026
JUGEMENT
rendu le jeudi 07 mai 2026
DEMANDEUR
LE SYNDICAT DES COPROPRIETAIRES PRINCIPAL [Localité 1] SEINE DE L’IMMEUBLE SIS [Adresse 1] ET [Adresse 2], représenté par son syndic la SAS [T], dont le siège social est sis [Adresse 3]
représenté par Me Gilles GODIGNON SANTONI, avocat au barreau de Paris, vestiaire : #P0074
DÉFENDERESSE
S.C.I. NAFTI
dont le siège social est sis [Adresse 4]
non comparante, ni représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Véronique JACOB, Première vice-présidente adjointe, statuant en juge unique, assistée de Jihane MOUFIDI, Greffière
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 10 mars 2026
JUGEMENT
réputé contradictoire, en premier ressort, prononcé par mise à disposition le 07 mai 2026 par Véronique JACOB, Première vice-présidente adjointe, assistée de Jihane MOUFIDI, Greffière.
Décision du 07 mai 2026
PCP JTJ proxi fond – N° RG 25/04496 – N° Portalis 352J-W-B7J-DAXW4
EXPOSE DU LITIGE
La SCI NAFTI est propriétaire des lots n°198 (131/100000 tantièmes), 4086 (6/100000 tantièmes) et 4762 (17/100000 tantièmes) dans l’immeuble sis [Adresse 5], cadastré en section AO [Cadastre 1], soumis au régime de la copropriété.
Suite à divers impayés de charges de copropriété, le syndicat des copropriétaires principal PARIS [Adresse 6] situé [Adresse 1] et [Adresse 2], représenté par son syndic la société SAS [N] [T] située [Adresse 7], a assigné devant le juge unique du tribunal judiciaire de Paris (pôle civil de proximité) la SCI NAFTI par acte de commissaire de justice en date du 4 août 2025, en paiement des sommes suivantes, sous le bénéfice de l’exécution provisoire au visa des dispositions de la loi du 10 juillet 1965 et de décret du 17 mars 1967 :
— 1 881,10 euros au titre des charges de copropriété, selon décompte arrêté au 8 juillet 2025, échéance du 3ème trimestre 2025 incluse,
— 202,32 euros au titre des charges travaux pour la période du 25 juin 2024 au 1er juillet 2025, selon décompte arrêté au 8 juillet 2025,
— 96,85 euros au titre du fonds travaux ALLUR selon décompte arrêté au 8 juillet 2025, échéance du 3ème trimestre 2025 incluse,
— 879,07 euros au titre des frais de recouvrement,
Avec intérêts au taux légal à compter de la sommation de payer en date du 18 novembre 2024 sur la somme de 2 067,25 euros et à compter de la présente assignation pour le surplus,
— 2 000 euros de dommages et intérêts,
— 1 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens de l’instance.
Au soutien de sa demande, le syndicat des copropriétaires fait valoir que les appels de charges ne sont pas régulièrement payés, ce qui entraîne pour lui des difficultés de gestion.
A l’audience du 10 mars 2026, le syndicat des copropriétaires, représenté par son conseil, sollicite le bénéfice de son acte introductif d’instance.
La SCI NAFTI, assignée à l’étude, n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
Conformément à l’article 473 du code de procédure civile, il sera statué par jugement réputé contradictoire.
A l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré et rendue ce jour par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur les charges et provisions sur charges de copropriété et les travaux
Selon l’article 10 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965, les copropriétaires sont tenus de participer au paiement des charges, que ce soit :
— les charges générales relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes, ainsi que le fonds de travaux mentionné à l’article 14-2 de la loi, lesquelles sont dues proportionnellement aux valeurs relatives des parties privatives comprises dans leurs lots,
— les charges spéciales entraînées par les services collectifs et éléments d’équipement communs, lesquelles sont dues en fonction de l’utilité que ces services et éléments présentent à l’égard de chaque lot.
Il incombe au syndicat qui poursuit le recouvrement de charges de rapporter la preuve de sa créance. A ce titre, il lui appartient de produire le procès-verbal de l’assemblée générale approuvant les comptes de l’exercice correspondant et rendant la créance certaine, liquide et exigible, un décompte de répartition de charges ainsi qu’un décompte individuel permettant de vérifier l’adéquation entre les montants à répartir par types de charges et les sommes demandées au copropriétaire. Le grand livre du syndic ne constitue pas la preuve de l’exigibilité de la créance du syndicat.
L’article 14-1 de cette même loi dispose également que, pour faire face aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d’administration des parties communes et équipements communs de l’immeuble, le syndicat des copropriétaires vote, chaque année, un budget prévisionnel et les copropriétaires versent au syndicat des provisions égales au quart du budget voté. En vertu de l’article 35 du décret du 17 mars 1967, les appels provisionnels auxquels procède le syndic, dans les limites et sous les conditions prévues par ce texte, constituent une créance certaine, liquide et exigible.
Le recouvrement des provisions peut ainsi être poursuivi jusqu’à l’établissement des comptes définitifs qui seront soumis à l’approbation de l’assemblée générale. A ce titre, le syndicat doit produire la délibération de l’assemblée générale adoptant le budget prévisionnel et démontrer la date d’exigibilité des provisions impayées.
Par ailleurs, les travaux non inclus dans les charges de copropriété sus-définies et prévus à l’article 44 du décret n°67-223 du 17 mars 1967, ne sont pas compris dans le budget prévisionnel. Ils doivent faire l’objet d’un vote à l’assemblée générale quant à leur principe, leur montant et à leurs modalités de paiement et d’exigibilité.
Enfin, il sera rappelé qu’en application de l’article 42 de la même loi, les décisions d’une assemblée générale s’imposent aux copropriétaires tant que la nullité n’en a pas été prononcée et ce même si une procédure pour obtenir cette nullité a été diligentée. En effet, les actions ayant pour objet de contester les décisions des assemblées générales ne suspendent que les travaux décidés par l’assemblée générale en application des articles 25 et 26 durant le délai de recours de deux mois. Le copropriétaire qui n’a pas contesté la décision de l’assemblée générale ayant approuvé les comptes, n’est ainsi pas fondé à refuser de payer les sommes qui lui sont réclamées.
En l’espèce, le syndicat des copropriétaires produit à l’appui de sa demande :
— le relevé de matrice cadastrale concernant l’immeuble établissant la qualité de copropriétaire de la SCI NAFTI concernant les lots n°198, 4086 et 4762 indiquant la répartition des tantièmes (Cf. supra),
— les appels de travaux, provisions sur charges et fonds de travaux pour la période du 1er octobre 2022 au 1er juillet 2025 échéance du 3ème trimestre 2025 incluse, faisant apparaître les relevés de compte individuel,
— le décompte annuel de répartition des charges définitives des exercices 2022, 2023 et 2024
— l’historique du compte du 1er octobre 2022 au 1er juillet 2025 échéance du 3ème trimestre 2025 incluse ainsi qu’un état récapitulatif détaillé de la créance faisant état d’un solde débiteur de 3 059,34 euros, en ce inclus 879,07 euros au titre des frais de recouvrement,
— les procès-verbaux des assemblées générales des 30 juin 2021, 23 juin 2022, 20 juin 2023, 25 juin 2024, 17 juin 2025, comportant approbation des comptes des exercices clôturés et votant les budgets prévisionnels en cours jusqu’en 2026 ainsi que le fonds de travaux et les travaux appelés,
— les attestations de non recours concernant les assemblées générales de 2021 à 2024,
— les documents à l’appui des frais de recouvrement revendiqués,
— le contrat de syndic.
En application des textes visés ci-dessus et au vu des pièces produites par le syndicat, la créance de ce dernier est parfaitement établie à hauteur de la somme de 2 180,27 euros portant sur la période allant du 1er octobre 2022 au 1er juillet 2025, échéance du 3ème trimestre 2025 incluse.
Cette somme produira intérêts au taux légal à compter de la sommation de payer du 18 novembre 2024 sur le montant de 1 932,60 euros et de l’assignation du 4 août 2025 pour le surplus.
Sur les frais de recouvrement
Aux termes de l’article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965 sont imputables au seul copropriétaire concerné les frais nécessaires exposés par le syndicat, notamment les frais de mise en demeure, de relance et de prise d’hypothèque à compter de la mise en demeure, pour le recouvrement d’une créance justifiée à l’encontre d’un copropriétaire ainsi que les droits et émoluments des actes des huissiers de justice et le droit de recouvrement ou d’encaissement à la charge du débiteur et les honoraires ou frais perçus par le syndic au titre des prestations susmentionnées.
Cette liste n’est pas limitative, les frais réclamés devant toutefois être justifiés.
Il convient d’ajouter que les frais de recouvrement ne sont nécessaires au sens de l’article 10-1 précité que s’ils sortent de la gestion courante du syndic et traduisent des diligences réelles, inhabituelles et nécessaires propres à permettre au syndicat des copropriétaires de recouvrer une créance justifiée à l’encontre d’un copropriétaire défaillant.
Si les frais d’huissier, en dehors de ceux exposés dans le cadre du procès qui seront récupérés au titre des dépens, constituent des frais nécessaires, les honoraires de l’avocat de la copropriété qui sont indemnisés au titre de l’article 700 du code de procédure civile ne constituent de tels frais.
En l’espèce, à défaut de justifier des envois effectifs des multiples rappels et relances produites et comptabilisées au décompte produit, il convient de débouter le demandeur de sa demande à hauteur de 156 euros (3 fois 52 euros).
Il est encore sollicité la somme de 391,25 euros d’honoraires de syndic pour des frais de constitution du dossier contentieux sans justification de la nature des diligences, ni de leur caractère inhabituel, ni du temps consacré à celles-ci. La somme sera par conséquent rejetée.
La somme de 144 euros revendiquée pour la constitution du dossier transmis à l’auxiliaire de justice [O] sera également écartée pour les mêmes motifs.
Seule la sommation de payer en date du 18 novembre 2024 pour un montant de 134,65 euros sera prise en compte au titre du montant des frais de recouvrement et la SCI NAFTI sera par conséquent condamnée à verser cette somme au syndicat des copropriétaires avec intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2024.
Sur les dommages et intérêts
L’article 1231-6 du code civil dispose que le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts, distincts des intérêts moratoires de la créance.
L’article 2274 du code civil précise que la bonne foi est toujours présumée, et que c’est à celui qui se prévaut de la mauvaise foi d’en rapporter la preuve.
Par ailleurs, en application de l’article 1240 du même code, il est de jurisprudence constante que la faute, même non grossière ou dolosive suffit, lorsqu’un préjudice en résulte, à justifier une condamnation à des dommages-intérêts pour abus du droit d’agir en justice ou de résistance abusive à une action judiciaire.
Les manquements répétés des copropriétaires à leur obligation essentielle à l’égard du syndicat des copropriétaires de régler les charges de copropriété sans justifier de raisons valables pouvant expliquer leur carence existante depuis plusieurs années malgré les différentes mises en demeure, outre qu’ils révèlent leur mauvaise foi, sont constitutifs d’une faute qui cause à la collectivité des copropriétaires, privée depuis de longues années d’une somme importante, nécessaire à la gestion et à l’entretien de l’immeuble, un préjudice financier direct et certain.
En l’espèce, il est établi que la SCI NAFTI présente, de manière récurrente depuis plus de deux ans, des impayés de charges de copropriété et de travaux. Ces manquements répétés perturbent la trésorerie et le bon fonctionnement de la copropriété et causent nécessairement un préjudice important au syndicat des copropriétaires qui doit pallier ces paiements manquants, dont le montant sera toutefois revu à plus justes proportions compte tenu du montant de la créance.
La demande de dommages et intérêts du syndicat des copropriétaires sera donc accueillie à hauteur de 400 euros.
Sur les demandes accessoires
La défenderesse, partie perdante, sera condamnée aux dépens, en application de l’article 696 du code de procédure civile.
Il serait inéquitable de laisser à la charge du syndicat des copropriétaires les frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens. La somme de 1 000 euros lui sera donc allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS,
Le tribunal judiciaire statuant publiquement, et en premier ressort, par jugement réputé contradictoire mis à disposition au greffe,
CONDAMNE la SCI NAFTI à payer au syndicat des copropriétaires principal PARIS SEINE situé [Adresse 1] et [Adresse 2], représenté par son syndic la société SAS [N] [T] située [Adresse 7] :
— la somme de 2 180,27 euros au titre des charges, fonds ALLUR et travaux sur la période allant du 1er octobre 2022 au 1er juillet 2025 échéance du 3ème trimestre 2025 incluse, avec intérêts au taux légal à compter de la sommation de payer du 18 novembre 2024 sur la somme de 1 932,60 euros et de l’assignation du 4 août 2025 pour le surplus,
— la somme de 134,65 euros au titre des frais de recouvrement avec intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2024,
— la somme de 400 euros à titre des dommages-intérêts ;
CONDAMNE la SCI NAFTI à payer au syndicat des copropriétaires principal PARIS SEINE situé [Adresse 1] et [Adresse 2], représenté par son syndic la société SAS [N] [T] située [Adresse 7], la somme de 1 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETTE le surplus des demandes ;
CONDAMNE la SCI NAFTI aux dépens ;
RAPPELLE que le présent jugement est exécutoire de plein droit à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le président et la greffière susnommés.
La Greffière, Le Président,
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