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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, pcp jcp acr fond, 29 janv. 2026, n° 25/07467 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/07467 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 14 février 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 5] [1]
[1] Copie conforme délivrée
le :
à : Monsieur [R] [T]
Copie exécutoire délivrée
le :
à : Maître Magali DELATTRE
Pôle civil de proximité
■
PCP JCP ACR fond
N° RG 25/07467 – N° Portalis 352J-W-B7J-DATZ2
N° MINUTE :
5/2026
JUGEMENT
rendu le 29 janvier 2026
DEMANDERESSE
LES VERDURES DE [Localité 4]
Société Civile Immobilière dont le siège social est situé [Adresse 3]
représentée par la SELARL DELATTRE & HOANG en la personne de Maître Magali DELATTRE, avocat au barreau de PARIS,vestiaire G234
DÉFENDEUR
Monsieur [R] [T]
demeurant [Adresse 1]
comparant en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Patricia PIOLET, Vice-présidente, juge des contentieux de la protection
assistée de Christopher LEPAGE, Greffier,
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 28 novembre 2025
JUGEMENT
contradictoire et en premier ressort prononcé par mise à disposition le 29 janvier 2026 par Patricia PIOLET, juge des contentieux de la protection assistée de Christopher LEPAGE, Greffier
Décision du 29 janvier 2026
PCP JCP ACR fond – N° RG 25/07467 – N° Portalis 352J-W-B7J-DATZ2
EXPOSÉ DU LITIGE :
Par acte sous seing privé du 24 avril 2023, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] a donné en location à Monsieur [T] un local à usage d’habitation situé [Adresse 2], pour un loyer de 528 euros par mois.
Monsieur [T] n’ayant pas réglé l’intégralité des loyers, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] lui a fait délivrer un commandement de payer le 26 décembre 2024 faisant état d’un impayé locatif à hauteur de 1803,92 euros, mais celui-ci s’est révélé infructueux.
Par acte de commissaire de justice du 30 juin 2025, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] a fait assigner Monsieur [T] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, aux fins de voir notamment, sous le bénéfice de l’exécution provisoire, constater que la clause résolutoire insérée au contrat de bail est acquise et le bail résilié depuis le 26 février 2025, le locataire étant occupant sans droit ni titre depuis cette date, et à titre subsidiaire la résiliation judiciaire du bail pour manquements du locataire à ses obligations contractuelles et légales, ordonner son expulsion sous astreinte de 50 euros et ordonner la séquestration des objets mobiliers, le condamner à lui régler la somme de 2570,71 euros arrêtée au 19 juin 2025 avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer sur la somme de 1803,92 euros et à compter de l’assignation pour le surplus, outre une indemnité d’occupation correspondant au montant du loyer et des charges et 2000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi que les entiers dépens de l’instance en ce compris le coût du commandement de payer.
La dénonciation au préfet est intervenue le 04 juillet 2025.
L’affaire a été appelée à l’audience du 28 novembre 2025.
Lors des débats, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] par l’intermédiaire de son avocat a sollicité le bénéfice de son acte introductif d’instance, actualisant sa créance à la somme de 1381,49 euros.
En défense, Monsieur [T] a comparu en personne et exposé sa situation financière et personnelle, sollicitant son maintien dans les lieux et des délais de paiement.
Sur la suspension de la clause résolutoire et l’octroi d’éventuels délais de paiement, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] a fait part de son accord à l’audience.
Un diagnostic social et financier a été réalisé avant l’audience et versé au dossier. Lecture en a été faite aux parties.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré au 29 janvier 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION :
— Sur la recevabilité de la demande :
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de [Localité 5] par la voie électronique le 04 juillet 2025 soit plus de six semaines avant le premier appel de l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] justifie avoir saisi la CCAPEX le 30 décembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 30 juin 2025.
Aucun élément n’est communiqué concernant une procédure de surendettement.
L’action est donc recevable.
— Sur l’acquisition de la clause résolutoire du bail :
L’article 24, alinéa 1er, de la loi du n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction applicable à la cause, dispose : « Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».
Le contrat signé par les parties prévoit une clause résolutoire de plein droit à défaut de paiement du loyer et de ses accessoires deux mois après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux.
Il a été visé un délai de 2 mois au commandement de payer du 26 décembre 2024, malgré sa délivrance après l’entrée en vigueur de la loi du 27 juillet 2023 qui a réduit à six semaines le délai pour payer les causes d’un tel commandement de payer. En effet ce délai ne correspond pas au délai légal existant lors de la signature du contrat de bail versé au dossier; il est donc admis que les dispositions de l’article 10 de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, en ce qu’elles modifient le délai minimal imparti au locataire pour s’acquitter de sa dette après la délivrance d’un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail prévu par l’article 24, alinéa 1er et 1°, de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, n’ont pas pour effet de modifier les délais figurant dans les clauses contractuelles des baux en cours au jour de l’entrée en vigueur de la loi (Civ. 3ème, 13 juin 2024, avis n°24-70.002).
Ainsi, il y a bien lieu de retenir un délai de 2 mois.
Il résulte des pièces produites et des débats que Monsieur [T], locataire d’un logement situé [Adresse 2] suivant bail sous seing privé du 24 avril 2023, était redevable d’un arriéré de loyers et de charges de 1803,92 euros à la date de délivrance du commandement de payer et qu’il n’a pas réglé l’intégralité de la dette dans le délai de 2 mois.
Il convient de dire en conséquence que les effets de la clause résolutoire insérée au contrat sont acquis et de constater que le bail s’est trouvé résilié de plein droit à compter du 27 février 2025.
— Sur les sommes dues au titre de l’arriéré de loyers :
Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7, a), de la loi n° 89-642 du 6 juillet 1989.
En l’espèce, le bailleur produit un décompte établi le 27 novembre 2025 démontrant que Monsieur [T] restait devoir la somme de 1381,49 euros au titre des loyers et charges impayés.
Monsieur [T], qui ne conteste pas le montant de la dette locative, sera en conséquence condamné à verser cette somme au bailleur, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision.
— Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais de paiement :
En application de l’article 24 V et VII de la loi du 6 juillet 1989 le juge peut accorder, même d’office, des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative ET ayant repris le paiement du loyer courant avant l’audience, et peut, à la demande d’une des parties, sous la condition de la reprise du loyer courant, suspendre les effets de la clause résolutoire.
En l’espèce, il convient de prendre en compte les efforts de paiements effectués par le locataire avant l’audience et l’accord du bailleur concernant la suspension de la clause résolutoire du contrat de bail et l’octroi de délais de paiement, pour autoriser Monsieur [T] à rembourser la dette dans le cadre d’un plan d’apurement dont les modalités seront fixées, compte-tenu de la situation des parties, à la somme de 150 euros par mois.
Les effets de la clause résolutoire seront suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés, et les demandes relatives à l’expulsion, au transport et à la séquestration des meubles deviennent sans objet.
Si Monsieur [T] se libère dans le délai imparti et selon les modalités fixées, en sus du paiement du loyer courant, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué.
En revanche, le défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance entraînera la déchéance du terme et :
— la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible,
— Monsieur [T] sera tenu au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant du loyer révisé tel que fixé dans le contrat augmenté des charges qui auraient été dus si le contrat de bail s’était poursuivi,
— la clause résolutoire du contrat reprendra son plein effet,
— il pourra être procédé à l’expulsion de Monsieur [T] et de tout occupant de son chef du logement selon les modalités prévues au dispositif ci-après, aucun élément ne venant justifier le prononcé d’une astreinte,
— le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
— Sur l’exécution provisoire :
La présente décision est exécutoire à titre provisoire.
— Sur l’article 700 du code de procédure civile :
Il résulte des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile que : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. »
Ni la nature du litige, ni l’équité ne commandent en l’espèce qu’il soit fait application de l’article 700 du code de procédure civile au profit du bailleur. Au surplus, le paiement de cette somme serait de nature à mettre en échec le plan d’apurement accordé.
— Sur les dépens:
L’article 696 du code de procédure civile dispose : « La partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie ».
Monsieur [T] qui succombe supportera les dépens de l’instance qui comprendront le coût du commandement de payer, de l’assignation, et de la notification au préfet .
PAR CES MOTIFS :
Le Juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, statuant par jugement contradictoire et en premier ressort,
Constate l’acquisition de la clause résolutoire, à compter du 27 février 2025 du bail consenti par la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] à Monsieur [T] portant sur des locaux à usage d’habitation situés [Adresse 2] ;
En suspend toutefois les effets ;
Condamne Monsieur [T] à payer à la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] la somme de 1381,49 euros au titre des loyers, et/ou indemnités et charges impayés au 27 novembre 2025, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
Autorise Monsieur [T] à s’acquitter de la dette en 09 fractions mensuelles minimum de 150 euros chacune en plus des loyers courants et des charges afférentes, le solde total étant réglé avec la 10e et dernière échéance (sauf meilleur accord des parties, possibilité de paiement par anticipation ou entrée en vigueur d’un plan de surendettement) ;
Dit que les paiements mensuels devront être effectués par Monsieur [T] entre les mains du bailleur aux termes prévus par le contrat de location et pour la première fois, avant le premier terme contractuel qui suivra la signification de la présente décision par commissaire de justice, jusqu’à extinction totale de la dette ;
Dit que si les modalités de paiement échelonné sont respectées et les échéances courantes régulièrement acquittées, les effets de la clause résolutoire seront réputés ne jamais avoir été acquis ;
Dit en revanche que tout défaut de paiement par Monsieur [T] d’un seul loyer ou d’une seule mensualité de paiement pour apurer la dette, justifiera :
▸que la clause résolutoire du contrat retrouve son plein effet ;
▸que le solde total de la dette devienne immédiatement exigible en principal, intérêts et frais ;
▸qu’à défaut pour Monsieur [T] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] pourra faire procéder à son expulsion des lieux loués ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est, aucun élément ne venant justifier le prononcé d’une astreinte ;
▸que Monsieur [T] sera condamné à verser à la SCI LES VERDURES DE [Localité 4] une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux ;
▸que le sort des meubles sera alors régi par les dispositions des articles L. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution;
Déboute les parties de leurs demandes plus amples ou contraires ;
Rappelle que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit ;
Dit n’y avoir lieu à l’application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
Condamne Monsieur [T] au paiement des dépens de l’instance, qui comprendront le coût du commandement de payer, de l’assignation et de la notification au préfet.
Jugement rendu par mise à disposition au greffe du tribunal judiciaire de PARIS le 29 janvier 2026.
LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT.
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