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Sur la décision
| Référence : | TJ Strasbourg, illkirch civil, 28 janv. 2026, n° 25/05671 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/05671 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 24 février 2026 |
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Texte intégral
Tribunal judiciaire de Strasbourg
TRIBUNAL DE PROXIMITE D’ILLKIRCH-GRAFFENSTADEN
Juge des Contentieux de la Protection
[Adresse 1]
[Localité 1]
☎ : [XXXXXXXX01]
[Courriel 1]
______________________
ILLKIRCH Civil
N° RG 25/05671
N° Portalis DB2E-W-B7J-NVRP
______________________
MINUTE N°
______________________
Expédition revêtue de la formule exécutoire délivrée à :
— Me TECHEL
Copie certifiée conforme délivrée à :
— M. [K]
— Préfecture du Bas-Rhin
le
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
__________
JUGEMENT CONTRADICTOIRE
DEMANDERESSE :
Madame [U] [M]
née le 18 Octobre 1941 à [Localité 2] (ALLEMAGNE) ([Localité 3])
[Adresse 2]
[Localité 4]
représentée par Me Laurie TECHEL, avocat au barreau de STRASBOURG, vestiaire : 96
DEFENDEURS :
Monsieur [O], [T], [H] [K]
[Adresse 3]
[Adresse 4]
non comparant
Madame [R], [P] [Q]
[Adresse 5]
[Adresse 4]
Décédée le 12 septembre 2025
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Olivier LICHY, Juge des Contentieux de la Protection
Morgane SCHWARTZ, Greffier
DÉBATS ORAUX A L’AUDIENCE PUBLIQUE EN DATE DU : 03 Décembre 2025
PRONONCE PUBLIQUEMENT PAR MISE A DISPOSITION DU JUGEMENT AU GREFFE DU TRIBUNAL LE : 28 Janvier 2026
Premier ressort,
OBJET : Baux d’habitation – Demande tendant à l’exécution des autres obligations du locataire et/ou tendant à faire prononcer la résiliation pour inexécution de ces obligations et ordonner l’expulsion
FAITS ET PROCEDURE
Attendu que dans l’assignation qu’elle a fait délivrer le 21 mai 2025 à monsieur [O] [K] et à madame [R] [Q], madame [U] [M] expose que :
— suivant acte sous seings privés du 30 novembre 2011, elle a donné à bail à monsieur [K] et madame [Q] un local à usage d’habitation situé [Adresse 6] ;
— le loyer convenu était de 590 euros outre les charges qui font l’objet d’une provision mensuelle de 150 euros ;
— après plusieurs mois de loyers impayés, elle a, le 4 février 2025, fait délivrer aux locataires un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail, et ce pour un arriéré locatif arrêté au 23 janvier 2025 à la somme de 3 291,66 euros en principal ;
Que le commandement n’ayant pas été suivi d’un règlement, madame [M] a, le 21 mai 2025, fait assigner les défendeurs devant le juge des contentieux de proximité de céans, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
▸ constater la résiliation du bail par application de la clause résolutoire, subsidiairement prononcer la résiliation du bail,
▸ ordonner l’expulsion,
▸ condamner solidairement monsieur [K] et madame [Q] au paiement de la somme de 4 264,46 euros due au titre des loyers impayés au jour de l’assignation avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation,
▸ les condamner à régler une indemnité d’occupation dont le montant est égal à celui du loyer et des charges et ce jusqu’à la libération effective des lieux,
▸ les condamner solidairement au paiement d’une indemnité de 800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens, incluant notamment le coût du commandement de payer ;
Attendu que l’affaire a été appelée aux audiences des 3 septembre, 1er octobre puis du 3 décembre 2025, à laquelle l’affaire a été retenue ; que madame [M] a maintenu ses demandes et actualisé le montant des impayés à la somme de 3 741,52 euros au 1er décembre 2025 ;
Que les défendeurs n’étaient ni présents ni représentés ;
Attendu que la partie présente était informée que la décision sera mise à disposition à compter du 28 janvier 2026 ;
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Attendu que l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989 dispose que l’assignation doit être dénoncée au représentant de l’État dans le département au moins six semaines avant l’audience ; qu’en l’espèce la copie de l’assignation a été notifiée aux services de la préfecture le 28 mai 2025 et l’audience s’est tenue le 3 décembre 2025 ;
Que la demande est en conséquence recevable ;
Sur la demande en paiement de l’arriéré (loyers et charges) et des indemnités d’occupation
Attendu que le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 ;
Qu’en l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats que madame [Q], la concubine et colocataire est décédée le 12 septembre 2025 ; que monsieur [K] n’a pas réglé le montant des loyers et charges pas plus que les indemnités d’occupation dues à compter de la date à laquelle la clause résolutoire a commencé à produire ses effets, soit au 19 mars 2025, de sorte qu’au jour de l’audience, il reste du la somme de 3 741,52 euros outre les frais ;
Que la créance étant justifiée, il convient en conséquence de condamner le locataire au paiement de la somme de 3 741,52 euros au titre des impayés de loyers et des indemnités d’occupation dues à compter du 19 mars 2025 jusqu’au jour de l’audience, avec les intérêts au taux légal à compter de la notification de la présente décision ;
Qu’il y a lieu cependant lieu de dire que la condamnation sera prononcée en deniers ou quittances pour tenir compte des versements réalisés entre temps ;
Sur les délais de paiement et l’acquisition de la clause résolutoire
Attendu qu’aux termes de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du Code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative ; que l’article 1343-5 alinéa 4 du même code s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa ; que le juge peut même d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi ; que l’article 24 VII précise que pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus ; que ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges ; que si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ;
Attendu cependant que l’octroi de délais n’a de sens que s’ils permettent le règlement de la dette locative au moins en grande partie ; qu’il y a par ailleurs lieu de prendre en compte l’ancienneté du contrat de bail, la situation familiale, l’évolution des revenus, les efforts effectués par le locataire pour régulariser la situation et le montant de la dette ;
Qu’en l’espèce, il résulte du diagnostic social, réalisé avant le décès de sa compagne, que les revenus mensuels de monsieur [K] sont de 2 100 euros environ ; que ses charges fixes sont de l’ordre de 1 000 euros ; que le locataire est âgé de 85 ans ; qu’en outre la demanderesse n’était pas opposée à un maintien dans les lieux à condition que les charges soient régularisées ;
Qu’il y a en conséquence lieu d’accorder les délais dans les conditions précisées dans le « Par ces motifs » et en conséquence de suspendre les effets de la clause résolutoire ;
Que cependant il convient de rappeler que le défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance (plan d’apurement ou loyer courant) entraînerait la déchéance du terme et que la totalité du solde restant dû deviendrait alors immédiatement exigible suite à la mise en demeure de madame [M] dont les modalités sont précisées ci-après ;
Que si monsieur [K] se libère de la dette dans le délai et selon les modalités fixés ci-dessous, en sus du paiement du loyer courant, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué ;
Que dans le cas contraire, si la mensualité due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré reste impayée passé un délai de 15 jours (quinze jours) après réception ou avis fait au destinataire d’une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure :
— la totalité de la somme restante due deviendra immédiatement exigible,
— la clause résolutoire reprendra son plein effet, de sorte que le locataire sera tenu au paiement d’une indemnité d’occupation égale au seul montant du loyer et des charges (provisions mensuelles avec régularisation annuelle) qui auraient été versés si le bail s’était poursuivi, hors toute autre somme telle que taxes et pénalités,
— il pourra être procédé à l’expulsion de monsieur [K] selon les modalités prévues au dispositif ci-après,
— le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L 433-1 et L 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution,
Sur les demandes accessoires
Attendu que monsieur [K] sera condamné aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 4 février 2025 ;
Qu’il serait inéquitable de laisser à la charge de madame [M] les frais non compris dans les dépens ; qu’en conséquence, le locataire sera condamné à lui payer la somme de 250 euros au titre des frais irrépétibles engagés ;
Attendu que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
PAR CES MOTIFS
Nous, Olivier LICHY, statuant publiquement en qualité de juge des contentieux de la protection par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
DEBOUTONS madame [U] [M] des demandes faites à l’encontre de madame [R] [Q] ;
CONDAMNONS monsieur [O] [K] à payer en deniers ou quittances à madame [U] [M] la somme de 3 741,52 euros (trois mille sept cent quarante et un euros et cinquante-deux cents) au titre des impayés de loyers et charges arrêtés au 1er décembre 2025 avec les intérêts au taux légal à compter de la notification de la présente décision ;
AUTORISONS monsieur [O] [K] à s’acquitter de cette dette auprès de madame [U] [M] en 24 mois, par 23 premières mensualités de 150 euros (cent cinquante euros) puis une 24ème mensualité devant impérativement apurer le solde de la dette en principal et intérêts, au plus tard le dernier jour de chaque mois, en sus du loyer courant et entre les mains de son bailleur ou du mandataire de ce dernier gérant la perception des loyers ;
SUSPENDONS en conséquence les effets de la clause résolutoire laquelle sera réputée n’avoir jamais joué si monsieur [O] [K] se libère de la dette locative dans les délais et modalités ainsi fixés en sus du paiement du loyer courant ;
DISONS qu’en cas de mensualité demeurée impayée, qu’elle soit due au titre du loyer, des charges courants ou de l’arriéré, dans les 15 jours (quinze jours) qui suivent l’envoi de la mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception :
— la totalité de la somme restante due deviendra immédiatement exigible,
— la clause résolutoire reprendra son plein effet ;
— monsieur [O] [K] sera condamné à payer à madame [U] [M] une indemnité mensuelle d’occupation égale au seul montant du loyer et des charges (provisions mensuelles avec régularisation annuelle) qui auraient été versés si le bail s’était poursuivi, hors toute autre somme telle que taxes et pénalités et ce à compter de la date de présentation du courrier recommandé envoyé et jusqu’à la libération effective des lieux ;
— faute de départ volontaire des lieux loués, madame [U] [M] sera autorisée à faire procéder à l’expulsion de monsieur [O] [K] et de tous occupants de son chef, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, passé le délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, conformément aux dispositions des articles L 412-1 et suivants, R 411-1 et suivants, R 412-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution,
— le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L 433-1 et L 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNONS monsieur [O] [K] à payer à madame [U] [M] la somme de 250 euros (deux cent cinquante euros) au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS monsieur [O] [K] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 4 février 2025 ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
Ainsi fait et jugé à [Localité 5] le 28 janvier 2026,
Le Greffier Le Juge des contentieux de la protection
Morgane SCHWARTZ Olivier LICHY
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