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Sur la décision
| Référence : | TJ Tarbes, jugecontentieuxprotection, 17 févr. 2026, n° 25/01725 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01725 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 25 février 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
Service civil
Juge des Contentieux de la Protection
JUGEMENT
Du : 17 Février 2026
N° de minute :
Affaire :
N° RG 25/01725 – N° Portalis DB2B-W-B7J-EUN3
Prononcé le 17 Février 2026, au Tribunal Judiciaire de TARBES par mise à disposition au Greffe,
L’affaire a été appelée à l’audience publique du 16 décembre 2025 sous la présidence de Madame LOUISON Céline, Juge des contentieux de la protection assistée de Madame EL AMACHE Amel, cadre greffier présent lors des débats et de la mise à disposition ; En présence de Monsieur [I], auditeur de justice;
A l’issue des débats : le Président a indiqué que le jugement était mis en délibéré au 17 Février 2026, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l’article 450 du Code de procédure civile ;
Ce jour, après en avoir délibéré conformément à la loi, le jugement suivant a été rendu:
ENTRE :
DEMANDEUR(S) :
[A] [S], demeurant [Adresse 1]
comparant en personne
D’UNE PART,
ET
DEFENDEUR(S) :
[X] [B], demeurant [Adresse 2]
non comparant, ni représenté
D’AUTRE PART,
RAPPEL DES FAITS
Monsieur [A] [S] a donné à bail à Monsieur [X] [B] un local à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 1] par contrat en date du 03 janvier 2024, ayant pris effet le 06 janvier suivant, pour un loyer mensuel de 380 € et 45 € de provisions sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, Monsieur [A] [S] a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 11 mars 2025 pour un montant de 3 240 €.
Monsieur [A] [S] a ensuite fait assigner Monsieur [X] [B] par acte de commissaire de justice en date du 16 septembre 2025 devant le Juge des contentieux de la protection de [Localité 2] pour obtenir la résiliation du contrat, l’expulsion et la condamnation au payement.
A l’audience du 16 décembre 2025, Monsieur [A] [S] demande de constater l’acquisition de la clause résolutoire ; d’ordonner l’expulsion de Monsieur [X] [B] ; et de condamner ce dernier au payement de l’arriéré locatif actualisé à la somme de 7 300 €, d’une indemnité mensuelle d’occupation indexée, outre une somme de 500 € à titre de dommages et intérêts sur le fondement de l’article 1231-1 du Code civil, 500 € en application de l’article 700 du Code de procédure civile et les dépens.
Monsieur [A] [S] précise que Monsieur [X] [B] occupe toujours le logement loué et ne réalise aucun payement.
Bien que régulièrement convoqué par acte de commissaire de justice signifié à étude le 16 septembre 2025, Monsieur [X] [B] n’est ni présent ni représenté à l’audience.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe le 09 décembre 2025 et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
A l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré au 17 février 2026 par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Le jugement est réputé contradictoire en application de l’article 473 du Code de procédure civile, du seul fait qu’il est susceptible d’appel.
En application de l’article 472 du Code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
I. SUR LA RESILIATION :
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture des Hautes-Pyrénées par la voie électronique le 17 septembre 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, Monsieur [A] [S] justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 12 mars 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 16 septembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur l’acquisition des effets la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ».
L’article 24 VII de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ajoute que « Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ».
En l’espèce, le bail conclu le 03 janvier 2024, ayant pris effet le 06 janvier suivant contient une clause résolutoire (article VIII. CLAUSE RESOLUTOIRE) et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 11 mars 2025, pour la somme en principal de 3 240 €. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 22 avril 2025.
L’expulsion de Monsieur [X] [B] sera donc ordonnée.
II. SUR LES DEMANDES DE CONDAMNATION AU PAYEMENT :
L’article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 pose le principe selon lequel « le locataire est obligé : a) de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus (…) ».
Monsieur [A] [S] produit un décompte démontrant que Monsieur [X] [B] reste devoir, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 7 300 € à la date du 16 décembre 2025.
Monsieur [X] [B], non comparant, n’apporte par définition aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de cette dette. Il sera par conséquent condamné au payement de cette somme de 7 300 €, avec les intérêts au taux légal sur la somme de 3 240 € à compter du commandement de payer (11 mars 2025), sur la somme de 2 920 € à compter de l’assignation (16 septembre 2025) et à compter du présent jugement pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du Code civil.
*
Monsieur [X] [B] sera également condamné au payement d’une indemnité mensuelle d’occupation pour la période courant du 1er janvier 2026 à la date de la libération effective et définitive des lieux.
L’indemnité d’occupation a pour objet de réparer l’entier préjudice qui résulte pour le propriétaire de la privation de son bien. Son fondement est délictuel et trouve son origine dans la faute commise par celui qui se maintient sans droits dans les lieux. Elle présente donc à la fois un caractère compensatoire et indemnitaire, étant destinée non seulement à compenser les pertes de loyers subies par le propriétaire mais également à indemniser le préjudice qu’il subit du fait que son logement est indisponible. Dès lors, le principe de la réparation intégrale du préjudice a vocation à s’appliquer.
Comme pour toute indemnité réparatrice d’un préjudice, il est reconnu aux juges du fond un pouvoir souverain pour en fixer le montant (voir notamment Cass 3ème civ 11 octobre 1977 et 21 janvier 1998). Dès lors, le juge dispose de la faculté d’indexer le montant de l’indemnité d’occupation s’il estime que cette indexation est nécessaire pour assurer la réparation intégrale du préjudice (voir notamment Cass civ avis 04 juillet 2017).
En l’espèce, il apparaît que le préjudice de Monsieur [A] [S] sera intégralement réparé par l’octroi d’une indemnité d’occupation fixée à 380 € et non indexée.
III. SUR LA DEMANDE DE DOMMAGES ET INTERETS :
Selon l’article 1231-1 du Code civil, « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure ».
De jurisprudence constante, l’exercice d’une action en justice, de même que la défense à une telle action, constitue, par principe, un droit et ne dégénère en abus pouvant donner naissance à une dette de dommages et intérêts qu’en cas de malice, de mauvaise foi ou d’erreur grossière équipollente au dol (voir notamment Cass 2ème civ. 11 janvier 1973).
En l’espèce, Monsieur [A] [S] ne justifie pas du préjudice indépendant du retard dans le payement des loyers qu’il aurait subi en lien avec le comportement de Monsieur [X] [B].
Il sera donc débouté de sa demande de dommages et intérêts.
IV. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
Monsieur [X] [B], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 11 mars 2025, de sa notification à la CCAPEX le 12 mars 2025, de l’assignation du 16 septembre 2025 et de sa notification à la Préfecture le 17 septembre 2025.
Compte tenu des démarches judiciaires qu’a dû accomplir Monsieur [A] [S], Monsieur [X] [B] sera condamné à lui verser une somme de 100 € au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.
En application de l’article 514 du Code de procédure civile, les décisions rendues suite à une instance introduite après le 1er janvier 2020 sont de droit exécutoires à titre provisoire, à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
En l’espèce, il n’y a pas lieu de déroger au principe de l’exécution provisoire de droit.
PAR CES MOTIFS,
Le Juge des contentieux de la protection, statuant par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, mis à disposition au greffe,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 03 janvier 2024 entre Monsieur [A] [S] et Monsieur [X] [B] concernant le local à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 1] sont réunies à la date du 22 avril 2025 ;
ORDONNE en conséquence à Monsieur [X] [B] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai d’un mois à compter de la signification du présent jugement ;
DIT qu’à défaut pour Monsieur [X] [B] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Monsieur [A] [S] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
CONDAMNE Monsieur [X] [B] à verser à Monsieur [A] [S] la somme de 7 300 € (sept mille trois cent euros) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés (décompte arrêté au 16 décembre 2025, incluant un dernier appel de 380 € pour le mois de décembre 2025 et un dernier versement de 380 € enregistré pour le mois de juillet 2024), avec les intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2025 sur la somme de 3 240 €, sur la somme de 2 920 € à compter du 16 septembre 2025 et à compter du présent jugement pour le surplus ;
CONDAMNE Monsieur [X] [B] à payer à Monsieur [A] [S] une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 1er janvier 2026 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ;
FIXE cette indemnité mensuelle d’occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s’était poursuivi, soit 380 € (trois cent quatre-vingt euros) ;
DEBOUTE Monsieur [A] [S] de sa demande de dommages et intérêts ;
CONDAMNE Monsieur [X] [B] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 11 mars 2025, de sa notification à la CCAPEX le 12 mars 2025, de l’assignation du 16 septembre 2025 et de sa notification à la Préfecture le 17 septembre 2025 ;
CONDAMNE Monsieur [X] [B] à verser à Monsieur [A] [S] une somme de 100 € (cent euros) au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;
DEBOUTE les parties de toute demande plus ample ou contraire ;
RAPPELLE que le présent jugement est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
ORDONNE, à toutes fins, la transmission par les soins du greffe d’une copie de la présente décision au Préfet des Hautes-Pyrénées ;
DIT que la présente décision sera signifiée par Huissier de Justice et/ou Commissaire de
justice à la diligence des parties conformément aux dispositions de l’article 675 du Code de Procédure Civile.
Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction les jours, mois et an susdits.
En foi de quoi, le présent jugement a été signé par le juge et le cadre greffier.
Le cadre greffier Le juge
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