Confirmation 28 juin 2024
Cassation 13 novembre 2025
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Sur la décision
| Référence : | Cass. 2e civ., 13 nov. 2025, n° 24-19.841 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour de cassation |
| Numéro(s) de pourvoi : | 24-19.841 24-19.841 |
| Importance : | Inédit |
| Décision précédente : | Cour d'appel de Besançon, 28 juin 2024 |
| Dispositif : | Cassation |
| Date de dernière mise à jour : | 21 novembre 2025 |
| Identifiant Légifrance : | JURITEXT000052833364 |
| Identifiant européen : | ECLI:FR:CCASS:2025:C201131 |
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Texte intégral
CIV. 2
CH10
COUR DE CASSATION
______________________
Arrêt du 13 novembre 2025
Cassation
Mme MARTINEL, présidente
Arrêt n° 1131 F-D
Pourvoi n° N 24-19.841
R É P U B L I Q U E F R A N Ç A I S E
_________________________
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
_________________________
ARRÊT DE LA COUR DE CASSATION, DEUXIÈME CHAMBRE CIVILE, DU 13 NOVEMBRE 2025
La caisse primaire d’assurance maladie d’Ille et Vilaine, dont le siège est [Adresse 1], a formé le pourvoi n° N 24-19.841 contre l’arrêt rendu le 28 juin 2024 par la cour d’appel de Besançon (chambre sociale), dans le litige l’opposant à la société [2], société par actions simplifiée, dont le siège est [Adresse 3], défenderesse à la cassation.
La demanderesse invoque, à l’appui de son pourvoi, un moyen de cassation.
Le dossier a été communiqué au procureur général.
Sur le rapport de Mme Dudit, conseillère référendaire, les observations de la SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol, avocat de la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille et Vilaine, de la SARL Cabinet Munier-Apaire, avocat de la société [2], et l’avis de Mme Tuffreau, avocate générale référendaire, après débats en l’audience publique du 1er octobre 2025 où étaient présentes Mme Martinel, présidente, Mme Dudit, conseillère référendaire rapporteure, Mme Renault-Malignac, conseillère doyenne, et Mme Thomas, greffière de chambre,
la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, composée de la présidente et des conseillères précitées, après en avoir délibéré conformément à la loi, a rendu le présent arrêt.
Faits et procédure
1. Selon l’arrêt attaqué (Besançon, 28 juin 2024), le 1er septembre 2022, la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille-et-Vilaine (la caisse) a, après avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, pris en charge au titre de la législation professionnelle la maladie déclarée, le 16 novembre 2021, par l’un des salariés (la victime) de la société [2] (l’employeur).
2. L’employeur a saisi d’un recours une juridiction chargée du contentieux de la sécurité sociale.
Examen du moyen
Sur le moyen, pris en ses première et troisième branches
Enoncé du moyen
3. La caisse fait grief à l’arrêt de déclarer la décision de prise en charge inopposable à l’employeur, alors :
« 1°/ que lorsque la caisse saisit le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), elle doit mettre le dossier à la disposition de la victime, de ses représentants et de l’employeur pendant quarante jours francs, ces derniers pouvant consulter, compléter le dossier et faire connaître leurs observations pendant trente jours, puis uniquement consulter le dossier et formuler des observations pendant les dix jours suivants ; que la caisse doit informer la victime ou ses représentants et l’employeur des dates d’échéance de ces différentes phases lorsqu’elle saisit le CRRMP ; que le point de départ du délai de 30 jours dont disposent les parties pour consulter et compléter le dossier et faire connaitre leurs observations, auquel s’ajoute le délai de 10 jours pour uniquement consulter le dossier et faire connaître leurs observations, court à compter de la date de la saisine du CRRMP par la caisse, seul moyen de fixer un point de départ uniforme pour toutes les parties et de leur garantir la consultation d’un dossier identique ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a constaté que la caisse avait informé l’employeur de la saisine du CRRMP par lettre recommandée avec avis de réception du 3 mai 2022, réceptionnée le 11 mai suivant, que cette lettre l’informait qu’il disposait d’un délai expirant le 2 juin 2022 pour consulter et compléter le dossier, puis d’un délai expirant le 13 juin 2022 pour formuler des observations sans joindre de nouvelles pièces, la décision de la caisse étant annoncée pour le 1er septembre 2022 au plus tard ; qu’en énonçant que le délai de 30 jours ouvert aux parties pour ajouter au dossier tous les éléments utiles courait à compter de la réception par les destinataires de l’information communiquée par la caisse, de sorte que l’employeur, qui n’avait bénéficié que d’un délai de 22 jours utiles à compter de la réception de la lettre du 3 mai 2022 pour consulter et compléter le dossier, n’avait pas été mis en mesure par la caisse de bénéficier du délai de 30 jours imparti pour consulter et compléter le dossier, la cour d’appel a violé les articles L. 461-1, D. 461-29 et R. 461-10 du code de la sécurité sociale ;
3°/ que le principe du contradictoire est respecté et la décision de prise en charge de la caisse est opposable aux parties dès lors que l’employeur, la victime ou ses représentants, ont pu consulter le dossier complet et formuler leurs observations pendant un délai de dix jours francs avant son transfert au CRRMP ; qu’en l’espèce la cour d’appel a constaté que la caisse avait informé l’employeur de la saisine du CRRMP par lettre recommandée avec avis de réception du 3 mai 2022, réceptionnée le 11 mai suivant, que cette lettre l’informait qu’il disposait d’un délai expirant le 2 juin 2022 pour consulter et compléter le dossier, puis d’un délai expirant le 13 juin 2022 pour formuler des observations sans joindre de nouvelles pièces, la décision de la caisse étant annoncée pour le 1er septembre 2022 au plus tard ; que l’employeur avait donc bénéficié d’un délai de dix jours francs pour consulter le dossier complet et formuler ses observations ; qu’en déclarant inopposable à l’employeur la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel de la maladie aux prétextes inopérants qu’il n’avait pas bénéficié du délai de 30 jours imparti pour consulter et compléter le dossier, la cour d’appel a violé l’article R. 461-10 du code de la sécurité sociale ».
Réponse de la Cour
Vu l’article R. 461-10, alinéas 1 à 4 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2019-356 du 23 avril 2019 :
4. Aux termes de ce texte, lorsque la caisse saisit le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, elle dispose d’un nouveau délai de cent-vingt jours francs à compter de cette saisine pour statuer sur le caractère professionnel de la maladie. Elle en informe la victime ou ses représentants ainsi que l’employeur auquel la décision est susceptible de faire grief par tout moyen conférant date certaine à la réception de cette information.
La caisse met le dossier mentionné à l’article R. 441-14, complété d’éléments définis par décret, à la disposition de la victime ou de ses représentants ainsi qu’à celle de l’employeur pendant quarante jours francs.
Au cours des trente premiers jours, ceux-ci peuvent le consulter, le compléter par tout élément qu’ils jugent utile et faire connaître leurs observations, qui y sont annexées. La caisse et le service du contrôle médical disposent du même délai pour compléter ce dossier. Au cours des dix jours suivants, seules la consultation et la formulation d’observations restent ouvertes à la victime ou ses représentants et l’employeur.
La caisse informe la victime ou ses représentants et l’employeur des dates d’échéance de ces différentes phases lorsqu’elle saisit le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, par tout moyen conférant date certaine à la réception de cette information.
A l’issue de cette procédure, le comité régional examine le dossier. Il rend son avis motivé à la caisse dans un délai de cent-dix jours francs à compter de sa saisine.
5. Le délai de quarante jours, comme celui de cent-vingt jours prévu pour la prise de décision par la caisse dans lequel il est inclus, commence à courir à compter de la date à laquelle le comité régional est saisi par celle-ci. La caisse doit démontrer que l’employeur, auquel la décision est susceptible de faire grief, a reçu l’information sur les dates d’échéance des différentes phases de la procédure. Cependant, seule l’inobservation du dernier délai de dix jours avant la fin du délai de quarante jours, au cours duquel les parties peuvent accéder au dossier complet et formuler des observations, est sanctionnée par l’inopposabilité, à l’égard de l’employeur, de la décision de prise en charge (2e Civ., 5 juin 2025, pourvoi n° 23-11.391, publié).
6. Pour déclarer la décision de prise en charge inopposable à l’employeur, l’arrêt retient que le délai de quarante jours court à compter de la réception par les destinataires de l’information communiquée par la caisse. Ayant relevé que l’employeur a accusé réception le 11 mai 2022 de la lettre recommandée l’informant que le délai de trente jours expirait le 2 juin 2022, l’arrêt a constaté que l’employeur n’avait disposé que d’un délai de 22 jours pour consulter et compléter le dossier.
7. En statuant ainsi, alors que l’inobservation du délai de trente jours n’entraîne pas l’inopposabilité de la décision de prise en charge de la caisse, la cour d’appel a violé le texte susvisé.
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur l’autre grief du pourvoi, la Cour :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 28 juin 2024, entre les parties, par la cour d’appel de Besançon ;
Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Dijon ;
Condamne la société [2] aux dépens ;
En application de l’article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société [2] et la condamne à payer à la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille et Vilaine la somme de 3 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’arrêt cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, deuxième chambre civile, et prononcé publiquement le treize novembre deux mille vingt-cinq par mise à disposition de l’arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile.
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