Rejet 30 janvier 2026
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Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 30 janv. 2026, n° 2537198 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2537198 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 5 février 2026 |
Sur les parties
| Parties : | préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France |
|---|
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2025, le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l’article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner l’expulsion sans délai de Mme D… et de M. A… C… du centre d’accueil pour demandeurs d’asile APTM situé au 239 rue de Bercy dans le 12ème arrondissement de Paris et de l’hébergement qu’ils occupent dans le cadre de leur accompagnement situé au 42 avenue Raspail à Gentilly (94250), géré par l’association APTM ;
2°) d’autoriser le recours à la force publique pour procéder à l’évacuation forcée des lieux ;
3°) d’autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d’accueil pour demandeurs d’asile APTM afin de débarrasser des lieux les biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques de Mme D… et de M. A… C… à défaut pour eux de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaitre de la requête ;
- les conditions prévues par les dispositions de l’article L. 552-15 et l’article R. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont remplies pour que le préfet puisse demander son expulsion du centre d’hébergement pour demandeurs d’asile ;
- les conditions d’urgence et d’utilité de la mesure posées par l’article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies, dès lors que les places dans ce centre doivent servir à l’accueil de nouveaux bénéficiaires, pendant l’examen de leur demande d’asile et que les intéressés n’ont pas obtenu l’asile ;
- sa demande ne fait l’objet d’aucune contestation sérieuse ; l’occupation indue par
Mme D… et de M. A… C… d’une place dans le centre d’accueil compromet le fonctionnement normal de ce centre alors que les intéressés n’ont pas déféré à la mise en demeure de quitter les lieux qui leur a été notifiée par le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris, le 1er décembre 2025.
La requête a été communiquée à Mme D… et de M. A… C… qui n’ont pas produit d’observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B… pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Fleury, greffière d’audience, a été entendu le rapport de Mme B….
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ». Lorsque le juge des référés est saisi d’une demande d’expulsion d’un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d’urgence, d’utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
2. Aux termes de l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont des lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile : / 1° Les centres d’accueil pour demandeurs d’asile définis à l’article L. 348-1 du code de l’action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l’asile pour l’accueil de demandeurs d’asile et soumise à déclaration, au sens de l’article L. 322-1 du même code ». Aux termes de l’article L. 552-2 du même code : « Les lieux d’hébergement mentionnés à l’article L. 552-1 accueillent les demandeurs d’asile pendant la durée d’instruction de leur demande d’asile ou jusqu’à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ». Aux termes de l’article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile qui accueillent les demandeurs d’asile pendant la durée d’instruction de leur demande d’asile ou jusqu’à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : « Lorsqu’il est mis fin à l’hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l’autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d’hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu’il soit enjoint à cet occupant sans titre d’évacuer ce lieu. Le premier alinéa n’est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d’hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l’ordonnance est immédiatement exécutoire ». Enfin, aux termes de l’article L. 551-15 du même code : « Les conditions matérielles d’accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l’article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d’orientation déterminée en application de l’article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d’hébergement qui lui est faite en application de l’article L. 552-8 ; (…) ».
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement qui lui est destiné, d’un demandeur d’asile qui n’a pas obtenu la protection internationale qu’il sollicitait, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.
5. D’une part, il résulte de l’instruction que Mme D… et de M. A… C… ont été admis, le 6 mars 2023, au centre d’accueil pour demandeurs d’asile APTM situé au 239 rue de Bercy dans le 12ème arrondissement de Paris et ont signé le jour même le contrat de séjour. Mme D… et de M. A… C… ont a été déboutés de leur demande d’asile par une décision définitive de la cour nationale du droit d’asile en date du 7 octobre 2024. Les intéressés avaient été autorisés à demeurer dans le centre d’accueil jusqu’au 30 novembre 2024, mais ils se sont maintenus irrégulièrement non seulement sur le territoire français mais également au centre d’accueil depuis lors et ont refusé la proposition d’aide au retour volontaire et à la réinsertion qui leur a été faite par l’office français de l’immigration et de l’intégration. Par une lettre du 3 novembre 2025, le directeur du centre d’accueil leur a notifié une décision de fin de prise en charge au sein du centre. Mme D… et de M. A… C… n’ont cependant pas quitté le centre d’accueil à la date prescrite et se sont maintenus dans les lieux de leur hébergement indûment en dépit de la mise en demeure du préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris, qui leur a adressée par un courrier dont ils ont reçu notification le 3 décembre 2025.
6. D’autre part, comme le fait valoir, sans être sérieusement contesté par le défendeur, le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris, le dispositif d’hébergement pour les demandeurs d’asile est saturé à Paris. Le dispositif national d’accueil parisien disposait au
1er novembre 2025 de 2 180 places en hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile avec un taux d’occupation de 99% selon les données de l’office français de l’immigration et de l’intégration. Les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu’elles n’y ont plus le droit compromettent nécessairement le fonctionnement normal de l’organisme effectuant l’hébergement en ne permettant pas à ce dernier d’assurer l’objectif d’égal accès des usagers. Dans ces conditions, et alors que la mesure d’expulsion sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de considérer que les conditions d’urgence et d’utilité sont remplies.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’ordonner à Mme D… et de M. A… C… et à tout occupant de leur chef, de quitter le centre d’accueil pour demandeurs d’asile APTM situé au 239 rue de Bercy dans le 12ème arrondissement de Paris et de l’hébergement qu’ils occupent dans le cadre de leur accompagnement situé au 42 avenue Raspail à Gentilly (94250), géré par l’association APTM, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n’entre pas dans l’office du juge administratif d’autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, à demander le concours de la force publique pour l’exécution de la présente ordonnance, ce concours devant être demandé directement par le préfet, ni d’autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d’hébergement afin de débarrasser les meubles de Mme D… et de M. A… C…. Ces conclusions doivent donc être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à Mme D… et de M. A… C… ainsi qu’à tous occupants de leur chef, de quitter le centre d’accueil pour demandeurs d’asile APTM situé au 239 rue de Bercy dans le 12ème arrondissement de Paris et l’hébergement qu’ils occupent dans le cadre de leur accompagnement situé au 42 avenue Raspail à Gentilly (94250), géré par l’association APTM, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D… et de M. A… C… et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 30 janvier 2026.
La juge des référés,
Signé
M. B…
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
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