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Sur la décision
| Référence : | TJ Bobigny, ch. 8 sect. 2, 9 avr. 2025, n° 25/01346 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01346 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 juin 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOBIGNY
JUGE DE L’EXECUTION
JUGEMENT CONTENTIEUX DU
09 Avril 2025
MINUTE : 25/313
RG : N° 25/01346 – N° Portalis DB3S-W-B7J-2UOJ
Chambre 8/Section 2
Rendu par Monsieur UBERTI-SORIN Stephane, Juge chargé de l’exécution, statuant à Juge Unique.
Assisté de Madame HALIFA Zaia, Greffière,
DEMANDEUR
Monsieur [M] [C]
[Adresse 2]
[Adresse 6]
[Localité 5]
comparant
ET
DEFENDEUR
S.A. ADOMA
[Adresse 3].
[Localité 4]
représentée par Me Sylvie JOUAN, avocat au barreau de PARIS – P226
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DEBATS
Monsieur UBERTI-SORIN, juge de l’exécution,
Assisté de Madame HALIFA, Greffière.
L’affaire a été plaidée le 19 Mars 2025, et mise en délibéré au 09 Avril 2025.
JUGEMENT
Prononcé le 09 Avril 2025 par mise à disposition au greffe, par décision Contradictoire et en premier ressort.
EXPOSE DU LITIGE
Par requête du 10 février 2025, Monsieur [M] [C] a sollicité une mesure de sursis à expulsion de 12 mois poursuivie en exécution d’une ordonnance rendue le 14 juin 2024 par le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny, signifiée le 8 août 2024, suivie d’un commandement de quitter les lieux délivré le 6 janvier 2025.
L’affaire a été retenue à l’audience du 19 mars 2025 et la décision mise en délibéré au 9 avril 2025, par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées.
A l’audience, Monsieur [M] [C] a maintenu sa demande soutenant notamment que :
— il occupe le logement seul ;
— son salaire mensuel s’élève à environ 1.600 euros pour un loyer de 317 euros ;
— il a fait des démarches en vue de son relogement ;
— ses difficultés proviennent du fait que son employeur ne lui verse pas régulièrement ses salaires.
Dans ses conclusions déposées et soutenues à l’audience, le conseil de la SA ADOMA s’est opposé à la demande de sursis notamment aux motifs que :
— la dette locative s’élève à environ 1.600 euros ;
— l’indemnité d’occupation n’est pas régulièrement versée ;
— le requérant ne bénéficie pas de l’APL, circonstance démontrant qu’il dispose d’un salaire suffisant pour payer son loyer.
Pour un plus ample exposé des prétentions et moyens des parties, il y a lieu de se référer, par application des dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, à la requête précitée et, le cas échéant, aux dernières écritures des parties sus-visées.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande de délais pour quitter les lieux
Aux termes des dispositions de l’article L. 213-6 du code de l’organisation judiciaire, le juge de l’exécution ne peut délivrer de titre exécutoire hors les cas prévus par la loi et est dépourvu des pouvoirs juridictionnels pour accorder des délais de grâce lorsqu’aucune procédure d’exécution forcée n’est en cours.
Aux termes du premier alinéa de l’article L. 412-3 du code des procédures civiles d’exécution, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l’expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Depuis la Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite, ces dispositions ne s’appliquent pas lorsque les occupants dont l’expulsion a été ordonnée sont entrés dans les locaux à l’aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte.
Conformément à l’article L. 412-4 du code des procédures civiles d’exécution, dans sa rédaction en vigueur à compter du 29 juillet 2023, la durée des délais prévus à l’article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. Pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l’occupant dans l’exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l’occupant, notamment en ce qui concerne l’âge, l’état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d’eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l’occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés.
C’est ainsi que la loi prescrit au juge d’examiner trois éléments pour statuer sur une demande de délai pour quitter les lieux :
— la bonne ou mauvaise volonté de l’occupant dans l’exécution de ses obligations ;
— les situations respectives du propriétaire et de l’occupant ;
— les diligences que l’occupant justifie avoir effectuées en vue de son relogement.
Enfin, le juge de l’exécution ne peut, en vertu des textes précités, accorder qu’un délai maximal de 12 mois.
Il ressort de l’avis d’imposition établi en 2024 au titre des revenus de 2023 que Monsieur [M] [C] a perçu des salaires pour 18.756 euros, soit un revenu mensuel d’environ 1.563 euros.
La SA ADOMA s’oppose à la demande de sursis aux motifs que la dette locative n’est pas apurée et l’indemnité d’occupation n’est pas régulièrement payée.
S’il est indéniable que les propriétaires disposent d’un droit légitime sur leur bien immobilier, il convient cependant de trouver un équilibre entre les intérêts des parties en présence. Il appartient donc au juge de respecter un juste équilibre entre deux revendications contraires en veillant à ce que l’atteinte au droit du propriétaire soit proportionnée et justifiée par la sauvegarde des droits de l’occupant, dès lors que ces derniers apparaissent légitimes.
Par ailleurs, la SA ADOMA n’allègue ni ne prouve que l’absence de paiement du loyer courant serait de nature à lui causer une préjudice mettant en péril son activité, ni un besoin urgent de reprendre le logement litigieux.
Les ressources de Monsieur [M] [C] d’environ 1.600 euros par mois restent relativement faibles pour lui permettre de retrouver dans le parc privé d’Ile de France un logement. Monsieur [M] [C] justifie en revanche d’une demande de logement social effectuée dès le 28 octobre 2015 et renouvelée chaque année tel que cela ressort de l’attestation de renouvellement départementale établie le 11 février 2025 par le ministère de la cohésion des territoires.
Par ailleurs, il ressort du décompte locatif produit en défense, que la dette locative s’établit à 679,73 euros au 17 mars 2025, ce qui démontre que le requérant paye régulièrement l’indemnité d’occupation mise à sa charge et procède à l’apurement de sa dette locative, puisque celle-ci s’élevait à 1.174,26 euros selon l’ordonnance rendue par le juge des référés le 14 juin 2024.
La preuve de la bonne volonté du requérant dans l’exécution de ses obligations à l’égard de la partie défenderesse est ainsi établie par les paiements effectués et par les démarches de relogement.
Or, une mesure d’expulsion aurait pour Monsieur [M] [C] de graves conséquences. Pour ces raisons, il conviendra de faire droit à la demande de sursis de Monsieur [M] [C] dans son intégralité.
En conséquence, le délai du sursis sera fixé à 12 mois, soit jusqu’au 9 avril 2026, pour permettre à Monsieur [M] [C] de mener à bien sa demande de logement social et ainsi éviter son expulsion.
Ce délai sera subordonné au paiement régulier de l’indemnité d’occupation telle que définie par le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny dans son ordonnance rendue le 14 juin 2024.
Sur les demandes accessoires
a) Sur les dépens
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Monsieur [M] [C] supportera la charge des éventuels dépens et ce, malgré le succès de sa prétention, l’instance ayant été introduite dans le seul objectif d’obtenir des délais pour quitter les lieux.
b) Sur les frais irrépétibles
En application de l’article 700 du code de procédure civile, dans toutes les instances le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a lieu à condamnation.
L’équité commande de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
c) Sur les modalités d’exécution
La nature du litige rend nécessaire de déclarer la présente décision exécutoire au seul vu de la minute, en application des dispositions de l’article R. 121-17 du code des procédures civiles d’exécution.
PAR CES MOTIFS
Le juge de l’exécution, statuant après débats en audience publique, par jugement contradictoire, en premier ressort et prononcé par mise à disposition au Greffe,
ACCORDE à Monsieur [M] [C], et à tout occupant de son chef, un délai de 12 mois, soit jusqu’au 9 avril 2026 inclus, pour se maintenir dans les lieux situés chambre 0049 – [Adresse 1] ;
DIT que Monsieur [M] [C], ainsi que tout occupant de son chef, devra quitter les lieux le 9 avril 2026 au plus tard, faute de quoi la procédure d’expulsion, suspendue pendant ce délai, pourra être reprise ;
DIT qu’à défaut de paiement à son terme de l’indemnité d’occupation courante telle que fixée par le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny dans son ordonnance rendue le 14 juin 2024, Monsieur [M] [C] perdra le bénéfice du délai accordé et la SA ADOMA pourra reprendre la mesure d’expulsion ;
DIT n’y avoir lieu à condamnation en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [M] [C] aux entiers dépens ;
RAPPELLE que la présente décision est de plein droit assortie de l’exécution provisoire ;
DECLARE la présente décision exécutoire au seul vu de la minute ;
Ainsi jugé et prononcé au Palais de Justice de Bobigny le 9 avril 2025.
La Greffière Le juge de l’exécution
Zaia HALIFA Stéphane UBERTI-SORIN
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