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Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ppp réf., 2 juin 2026, n° 26/00147 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00147 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 11 juin 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : | S.A. VILOGIA |
Texte intégral
Du 02 juin 2026
5AA
SCI/jjg
PPP Référés
N° RG 26/00147 – N° Portalis DBX6-W-B7J-3MDL
S.A. VILOGIA
C/
[Q] [I]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Pôle protection et proximité
[Adresse 1]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 02 juin 2026
PRÉSIDENT : Monsieur Julien BAUMERT-STORTZ, Juge
GREFFIER : Monsieur Jean-Jacques GERAUD,
DEMANDERESSE :
S.A. VILOGIA
[Adresse 2]
[Localité 1]
Représentée par Me Pauline CRUSE (CABINETRACINE),(Avocat au barreau de BORDEAUX,
DEFENDEUR :
Monsieur [Q] [I]
né le 16 Avril 1998 à
[Adresse 3] [Adresse 4] [Adresse 5]
[Adresse 6]
[Localité 2]
Présent
DÉBATS :
Audience publique en date du 03 Avril 2026
PROCÉDURE :
Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 22 Décembre 2025
Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile
QUALIFICATION DE l’ORDONNANCE:
Contradictoire et en premier ressort
EXPOSE DU LITIGE
Par un contrat daté du 16 janvier 2023, la SA VILOGIA a donné à bail à M. [Q] [I] un logement sis [Adresse 7] à [Localité 3] avec un loyer mensuel de 160,59 €, ainsi qu’une avance sur charges, outre une clause d’indexation.
Par exploit de commissaire de justice en date du 2 octobre 2025, la SA VILOGIA a fait signifier à M. [Q] [I] un commandement de payer la somme de 1.883,75 €, au titre des loyers et charges impayés à la date du 30 septembre 2025.
Par assignation en date du 22 décembre 2025, notifiée à la Préfecture de GIRONDE, par transmission électronique en date du 23 décembre 2025, la SA VILOGIA a saisi le juge des référés du tribunal de Céans d’une demande en paiement et d’expulsion dirigée contre M. [Q] [I].
A l’audience du 3 avril 2026, la SA VILOGIA, représentée par son conseil, demande au juge des référés, avec exécution provisoire, de :
Constater la résiliation de plein droit du bail liant les parties ;Condamner M. [Q] [I] et tous occupants de son chef à évacuer les lieux loués corps et biens, au besoin avec l’assistance de la force publique ;condamner M. [Q] [I] à lui payer la somme de 3.729,38 € au titre des loyers et charges échus au 31 mars 2026 et non encore réglés avec intérêts au taux légal ;condamner M. [Q] [I] à lui payer une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant mensuel du loyer et charges prévus au bail ;condamner M. [Q] [I] à lui verser la somme de 250 € à titre de dommages et intérêts ;condamner M. [Q] [I] aux entiers frais et dépens (incluant les frais du commandement), ainsi qu’au paiement de la somme de 250 € au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;
Au soutien de ses prétentions, la SA VILOGIA fait valoir que le bail se trouve résilié de plein droit par l’effet de la clause résolutoire qui y est stipulée, M. [Q] [I] n’ayant pas, dans le délai imparti, réglé les arriérés de loyers et de charges visés au commandement de payer signifié le 2 octobre 2025.
La SA VILOGIA ajoute qu’en tout état de cause, elle est fondée à obtenir la condamnation de M. [Q] [I] à lui payer les sommes lui restant dues, ainsi que son expulsion.
M. [Q] [I], présent à l’audience, ne conteste pas la créance alléguée par la SA VILOGIA, tout en précisant avoir effectué un virement de 721 € le 31 mars 2026. Il sollicite des délais de paiement, par le biais de versements complémentaires sur 36 mois, en sus du loyer courant, afin de pouvoir se maintenir dans les lieux.
Eu égard à la nature des faits, il est statué par ordonnance contradictoire et rendue en premier ressort.
MOTIFS DE LA DECISION
I – Sur la demande en paiement des loyers et des charges :
Attendu qu’aux termes de l’article 1103 du code civil, les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et qu’elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise ;
Attendu qu’en l’espèce, il est stipulé au contrat de bail liant les parties que le locataire doit verser un loyer mensuel de 160,59 € avec qu’une avance sur charges, et une clause d’indexation, conformément à l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 ;
Qu’il n’est cependant pas justifié du paiement régulier de ces sommes par le locataire aux termes contractuellement convenus ;
Qu’il résulte en effet du décompte produit aux débats que M. [Q] [I] reste redevable, à la date du 31 mars 2026, de la somme de 3.729,38 € ;
Qu’il convient de déduire de ce montant la somme de 265,35 € au titre de « frais », qui ne constituent pas strictement des loyers et charge, ainsi que la somme de 721 €, que M. [Q] [I] justifie avoir versé à la SA VILOGIA ;
Attendu qu’il convient en conséquence de condamner M. [Q] [I] à payer à la SA VILOGIA la somme de 2.743,03 € au titre des arriérés dus au 31 mars 2026, avec intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance ;
II – Sur la demande de délais de paiement :
Attendu que l’article 1343-5 du code civil dispose que, compte tenu de la situation du débiteur, et en considération des besoins du créancier, le juge peut, dans la limite de deux années, reporter ou échelonner le paiement des sommes dues, à l’exception des dettes d’aliments ;
Que l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que, par dérogation à ces dispositions, la durée des délais de paiement, accordés dans le cadre d’une procédure intentée sur le fondement d’une clause résolutoire contenue dans un bail d’habitation, peut être étendue à 36 mois ;
Attendu que M. [Q] [I] s’est engagé à régler sa dette par le biais de 36 versements mensuels en sus du loyer courant, avec paiement du solde à l’issue ;
Attendu que le décompte produit aux débats par la SA VILOGIA laisse apparaitre que M. [Q] [I] a repris le paiement régulier du loyer courant ;
Attendu qu’il convient de tenir compte de la nature de la convention en jeu dans le cadre du présent litige, le législateur ayant entendu protéger le locataire des conséquences personnelles que peuvent avoir la disparition de son logement, l’article 1er la loi du 6 juillet 1989 rappelant que le droit au logement est un droit « fondamental », lequel constitue même un objectif à valeur constitutionnelle (décision n° 90-359 DC du 19 janvier 1995) ;
Qu’il y a lieu de laisser la possibilité à M. [Q] [I] de sauvegarder son logement en lui permettant d’apurer sa dette selon les modalités indiquées au dispositif de la présente ordonnance ;
Qu’il convient de rappeler aux parties que pendant le cours de ces délais de paiement, les procédures d’exécution sont suspendues ;
III – Sur la résiliation du bail et sur la demande en expulsion :
Attendu que le contrat de bail conclu entre les parties le 16 janvier 2023 contient une clause de résiliation de plein droit à défaut de paiement du loyer et des charges échus dans le délai de deux mois à compter de la date du commandement de payer, telle que prévue par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 ;
Attendu que la SA VILOGIA a, par communication électronique en date du 23 décembre 2025 informé la Préfecture de l’assignation en expulsion ;
Attendu que la SA VILOGIA a fait signifier, le 2 octobre 2025, un commandement de payer conforme aux dispositions légales ;
Attendu que la partie requise ne s’est pas exécutée dans le délai qui lui était accordé ;
Attendu qu’il convient donc de constater la résiliation de plein droit du bail à la date du 2 décembre 2025 et d’ordonner l’expulsion de M. [Q] [I] ainsi que de tous occupants de son chef ;
Que par conséquent, les lieux loués devront être libérés corps et biens deux mois suivant la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux ;
Attendu cependant que pendant le cours des délais accordés ci-dessus et en application des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, les effets de la clause résolutoire sont suspendus ;
Que si M. [Q] [I] se libère de sa dette dans le délai et selon les modalités fixées par la présente décision, la clause résolutoire est réputée ne pas avoir joué et les relations contractuelles entre les parties se poursuivront aux conditions stipulées au bail ;
Qu’en cas de non versement du loyer en cours, de l’avance sur charges et de la quote-part de l’arriéré à la date du 5ème jour de chaque mois, la résiliation de plein droit reprendra plein effet ;
Attendu qu’il y a lieu de fixer l’indemnité d’occupation à une somme égale au montant des loyers et charges qui auraient été dues en cas de maintien dans les lieux et de condamner, en tant que besoin, M. [Q] [I] à verser, jusqu’à libération effective des locaux et remise des clefs, cette indemnité d’occupation, qui sera payable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges ;
IV – Sur la demande d’indemnisation :
Attendu que la demande d’indemnisation formée par la SA VILOGIA fondée sur la mise en jeu de la responsabilité contractuelle ou délictuelle de M. [Q] [I] pour résistance abusive, suppose une appréciation au fond, puisqu’elle nécessite la caractérisation, aux moyens des éléments de preuve, d’un fait générateur de responsabilité, d’un préjudice, et d’un lien entre eux ;
Qu’elle est donc, par nature, susceptible d’une contestation sérieuse et qu’elle ne ressort manifestement pas des pouvoirs dévolus au juge des référés en application des articles 834 et 835 du code de procédure civile ;
Qu’au surplus, l’article 1231-6 du code civil dispose que les dommages et intérêts résultant du retard dans l’exécution d’une obligation en paiement ne consiste que dans la condamnation aux intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure, sauf si le retard pris par le débiteur de mauvaise foi a causé a causé un préjudice indépendant du dit retard ;
Qu’en conséquence, la demande sera rejetée ;
V – Sur les demandes accessoires :
Attendu qu’il est fait droit à la demande de la SA VILOGIA, il convient de condamner M. [Q] [I] à lui payer la somme de 250 € au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile, ainsi qu’au paiement des entiers frais et dépens de la présente instance (incluant les frais du commandement de payer), conformément à l’article 696 du Code de Procédure Civile ;
Qu’il convient de constater l’exécution provisoire de la présente ordonnance, en application de l’article 514 du code de procédure civile ;
PAR CES MOTIFS,
LE JUGE DES REFERES,
Statuant publiquement, par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire, et rendue en premier ressort,
CONSTATONS que le bail liant la SA VILOGIA d’une part, et M. [Q] [I] d’autre part, a été résilié à la date du 2 décembre 2025 ;
CONDAMNONS M. [Q] [I] à payer en deniers et quittances à la SA VILOGIA la somme de 2.743,03 € avec les intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente ordonnance, au titre des arriérés de loyers et charges échus à la date du 31 mars 2026 ;
AUTORISONS M. [Q] [I] à se libérer de cette condamnation par le biais de 36 versements mensuels de 76 € au plus tard le 5 de chaque mois, le premier versement devant intervenir le 5 du mois suivant la signification de la présente décision (ou selon accord des parties), avec un dernier versement comprenant outre le solde du principal, les intérêts, les accessoires et les frais ;
DISONS que le loyer et les avances sur charges devront être payés en plus de l’arriéré le 5ème jour de chaque mois ;
DISONS que pendant le cours de ces délais, les effets de la clause résolutoire sont suspendus et qu’elle sera réputée n’avoir jamais joué si M. [Q] [I] se libère de sa dette dans les délais accordés ;
DISONS qu’en cas de non-paiement d’une mensualité de l’arriéré, d’un loyer ou d’une avance sur charges à son échéance :
— le solde dû sera immédiatement exigible
— la clause de résiliation de plein droit reprendra plein effet ;
DANS CE CAS :
ORDONNONS à M. [Q] [I] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous les occupants de son chef le logement situé [Adresse 7] à [Localité 3] dans un délai de deux mois suivant la signification d’un commandement de quitter les lieux ;
DISONS qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à l’expulsion de M. [Q] [I] et à celle de tous occupants de son chef avec la force publique qui devra être requise selon les normes légales et règlementaires applicables ;
CONDAMNONS M. [Q] [I] à payer en deniers et quittances à la SA VILOGIA une indemnité d’occupation égale au montant du loyer et de l’avance sur charges normalement dus si le bail s’était poursuivi à compter du 1er avril 2026 jusqu’à libération effective des lieux ;
EN TOUT ETAT DE CAUSE :
REJETONS la demande d’indemnisation formée par la SA VILOGIA ;
CONDAMNONS M. [Q] [I] à payer à la SA VILOGIA la somme de 250 € au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile ;
CONDAMNONS M. [Q] [I] aux entiers frais et dépens y compris les frais de commandement ;
CONSTATONS que la présente ordonnance est immédiatement exécutoire par provision ;
La présente ordonnance est signée par le président et le greffier
Le Greffier Le Président
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