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Sur la décision
| Référence : | TJ Clermont-Ferrand, jcp juge ctx protection, 12 déc. 2024, n° 24/00461 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00461 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 18 décembre 2024 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE CLERMONT-FERRAND
16, place de l’Étoile – CS 20005
63000 CLERMONT-FERRAND
☎ : 04.73.31.77.00
N° RG 24/00461 – N° Portalis DBZ5-W-B7I-JVGY
NAC : 5AA 0A
JUGEMENT
Du : 12 Décembre 2024
Madame [P] [T]
C /
Monsieur [I] [B]
GROSSE DÉLIVRÉE
LE : 12 Décembre 2024
A :Madame [P] [T]
C.C.C. DÉLIVRÉES
LE : 12 Décembre 2024
A :Madame [P] [T]
Monsieur [I] [B],
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT
Sous la Présidence de Grégoire KOERCKEL, Juge des contentieux de la protection, assisté de Lucie METRETIN, Greffier lors des débats et de Sameh BENHAMOUDA lors du prononcé ;
Après débats à l’audience du 24 Octobre 2024 avec mise en délibéré pour le prononcé du jugement au 12 Décembre 2024, le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe ;
ENTRE :
DEMANDEUR :
Madame [P] [T], demeurant 40 bis avenue des Cottages – 63000 CLERMONT-FERRAND
comparante en personne
ET :
DÉFENDEUR :
Monsieur [I] [B], demeurant 5-7 rue Sidoine Apollinaire – Appt n°4 – 63000 CLERMONT-FERRAND
comparant en personne
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant acte sous-seing privé en date du 29 février 2020, [P] [T] a donné à bail à [I] [B] un logement situé 5/7 Rue Sidoine Apollinaire à CLERMONT-FERRAND (63000), moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 390 euros.
Le 21 mars 2024, la bailleresse a fait signifier au locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail, pour un montant en principal de 3120 euros.
La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de [I] [B] le 22 mars 2024.
Par acte de commissaire de justice en date du 3 juin 2024, [P] [T] a fait assigner [I] [B] devant le Juge des Contentieux de la Protection de CLERMONT-FERRAND aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire de droit :
— constater le jeu de la clause résolutoire prévue au bail d’habitation conclu entre eux faute pour le locataire de s’être acquitté des causes du commandement dans les délais impartis,
— ordonner son expulsion et celle de tout occupant de son chef, si besoin est, avec le concours de la force publique,
— condamner [I] [B] à lui payer les sommes suivantes :
* 3120 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 16 mars 2024, échéance de mars 2024 incluse,
* une indemnité d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail jusqu’à sa libération effective des lieux, avec révision périodique identique à celle du loyer, outre la somme de 500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile ainsi qu’aux entiers dépens de l’instance.
Cette assignation a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département le 4 juin 2024.
Lors de l’audience, [P] [T] sollicite le bénéfice de son assignation et ajoute qu'[I] [B] n’a pas repris le paiement du loyer.
[I] [B], quant à lui, indique qu’il n’a aucune ressource et qu’il est en recherche d’emploi.
Le diagnostic social et financier censé récapituler la situation sociale et familiale de la locataire n’est pas parvenu au greffe de la juridiction avant l’audience.
En application de l’article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le Juge des Contentieux de la Protection a invité les parties comparantes, à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du Code de la Consommation.
[I] [B] a affirmé que la Commission de surendettement a rendu une décision de recevabilité de sa demande de traitement de sa situation de surendettement.
MOTIFS DE LA DÉCISION
[I] [B] s’étant présenté, il y a lieu de statuer par jugement contradictoire.
A titre liminaire, il y a lieu de rappeler que les dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 relatives à l’existence d’une procédure de surendettement s’appliquent uniquement lorsque le locataire a repris le paiement du loyer et des charges au jour de l’audience. Or, dans le cadre du présent dossier, il n’est pas contesté que [I] [B] n’a pas repris le paiement du loyer et des charges de sorte qu’il n’y a pas lieu de faire application des dispositions susmentionnées.
Sur la résiliation et l’expulsion
L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version issue de la loi N°2023-668 du 27 juillet 2023 prévoit que tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Toutefois, il est admis que l’article 10 de la loi N°2023-668 du 27 juillet 2023 ayant réduit à six semaines le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette n’est pas immédiatement applicable aux contrats en cours de sorte que ceux-ci demeurent régis par les stipulations des parties telles qu’encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail (avis de la Cour de Cassation du 13 juin 2024 – Pourvoi N°24-70.002). Dans ces conditions, il y a lieu de faire application du délai de deux mois prévu par la clause de résiliation de plein droit insérée au contrat de bail.
Or, [P] [T] justifie avoir régulièrement signifié le 21 mars 2024 un commandement de payer visant la clause résolutoire ainsi que les dispositions des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et 6 de la loi du 31 mars 1990, pour un montant de 3.120 euros. Il est en outre établi, au vu des éléments fournis, que ce commandement est resté au moins partiellement infructueux.
En conséquence, la résiliation du bail est acquise de plein droit à compter du 21 mai 2024.
[I] [B] est désormais occupant sans droit ni titre du fait de la résiliation du contrat de bail. Or, [P] [T], propriétaire de l’immeuble ainsi occupé indûment a vocation à en retrouver la libre disposition. Il y a donc lieu d’ordonner l’expulsion de [I] [B] ainsi que celle de tous occupants de son chef.
Sur la demande en paiement de l’arriéré locatif
Il résulte de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 ainsi que des stipulations du bail que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables au terme convenu.
[P] [T] justifie d’un décompte arrêté au 16 mars 2024 établissant l’arriéré locatif à la somme de 3120 euros.
Ainsi, au vu des justificatifs fournis, la créance de [P] [T] est établie tant dans son principe que dans son montant. [I] [B] sera condamné à lui payer la somme établie au titre de cet arriéré.
La créance ainsi établie portera intérêt au taux légal, en application de l’article 1231-6 du Code Civil, à compter du présent jugement, en l’absence de demande spéciale de fixation d’un point de départ antérieur.
Sur la demande en paiement d’une indemnité d’occupation
[I] [B] est désormais occupant sans droit ni titre. Cette occupation illicite cause manifestement et nécessairement un préjudice au bailleur qui doit être réparé par l’allocation d’une indemnité d’occupation qui sera fixée par référence au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail dans la limite de la demande formée par [P] [T], soit la somme mensuelle de 390 euros.
Par ailleurs, l’indemnité d’occupation est destinée à indemniser le bailleur d’une part de la poursuite irrégulière de l’occupation et d’autre part du fait qu’il est privé de la libre disposition des locaux. A cet égard, le montant alloué apparaît suffisant pour indemniser intégralement le préjudice subi par le bailleur, sans nécessiter une quelconque indexation ou révision.
Sur les autres demandes
[I] [B], qui succombe à l’instance, devra supporter la charge des dépens et celle des frais énoncés à l’article 700 du Code de Procédure Civile qu’il apparaît conforme à l’équité de fixer à la somme de 400 euros.
Par ailleurs, la présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire en application de l’article 514 du Code de Procédure Civile.
PAR CES MOTIFS,
Le Juge des Contentieux de la Protection,
Statuant publiquement par jugement contradictoire en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe,
CONSTATE la résiliation du bail conclu le 29 février 2020 entre [P] [T] et [I] [B] à compter du 21 mai 2024,
ORDONNE, faute de départ volontaire incluant la restitution des clefs, l’expulsion de [I] [B] ainsi que tout occupant de son chef, du local sis 5/7 Rue Sidoine Apollinaire à CLERMONT-FERRAND (63000), si besoin est avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier, dans les formes et délais prévus par les articles L. 431-1 et suivants et R. 411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, et conformément à l’article L. 433-1 du même code, à procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls des parties expulsées,
CONDAMNE [I] [B] à payer à [P] [T] la somme de 3120 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 16 mars 2024, comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation jusqu’à l’échéance du mois de mars 2024 incluse, outre intérêts au taux légal à compter du présent jugement,
FIXE l’indemnité d’occupation sans droit ni titre due par [I] [B] à la somme mensuelle de 390 euros, à compter de la résiliation du bail et au besoin le CONDAMNE à verser à [P] [T] ladite indemnité mensuelle à compter du mois d’avril 2024 et jusqu’à complète libération des lieux,
CONDAMNE [I] [B] à payer à [P] [T] la somme de 400 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile ainsi qu’aux dépens comprenant le coût de l’assignation, du commandement de payer du 21 mars 2024 et celui de la notification de l’assignation au représentant de l’Etat dans le département,
RAPPELLE que la présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire,
DÉBOUTE [P] [T] du surplus de ses demandes.
Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction aux jour, mois et année susdits. En foi de quoi le jugement a été signé par le Juge des Contentieux de la Protection et le greffier.
Le Greffier Le Juge des Contentieux de la Protection
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