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Sur la décision
| Référence : | TJ Grenoble, ch4 3 jcp, 26 mars 2026, n° 25/06709 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/06709 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 6 avril 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE GRENOBLE
Ch4.3 JCP
N° RG 25/06709 – N° Portalis DBYH-W-B7J-MYUW
Copie exécutoire
délivrée le : 26 Mars 2026
à :Maître Jean-bruno PETIT de la SELARL L. LIGAS-RAYMOND – JB PETIT
Copie certifiée conforme
délivrée le :26 Mars 2026
à :Madame, [V], [H]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE GRENOBLE
4ème CHAMBRE CIVILE – 4.3 – JCP
JUGEMENT DU 26 MARS 2026
ENTRE :
DEMANDEURS
Madame, [W], [T], [N] épouse, [Y]
née le 01 Avril 1957 à, [Localité 1], demeurant, [Adresse 1]
Monsieur, [M], [U], [K], [Y]
né le 08 Février 1958 à, [Localité 2], demeurant, [Adresse 1]
Tous deux représentés par Maître Jean-bruno PETIT de la SELARL L. LIGAS-RAYMOND – JB PETIT, avocats au barreau de GRENOBLE
D’UNE PART
ET :
DEFENDERESSE
Madame, [V], [H]
née le 24 Février 1998 à, [Localité 3], demeurant, [Adresse 2]
comparante en personne
D’AUTRE PART
A l’audience publique du 27 Janvier 2026 tenue par M. Fabien QUEAU, Magistrat à titre temporaire chargé des contentieux de la protection près le Tribunal Judiciaire de Grenoble, assisté de Mme S. DOUKARI, Cadre greffier, en présence de Mme, [A], [Z], Greffier stagiaire ;
Après avoir entendu les parties, l’affaire a été mise en délibéré, et le prononcé de la décision renvoyé au 26 Mars 2026, date à laquelle il a été statué en ces termes :
EXPOSE DU LITIGE :
Par actes sous seing privé, distincts, du 4 août 2021, Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] ont donné à bail à Madame, [V], [H] un logement à usage d’habitation et un garage situé, [Adresse 2].
Par acte de commissaire de justice en date du 25 novembre 2025 Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] ont assigné Madame, [V], [H] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Grenoble aux fins de voir :
— Constater l’acquisition de la clause résolutoire de résiliation insérée au bail,
Ordonner la libération des lieux et, au besoin l’expulsion, avec le concours de la force publique, de Madame, [V], [H] ainsi que tout occupant de son chef,
— Condamner Madame, [V], [H] à leur payer :
o La somme de 5.119,92 euros à valoir sur l’arriéré des loyers arrêté au 5 novembre 2025, avec intérêts au taux légal,
o Une indemnité d’occupation d’un montant égal au montant du loyer et des charges qui auraient été payés en l’absence de résiliation du bail et ce jusqu’à la libération effective des lieux,
— Condamner Madame, [V], [H] au paiement des entiers dépens ainsi qu’au paiement de la somme de 600 euros en application de l’article 700 du code procédure civile.
A l’audience du 27 janvier 2026, Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] actualisent leur créance à valoir sur les loyers, charges et indemnités d’occupation dus au 20 janvier 2026 à la somme de 3.504,76 euros. Le bailleur ne s’oppose pas à des délais de paiement.
Madame, [V], [H], comparant en personne, souhaite se maintenir dans les lieux et propose de payer la somme de 250 euros mensuellement en sus du loyer pour apurer la dette.
A l’issue de l’audience, la décision a été mise en délibéré au 26 mars 2026.
MOTIFS DE LA DECISION :
Sur la recevabilité de la demande
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la Loi N°89-462 du 6 juillet 1989, l’assignation en date du 25 novembre 2025 a été notifiée au représentant de l’État dans le département dont il est justifié par un accusé de réception électronique du 25 novembre 2025.
En application de ce même texte, le représentant de l’Etat dans le département fixe, par arrêté, le montant et l’ancienneté de la dette au-delà desquels les commandements de payer, délivrés pour le compte d’un bailleur personne physique ou société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus, sont signalés par l’huissier de justice à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Ce signalement est fait dès lors que l’un des deux seuils est atteint. Par arrêté du 24 février 2020, le Préfet de l’Isère a fixé, pour une durée de 6 ans, les seuils susvisés à un impayé de loyers ou de charges locatives sans interruption depuis 3 mois et à une dette de loyer ou de charges locatives équivalente à 3 fois le montant du loyer mensuel hors charges locatives.
En l’espèce, le bailleur justifie de la saisine de la Commission de Coordination des Actions de Prévention des EXpulsions locatives (CCAPEX) dans les délais légaux.
La demande est donc recevable à ces égards.
Sur la résiliation du bail
Le bail conclu par les parties contient une clause résolutoire prévoyant la résiliation de plein droit du contrat pour défaut de paiement des loyers après un commandement de payer resté infructueux.
Un commandement de payer visant la clause résolutoire et rappelant les dispositions de l’article 24 de la Loi N°89-462 du 6 juillet 1989 et de l’article 6 de la Loi du 31 mai 1990 a été signifié aux locataires le 4 septembre 2025 pour la somme de 2.645,23 euros (hors frais) au titre de l’arriéré locatif arrêté à la date du 1er septembre 2025.
Il ressort des explications et justificatifs fournis par le bailleur que les loyers et les charges n’ont pas été régulièrement et intégralement payés. En outre, les causes de ce commandement de payer sont demeurées impayées pendant plus de deux mois.
En conséquence, la résiliation de plein droit du contrat de bail, comprenant le cas échéant ses annexes et dépendances, est acquise à compter du 4 novembre 2025.
Sur la créance du bailleur, les délais de paiement et la suspension des effets de la clause
L’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 dispose que " Le locataire est obligé : de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus ; le paiement mensuel est de droit lorsque le locataire en fait la demande. Le paiement partiel du loyer par le locataire réalisé en application de l’article L. 843-1 du code de la construction et de l’habitation ne peut être considéré comme un défaut de paiement du locataire […]. "
Aux termes de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver tandis que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.
L’article 1103 du même code prévoit, par ailleurs, que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En application de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
En l’espèce, le décompte des sommes réclamées fait apparaître à la date du 20 janvier 2026, une dette locative, hors frais de procédure, d’un montant de 3.504,76 euros au paiement de laquelle sera condamné Madame, [V], [H], outre intérêts au taux légal, à compter de la signification de la présente décision.
Considérant les efforts déployés par Madame, [V], [H] pour régulariser sa situation, notamment au regard des paiements déjà effectués et de la reprise des loyers courants, il convient d’aménager les modalités de règlement de la dette selon les termes proposés dans le dispositif de la présente décision.
Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit seront suspendus, sans affecter l’exécution contractuelle et notamment le paiement des loyers et des charges courants.
En cas de non-paiement d’une seule échéance dans les délais en plus du loyer courant, la clause résolutoire reprendra son plein effet et dès lors que le bail sera résilié, Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] pourront faire procéder à l’expulsion de Madame, [V], [H], occupant sans droit ni titre du logement en cause, comprenant le cas échéant ses annexes et dépendances. L’intégralité de la dette locative restant due sera immédiatement exigible.
Madame, [V], [H] sera par ailleurs, du fait de l’occupation sans droit ni titre des lieux objets du bail résilié, tenu de payer à Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y], une indemnité d’occupation fixée au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n’avait pas été résilié, jusqu’à parfaite libération des lieux.
Sur les dépens et frais irrépétibles
Conformément à l’article 696 du code de procédure civile, Madame, [V], [H] sera condamnée au paiement des dépens qui comprendront les frais de procédure, dont le commandement de payer en date du 4 septembre 2025.
L’équité commande de faire application des dispositions de l’article 700 du Code de procédure Civile. Une somme de 100 euros sera allouée de ce chef à Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y]. Cette somme ne produira pas intérêts.
PAR CES MOTIFS :
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE la résiliation de plein droit du bail, comprenant le cas échéant ses annexes et dépendances, liant les parties à la date du 4 novembre 2025,
FIXE une indemnité d’occupation mensuelle due à compter du 4 novembre 2025 égale au montant du loyer et des charges qui auraient été exigibles si le bail n’avait pas été résilié, et qui sera indexée selon les mêmes modalités que celles prévues pour le loyer au contrat de bail,
CONDAMNE Madame, [V], [H] à payer à Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y], la somme de 3.504,76 euros correspondant au montant des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés au 20 janvier 2026, outre intérêts au taux légal, à compter de la signification de la décision,
DIT que Madame, [V], [H] pourra s’acquitter de la dette par des versements mensuels de 250 euros le 5 de chaque mois pendant 14 mois, en plus du paiement du loyer et des charges courants, le premier versement devant intervenir dans le mois de la signification de la présente décision, le dernier versement étant ajusté au solde de la dette,
SUSPEND pendant ce délai les effets de la clause résolutoire,
DIT qu’en cas de paiement partiel, le règlement s’imputera en priorité sur le loyer échu avant d’être imputé sur l’arriéré locatif,
DIT qu’à défaut du versement d’un seul de ces acomptes à son échéance, la clause résolutoire retrouvera son plein effet et le solde de la dette deviendra immédiatement exigible dans sa totalité,
et, dans ce cas :
AUTORISE Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] à procéder à l’expulsion de Madame, [V], [H] et de tout occupant de son chef, avec au besoin l’assistance de la force publique, du logement et garage comprenant le cas échéant ses annexes et dépendances sis à, [Adresse 2],
CONDAMNE Madame, [V], [H] à payer à Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] une indemnité d’occupation comme fixée plus haut à compter de la résiliation et jusqu’à la libération effective des lieux,
DIT que toute indemnité devenue exigible et non payée à terme produira des intérêts au taux légal à compter du 6 de chaque mois,
CONDAMNE Madame, [V], [H] à supporter les dépens de l’instance comprenant le coût du commandement de payer en date du 4 septembre 2025,
CONDAMNE Madame, [V], [H] à payer à Monsieur, [M], [Y] et Madame, [W], [Y] la somme 100 euros sans intérêt en application de l’article 700 du Code de procédure Civile,
AINSI JUGÉ ET PRONONCÉ PAR MISE À DISPOSITION AU GREFFE DE LA JURIDICTION LE 26 MARS 2026, LES PARTIES EN AYANT ÉTÉ AVISÉES CONFORMÉMENT AU DEUXIEME ALINEA DE L’ARTICLE 450 DU CODE DE PROCÉDURE CIVILE.
LE GREFFIER LE JUGE
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