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Sur la décision
| Référence : | TJ Montpellier, réf. proximite, 29 janv. 2025, n° 24/00812 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00812 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 5 juillet 2025 |
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Texte intégral
N°Minute:25/00165
DOSSIER : N° RG 24/00812 – N° Portalis DBYB-W-B7I-PEZD
Copie exécutoire à
expédition à
M. [L] [B]
le 30 janvier 2025
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MONTPELLIER
[Adresse 5]
AUDIENCE DES REFERES
ORDONNANCE
RENDUE LE 29 Janvier 2025
PAR Sabine CORVAISIER, première vice-présidente, juge des contentieux de la protection, statuant en matière de referé,
assistée de Marie-Agnès GAL, Greffier,
ENTRE :
DEMANDEURS
Madame [J] [K], demeurant [Adresse 4]
représentée par Me Clémence BOUTROY, avocat au barreau de MONTPELLIER
Monsieur [F] [K], demeurant [Adresse 4]
représenté par Me Clémence BOUTROY, avocat au barreau de MONTPELLIER
ET
DEFENDEURS
Monsieur [L] [B], demeurant [Adresse 2]
comparant en personne
Monsieur [O] [D], demeurant [Adresse 3]
non comparant, ni représenté
Les débats ont été déclarés clos le 07 Janvier 2025 , Madame le Président ayant informé les parties que la décision serait rendue le 29 Janvier 2025.
SUR QUOI, L’ORDONNANCE SUIVANTE A ETE RENDUE :
EXPOSE DU LITIGE
Par acte en date du 21 juillet 2022, Monsieur et Madame [K] représentés par leur mandataire l’agence CLAPAS IMMOBILIER ont donné à bail à Monsieur [L] [B] un immeuble à usage d’habitation situé [Adresse 1], moyennant un loyer mensuel initial de 900 euros.
Par acte sous seing privé en date du 22 juillet 2022, Monsieur [O] [D] s’est porté caution solidaire des engagements de Monsieur [L] [B] dans le cadre du bail précité.
Des loyers étant demeurés impayés, Monsieur et Madame [K] ont fait signifier à Monsieur [L] [B], par acte de commissaire de justice en date du 19 décembre 2023, un commandement de payer la somme principale de 3.437,2 euros, au titre des loyers et provisions sur charges impayés, arrêté à la date du 1er décembre 2023, et visant la clause résolutoire prévue au bail.
Par acte de commissaire de justice en date du 21 décembre 2023, Monsieur et Madame [K] ont dénoncé ledit commandement à Monsieur [O] [D] en sa qualité de caution solidaire.
***
Par acte de commissaire de justice délivré à l’étude le 17 juillet 2024 pour Monsieur [L] [B] et le 26 juillet 2024 pour Monsieur [O] [D], notifié au représentant de l’État dans le département, Monsieur et Madame [K] ont fait assigner Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] pour l’audience du 10 décembre 2024 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de MONTPELLIER, statuant en référé, et demandent, notamment sur le fondement de la loi du 06 juillet 1989 :
— le constat de la résiliation du bail par le jeu de la clause résolutoire en raison de l’impayé de loyers et de charges,
— l’expulsion de Monsieur [L] [B] et de tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier dans la huitaine de la signification de l’ordonnance,
— la condamnation solidaire de Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] à payer les somme de 5.270,73 euros correspondant aux loyers et charges dues et 977 euros correspondant aux indemnités d’occupation à titre de provision, somme à parfaire au jour de l’audience,
— la condamnation solidaire Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] aux entiers dépens et à payer la somme de 1.500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
À la suite de la notification de l’assignation au représentant de l’État dans le département, la Direction de l’action sociale et du logement a fait parvenir au tribunal un diagnostic social et financier concernant Monsieur [L] [B], daté du 25 novembre 2024. La conclusion est qu’il ne s’est pas présenté aux convocations du travailleur social.
***
L’affaire a fait l’objet d’un renvoi pour la production d’un décompte actualisé et a finalement été évoquée à l’audience du 7 janvier 2025.
À l’audience du 7 janvier 2025, Monsieur et Madame [K] étaient représentés par leur conseil. Monsieur [L] [B] a comparu. Monsieur [O] [D] bien que régulièrement assigné, n’était ni présent ni représenté.
Monsieur et Madame [K] ont maintenu leurs demandes telles que portées dans l’assignation, à laquelle il convient de se référer, conformément à l’article 455 du code de procédure civile, pour un plus ample exposé de leurs moyens ; outre actualisation de la dette principale par décompte produit à l’audience, à la somme de 7.788,38 euros. Ils se sont par ailleurs opposés à des délais de paiement.
Monsieur [L] [B] a reconnu le montant de la dette fixée par les bailleurs. Il a exposé sa situation personnelle, tant familiale que financière et professionnelle, sollicité que le jeu de la clause résolutoire soit suspendu et qu’il lui soit accordé des délais de minimum 24 mois pour apurer l’arriéré. Il a indiqué vouloir quitter le logement dès l’obtention d’un logement social.
La décision a été mise en délibéré au 29 janvier 2025.
MOTIFS
En vertu de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la saisine en référé
L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
L’article suivant précise qu’il peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection peut accorder une provision au créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, l’occupation sans droit ni titre d’un immeuble, qui peut résulter du constat de la résiliation du bail du fait d’impayés, constitue un trouble manifestement illicite que le juge des référés se doit de faire cesser si elle est avérée. L’action en référé est donc recevable.
Sur la demande de constat de la résiliation du bail et ses conséquences
Sur la recevabilité de la demande
En tant que bailleurs personnes physiques, alors que la situation d’impayés avait persisté pendant deux mois de manière ininterrompue, au moment de la délivrance du commandement de payer, Monsieur et Madame [K] justifient avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par voie électronique deux mois avant la délivrance de l’assignation, comme les dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs le leur imposent, sans toutefois prévoir de sanction.
Monsieur et Madame [K] justifient par ailleurs avoir notifié une copie de l’assignation à la préfecture de l’Hérault par voie électronique plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée, qui l’imposent à peine d’irrecevabilité.
La demande est donc recevable.
Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, dispose notamment que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie, ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le commandement de payer du 19 décembre 2023 vise cette clause et reproduit les mentions obligatoires à peine de nullité de l’article 24 précité. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 20 février 2024, date de résiliation dudit bail.
Sur la demande de provision
Conformément à l’article 835 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable.
En l’espèce, il résulte des documents et décomptes versés aux débats que Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D], en sa qualité de caution, se trouvent solidairement redevables de la somme de 7.261,32 euros en arriéré de loyers, de charges et d’indemnités d’occupation échus, arrêté au 1er janvier 2025, mensualité du mois de janvier comprise, selon décompte établi par les bailleurs et ci-après annexé, après le cas échéant, enlèvement des différents frais ne pouvant être considérés comme des loyers ou des charges récupérables.
Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] seront donc solidairement condamnés à payer la somme provisionnelle de 7.261,32 euros à Monsieur et Madame [K].
Sur les délais de paiement
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 précitée dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Le VII du même article précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir jouée. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Monsieur [L] [B] n’ayant pas repris le paiement intégral du loyer courant avant la date de l’audience et ne disposant pas des capacités financières nécessaires, le tribunal n’est pas en mesure de lui permettre de reprendre le paiement du loyer courant augmenté d’éventuelles échéances de retard qui étaient pourtant susceptibles d’être mises en place pour apurer l’arriéré locatif.
En outre, le non-respect d’un plan d’apurement accordé par la juridiction, qui paraît inévitable tenant la situation économique, serait de nature à compromettre sa demande d’attribution d’un logement social.
En conséquence, l’expulsion de Monsieur [L] [B] ne peut qu’être ordonnée selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance, le maintien de la relation locative n’étant plus possible.
Conformément à l’article L.433-1 du code des procédures civiles d’exécution, les meubles se trouvant dans les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée en un lieu qu’elle désignera. À défaut, ils seront entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par le commissaire de justice chargé de l’exécution après sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans le délai imparti.
Sur les dépens
L’article 491 du code de procédure civile dispose que le juge des référés statue sur les dépens. Il le fait conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile, selon lesquelles la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D], parties perdantes, seront donc condamnés in solidum aux dépens.
Sur les frais irrépétibles
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’espèce, l’équité commande de condamner, à ce titre, Monsieur [L] [B] à payer à Monsieur et Madame [K] la somme de 200 euros.
Sur l’exécution provisoire
Aux termes de l’article 514-1 du code de procédure civile, le juge statuant en référé ne peut écarter l’exécution provisoire qui est, aux termes de l’article précédent, de droit pour les décisions de première instance.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement en qualité de juge des référés, par ordonnance réputée contradictoire rendue en premier ressort,
DÉCLARONS RECEVABLE l’action en référé,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 21 juillet 2022 entre Monsieur et Madame [K] et Monsieur [L] [B] concernant l’immeuble à usage d’habitation situé [Adresse 1] sont réunies à la date du 20 février 2024,
DÉCLARONS en conséquence Monsieur [L] [B] occupant sans droit ni titre des lieux situés à l’adresse ci-dessus mentionnée à compter du 20 février 2024,
DISONS qu’à défaut pour Monsieur [L] [B] d’avoir volontairement libéré les lieux indûment occupés avec toutes les personnes et biens s’y trouvant de son chef, dans les deux mois de la signification d’un commandement de quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique et l’aide d’un serrurier, et il sera procédé, conformément à l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution, au transport des meubles laissés dans les lieux, à ses frais, dans tel garde-meuble désigné par la personne expulsée ou à défaut par les bailleurs,
FIXONS au montant du loyer et des charges qui aurait été exigible si le bail n’avait pas été résilié, l’indemnité mensuelle d’occupation que Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] devront payer solidairement à compter de la date de résiliation de plein droit du bail le 20 février 2024, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux, caractérisée par la restitution des clés aux bailleurs ou à leur mandataire, avec le cas échéant, indexation selon les dispositions contractuelles,
CONDAMNONS solidairement Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] à payer à Monsieur et Madame [K] la somme provisionnelle de 7.261,32 euros représentant l’arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation arrêté à la date du 1er janvier 2025, mensualité du mois de janvier comprise,
DÉBOUTONS Monsieur et Madame [K] de leurs autres demandes,
CONDAMNONS in solidum Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] aux dépens,
DISONS que s’il devait être exposés des dépens pour l’exécution de la décision, ils seraient à la charge de Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D],
CONDAMNONS in solidum Monsieur [L] [B] et Monsieur [O] [D] à payer à Monsieur et Madame [K] la somme de 200 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
CONSTATONS l’exécution provisoire,
DISONS qu’une copie de la présente décision sera transmise au représentant de l’État dans le département.
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe les jour, mois et an que dessus et signé par le Juge et le Greffier.
LA GREFFIÈRE LA JUGE DES RÉFÉRÉS
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