Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, 17e ch. presse civ., 15 janv. 2025, n° 23/11048 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 23/11048 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 20 janvier 2025 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : | S.A. EDITIONS ALBIN MICHEL, S.A.R.L. SARL LES EDITIONS DE L' OPPORTUN |
Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE PARIS
■
MINUTE N°:
17ème Ch. Presse-civile
N° RG 23/11048 – N° Portalis 352J-W-B7H-CZX7J
AS
Assignation du :
5 Mai 2023
[1]
[1] Expéditions
exécutoires
délivrées le :
République française
Au nom du Peuple français
JUGEMENT
rendu le 15 Janvier 2025
DEMANDEUR
[H] [Z]
[Adresse 4]
[Localité 5]
représenté par Maître Pierre-françois ROUSSEAU de l’AARPI PHI AVOCATS, avocats au barreau de PARIS, vestiaire #P0026
DEFENDERESSES
[V] [S]
[Adresse 1]
[Localité 7]
représentée par Me Christophe BIGOT, avocat au barreau de PARIS, vestiaire #W0010
[Adresse 2]
[Localité 6]
représentée par Me Christophe BIGOT, avocat au barreau de PARIS, vestiaire #W0010
S.A.R.L. SARL LES EDITIONS DE L’OPPORTUN
[Adresse 3]
[Localité 8]
défaillante
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrats ayant participé aux débats et au délibéré :
Jean-François ASTRUC, Vice-président
Président de la formation
Anne-Sophie SIRINELLI, Vice-présidente
Laurence DEGRASSAT, Magistrate exerçant à titre temporaire
Assesseurs
Greffiers :
Viviane RABEYRIN, Greffier lors des débats
Virginie REYNAUD, Greffier lors de la mise à disposition
DEBATS
A l’audience du 06 Novembre 2024
tenue publiquement
JUGEMENT
Mis à disposition au greffe
Réputé contradictoire
En premier ressort
Vu les assignations en date du 5 mai 2023 délivrées à [V] [S] et aux éditions ALBIN MICHEL et EDITIONS DE l’OPPORTUN à la requête de [H] [Z] lequel, estimant qu’une atteinte à son droit au respect de sa vie privée a été commise dans deux livres intitulés Une semaine sur deux (ou presque) et Belle-mère au bord de la crise de nerf demande au tribunal, au visa des articles 9 et 1240 du code civil :
— d’interdire à [V] [S] et aux ÉDITIONS ALBIN MICHEL la diffusion du livre Une semaine sur deux (ou presque) comportant des passages attentatoires à sa vie privée sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir ;
— d’interdire à [V] [S] et aux ÉDITIONS de L’OPPORTUN la diffusion du livre Belle-mère au bord de la crise de nerfs comportant des passages attentatoires à sa vie privée sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir ;
— d’ordonner à [V] [S] et aux ÉDITIONS ALBIN MICHEL le retrait du livre Une semaine sur deux (ou presque), comportant des passages attentatoires à sa vie privée, des circuits de distribution sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir ;
— d’ordonner à [V] [S] et aux ÉDITIONS de L’OPPORTUN le retrait du livre Belle-mère au bord de la crise de nerfs comportant des passages attentatoires à sa vie privée des circuits de distribution sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir ;
— d’ordonner à [V] [S] et aux ÉDITIONS ALBIN MICHEL sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir, la suppression de 21 passages listés dans le dispositif de l’assignation, attentatoires à sa vie privée, dans le livre Une semaine sur deux (ou presque) ;
— d’ordonner à [V] [S] et aux ÉDITIONS de L’OPPORTUN sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée, à compter de la signification de la décision à intervenir, la suppression de 23 passages listés dans le dispositif de l’assignation, attentatoires à sa vie privée, dans le livre Belle-mère au bord de la crise de nerfs ;
— de condamner in solidum [V] [S], les EDITIONS ALBIN MICHEL et les EDITIONS DE L’OPPORTUN à payer la somme de 40 000 euros à [H] [Z] à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice de carrière subi ;
— de condamner in solidum [V] [S], les EDITIONS ALBIN MICHELet les EDITIONS DE L’OPPORTUN à payer la somme de 30 000 euros à [H] [Z] à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral subi ;
— de condamner in solidum [V] [S], les EDITIONS ALBIN MICHEL et les EDITIONS DE L’OPPORTUN à payer la somme de 10 000 euros à [H] [Z] au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;
— de rappeler que l’exécution provisoire de la décision est de droit ;
— de condamner [V] [S] aux entiers dépens, dont distraction au profit de l’AARPI PHI AVOCATS, Avocat au Barreau de Paris, conformément à l’article 699 du code de procédure civile.
Vu les conclusions récapitulatives n°1 du demandeur, notifiées par voie électronique le 15 février 2024, reprenant ses demandes d’interdictions et de retraits initiales, ainsi que de suppression des passages jugés attentatoires au droit de [H] [Z] au respect de sa vie privée, étant précisé que ces demandes visent à présent tous les formats possibles de diffusion, y ajoutant une interdiction de procéder à toute forme d’exploitation dérivée des deux ouvrages, et sollicitant que les défendeurs soient déboutés de leurs demandes reconventionnelles ;
Vu les conclusions en réplique et récapitulatives des éditions ALBIN MICHEL et de [V] [S], notifiées par voie électronique le 3 juin 2024, par lesquelles ceux-ci demandent au tribunal :
— de débouter [H] [Z] de ses demandes, fins et conclusions ;
— d’écarter toute solidarité entre les demandes formulées au titre de chacun des ouvrages ;
— de condamner [H] [Z] à verser à [V] [S] et à la société EDITION ALBIN MICHEL la somme de10.000 euros chacune en raison du caractère abusif de la procédure intentée ;
— de condamner [H] [Z] à leur verser la somme de 4000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
Vu l’ordonnance de clôture en date du 19 juin 2024 ;
A l’audience, le conseil de [H] [Z] et celui de [V] [S] et de la société EDITIONS ALBIN MICHEL ont oralement soutenu leurs écritures. Il leur a été indiqué que la décision, mise en délibéré, serait rendue le 15 janvier 2025.
La société LES EDITIONS DE L’OPPORTUN n’a pas constitué avocat dans le cadre de la présente procédure. Elle avait été citée conformément à l’article 658 du code de procédure civile à son siège social, le pli ayant été reçu par son gérant, [G] [E].
Il sera dès lors statué par décision réputée contradictoire, conformément aux dispositions de l’article 473 du code de procédure civile, étant précisé qu’il ne sera fait droit à la demande qu’à condition que celle-ci apparaisse recevable et bien fondée, ainsi que le prévoit l’article 472 du même code.
Sur les faits
[H] [Z] se présente comme comédien spécialisé dans le domaine de la voix off.
Il est constant qu’il a entretenu, en 2005, une relation d’ordre principalement sexuel avec [V] [S], défenderesse à l’instance et également comédienne dans le domaine de la voix off, puis, après une rupture et de nouvelles fréquentations épisodiques, qu’il a été en couple d’abord avec [O] [X] entre 2006 et 2009, puis avec [V] [S] pendant une durée de 4 ans, de 2010 à 2014, le couple ayant à cette occasion résidé ensemble. Ils se sont par la suite séparés, [H] [Z] ayant eu une relation avec [N] [R], coiffeuse de profession, avec laquelle il a par la suite rompu.
Il déplore dans le cadre de la présente instance la publication de deux romans par [V] [S], sous son patronyme :
Le 26 septembre 2018, un ouvrage publié aux éditions ALBIN MICHEL intitulé Une semaine sur deux (ou presque) ;Le 20 avril 2022, un ouvrage publié aux EDITIONS DE L’OPPORTUN, intitulé Belle-mère au bord de la crise de nerfs.
Indiquant se reconnaître, au sein de ces ouvrages, principalement consacrés à la nouvelle vie de famille de la narratrice et à son rôle de belle-mère, sous les traits du personnage de l’ancien compagnon de cette dernière, surnommé « Mr Connard » et présenté comme un « pervers narcissique », [H] [Z] a mis en demeure par courrier recommandé du 28 février 2023 [V] [S], ainsi que ses deux éditeurs, de retirer les deux ouvrages de la circulation et dans l’hypothèse d’une nouvelle publication, d’en supprimer les passages jugés attentatoires à son droit au respect de sa vie privée (pièces n°5 à 7 en demande).
Il a reçu comme réponse :
des EDITIONS ALBIN MICHEL, qu’il n’était pas suffisamment identifiable dans l’ouvrage et qu’aucun préjudice n’était démontré, mais que la commercialisation de l’ouvrage serait arrêtée à titre conservatoire à la fin du mois de mars 2023 (pièce n°12 en demande) ;
de [V] [S], le 16 mars 2023, que le personnage de « Mr Connard » ne correspondait pas à lui, en ce qu’il s’agissait d’un personnage créé pour les besoins de l’écriture, reprenant les traits de personnalité communs, la défenderesse faisant valoir sa liberté de création (pièce n°13 en demande).
Le 27 mars 2023, [V] [S] a publié sur son compte Facebook une réponse à la décision de retrait conservatoire : « Un de mes ex (et ses proches) a cru se reconnaître dans un des personnages, celui du pervers manipulateur narcissique (d’ailleurs, n’est-ce pas un peu vexant que ses proches l’aient reconnu dans l’horrible description que je fais de ce personnage, surnommé « Mr Connard »? (…) Mais est-ce vraiment lui ? Sans vouloir me vanter (papa, ne lis pas la phrase qui suit), mon tableau de chasse dans le milieu de la voix-off est impressionnant, il ne se passe pas un jour sans que je croise un ex (sur l’échelle Marseillaise). Un homme comme celui qui est décrit dans mes romans, il en existe treize à la douzaine ( …) il peut être tout le monde et n’importe qui. Un auteur distille dans ses personnages un peu de ceux qu’il croise au cours de sa vie (…) » (pièce n°14 en demande).
Les deux livres poursuivis traitent principalement, sur le ton de l’humour, parfois grinçant, de la question de la famille et notamment de la place de la narratrice dans sa famille recomposée, évoquant de manière incidente son ancien compagnon.
S’agissant du livre Une semaine sur deux (ou presque)
Le premier livre, qui s’intitule Une semaine sur deux (ou presque), est paru aux éditions ALBIN MICHEL le 26 septembre 2018.
Il est indiqué qu’il s’agit d’un « roman » et la quatrième de couverture précise : « après des années de célibat, de déprime, de nuits à picoler seule, enfin le bonheur : LA rencontre, l’amour avec un grand A, comme une évidence, lorsqu’ on ne se pose plus de questions et que tout devient simple !
Ça c’est ce que vous pensez avant de rencontrer [W], quatre ans, la fille de votre amoureux, un vrai petit monstre. »
Une semaine sur deux (ou presque) « est un roman drôle et très contemporain qui raconte au jour le jour l’enfer d’une trentenaire (amoureuse et enceinte) qui doit composer avec… une famille recomposée ».
[H] [Z] poursuit 21 passages de ce roman, dont la majorité se situe dans la première partie de celui-ci, graissés ci-après et numérotés par le tribunal pour les besoins de la motivation.
L’ouvrage se présente sous la forme d’une succession de chapitres non numérotés et de longueur inégale. La narratrice, jeune femme trentenaire évoluant dans le milieu professionnel des voix off, y décrit sa relation avec son nouveau compagnon, avec lequel elle va rapidement emménager et dont elle tombera très vite enceinte, ainsi qu’avec la fille de ce dernier. Elle relate sa grossesse et la naissance de sa fille et évoque sur un registre négatif, souvent par opposition avec son bonheur présent, sa relation avec son ancien compagnon, qu’elle surnomme « Mr Connard ».
Le début de l’ouvrage, évoquant le bonheur actuel de la narratrice et l’arrivée prochaine d’un enfant, revient sous forme de parallélisme sur sa précédente relation avec « Mr Connard » et sur sa rencontre avec son nouveau compagnon: : « Depuis ma rupture avec Mr Connard [note de base de page : Le nom de cette personne a été modifié pour préserver son anonymat ] je butinais de fleurs en fleurs » (propos n°1).
Elle relate, dans un chapitre consacré à « l’annonce avant l’écho du troisième mois », sa précédente grossesse, deux ans auparavant : « Il y a deux ans, je suis tombée enceinte de Mr Connard (…) Alors que je lui faisais part du haut taux de bêta HCG, Mr Connard me demanda d’avorter. Il ne se considérait pas assez heureux avec moi pour envisager une quelconque paternité. Pour ensuite changer d’avis le lendemain, et à nouveau changer d’avis tous les quinze jours jusqu’à l’échographie du troisième mois. Je l’ai trouvé instable mais j’ai appris par la suite, de la bouche des deux psys du couple, qu’il était seulement pervers narcissique » (propos n°2 et 3, p. 20).
Elle reprend cette thématique un peu plus tard dans le livre, dans un chapitre intitulé « l’attente » dans lequel elle décrit l’attente de l’échographie du troisième mois et opère également un parallèle avec sa précédente grossesse : « Il y a deux ans, je me rendais en toute confiance au cabinet de l’obstétricienne, n’imaginant pas une seconde qu’on puisse me dire que mon ventre était vide. Vide d’une vie qui avait décidé de se faire la malle (…) La grossesse devenait une fausse couche (…) Mr Connard n’a pas eu l’air affecté plus que ça, lui qui, la veille encore, me demandait d’avorter. Sur le moment, j’ai pensé que ses paroles avaient tué notre enfant » (propos n°6, p. 43).
Les quatrièmes propos poursuivis, qui se situent dans le chapitre « Annonce faite au père », dans lequel la narratrice indique que le jour de ladite annonce, « nous étions invités à la deuxième soirée de l’année de notre agent voix off (oui nous sommes coooméééédiens voix off) » (propos n°4, p. 23).
Dans un chapitre intitulé « répit » elle indique aller au cinéma voir le film Mon Roi qui traite de la « maltraitance psychologique, celle qu’on ne voit pas, qui s’insinue dans le couple à l’insu de son entourage. Je pense à Mr. Connard. Évidemment.
Quatre années à vivre sur les montagnes russes de son amour incohérent. Quatre années à perdre jour après jour ma joie de vivre, mon humour, ma bienveillance. Quatre années à me noyer dans sa diarrhée verbale. Quatre années à me penser folle. Hystérique. Suicidaire.
Un an, et quelques semaines plus tard, je partage ma vie avec un homme merveilleux, je suis enceinte, épanouie, heureuse, amoureuse, joyeuse » (propos n°5, p. 30).
Dans le chapitre « celle qui aurait dû dire non », la narratrice revient sur sa rencontre avec son ancien compagnon : « J’ai rencontré Mr Connard par l’intermédiaire de mon meilleur ami. J’avais 25 ans. Il en avait dix de plus. Il avait déjà des implants, mais surtout du charisme » (propos n°7, p. 54), expliquant qu’à l’époque il avait mis dans sa vie « une étincelle qui [lui] manquait ».
Elle expose que « c’est lui qui décidait quand nous devions nous voir », au gré de ses seules envie, tandis qu’elle guettait « chaque minute un texto de sa part (…) ou un appel. Mr Connard aimait bien m’appeler. Pas pour prendre de mes nouvelles. Non. Pour me parler de lui, de sa carrière, de ses cheveux, de sa moto, de ses positions politiques, de ses pratiques sexuelles. Ou l’inverse. De ses séances de sport, de sa tristesse, de sa sœur dépressive, du chien de sa mère, de sa soif d’aventures … (propos n°8, p. 54 et 55) Sans jamais me laisser en placer une ». Elle ajoute être allée vers lui « parce que c’était magnétique. Charnel » malgré « deux ou trois indices » de ce qu’elle était en train de faire « une belle connerie », puis relate leur rupture :
« Trois mois après notre première galoche, il m’a quittée pour une figurante rencontrée sur le plateau de tournage. Trois mois après, cette figurante l’a quitté parce qu’elle avait fait confiance aux deux ou trois indices que je n’avais pas voulu écouter. Il est revenu avec son (putain de) charisme et j’ai baissé ma culotte.
Un an de parties de jambes en l’air plus tard, il m’a laissé un message sur mon répondeur : « j’ai rencontré quelqu’un » (propos n°9, p. 55) (…) Quelques mois après, quand mes larmes avaient séché, il est venu me voir jouer. Il vivait heureux avec [C], la fille pour qui il m’avait laissée ». Après avoir indiqué qu’il lui avait alors suggéré qu’ils seraient restés ensemble si elle avait été plus mince, la narratrice poursuit « Deux ans plus tard, il est revenu, son charisme sous le bras, me dire entre deux sanglots qu’il m’aimait, qu’il n’avait jamais que moi, que sa [C] n’avait jamais compté. Et j’ai baissé ma culotte. Encore » (propos n°10, p. 56).
Plus tard dans le livre, dans le chapitre « Dr Jeckyll et Mr Hyde », elle indique « Mr Connard distille aux quatre coins du métier que je suis une personne dangereuse. Dans le même temps mon amoureux raconte à qui veut l’entendre à quel point je suis formidable. C’est bien, les gens vont croire que je suis maniaco-dépressive » (propos n°11, p. 90).
Dans un chapitre intitulé « Mr Connard » et consacré à ce dernier, elle le présente comme « un vrai connard. Égoïste, pédant, qui se considérait d’une race supérieure », reprochant à ses amis de ne pas être assez « poètes » ni « profonds » pour lui. Après avoir égrené la liste des reproches qu’il lui faisait, elle les commente ainsi : « il y avait constamment une raison pour faire de moi la femme qu’il ne voulait pas (…) Mr Connard me voulait femme quand lui vivait comme un ado. Il se couchait à 4 heures du matin après avoir passé des heures devant ses jeux vidéos, se levait à 13 heures, et commençait sa journée à 16 heures. (propos n°12, p. 94) Un jour, je me suis risquée à lui dire que ce serait chouette, un matin, de prendre notre petit déjeuner ensemble. Réponse : « Tu n’as qu’à me donner envie » ».
La narratrice relate ensuite l’alternance de moments de bonheur et d’ « horreur absolue », explique qu’un soir, il n’avait accepté de se rendre à un dîner avec ses amis à elle que pour pouvoir leur dire qu’il n’était pas intéressé par leurs conversations, appelant ça de l’honnêteté : « La première psy de couple, choisie par ses soins, que nous avions consultée, lui avait dit un jour « Pourquoi vous ne vous aimez pas ? » quand moi, je pensais qu’il s’aimait trop ». Elle décrit également son habitude d’être en retard aux rendez-vous après avoir pris du temps pour lui, et les réponses qu’il lui faisait quand elle le lui faisait remarquer (« Tu ne peux pas simplement être heureuse pour moi ? Tu ne vois pas que ce sont des moments où je me fais plaisir » « et si c’était toi l’égoïste qui veut toujours que j’arrive à l’heure ») ce qu’elle commente en ces termes : « Il aura fallu le regard halluciné de notre deuxième psy de couple (il avait refusé de revoir la première après que celle-ci lui a confié que ce n’était pas moi le problème) pour me faire comprendre que non, ce n’était pas moi l’égoïste » (propos n°13, p. 95). La narratrice relate alors que cette psychologue lui avait conseillé de le quitter, ce qu’elle n’avait pu se résoudre à faire, même s’il avait fait d’elle un « être de l’ombre », expliquant avoir été, même après leur rupture, sous son emprise.
Dans un chapitre intitulé « nid », la narratrice évoque sa joie d’avoir trouvé un appartement, alors qu’avec « Mr Connard » ils avaient cherché 9 mois et déposé 9 dossiers avant d’être acceptés, « comme si l’Univers me criait : « Mais bougre de conne ! Ce n’est pas lui ! »», puis évoque la nouvelle relation de son ancien compagnon : « J’ai appris que Mr Connard sortait avec une coiffeuse. Pour un homme qui ne jure que par ses implants, on peut dire que l’Univers a bien fait les choses pour lui également » (propos n°14, p.103).
Dans le chapitre « oui ! » la narratrice revient sur la demande en mariage faite par son ancien compagnon : « Un soir de décembre 2010, Mr Connard m’a demandée en mariage à la terrasse chauffée d’un bar-tabac en bas de chez nous. Les illuminations installées pour les fêtes rendaient ce moment digne d’un téléfilm de Noël sur M6. J’ai dit oui. J’ai pleuré. Puis, il ne m’en a plus jamais reparlé » (propos n°15, p. 106). Elle relate qu’il lui avait dit qu’elle devait mériter ce mariage, qu’il ne tenait qu’à elle d’être son épouse mais qu’elle ne le rendait pas suffisamment heureux, puis, quelque mois plus tard, interrogé par un tiers sur le mariage à venir, avait répondu « Jamais. Je suis contre l’idée du mariage », suscitant ce commentaire de la narratrice: « Divorcée avant d’être mariée. Original. J’ai eu, à cet instant, l’envie très forte de lui faire bouffer ses implants par la racine » (propos n°16, p. 107).
Dans le dix-septième passage poursuivi, situé dans le chapitre « Baby Boom », la narratrice indique avoir choisi la maternité de La Muette afin de ne pas aller à celle de [13] à [Localité 10] parce que : « Dans mon souvenir, Mr Connard est né à [13] » (propos n°17, p. 189).
Le chapitre « Joyeux jour de naissance » s’ouvre ainsi : « 27 mai 2011. Mon anniversaire. Mr Connard et moi n’habitons pas encore ensemble. Il sous-loue un appartement juste dans l’immeuble en face de chez moi et ça nous va très bien comme ça » (propos n°18, p. 192). Le surplus du chapitre est consacré à l’évocation d’une dispute entre eux à la suite d’un cadeau d’anniversaire, mis en perspective avec son bonheur présent.
Dans le chapitre « Karma », la narratrice relate une rencontre avec “Mr Connard” à l’occasion d’un évènement professionnel, alors qu’il vient de se rajouter sur la liste des invités : « Jeudi dernier, nous étions à une soirée organisée par une boîte qui me fait travailler de temps à autre (…) Il vient. Mr Connard. Mr Connard, qui ne faisait pas partie des invités une heure et demie auparavant venait à cette garden-party, PUTAIN. (propos n°19, p. 267) Mon cœur s’est emballé en même temps que mon estomac s’est noué. Je me suis posée, j’ai respiré (…) Je l’ai vu traverser la grande terrasse. L’air sûr de lui. Je me rappelle l’avoir trouvé pas mal dans sa chemise blanche impeccablement repassée. Mais arrogant aussi.
Nous avons passé la soirée à cinq mètres l’un de l’autre sans même nous dire bonjour. Sa +1 était là aussi. Joliment coiffée, vêtue d’une robe bleue marine (une de ces robes dont il m’aurait sans doute dit à l’époque : « elle est trop simple, tu aurais pu mettre de la couleur ! »), sa douce ne s’éloignait pas de lui. Pourquoi porte-t-elle cette robe ? Est-il moins exigeant avec elle ? Ou lui donne-t-elle ce que je n’ai jamais réussi à lui donner ? A-t-elle caché sous ce vêtement terne une culotte fendue, un œuf vibrant ou un soutien-gorge en métal ? (propos n°20, p. 268) A-t-elle des amis qui élèvent son développement intellectuel ? Est-elle, comme j’ai pu l’être, aveuglée par son charisme et sa virilité ? ».
La narratrice décrit ensuite la rencontre entre « Mr Connard » et son nouveau compagnon, et le fait qu’il lui ait fait la bise « comme de vieux collègues employés de banque » alors qu’ils s’étaient connus intimement, poursuivant en indiquant que, « Levant les yeux vers ses implants pour fuir son regard », elle a immédiatement « remarqué sur son front un moustique au-dessus de son sourcil droit » (propos n°21, p. 269). Le chapitre se termine sur les propos peu amènes proférés par Mr Connard lorsqu’elle prend des nouvelles de sa famille.
Sur le livre Belle-mère au bord de la crise de nerfs publié aux éditions de l’OPPORTUN
Le deuxième ouvrage, qui s’intitule Belle-mère au bord de la crise de nerf, est paru aux éditions de l’OPPORTUN en mars 2022.
Le quatrième de couverture indique : « t’es pas ma mère » : « [W], « charmant petit monstre » âgée de 7 ans en fait voir de toutes les couleurs à sa belle-mère qui doit aussi composer avec tous les autres éléments de la famille recomposée. La vie de cette nouvelle « tribu » n’est pas de tout repos, loin s’en faut ! Disputes, cris, incompréhensions, ex trop présente, belle-maman qui peine à trouver sa place et papa qui parfois ne sait plus quoi dire.
[V] [S] se livre sans complexe et avec un humour saignant sur ses nouveaux habits de jeune maman et de marâtre auto-désignée ! Pourtant son quotidien n’est vraiment pas de tout repos : gestion des plannings et des susceptibilités de la famille recomposée, organisation des vacances, présence aux fêtes de l’école… un vrai chemin de croix.
Illustré par [J] [T], ce récit bourré de tendresse et d’autodérision ne vous laissera pas indifférent ».
Il se présente comme un prolongement du précédent, reprenant les mêmes personnages et adoptant la même structure sous la forme de chapitres non numérotés, des illustrations étant en outre insérées.
Il explore les mêmes thématiques, et principalement celle du rôle de belle-mère, faisant face entre l’animosité de sa belle-fille, [W], reflet direct de celle de sa mère, laquelle s’est rapprochée de « Mr Connard ». Elle relate la manière dont elle essaie de trouver sa place au sein de cette famille recomposée et y décrit, sous le ton de l’humour grinçant, sa vie de famille et sa vie de couple, affectée par la difficulté, pour la narratrice et pour sa belle-fille, de trouver un équilibre, ainsi que les répercussions de ses mauvaises relations avec la mère de [W] sur son milieu professionnel, l’ensemble des protagonistes évoluant dans le milieu des voix off.
Si ces éléments constituent le sujet central du livre, la relation entre la narratrice et « Mr Connard » y trouve également une place, parfois au détour d’un chapitre qui n’y est pas exclusivement consacré, parfois à l’inverse au sein de développements particuliers. Le demandeur poursuit 23 de ces passages.
L’ouverture du livre, parodiant le ton du conte, indique : « il était une fois une Reine, la Reine Dodue (42 chez Zara), vivant seule dans son immense château (62m² loi Carrez). Le roi Connard, l’homme qui partageait sa vie et aux pratiques plus que discutables, avait déserté leur royaume quelques mois plus tôt, sans jamais demander de nouvelles (si ce n’est pour réclamer la part des biens qu’ils possédaient en commun : un canapé, un fauteuil club à 1500 balles, une table haute, une table basse, un bureau, une lampe et un king size) » (propos n°22 poursuivis, p. 5). Sont ensuite évoqués, sur le même ton, sa rencontre avec le Roi Gentil, qui s’était séparé de la Reine [P], une femme cruelle et malfaisante, mère de la princesse [W].
Le deuxième chapitre, intitulé « Vis ma vie de belle-mère », ramène ensuite le propos dans le monde réel : « La réalité est bien moins cruelle. [P], la mère de ma belle-fille [W], n’est pas si sadique, et en ce qui me concerne, je ne suis pas si dodue (excepté durant les mois raclette). En revanche, mon homme est un vrai gentil et Mr Connard, mon ex, un vrai connard » (propos n°22, p. 7). La suite du propos se concentre sur sa vie de famille.
Dans le chapitre intitulé « Oh.My.God », la narratrice revient à sa vie professionnelle et décrit une rencontre fortuite avec son ancien compagnon alors qu’elle vient, dans le cadre d’une compétition, enregistrer une maquette pour un groupe commercial. Son interlocuteur lui annonce alors que les voix masculines seront faites par un comédien qui a un impératif vers midi : « Mr. Connard. Tu connais ? Oh. Putain. Mon connard d’ex est la voix choisie pour représenter la marque derrière moi ? Dites-moi que c’est [L] [D] qui se cache derrière cette mascarade ».
Après avoir répondu qu’elle le connaît « un peu… (à deux ou trois fellations près) », la narratrice décrit l’effet que lui fait cette rencontre, le désir d’être mieux habillée et plus mince, rappelant ses propos dénigrants relatifs à son poids et l’amour qu’elle lui portait alors qu’il la poussait à bout, ainsi que le regard dédaigneux que ce dernier lui lance.
Dans le chapitre suivant, intitulé « Stand up », elle poursuit : « Dans l’après-midi, je suis de retour au studio. Mr Connard est parti rejoindre son impératif (sans doute une séance de sport, un rendez-vous chez le coiffeur, ou un stage d’acteur en anglais pour se préparer à une carrière internationale). Je peux enfin respirer normalement », avant d’indiquer que le directeur artistique trouvait que leurs voix « matchaient » bien, puis de relater l’échec du projet, lui permettant de ne pas avoir à « croiser Mr Connard toutes les semaines» (propos n°25, p. 26).
Dans le chapitre suivant, intitulé « Ma meilleure ennemie », la narratrice relate le rapprochement entre [P] et “Mr Connard” : « Il y a deux ans, la kermesse de [W] avait laissé planer un magnifique espoir de réconciliation », pour indiquer immédiatement « c’était sans compter l’originalité de [P].
Peu de temps après cette kermesse au goût de cesser-le-feu, elle s’est rendue à l’anniversaire d’une personne qu’elle n’aimait pas particulièrement. Son intérêt était ailleurs. Elle savait que Mr Connard, (un pervers manipulateur narcissique selon les deux psys de couple que nous avions consulté) serait présent. [P] est donc allée à sa rencontre. « Bonjour, je suis l’ex du nouveau mec de ton ex », et la machine fut enclenchée. Selon un témoin présent sur place, (une copine, donc), ils seraient restés ensemble toute la soirée. (propos n°26 poursuivis, p. 28 et 29).
[P] a questionné Mr Connard à mon sujet afin de mieux me connaître.
Elle pouvait se renseigner auprès de mes potes de vingt ans, auprès d’un autre ex, qui était, lui, gentil et attentionné, ou auprès de mon père (qui n’est d’aucune objectivité). Elle pouvait même se renseigner auprès de mes employeurs, qui affectionnent tout particulièrement ma belgitude. Mais non. Elle a préféré aller se renseigner auprès d’un mec qui a écrasé de sa talonnette de motard mon estime de moi quatre années durant. Auprès d’un mec qui trouvait que mes amis n’étaient pas à la hauteur de son intelligence et qui pouvait me tirer la gueule pendant trois jours parce que je n’avais pas mis de talons, parce que je n’avais pas attaché mes cheveux, parce que j’avais refusé de porter ses strings en peau de chagrin. Auprès d’un mec pour qui je n’étais jamais assez belle, assez intelligente, assez mince. Auprès d’un mec qui ne supportait pas que je fasse rire, que je parle trop, que je travaille plus que lui.
Auprès d’un mec qui claironnait à tout va que je suis psychologiquement instable et qui se sert de la mort de ma mère pour expliquer mes débordements. Auprès d’un mec avec lequel [P] aurait elle-même souffert s’ils avaient été ensemble.
Aujourd’hui, ils se voient régulièrement, vont au théâtre, en soirée, au restaurant ensemble, se likent sur Facebook et se laissent des commentaires niais » (propos n°27 poursuivis, p. 29).
Le 28e passage poursuivi se situe dans le chapitre qui suit, qui rappelle la conversation entre la narratrice, alors enceinte, et son gynécologue, afin de fixer la date de sa césarienne programmée, ce dernier lui proposant la date du 26 mai : « Heu. Oui. Alors. Encore pardon hein, mais le 26 mai, c’est l’anniversaire de mon ex qui était un vrai connard. C’est possible une autre date ? » (page 32).
Les 29e et 30e passages poursuivis se situent plus tard dans le livre, au sein d’un chapitre intitulé « Rebondissement », qui revient sur la relation entre [P] et « Mr Connard ».
Alors que le compagnon de la narratrice reproche à son ancienne compagne sa « nouvelle amitié malsaine », celle-ci lui répond « Tu crois que je compare la taille de vos bites » puis, alors que la narratrice s’interroge sur une faute de frappe avec « botte », ajoute « C’est comme ça dans notre métier, tout le monde s’échange avec tout le monde », ce que la narratrice commente en ces termes : « Ah. Non. Visiblement c’est bien « bite » qu’elle a souhaité écrire. Et d’après elle, le monde de la voix off ne serait qu’une gigantesque boîte échangiste » (propos n°29, p. 67).
La narratrice évoque ensuite le fait que cette nouvelle ne lui déchire pas le cœur mais la déçoit, puis sa crainte que cette relation ne ramène “Mr Connard” dans sa sphère, « Un homme qui n’avait plus aucune information sur ma vie ou mon quotidien. Je ne suis pas dupe, je sais que leurs conversations tournent autour de nous. Il est devenu bien malgré moi le confident de [P]. Elle lui raconte sa version erronée, transformée, exagérée de nos faits et gestes. De nos paroles. De notre vie de couple. Il lui raconte sa version erronée, transformée, exagérée de feu nos quatre ans de vie commune » (propos n°30, p. 68).
Après avoir indiqué que « rien que pour ça », elle pourrait s’exiler au Mexique « et intégrer un cartel de drogues », la narratrice aborde, dans les chapitres suivants intitulés « tout, tout, tout est fini entre nous? » et « 1er août 2014 », la fin de sa relation avec Mr Connard, correspondant aux passages n°31 à 35 poursuivis.
Le premier de ces deux chapitres s’ouvre sur la mention de ce que « Mr Connard a fui le domicile conjugal après quatre ans de relation chaotique le jour où nous devions décoller pour la Sardaigne » (passage n°31, p. 69). Elle précise que ce dernier avait mandaté un de ses amis pour lui annoncer qu’il ne partirait pas comme prévu avec elle, ces événements faisant suite à une dispute, la veille, au sujet de sa fausse couche intervenue quelques mois auparavant et du désir d’enfant de “Mr Connard”. Elle relate alors l’impossibilité de le joindre par téléphone, son angoisse, les nombreux messages qu’elle lui adresse et les appels passés à ses amis et à sa famille, qui lui indiquaient avoir de la peine pour elle. « Excepté sa sœur. Elle m’avait confié quelques jours auparavant que Mr Connard et [C], son ex, s’étaient séparés parce qu’il ne voulait pas d’enfant. (passage n°32, p. 71) Elle m’avait fait promettre de ne rien dire à son frère mais l’engueulade de la veille avait eu raison de mon engagement ».
Elle relate ensuite son départ seule en Sardaigne, ses pensées qui vont vers son ancien compagnon à l’aéroport en voyant un enfant « d’un an à peine » qui « est en train de manger l’Iphone de son père. On aurait ri Mr Connard et moi en parlant de son neveu de quinze mois (passage n°33, p. 73) qui vit avec le portable de sa mère greffé à sa main droite », puis la solitude de son séjour en Sardaigne, au cours duquel elle écrit à Mr Connard, écrits constituant « trente huit pages d’amour et d’excuses », qu’elle lui a envoyées à son retour.
« Deux jours après mon retour à [Localité 11], nous avons rendez-vous avec notre psy de couple » (passage n°34, p. 77). Elle décrit alors ce rendez-vous, au cours duquel il lui fait des reproches tandis qu’elle met en avant l’amour qu’elle lui porte, jusqu’à ce que le psychologue déclenche le départ de Mr Connard en la mettant en valeur, puis l’incite à le quitter en lui montrant qu’elle allait être malheureuse avec lui. Elle précise enfin avoir été quittée par un « mail informatif dénué de toute chaleur humaine (…) « je te quitte, qu’est-ce qu’on fait des meubles » ». Elle décrit qu’elle n’obtiendra pas de face à face avec lui et alors qu’elle était prête à renoncer à « tous les bonheurs » pour être avec lui avant de comprendre « qui il était vraiment. Et qui j’étais devenue avec lui. Je me suis enfin retrouvée : entre un dîner avec mes amis qu’il trouvait trop cons, un anniversaire où j’ai pu enfin aller le cœur léger, un week-end à [Localité 9] avec une pote et des amants par dizaine. Dire que j’ai failli renoncer à tout ça pour un mec qui s’est fait faire des implants » (propos n°35 poursuivis, p. 80).
Dans le chapitre suivant, intitulé « Bourreau ET victime ? », elle commence par faire état de la séparation entre “Mr Connard” et « sa coiffeuse », et ce « alors que [P] et lui commençaient à être amis ». La narratrice estime que, malgré ses déclarations, [P] n’a pas de relation sentimentale avec lui, en raison de l’incompatibilité de leur personnalité. « Quoi qu’il en soit, quand j’ai appris que Mr Connard et sa douce s’étaient séparés (passage n°36, p. 82), j’ai presque eu envie de la contacter », voulant comparer leurs histoires, avant d’y renoncer, car « chaque histoire est unique ».
Les propos n°37 se situent plus loin dans le livre, dans un chapitre intitulé « vingt centimètres », consacré à la rencontre entre la narratrice et [C], une des anciennes compagnes de « Mr Connard », qui l’avait quittée. Cette entrevue lui avait permis de découvrir à la fois les similitudes de leurs situations et leur différence d’attitude, la narratrice étant en rébellion contre les exigences de “Mr Connard” quand [C] s’y conformait. « J’ai appris que Mr Connard et [C] étaient devenus amis. Ce qui serait pour nous totalement impossible. Sauf si j’avais accepté, à l’époque, de porter dans la rue ses talons de 20 cm en plexiglas, ceux qu’on trouve dans les vitrines à [Localité 12]. L’amitié tient finalement à peu de chose » (passage n°37 poursuivi, p. 123).
Les passages n°38 à 40, là encore situés plus loin dans le livre, s’insèrent dans un chapitre intitulé « Rendre à Mr Connard ce qui est à Mr Connard », spécifiquement consacré à la première relation entretenue par la narratrice avec Mr Connard, en 2005 : « le 25 août 2005 (…) après m’avoir fait sauvagement l’amour, Mr Connard m’annonçait qu’il me quittait (une première fois) parce qu’il ne me trouvait pas assez « femme ». Ce n’est pas ce que laissaient penser nos derniers ébats mais j’ai appris par la suite qu’il m’avait quittée pour une figurante rencontrée sur un plateau de tournage » (passage n°38, p. 153). Elle relate la suite de la journée et notamment un dîner le soir au cours duquel elle apprend le décès brutal de sa mère : « Mr Connard et moi sommes partis du restaurant (…) Nous avons pris la moto de mon tout nouvel ex (passage n°39, p. 154), et il m’a raccompagnée chez moi ». Elle expose qu’il l’a ensuite massée et a passé la nuit chez elle, mais sans l’accompagner le lendemain jusqu’à la gare : « je n’ai eu de ses nouvelles que trois mois plus tard, lorsque sa figurante l’a quitté ». Elle précise ensuite n’avoir jamais pu lui parler de cette nuit passée chez elle et de la mort de sa mère, « quand j’essayais d’aborder le sujet (…) il me disait qu’il préférait que je ne me confie pas à lui, car il n’était pas doué pour le réconfort. Même lors de nos quatre années de relation chaotiques, cinq ans plus tard, je n’ai pas pu lui en reparler » (passage n°40, p. 155).
Le passage n°41 poursuivi, qui se situe plus loin dans le livre, s’inscrit dans un très court chapitre intitulé « La Sal*** », dans lequel la narratrice établit un parallèle entre l’animosité que lui voue [P] et son comportement antérieur vis-à-vis de [C] : « Quand j’en veux à [P] d’avoir été raconter partout, lorsque j’ai commencé à sortir avec son ex, que j’étais vieille, grosse et moche, je me rappelle de ce que j’ai pu dire de [C], la comédienne pour qui Mr Connard m’avait quittée la deuxième fois que nous nous étions remis ensemble » (passage n°41, p. 218).
Le passage n°42 poursuivi se situe dans un chapitre intitulé « les calculs ne sont pas bons [P] », relatif au calcul des jours de garde partagée de [W], la narratrice indiquant à ce titre : « S’ils conservaient, tout au long de l’année, la garde du vendredi au vendredi, tout serait beaucoup plus limpide. Aussi limpide que l’écart entre deux cheveux implantés de Mr Connard » (passage n°42, p. 289).
Dans le chapitre « L’abus d’alcool… oh et puis merde », la narratrice raconte une soirée de son « agent voix off » où se rend également [P], décrit les réactions hostiles d’anciennes amies perdues à la suite des commérages de [P] : « à leurs côtés se trouve également l’ancienne agent de voix de Mr Connard et de [P], qui me méprise sans savoir qui je suis » (passage n°43, p. 304).
Enfin, le dernier passage poursuivi se situe dans le chapitre conclusif en forme de bilan, « Demain m’appartient », dans lequel la narratrice commence en indiquant : « Il ne faut pas oublier une chose fondamentale. Ce récit n’est que mon point de vue, mon ressenti (..) Ce récit ne tient compte que de mon avis (..) cela veut juste dire que mes émotions se sont exprimées. Les bonnes et les moins bonnes car certains faits ont été relatés à chaud et d’autres avec du recul. Certains ont été écrits alors que j’étais triste, d’autres alors que j’étais heureuse et fin d’autres encore alors que je manquais totalement d’objectivité ». Elle exprime alors son espoir de former une famille unie avec sa belle-fille, et indique « Je peux continuer à sourire à Mr Connard quand je le croise parce que ces quatre années à ses côtés n’auront pas été une perte de temps mais m’auront permis de savoir un peu mieux qui je suis » (passage n°44, p. 312).
L’ouvrage se termine sur une « lettre à [W] », adresse à sa belle-fille dans laquelle elle indique lui avoir interdit de lire « ces mots » avant ses 16 ans puis lui réaffirme son amour, pris dans la tourmente des conflits des adultes.
Sur l’atteinte au droit au respect de la vie privée
Les articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 9 du code civil garantissent à toute personne, quelles que soient sa notoriété, sa fortune, ses fonctions présentes ou à venir, le respect de sa vie privée et de son image.
Cependant, ce droit doit se concilier avec le droit à la liberté d’expression, consacré par l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; il peut en particulier céder devant la liberté d’informer sur tout ce qui entre dans le champ de l’intérêt légitime du public.
Ce principe conventionnel et constitutionnel de la liberté d’expression doit être d’autant plus largement apprécié qu’il porte sur une œuvre littéraire, la création artistique nécessitant une liberté accrue de l’auteur qui peut s’exprimer tant sur des thèmes consensuels que sur des sujets qui heurtent, choquent ou inquiètent ; la liberté de l’artiste ne saurait toutefois être absolue et la liberté de création reste limitée par les droits d’autrui.
En considération de ces principes, la personne estimant qu’une œuvre fictionnelle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée, doit en premier lieu établir qu’allant au-delà d’un simple enrichissement de l’intrigue et des personnages par des événements marquants ou des circonstances particulières tirées de la réalité, par des traits physiques ou de caractère de personne existant ou ayant existé, l’auteur a emprunté à sa vie, son apparence ou son caractère des éléments la rendant identifiable avec certitude par le lecteur, rompant ainsi le pacte fictionnel et créant une possible confusion entre le personnage de fiction et le demandeur. Il n’est pas nécessaire, pour que les faits soient constitués, que la personne visée soit nommée ou expressément désignée, mais il faut que son identification soit rendue possible par les termes du discours ou de l’écrit ou par des circonstances extrinsèques qui éclairent et confirment cette désignation de manière à la rendre évidente.
Si cette confusion est établie, l’atteinte pourra être constituée par l’évocation, sans autorisation, d’éléments relevant de la vie privée de l’intéressé, fussent-ils imaginaires.
Le genre littéraire de l’autobiographie, qui prend très directement sa source dans la vie réelle de l’auteur et, par voie de conséquence, dans celle des personnes qui, de manière plus ou moins proche, partagent son existence ou y sont mêlées, ne saurait être entravé, voire annihilé, sous peine de disparaître, par une protection trop rigoureuse de la vie privée des personnes concernées.
Ainsi, s’il est inhérent à ce genre littéraire que des personnes réelles ayant eu à partager la propre vie privée de l’auteur, se retrouvent, sans leur consentement et parfois contre leur gré, dans un ouvrage de l’esprit porté à la connaissance du public, cela ne saurait pour autant faire obstacle au droit de l’auteur à divulguer son œuvre, à moins de démontrer que l’atteinte portée au droit à la vie privée et le préjudice qui en est résulté présentent un caractère de particulière gravité.
Il appartient donc, en premier lieu, à [H] [Z] de démontrer qu’il est identifiable avec certitude par les lecteurs à travers le personnage de « Mr Connard ».
Il fait valoir à ce titre que de très nombreux détails dans les ouvrages renvoient directement à la relation physique puis sentimentale qu’il a entretenue avec [V] [S], s’agissant des lieux et des dates évoqués, de ses autres compagnes, de la mention de ses implants, de ses activités de loisir, permettant sans difficulté à des tiers de l’identifier, ainsi qu’en justifie l’attestation produite par ses soins. Il ajoute que les propos visés dans les ouvrages sont attentatoires à son droit à la vie privée et lui ont causé un important préjudice, tant personnel que professionnel.
[V] [S] et les éditions ALBIN MICHEL soutiennent à l’inverse que les ouvrages constituent des romans appartenant au genre de l’autofiction, ayant au surplus amplement recours au registre comique, procédé permettant de marquer la distanciation entre le récit et le réel. Ils exposent que les livres viennent livrer un récit d’une famille recomposée, situation familiale permettant à chacun de s’identifier, en s’inspirant des ressentis et expériences de leur auteur comme matériaux bruts, le personnage de « Mr Connard » symbolisant dans ce cadre l’archétype de l’ancien compagnon toxique, prétexte d’une mise en situation romancée et humoristique. Ils relèvent que le demandeur n’est pas identifiable, sa relation avec [V] [S] n’étant pas notoire et encore moins pour le public cible du livre – les belles-mères et non le milieu des voix off.
Ils ajoutent que s’agissant de liberté de création artistique, seul un préjudice et une atteinte d’une particulière gravité sont susceptibles d’engager la responsabilité de l’auteur et de l’éditeur, non caractérisés ici au regard des éléments ci-avant exposés.
En l’espèce, l’ouvrage Une semaine sur deux (ou presque) se présente comme un roman, ainsi qu’il est indiqué sur la page de couverture et sur le quatrième de couverture, tandis que Belle-mère au bord de la crise de nerfs, à l’inverse, est présenté comme un « récit », dans lequel [V] [S] « se livre sans complexe et avec un humour saignant sur ses nouveaux habits de jeune maman et de marâtre auto-désignée », la présentation ainsi faite opérant explicitement un lien entre le vécu de l’autrice et le contenu de l’ouvrage.
Si [V] [S] a contesté, dans une publication sur Facebook annonçant la suspension de commercialisation des ouvrages, que « Mr Connard » puisse correspondre à l’un de ses anciens compagnons, et qu’il ne ressort pas, contrairement à ce qui est indiqué en demande, des commentaires sous ce post que [H] [Z] aurait été identifié par leurs auteurs (pièce n°14 en demande), il convient de relever que [V] [S] a elle-même, dans un article du Journal du Québec faisant la présentation du livre Une semaine sur deux (ou presque), indiqué que cet ouvrage était autobiographique, y compris s’agissant de sa relation passée avec « Mr Connard » :
« [V] [S] a choisi de coucher ses réflexions sur papier alors qu’elle était enceinte. « Je voulais laisser un souvenir rigolo à ma fille et ma belle-fille, en racontant notre histoire comme un journal, en racontant des anecdotes et des petites expériences, en me disant, dans 10, 15, 20 ans ma fille et ma belle-fille liront ça (..) J’avais besoin de coucher ça sur papier. Ça me faisait du bien. C’est ce qui me permettait de prendre du recul, d’analyser la situation, d’essayer de comprendre, de voir comment ça évoluait », dit-elle. Le roman est autobiographique : à 99,99%, confirme l’auteur. Je vous assure que tout est vrai (…) [V] [S] raconte à quel point il est difficile de s’extirper d’une relation avec un manipulateur narcissique – elle est restée avec « Mr Connard » pendant quatre ans. « C’est dur de conseiller quelque chose. Mes amis ont essayé de m’avertir. Malheureusement, je crois que ça devait venir de moi. J’étais tellement persuadée que cela allait changer, qu’il allait changer, qu’on allait pouvoir vivre heureuse… que je suis restée là-dedans. A la rigueur, ce que je pourrais dire aux femmes qui vient ça, c’est qu’à parti du moment où votre conjoint veut toujours faire de vous quelqu’un d’autre, il faut fuir. Aujourd’hui, je suis avec une personne qui m’aime comme je suis, qui aime mes amis, qui aime ma famille. Et je vous assure que ça change tout » (pièce n°15 en demande).
Dans une interview dans l’émission « Les Mots oubliés » sur Youtube (pièce n°17 en demande), elle précise également avoir écrit sur « [sa] vie de belle-mère » et où elle indique avoir par la suite développé « un autre roman », non encore publié, « qui pour le coup est une fiction », présentant par l’opposition ainsi opérée le roman Une semaine sur deux (ou presque) comme n’étant pas du registre de la pure fiction.
Il résulte ainsi clairement des déclarations de la défenderesse à ces médias que le contenu de son ouvrage renvoie à des faits réels qu’elle a personnellement vécus, ce qui ressort du reste également de la fin du livre Belle-mère au bord de la crise de nerfs dans lequel la narratrice rappelle que son récit repose sur son ressenti et explicite les conditions dans lesquelles elle a écrit le livre, puis quand elle s’adresse à sa belle-fille lorsqu’elle lira le livre, moments où la narratrice et l’autrice se confondent, rompant ainsi le pacte de lecture.
En outre les deux livres, publiés par [V] [S] sous son vrai nom, sont rédigés à la première personne du singulier, ajoutant à l’identification possible entre la vie de la narratrice et celle de la défenderesse.
Les éléments décrits dans les ouvrages ancrent le récit dans une réalité très précise, les divers indices et détails permettant au lecteur averti d’identifier, derrière leurs protagonistes, les personnages réels dont ils sont la traduction romanesque. Ainsi, si la mention de stages d’anglais ou de loisirs tels que la moto, les jeux vidéos ou le sport, ne sont pas discriminants et ne permettent pas de relier spécifiquement le personnage de « Mr Connard » au demandeur, plusieurs détails du récit relatifs à « Mr Connard » renvoient sans ambiguïté à la personne de [H] [Z] :
— le fait que la narratrice, son nouveau compagnon, l’ancienne compagne de ce dernier et « Mr Connard » soient tous des comédiens spécialisés dans le domaine de la voix off, ce qui est le cas du couple formé par [V] [S] et [M] [Y], de l’ancienne compagne de celui-ci, [F] [A], ainsi que de [H] [Z], et le fait que [H] [Z] et [F] [A] aient le même agent artistique dans ce domaine dans le livre comme dans la vie réelle (pièce n°8 en demande, attestation de [K] [B], agent voix) ;
— la date et le lieu de naissance de « Mr Connard » dans l’ouvrage (à la maternité [13] de [Localité 10] un 26 mai), qui correspondent à ceux de [H] [Z], ainsi la différence d’âge du couple fictif, qui est identique à celle entre [H] [Z] et [V] [S] (pièce n°23, acte de naissance de [H] [Z]);
— les liens entre [V] [S] et le neveu de [H] [Z] (pièces n°24 et 25 en demande, photographies les représentant), correspondant à la relation décrite entre la narratrice et le neveu de « Mr Connard », l’âge des enfants étant identique ;
— le fait que lors de leur relation sentimentale, [V] [S] et [H] [Z] aient vécu ensemble dans un appartement du [Localité 7], comme la narratrice et « Mr Connard » (pièce n°16 en demande) ;
— les circonstances de la rupture de [H] [Z] avec [V] [S] en 2014, consistant pour le demandeur à ne pas partir en Sardaigne avec elle en lui faisant annoncer la nouvelle par un tiers, puis pour la défenderesse à rédiger un courrier de 38 pages à son intention, et enfin à échanger sur le sort des meubles de leur appartement, qui sont identiques à la rupture entre la narratrice et « Mr Connard », les similitudes portant tant sur l’année, le lieu de vacances que sur le courrier, les reproches que lui fait [H] [Z], et la question de la paternité sous-jacente à leur rupture (pièces n°19, 22 et 26 en demande, courriels de [V] [S] et attestation de la mère de [H] [Z]) ;
— la relation entre « Mr Connard » et une personne exerçant la profession de coiffeur, après cette rupture, qui correspond à la relation de [H] [Z] avec [N] [R] entre mai 2015 et août 2018 (pièce n°30 en demande, attestation de [N] [R], décrivant une scène au mois de juin 2016 strictement identique à celle évoquée dans le livre, où [V] [S] les rencontre et demande à [H] [Z] des nouvelles de sa famille) ;
— le fait que le personnage de « Mr Connard », comme [H] [Z], a recours à des implants capillaires (pièces n°18 et 32 en défense) ;
Ces éléments, qui démontrent la forte dimension autobiographique des œuvres, suffisent à désigner, de manière évidente, le demandeur comme la personne visée dans le texte incriminé sous le pseudonyme de « Mr Connard », quand bien même l’utilisation de ce terme vise en l’espèce à réduire le personnage à l’archétype de l’ancien compagnon entretenant une relation toxique dont la narratrice s’est libérée.
En ce sens, il convient de relever que si le cœur des ouvrages n’est pas la relation entre « Mr Connard » et la narratrice, mais le rôle de belle-mère de celle-ci, la circonstance que l’ensemble des protagonistes évoluent, comme leur double réel, dans le milieu des comédiens voix off parisiens, que [V] [S] ait pris la décision de publier sous son propre nom, sans recours à un pseudonyme, la publicité qui a été faite de cet ouvrage sur un site professionnel (pièce n°7 en demande), rend leur identification aisée par les membres de ce milieu au regard du fort degré de précision et des spécificités de leurs histoires.
Ainsi [K] [B], l’agente du demandeur, indique-t-elle dans une attestation : « je peux affirmer ici qu’il m’a suffi de parcourir rapidement le livre pour identifier M. [Z] sous les traits de « Mr Connard »», puisqu’elle connaissait des détails sur son activité et sa vie familiale, identifiant notamment la scène de la fausse couche du fait de l’absence de [H] [Z] à un enregistrement, « je suis certaine de ne pas avoir été la seule à connaître sa relation de plusieurs années avec cette comédienne-voix [la défenderesse] qui fréquentait les mêmes studios parisiens que lui (…) dès lors il ne fait aucun doute que pur moi que le livre sera reçu comme un témoignage autobiographique et que les affirmations que ce dernier véhicule seront accueillies comme telles par les lecteurs non avertis » (pièce n°8 en demande).
Dès lors, si les ouvrages empruntent au genre littéraire de la fiction, en raison principalement du style adopté, la précision du récit dans l’évocation de la relation entre la narratrice et « Mr Connard », ainsi que les quelques passages où au-delà du récit l’autrice explicite sa méthodologie et s’adresse à sa belle-fille, permettent sans difficulté au lecteur de comprendre que les événements et les personnages décrits renvoient à une réalité personnellement vécue par [V] [S], cette dimension autobiographique étant assumée par cette dernière dans les entretiens qu’elle a pu donner, ainsi que d’identifier à travers le personnage de la narratrice et de « Mr Connard » la relation ayant uni la défenderesse à [H] [Z].
Le demandeur est donc identifiable dans les passages poursuivis.
Il ressort de la description faite ci-avant de ces derniers qu’ils relatent la relation de [V] [S] avec [H] [Z], leur rencontre (propos n°7), leurs premières relations épisodiques et leurs ruptures successives (propos n°9, 18, 38, 39), puis leur relation de quatre ans (propos n°1, 44), décrivant notamment le mode de vie et les loisirs du demandeur, (propos n°12, 25, 39, 40), les liens que [V] [S] entretient avec son neveu (propos n°33), sa première grossesse et le positionnement que [H] [Z] adopta alors, lui demandant d’avorter (propos n°2, 6), le recours à un psychologue au sein du couple (propos n°3, 13, 34), une demande de mariage restée sans suite (propos n°15), les circonstances de leur rupture en 2014 (propos n°1, 22, 31, 32), les anciennes et nouvelles conquêtes du demandeur (propos n°9,10, 13, 14, 20, 36, 37, 38, 41), leurs rencontres et son comportement dans le milieu des comédiens voix off après leur rupture (propos n°11, 19, 24, 25, 43), puis l’amitié qu’il noue avec [F] [A], correspondant au personnage de « [P] » dans le livre (propos n°26, 27, 29, 30).
Les ouvrages glosent également de manière négative sur sa personnalité, décrite comme charismatique, perverse et autocentrée (propos n°3, 5, 7, 8, 23, 24, 26, 28), communiquent des informations sur son lieu et sa date de naissance (propos n°17, 28) et livrent des détails intimes sur sa circoncision (propos n°29) et le recours à des implants capillaires (propos n°7 et 13 et 16 et 21, 35, 42).
L’ensemble de ces éléments, en ce qu’ils ont trait à sa vie sentimentale et familiale, aux relations qu’il entretient avec la défenderesse et les personnes de son entourage, ou touchant à sa santé et à son intimité, portent atteinte au droit au respect de la vie privée de [H] [Z].
Il convient dès lors d’examiner si en l’espèce, s’agissant d’une œuvre fictionnelle, l’atteinte établie ci-dessus et le préjudice ayant résulté de la divulgation de ces éléments présente un caractère de particulière gravité.
Il convient de relever, à ce titre, que l’ouvrage a pris le soin de modifier les noms des personnages afin que leur identité réelle ne soit pas immédiatement accessible au lecteur, ce qui permet une mise à distance du récit, laquelle est renforcée, en l’espèce, par le recours constant à l’humour et à l’autodérision.
En outre la thématique de l’ouvrage, ainsi qu’il a été rappelé ci-dessus, ne porte pas principalement sur la relation entre [V] [S] et [H] [Z] mais sur son rôle de belle-mère et la difficulté de trouver un équilibre avec sa belle-fille dans une famille recomposée, la description de sa vie avec le demandeur venant principalement en contrepoint du bonheur décrit dans sa relation actuelle, ou afin d’expliciter son cheminement.
De plus, si [H] [Z] a pu légitimement percevoir de manière négative la description qui est faite tant de sa personnalité que de sa conduite, le personnage de « Mr Connard » étant présenté comme pervers et manipulateur, il convient de relever que l’atteinte porte sur des informations déjà anciennes, remontant à une relation qui s’est principalement déroulée entre 2010 et 2014, et à une rupture encore plus ancienne, en 2005, dont beaucoup présentent aujourd’hui un caractère anodin, les ouvrages ayant, en outre, connu une diffusion limitée qui a pris fin de manière conservatoire à la suite de l’assignation (pièces n°23 et 24 en défense).
Dans ces conditions, il ne résulte pas des passages jugés attentatoires au droit à la vie privée de [H] [Z] une atteinte suffisamment grave pour justifier qu’il soit, en l’espèce, porté atteinte au droit à la liberté de création de [V] [S].
[H] [Z] sera donc débouté de ses demandes relatives à la diffusion des deux ouvrages, y compris à l’égard de la société LES EDITIONS DE L’OPPORTUN, qui n’a pas constitué avocat dans la présente procédure, dès lors qu’il ressort de l’analyse faite par le tribunal que les propos poursuivis ne sauraient donner lieu à condamnation sur le fondement de l’article 9 du code civil.
Sur la demande de condamnation au titre de la procédure abusive
[V] [S] et la société EDITIONS ALBIN MICHEL sollicitent reconventionnellement l’attribution de la somme de 10.000 euros sur le fondement de l’article 1240 du code civil, estimant que le demandeur a instrumentalisé le tribunal aux fins de régler des comptes personnels avec son ancienne compagne.
Il sera cependant relevé qu’en l’espèce aucun élément ne vient démontrer le caractère abusif de la procédure engagée par [H] [Z], dès lors qu’il a été considéré qu’il était identifiable à travers les propos poursuivis lesquels sont, pour certains, peu élogieux à son endroit.
[V] [S] et la société EDITIONS ALBIN MICHEL seront dès lors déboutées de leur demande formée au titre du caractère abusif de la procédure.
Sur les mesures accessoires
[H] [Z], qui succombe, sera condamné aux entiers dépens.
Il serait inéquitable de laisser à la charge de [V] [S] et de la société EDITIONS ALBIN MICHEL la charge des frais irrépétibles exposés par eux au titre de la présente procédure, il y a lieu en conséquence de condamner [H] [Z] à leur payer la somme globale de 2.000 en application de l’article 700 du code de procédure civile.
[H] [Z], qui succombe, sera également condamnée aux dépens
Il sera rappelé que l’exécution provisoire est de plein droit.
PAR CES MOTIFS
Statuant en premier ressort, publiquement par mise à disposition au greffe, et par jugement réputé contradictoire
— Déboute [H] [Z] de ses demandes ;
— Déboute [V] [S] et la société EDITIONS ALBIN MICHEL de leur demande fondée sur le caractère abusif de la procédure ;
— Condamne [H] [Z] à verser à [V] [S] et à la société EDITIONS ALBIN MICHEL la somme globale de deux mille euros (2.000 euros) sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile ;
— Condamne [H] [Z] aux entiers dépens ;
— Rappelle que l’exécution provisoire est de plein droit.
Fait et jugé à Paris le 15 Janvier 2025
Le Greffier Le Président
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Assurance vie ·
- Clause bénéficiaire ·
- Mise en état ·
- Sociétés ·
- Incident ·
- Copie ·
- Modification ·
- Juge ·
- État ·
- Demande
- Syndicat de copropriétaires ·
- Assemblée générale ·
- Immeuble ·
- Commandement de payer ·
- Adoption du budget ·
- Charges de copropriété ·
- Pièces ·
- Mise en demeure ·
- Commandement ·
- Débiteur
- Loyer modéré ·
- Habitat ·
- Clause resolutoire ·
- Résiliation ·
- Bail ·
- Locataire ·
- Paiement ·
- Commissaire de justice ·
- Commandement ·
- Délais
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Mise en état ·
- Sociétés ·
- Extensions ·
- Assureur ·
- Tribunal judiciaire ·
- Mission ·
- Mutuelle ·
- Construction ·
- Incident ·
- Électronique
- Tribunal judiciaire ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Procédure accélérée ·
- Provision ·
- Mise en demeure ·
- Adresses ·
- Approbation ·
- Titre ·
- Copropriété ·
- Paiement
- Commissaire de justice ·
- Eaux ·
- Sociétés ·
- République ·
- Ciment ·
- Amiante ·
- Expert ·
- Remise en état ·
- Assignation ·
- Réparation
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Demande en divorce par consentement mutuel ·
- Droit de la famille ·
- Divorce ·
- Enfant ·
- Mariage ·
- Partage ·
- Autorité parentale ·
- Résidence ·
- Accord ·
- Code civil ·
- Demande ·
- Juge
- Locataire ·
- Commissaire de justice ·
- Loyer ·
- Titre ·
- Ordures ménagères ·
- Bailleur ·
- Charges ·
- L'etat ·
- Logement ·
- Paiement
- Serbie ·
- Éloignement ·
- Régularité ·
- Pays ·
- Prolongation ·
- Coopération internationale ·
- Tribunal judiciaire ·
- Manifeste ·
- Droit d'asile ·
- Étranger
Sur les mêmes thèmes • 3
- Tribunal judiciaire ·
- Astreinte ·
- Enlèvement ·
- Immeuble ·
- Adresses ·
- Signification ·
- Bien meuble ·
- Partie commune ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Exécution
- Turquie ·
- Contribution ·
- Divorce ·
- Tribunal judiciaire ·
- Commissaire de justice ·
- Débiteur ·
- Mariage ·
- Partage ·
- Aide juridictionnelle ·
- Régimes matrimoniaux
- Biens - propriété littéraire et artistique ·
- Saisies et mesures conservatoires ·
- Saisie-attribution ·
- Tribunal judiciaire ·
- Commissaire de justice ·
- Dette ·
- Exécution ·
- Effacement ·
- Intervention volontaire ·
- Mainlevée ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Demande
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.