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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, ps ctx protection soc. 5, 10 févr. 2026, n° 22/03262 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 22/03262 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes |
| Date de dernière mise à jour : | 18 février 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 6] [1]
[1] 2 Expéditions exécutoires délivrées aux parties par LRAR le : 10.02.2026
1 Expédition délivrée à l’avocat par LS le : 10.02.2026
■
PS ctx protection soc 5
N° RG 22/03262 – N° Portalis 352J-W-B7G-CYVL6
N° MINUTE :
26/00005
Requête du :
15 Décembre 2022
JUGEMENT
rendu le 10 Février 2026
DEMANDERESSE
S.A.S.U. [7],
dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Me Grégory KUZMA, avocat au barreau de LYON, vestiaire : substitué par Me Myriam SANCHEZ, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #C0668
DÉFENDERESSE
[4],
dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Mme [W] [S] munie d’un pouvoir spécial
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Monsieur BEHMOIRAS, Vice-Président
Monsieur IMOMA BASSONG, Assesseur
Monsieur BUREAU, Assesseur
assistés de Alexis QUENEHEN, Greffier
DEBATS
A l’audience du 16 Décembre 2025 tenue en audience publique avis a été donné aux parties que le jugement serait rendu par mise à disposition au greffe le 10 Février 2026.
JUGEMENT
Contradictoire
en premier ressort
FAITS, PROCÉDURE, PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
Le 27 décembre 2021, la Société [7] (ci-après la Société) a transmis à Caisse Primaire d’Assurance Maladie de l’Artois (ci-après la Caisse) une déclaration d’accident du travail concernant son salarié, Monsieur [I] [M] en qualité de chauffeur SPL, survenu le 22 décembre 2021, et mentionnant les circonstances suivantes : « Monsieur [M] descendait de sa cabine. Selon les dires de la victime, en posant le pied au sol, il aurait glissé et aurait ressenti une douleur à l’épaule droite. »
Le certificat médical initial du 22 décembre 2021 produit par la Caisse mentionne un «traumatisme de l’épaule droite. Impotence fonctionnelle douloureuse» et prévoit un arrêt de travail jusqu’au 5 janvier 2022.
Par courrier en date du 24 mars 2022, la Caisse primaire d’assurance maladie de l’Artois a informé la Société de la prise en charge de l’accident du travail.
Par la suite, le salarié a transmis à la Caisse des arrêts de prolongation qui ont été pris en charge jusqu’au 30 octobre 2022.
La Société employeur a contesté la durée des arrêts de travail en lien avec l’accident.
Le 20 juin 2022, la Société a saisi la commission médicale de recours amiable ([5]) d’un recours aux fins d’inopposabilité à son égard des arrêts de travail prescrits au titre de l’accident du travail du 22 décembre 2021.
Par décision suivant séance du 8 novembre 2022, la [5] a rejeté son recours.
Par requête adressée le 16 décembre 2022, la Société a saisi le pôle social du Tribunal judiciaire de Paris, juridiction spécialement désignée pour connaître du contentieux général de la sécurité sociale afin de contester la décision de rejet implicite de la commission de recours amiable.
Par mention au dossier, une réouverture des débats a été ordonnée à la suite de la première audience du 21 octobre 2025.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience de renvoi du 16 décembre 2025, date à laquelle l’affaire a été plaidée et mise en délibéré au 10 février 2026.
Oralement, représentée par son conseil, selon ses conclusions auxquelles il est reporté pour l’exposé complet des moyens de droit et en fait conformément aux dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, la Société sollicite du Tribunal qu’il ordonne une mesure d’expertise avant dire droit.et que dans l’hypothèse où des arrêts de travail ne seraient pas en lien de causalité direct et certain avec l’accident du 22 décembre 2021, lui déclare ces arrêts inopposables. La Société employeur expose que le salarié a subi un autre accident du travail 19 jours avant celui du 22 décembre 2021 qui avait donné lieu à des soins mais sans arrêt de travail en sorte que les arrêts de travail déclarés au cas présent ne sont pas imputables à l’accident du 22 décembre 2021 mais au précédent accident si bien qu’ils doivent être écartés.
Régulièrement représentée, oralement et selon ses conclusions auxquelles il est reporté pour l’exposé complet des moyens de droit et en fait conformément aux dispositions de l’article 455 du code de procédure civile, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de l’Artois s’oppose à la demande d’inopposabilité des soins et arrêts de travail.
Elle fait valoir que le salarié bénéficie de la présomption d’imputabilité prévue à l’article L411-1 du Code de la Sécurité Sociale que l’employeur n’a pas contesté la prise en charge initiale, qu’elle établit la concordance des lésions avec le certificat médical initial dont les termes sont cohérents avec l’activité professionnelle du salarié, qu’il est justifié de la continuité des symptômes et des soins par les éléments produits alors que l’employeur ne rapporte pas la preuve d’une cause exclusivement étrangère au travail et ce, peu important qu’il ait subi un précédent accident 19 jours avant l’accident du 22 décembre 2021.
MOTIFS
Sur la durée des arrêts de travail et la demande d’expertise
Il résulte de l’article L. 411-1 du Code de la Sécurité Sociale, que la présomption d’imputabilité au travail des lésions apparues à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, dès lors qu’un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical initial d’accident du travail est assorti d’un arrêt de travail, s’étend pendant toute la durée d’incapacité de travail précédant soit la guérison complète, soit la consolidation de l’état de la victime, et qu’il appartient à l’employeur qui conteste cette présomption d’apporter la preuve contraire, à savoir celle que les soins et arrêts de travail contestés sont totalement étrangers au travail.
Dès lors qu’une maladie professionnelle ou un accident du travail est établi, la présomption d’imputabilité à l’accident des soins et arrêts subséquents trouve à s’appliquer dans la mesure où la caisse justifie du caractère ininterrompu des arrêts de travail y faisant suite, ou, à défaut, de la continuité de symptômes et de soins.
Il appartient à l’employeur, dés lors que le caractère professionnel de l’accident est établi, de prouver que les lésions ou les arrêts de travail ont une cause totalement étrangère au travail, soit exclusivement en rapport avec un état pathologique indépendant de l’accident et évoluant pour son propre compte. Cette preuve peut être rapportée par l’organisation d’une mesure d’expertise médicale judiciaire.
En l’espèce, la décision de prise en charge de l’accident du travail par la Caisse du 24 mars 2022 n’a pas fait l’objet d’un recours mais la Société conteste la durée des arrêts et soins au-delà de la première période fixée dans le certificat médical initial.
La société soutient, d’abord, que la caisse a uniquement versé au débat le certificat médical initial sans les arrêts de prolongation pour toute la période.
Elle explique que le « dossier médical » du salarié ne lui a pas été transmis.
Aux termes de l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, le dossier mentionné aux articles R. 441-8 et R. 461-9 constitué par la caisse primaire comprend :
1°) la déclaration d’accident du travail ou de maladie professionnelle ;
2°) les divers certificats médicaux détenus par la caisse ;
3°) les constats faits par la caisse primaire ;
4°) les informations communiquées à la caisse par la victime ou ses représentants ainsi que par l’employeur ;
5°) les éléments communiqués par la caisse régionale ou, le cas échéant, tout autre organisme.
Afin d’assurer une complète information de l’employeur, dans le respect du secret médical dû à la victime, le dossier présenté par la caisse à la consultation de celui-ci doit contenir les éléments recueillis, susceptibles de lui faire grief, sur la base desquels se prononce la caisse pour la reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie ou d’un accident.
Il en résulte que ne figurent pas parmi ces éléments les certificats ou les avis de prolongation de soins ou arrêts de travail, délivrés après le certificat médical initial, qui ne portent pas sur le lien entre l’affection, ou la lésion, et l’activité professionnelle (2e Civ., 16 mai 2024, n° 22-22.413, FS-B).
Au cas présent, la Caisse produit la déclaration d’accident de travail et le certificat médical initial et produit également le certificat médical final marquant le terme de la période des arrêts de travail pris en charge.
Il s’ensuit que la société a pu prendre connaissance, dans les délais prévus à l’article R. 441-8 susvisé, des pièces constitutives du dossier dont la caisse s’est servie pour prendre sa décision en toute connaissance de cause et aucun manquement au respect du principe du contradictoire ne peut résulter de ce que les certificats médicaux de prolongation n’ont pas été mis à la disposition de l’employeur.
Ce moyen doit être écarté.
La caisse soutient que la présomption d’imputabilité a bien vocation à s’appliquer à l’ensemble des prescriptions médicales en ce qu’elle a produit le relevé d’indemnités journalières pour la période du 23 décembre 2021 au 30 octobre 2022.
Il résulte de la combinaison des articles 1353 du code civil et L.411-1 du code de la sécurité sociale que la présomption d’imputabilité au travail des lésions apparues à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, dès lors qu’un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical initial d’accident du travail est assorti d’un arrêt de travail, s’étend à toute la durée d’incapacité de travail précédant soit la guérison complète, soit la consolidation de l’état de la victime, et qu’il appartient à l’employeur qui conteste cette présomption d’apporter la preuve contraire.
La présomption d’imputabilité à l’accident du travail des soins et arrêts de travail prescrits ne peut être écartée au seul motif de l’absence de continuité des symptômes et soins (Civ. 2e 12 mai 2022, pourvoi n° 20-20.655).
Il appartient à l’employeur, qui conteste le caractère professionnel de l’accident ou des arrêts de travail prescrits à la suite de l’accident, et la prise en charge à ce titre, de renverser la présomption d’imputabilité s’attachant à toute lésion survenue brusquement au temps et au lieu du travail, en apportant la preuve que cette lésion, ou l’arrêt de travail, est due à une cause totalement étrangère au travail.
Dès lors, Monsieur [I] [M] bénéficie de la présomption d’imputabilité puisqu’un arrêt de travail a bien été prescrit à la suite de son accident du travail, peu importe que les arrêts et soins soient continus ou discontinus.
Les arrêts prescrits à compter de l’arrêt initial et jusqu’à la consolidation ne bénéficient de la présomption d’imputabilité que s’ils sont prescrits au titre d’une pathologie pouvant résulter de l’accident, et non d’une pathologie dont le siège et la nature sont dépourvus de tout lien avec les lésions initiales.
Au cas présent, la caisse produit le certificat médical initial du 22 décembre 2021 constatant un «traumatisme de l’épaule droite. Impotence fonctionnelle douloureuse» et le certificat médical final ou dernier certificat de prolongation en date du 17 octobre 2022 qui ne mentionne pas de constatations interférentes ou discordantes avec le CMI.
Ils sont également cohérents avec la nature des tâches accomplies par le salarié dans le cadre de son travail.
L’employeur ne critique pas les certificats de prolongation mais explique que le salarié a subi un autre accident du travail 19 jours avant celui du 22 décembre 2021 qui avait donné lieu à des soins mais sans arrêt de travail en sorte que les arrêts de travail évoqués au cas présent ne sont pas imputables à l’accident du 22 décembre 2021 mais au précédent accident.
Le tribunal observe que cette argumentation ne contredit pas le fait que l’accident du 22 décembre 2021 a acutisé ou réveillé un état cliniquement muet ou asymptomatique antérieur causé par un précédent accident qui n’avait pas entraîné d’arrêt. De ce point de vue, il n’y a pas lieu d’écarter les arrêts de travail justifiés par les certificats de prolongation qui ont été pris en charge par la Caisse jusqu’au 30 octobre 2022 au titre de l’accident du 22 décembre 2021.
Le tribunal observe également que l’employeur n’a manifesté aucune réserve quant aux absences de son salarié alors même qu’il dispose de la faculté de diligenter un contrôle par un médecin de son choix en application de l’article L.315-1 du code de la sécurité sociale, de sorte qu’il échoue à rapporter la preuve que les arrêts et soins prodigués ont une cause totalement étrangère au travail.
Dès lors, les arrêts et soins de travail prescrits dans ces certificats, et pour la période intercalaire, reposent ainsi sur la pathologie pouvant résulter de l’accident et sont donc présumés imputables à l’accident.
La preuve contraire d’une cause totalement étrangère à l’accident, seule à pouvoir renverser la présomption, n’est pas rapportée par la Société.
Ainsi, elle n’apporte pas d’éléments suffisants pour écarter la présomption légale, ni même pour justifier une expertise judiciaire, qui ne peut être ordonnée pour palier la carence probatoire d’une partie.
Il convient en conséquence de débouter l’employeur de sa demande d’expertise médicale et de lui déclarer opposable l’ensemble des soins et arrêts prescrits à Monsieur [I] [M] au titre de l’accident du travail en date du 22 décembre 2021.
Le dépens sont supportés par la Société, perdante au procès.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal, après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement par jugement contradictoire, en premier ressort et mis à disposition des parties au greffe,
Rejette le recours de la Société [7] et lui déclare opposable l’ensemble des soins et arrêts prescrits à Monsieur [I] [M] au titre de l’accident du travail en date du 22 décembre 2021,
Rejette la demande d’expertise de la Société [7],
Dit que la Société [7] supporte les dépens.
Fait et jugé à [Localité 6] le 10 Février 2026
Le Greffier Le Président
N° RG 22/03262 – N° Portalis 352J-W-B7G-CYVL6
EXPÉDITION exécutoire dans l’affaire :
Demandeur : S.A.S.U. [7]
Défendeur : [3]
EN CONSÉQUENCE, LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE mande et ordonne :
A tous les huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ladite décision à exécution,
Aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaire d’y tenir la main,
A tous commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi la présente a été signée et délivrée par nous, Directeur de greffe soussigné au greffe du Tribunal judiciaire de Paris.
P/Le Directeur de Greffe
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