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Sur la décision
| Référence : | TJ Saint-Étienne, 4e ch. civ., 5 févr. 2026, n° 25/03605 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/03605 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 20 février 2026 |
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Texte intégral
Minute n°
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
TRIBUNAL JUDICIAIRE de SAINT ETIENNE
N° RG 25/03605 – N° Portalis DBYQ-W-B7J-I4AD
4ème CHAMBRE CIVILE – POLE DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 05 Février 2026
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Lors des débats et du délibéré :
Présidente : Madame Cécile PASCAL, Juge déléguée dans la fonction du juge en charge des contentieux de la protection, assistée de Murielle FAURY, greffière ;
DEBATS : à l’audience publique du 02 Décembre 2025
ENTRE :
Madame [P] [E] épouse [D]
demeurant [Adresse 1]
représentée par Me Cécile ABRIAL, avocat au barreau de SAINT-ETIENNE, substituée par Me Charlène SOLLALLIER, avocat au barreau de SAINT-ETIENNE
Monsieur [V] [D]
demeurant [Adresse 1]
représenté par Me Cécile ABRIAL, avocat au barreau de SAINT-ETIENNE, substituée par Me Charlène SOLLALLIER, avocat au barreau de SAINT-ETIENNE
ET :
Madame [O] [Z]
née le 21 Septembre 1982
demeurant [Adresse 2]
non comparante
Monsieur [B] [Z]
né le 07 Février 1980
demeurant [Adresse 2]
comparant
JUGEMENT :
Réputé contradictoire et en premier ressort,
Prononcé par mise à disposition au greffe à la date du 05 Février 2026
EXPOSE DU LITIGE
Suivant contrat signé le 10 juin 2024 prenant effet le même jour, les époux [D] ont donné à bail à Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z], un immeuble à usage d’habitation situé [Adresse 3], moyennant un loyer mensuel révisable de 515,00 euros, outre une provision mensuelle sur charges de 110,00 euros et le versement d’un dépôt de garantie de 515,00 euros.
Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] ont fait délivrer le 18 mars 2025 à Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] un commandement de payer les loyers échus pour un arriéré de 3 583,08 €, comprenant une mise en demeure de justifier de l’occupation des lieux.
Par courrier recommandé avec accusé de réception électronique en date du 18 mars 2025, Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] ont saisi la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX) de l’existence d’impayés de loyers, en application du décret n° 2015-1384 du 30 octobre 2015.
Suivant assignation délivrée par commissaire de justice le 7 juillet 2025, et signifiée par dépôt à étude pour les deux locataires, Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] ont attrait Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] devant le Juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Saint-Étienne, aux fins :
— de constater la résiliation du contrat de bail et à défaut la prononcer ;
— d’ordonner l’expulsion de Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] ;
— de condamner solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] au paiement des sommes suivantes :
4 891,08 € au titre de la créance locative, échéance du mois de juin 2025 comprise, somme à parfaire le jour de l’audience ;une indemnité mensuelle d’occupation équivalente au montant du loyer plus charges dues jusqu’au départ effectif des lieux ;500,00 € à titre de dommages et intérêts ;1 000,00 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;des entiers dépens.
Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] ont notifié l’assignation à la préfecture de la [Localité 1] par voie électronique le 8 juillet 2025.
L’audience s’est tenue le 2 décembre 2025 devant le Juge des contentieux de la protection près le tribunal judiciaire de Saint-Étienne.
Lors de l’audience, Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D], représentés par leur conseil, ont maintenu leurs demandes, actualisant à la somme de 7 006,40 € la créance locative arrêtée au 1 décembre 2025, échéance du mois de décembre 2025 incluse. Le bailleur a précisé que seuls trois paiements avaient été réalisés depuis la conclusion du bail, en septembre 2024, octobre 2024 et septembre 2025. Dans ces conditions, il s’est opposé à l’octroi de délais de paiement.
Monsieur [B] [Z], comparant en personne, a sollicité des délais de paiement, expliquant avoir rencontré d’importantes difficultés financières en raison d’une dégradation de son état de santé l’empêchant d’exercer son emploi. Il a expliqué avoir déposé une demande de pension d’invalidité et proposé de régler 120 euros, outre le paiement du loyer courant.
Madame [O] [Z] n’a pas comparu et ne s’est pas faite représenter.
Le diagnostic social et financier a été versé au dossier.
Notification le :
— CCC à :
— Copie exécutoire à :
— Copie au dossier
Sur quoi, l’affaire a été mise en délibéré au 05 février 2026 pour y être rendu le présent jugement.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande de constat de la résiliation du bail en raison du non-paiement des loyers
L’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose que « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ».
En l’espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux. Eu égard à la force obligatoire des contrats, il convient de retenir ce délai.
À l’examen de l’ensemble des pièces versées aux débats, il apparaît qu’un commandement de payer, rappelant le délai contractuel, a été délivré à Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] le 18 mars 2025 pour un arriéré de loyers de 3 583,08 € et qu’il est demeuré infructueux dans le délai imparti, Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] n’ayant pas réglé la dette locative.
Dès lors, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 19 mai 2025.
Sur la demande de paiement de l’arriéré locatif
Il résulte de l’article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ainsi que des stipulations du bail que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables au terme convenu.
En l’espèce, Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] versent aux débats un décompte arrêté au 1 décembre 2025 établissant l’arriéré locatif (loyers et indemnités d’occupation échus) à la somme de 7 006,40 euros.
Au regard des justificatifs fournis, il convient de déduire de ce montant les sommes suivantes, lesquelles ne sont pas justifiées :
— 11,00 euros facturés le 28 août 2024 à titre de « pénalité retard »,
— 45,00 euros facturés le 28 septembre 2024 à titre de « frais de contentieux »,
— 45,00 euros facturés le 17 décembre 2024 à titre de « frais de contentieux ».
Il convient par conséquent de condamner solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à payer la somme de 6 905,40 € actualisée au 1 décembre 2025, échéance du mois de décembre 2025 incluse, outre intérêts au taux légal à compter du jour du présent jugement.
Sur la demande de délais de paiement
Sur l’octroi de délais de paiement ayant pour effet de suspendre les effets de la clause résolutoire
Aux termes de l’article 24-V de la loi du 6 juillet 1989, « le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. »
Aux termes de l’article 24 VII de la loi du 6 juillet 1989, « lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. »
En l’espèce, il ressort de l’historique produit que Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] n’ont pas repris le paiement du loyer courant, le dernier règlement datant du mois de septembre 2025. Dès lors, cette carence fait obstacle à l’octroi de délais de paiement sur le fondement de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Par conséquent, il y a lieu d’ordonner l’expulsion de Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] ainsi que celle de tous occupants de leur chef, si besoin est avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier dans les formes et délais prévus par les articles L431-1 et suivants et R411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, et ce deux mois après la signification par huissier d’un commandement de quitter les lieux portant mention de la présente décision demeuré infructueux.
Il convient également de rappeler qu’aux termes de l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution, « les meubles se trouvant sur les lieux sont remis, aux frais de la personne expulsée, en un lieu que celle-ci désigne ; à défaut, ils sont laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier de justice chargé de l’exécution avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire ».
Sur l’octroi de délais de paiement de droit commun
L’article 1343-5 du code civil dispose que « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues (…) La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier. Les majorations d’intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge ».
Ce texte permet donc au juge, même d’office, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, de reporter ou échelonner le paiement des sommes dues dans la limite de deux années. Le paiement des loyers courants ne constitue pas une condition sine qua non de l’octroi de délais de grâce.
En l’espèce, Monsieur [B] [Z] sollicite des délais de paiement en proposant de régler la somme mensuelle de 120 euros par mois. Il a mis en avant lors de l’audience les difficultés de santé qu’il avait rencontré, à l’origine de la précarité de leur situation sociale et financière. Il a précisé ne pas percevoir de salaire tout en espérant pour retrouver un emploi suite à sa récente reconnaissance de travailleur handicapé.
Toutefois, il convient de relever qu’au regard de l’importante de la dette et de la particulière précarité de la situation des débiteurs, ces derniers ne se trouvent pas en situation de pouvoir régler leur dette locative dans les délais légaux.
Il convient en conséquence de débouter Monsieur [B] [Z] de sa demande de délais de paiement.
Sur la demande en paiement de l’indemnité d’occupation
Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] sont désormais occupants sans droit ni titre. Cette occupation illicite cause manifestement et nécessairement un préjudice au bailleur qui doit être réparé par l’allocation d’une indemnité d’occupation qui sera fixée par référence au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail dans la limite de la demande formée par Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D].
Il y a donc lieu de condamner in solidum Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à verser cette indemnité à Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] et ce dans les conditions fixées par le dispositif de la présente décision.
Sur la demande de dommages et intérêts pour résistance abusive
Il y a lieu de rappeler que « la défense à une action en justice, qui constitue un droit fondamental, ne dégénère en faute pouvant donner naissance à dommages-intérêts qu’en cas de malice, de mauvaise foi ou d’erreur grossière équipollente au dol ».
En l’espèce, aucune pièce ni argument ne vient démontrer l’existence d’une résistance abusive de la part de Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z].
Par conséquent, la demande de condamnation à dommages et intérêts formée par Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] sera rejetée.
Sur les demandes accessoires
En application de l’article 696 du code de procédure civile, il convient de condamner in solidum Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] au paiement des entiers dépens de l’instance qui comprendront le coût du commandement de payer du 18 mars 2025, de l’assignation et de sa dénonciation à la préfecture.
En outre, il n’apparaît pas équitable de laisser à la charge de Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] l’ensemble des frais non compris dans les dépens.
Il convient donc de condamner in solidum Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à verser à Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] la somme de 300,00 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile.
La présente décision est assortie de plein droit de l’exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par décision réputée contradictoire mise à disposition des parties au greffe et en premier ressort,
CONSTATE que le bail conclu le 10 juin 2024 entre Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] d’une part, et Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] d’autre part, concernant le bien sis [Adresse 3] s’est trouvé de plein droit résilié le 19 mai 2025 par application de la clause résolutoire contractuelle ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à payer à Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D], la somme de 6 905,40 € arrêtée au 1 décembre 2025, comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation jusqu’à l’échéance du mois de décembre 2025 incluse, outre intérêts au taux légal à compter du jour du présent jugement ;
DEBOUTE Monsieur [B] [Z] de sa demande relative à l’octroi de délais de paiement ;
ORDONNE l’expulsion de Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] ;
DIT que faute par Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] d’avoir libéré les lieux de leur personne, de leurs biens et de tous occupants de leur chef, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est, deux mois après la signification par commissaire de justice d’un commandement de quitter les lieux portant mention de la présente décision demeuré infructueux ;
RAPPELLE qu’aux termes de l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution, « les meubles se trouvant sur les lieux sont remis, aux frais de la personne expulsée, en un lieu que celle-ci désigne ; à défaut, ils sont laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par le commissaire de justice chargé de l’exécution avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire » ;
FIXE l’indemnité d’occupation sans droit ni titre due in solidum par Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à une somme égale au montant du loyer indexé et des charges dus si le bail n’avait pas été résilié, à compter de la résiliation du bail et au besoin les CONDAMNE solidum à verser à Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] ladite indemnité mensuelle à compter du mois de janvier 2026 et jusqu’à complète libération des lieux ;
REJETTE la demande de dommages et intérêts ;
CONDAMNE in solidum Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] au paiement des dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 18 mars 2025, de l’assignation et de sa dénonciation à la préfecture ;
CONDAMNE in solidum Monsieur [B] [Z] et Madame [O] [Z] à verser à Madame [P] [D] et Monsieur [V] [D] la somme de 300,00 euros en application de l’article 700 du Code de procédure civile ;
RAPPELLE que la présente décision est assortie de plein droit de l’exécution provisoire.
Le présent jugement a été signé par le juge et le greffier présents lors du prononcé.
LE GREFFIER LE JUGE
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Textes cités dans la décision
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989
- DÉCRET n°2015-1384 du 30 octobre 2015
- Code de procédure civile
- Code civil
- Code des procédures civiles d'exécution
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