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Sur la décision
| Référence : | TJ Strasbourg, illkirch civil, 26 nov. 2025, n° 25/06581 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/06581 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 27 décembre 2025 |
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Texte intégral
Tribunal judiciaire de Strasbourg
TRIBUNAL DE PROXIMITE D'[E]-GRAFFENSTADEN
Juge des Contentieux de la Protection
[Adresse 5]
[Localité 6]
☎ : [XXXXXXXX01]
[Courriel 9]
______________________
[E] Civil
N° RG 25/06581
N° Portalis DB2E-W-B7J-NXQ5
______________________
MINUTE N°
______________________
Expédition revêtue de la formule exécutoire délivrée à :
— Me JAEGER
Copie certifiée conforme délivrée à :
— Mme [N]
— Sous-préfecture du Bas-Rhin
le
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
__________
JUGEMENT CONTRADICTOIRE
DEMANDEURS :
Madame [S] [P] épouse [O]
née le 24 Août 1958 à [Localité 7]
[Adresse 4]
représentée par Me Muriel JAEGER, avocat au barreau de STRASBOURG, avocat plaidant/postulant, vestiaire : 170
Monsieur [B] [O]
né le 21 Novembre 1956 à [Localité 7]
[Adresse 4]
représenté par Me Muriel JAEGER, avocat au barreau de STRASBOURG, avocat plaidant/postulant, vestiaire : 170
DEFENDERESSE :
Madame [S] [N]
[Adresse 3]
Comparante en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Olivier LICHY, Juge des Contentieux de la Protection
Morgane SCHWARTZ, Greffier
DÉBATS ORAUX A L’AUDIENCE PUBLIQUE EN DATE DU : 17 Septembre 2025
PRONONCE PUBLIQUEMENT PAR MISE A DISPOSITION DU JUGEMENT AU GREFFE DU TRIBUNAL LE : 26 Novembre 2025
Premier ressort,
OBJET : Baux d’habitation – Demande tendant à l’exécution des autres obligations du locataire et/ou tendant à faire prononcer la résiliation pour inexécution de ces obligations et ordonner l’expulsion
FAITS ET PROCEDURE
Attendu que dans l’assignation qu’ils ont fait délivrer le 1er juillet 2025 à madame [S] [N], monsieur [B] [O] et madame [S] [P] épouse [O] exposent que :
— suivant acte sous seings privés du 2 juin 2020, ils ont donné à bail à madame [N] un local à usage d’habitation situé [Adresse 2] à [Localité 8] ;
— le loyer convenu actuel est de 520 euros charges inclues ;
— après plusieurs mois de loyers impayés, ils ont, le 5 mars 2025, fait délivrer au locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail, et ce pour un arriéré locatif arrêté à cette date à la somme de 2 600 euros en principal ;
Que le commandement n’ayant pas été suivi d’un règlement, monsieur et madame [O] ont, le 1er juillet 2025, fait assigner madame [N] devant le juge des contentieux de proximité de céans, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
▸ constater la résiliation du bail par application de la clause résolutoire, subsidiairement prononcer la résiliation du bail,
▸ ordonner l’expulsion,
▸ condamner madame [N] au paiement de la somme de 4 258,03 euros au titre des loyers impayés au 12 mai 2025 avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation,
▸ la condamner à régler une indemnité d’occupation dont le montant est égal à celui du loyer et des charges et ce jusqu’à la libération effective des lieux,
▸ la condamner au paiement d’une indemnité de 1 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens, incluant notamment le coût du commandement de payer ;
Attendu que l’affaire a été appelée à l’audience du 17 septembre 2025, à laquelle l’affaire a été retenue ; que monsieur et madame [O], représentés, ont maintenu leurs demandes et actualisé le montant des impayés à la somme de 6 338,03 euros ;
Que madame [N] reconnait le montant de la dette et sollicite des délais de paiement en raison de sa situation difficile du fait de sans revenu depuis mai 2023, le RSA lui a été refusé car elle est toujours fonctionnaire ; que par ailleurs elle a sollicitée une mise sous protection judiciaire et le bénéfice d’une procédure de surendettement ;
Attendu que les parties étaient informées que le jugement sera mis à disposition à compter du 26 novembre 2025 ;
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Attendu que l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989 dispose que l’assignation doit être dénoncée au représentant de l’État dans le département au moins six semaines avant l’audience ; qu’en l’espèce la copie de l’assignation a été notifiée aux services de la préfecture le 4 juillet 2025 et l’audience s’est tenue le 17 septembre 2025 ;
Que la demande est en conséquence recevable ;
Sur la demande en paiement de l’arriéré (loyers et charges) et des indemnités d’occupation
Attendu que le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 ;
Qu’en l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats que madame [N] n’a pas réglé le montant des loyers et charges pas plus que les indemnités d’occupation dues à compter de la date à laquelle la clause résolutoire a commencé à produire ses effets, soit au jeudi 17 avril 2025, de sorte qu’au jour de l’audience, il reste du la somme de 6 338,03 euros outre les frais ;
Que la locataire n’apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette ;
Que la créance étant justifiée, il convient en conséquence de condamner la locataire au paiement de la somme de 6 338,03 euros au titre des impayés de loyers et des indemnités d’occupation dues à compter du jeudi 17 avril 2025 jusqu’au jour de l’audience, avec les intérêts au taux légal à compter de la notification de la présente décision ;
Sur les délais de paiement et l’acquisition de la clause résolutoire
Attendu qu’aux termes de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du Code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative ; que l’article 1343-5 alinéa 4 du même code s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa ; que le juge peut même d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi ; que l’article 24 VII précise que pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus ; que ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges ; que si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ;
Attendu cependant que l’octroi de délais n’a de sens que s’ils permettent le règlement de la dette locative au moins en grande partie ; qu’il y a par ailleurs lieu de prendre en compte l’ancienneté du contrat de bail, la situation familiale, l’évolution des revenus, les efforts effectués par la locataire pour régulariser la situation et le montant de la dette ;
Attendu qu’il résulte du diagnostic social que madame [N] ne perçoit aucun revenu depuis septembre 2024 ; que l’intéressée vit seule et a effectué plusieurs séjours à l’hôpital d'[Localité 10] ; que son état n’est pas stabilisé ; qu’elle attend que l’Education Nationale la place en retraite anticipée pour invalidité ; que l’octroi de délai de paiement ne pourra pas permettre le règlement de la dette locative ;
Que le contrat signé par les parties prévoit une clause résolutoire de plein droit à défaut de paiement du loyer et de ses accessoires après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux ; qu’aux termes de l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location, produit son effet six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ; que par acte d’huissier du 5 mars 2025, monsieur et madame [O] ont fait délivrer à madame [N] un commandement de payer visant la clause résolutoire qui est demeuré infructueux ;
Qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du jeudi 17 avril 2025 (date commandement de payer, en l’espèce le 5 mars 2025 + 6 semaines) ; qu’aucun délai de paiement n’a été accordé de sorte que la convention de bail est résiliée à compter de cette date ; qu’en conséquence il est mis fin au contrat de location et les bailleurs est en droit de demander l’expulsion de madame [N] ;
Que l’expulsion de madame [N] sera donc ordonnée ;
Attendu qu’il y a en conséquence lieu de fixer le montant de l’indemnité d’occupation mensuelle au seul montant du loyer et des charges (provisions mensuelles avec régularisation annuelle) qui auraient été versés si le bail s’était poursuivi, hors toute autre somme telle que taxes, surloyers, pénalités, enquête sociale, et ce à compter du jeudi 17 avril 2025, date à laquelle la clause résolutoire a produit ses effets, jusqu’à la libération effective des lieux ;
Sur les demandes accessoires
Attendu que madame [N] sera condamnée aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 5 mars 2025 ;
Que l’équité commande cependant de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
Attendu que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
PAR CES MOTIFS
Nous, Olivier LICHY, statuant publiquement en qualité de juge des contentieux de la protection par jugement contradictoire mis à disposition au greffe, et en premier ressort,
CONDAMNONS madame [S] [N] à payer à monsieur [B] [O] et madame [S] [O] la somme de 6 338,03 euros (six mille trois cent trente-huit euros et trois cents) au titre des impayés de loyers et charges arrêtés au 17 septembre 2025 avec les intérêts au taux légal à compter de la notification de la présente décision ;
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire à la date du jeudi 17 avril 2025 (5 mars 2025 + 6 semaines) du bail conclu entre monsieur [B] [O] et madame [S] [O] d’une part, et madame [S] [N] d’autre part, pour les locaux situés [Adresse 2] à [Localité 8] ;
DISONS que :
— faute de départ volontaire des lieux loués, monsieur [B] [O] et madame [S] [O] seront autorisés à faire procéder à l’expulsion de madame [S] [N] et de tous occupants de son chef, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, passé le délai de quatre mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, conformément aux dispositions des articles L 412-1 et suivants, R 411-1 et suivants, R 412-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution,
— le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L 433-1 et L 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution,
— la locataire sera tenue au règlement d’une indemnité d’occupation mensuelle d’un montant égal au loyer et à la provision pour charges à compter du jeudi 17 avril 2025 et jusqu’à la libération effective de l’appartement ;
DEBOUTONS monsieur [B] [O] et madame [S] [O] de leur demande fondée sur l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS madame [S] [N] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 5 mars 2025 ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
Ainsi fait et jugé à [Localité 11] le 26 novembre 2025,
Le Greffier Le Juge des contentieux de la protection
Morgane SCHWARTZ Olivier LICHY
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