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Sur la décision
| Référence : | TJ Strasbourg, illkirch civil, 17 déc. 2025, n° 25/08275 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/08275 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 31 décembre 2025 |
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Sur les parties
| Parties : | Société HABITAT DE L' ILL, SOCIETE COOPERATIVE D' HABITATIONS A LOYER MODERE |
|---|
Texte intégral
Tribunal judiciaire de Strasbourg
TRIBUNAL DE PROXIMITE D’ILLKIRCH-GRAFFENSTADEN
Juge des Contentieux de la Protection
[Adresse 4]
[Localité 6]
☎ : [XXXXXXXX01]
[Courriel 9]
______________________
[Localité 10] Civil
N° RG 25/08275
N° Portalis DB2E-W-B7J-N3C5
______________________
MINUTE N°
______________________
Expédition revêtue de la formule exécutoire délivrée à :
— HABITAT DE L’ILL
Copie certifiée conforme délivrée à :
— M. [O]
— Mme [O]
— Préfecture du Bas-Rhin
le
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
__________
JUGEMENT RÉPUTÉ CONTRADICTOIRE
DEMANDERESSE :
Société HABITAT DE L’ILL, – SOCIETE COOPERATIVE D’HABITATIONS A LOYER MODERE
[Adresse 8]
[Localité 7]
Représentée par Monsieur [G] [W], muni d’un pourvoir régulier
DEFENDEURS :
Monsieur [C] [O]
né le 17 Mars 1985 à [Localité 12]
[Adresse 2]
[Localité 5]
non comparant
Madame [S] [T] épouse [O]
née le 16 Mars 1993
[Adresse 2]
[Localité 5]
non comparante
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Olivier LICHY, Juge des Contentieux de la Protection
Morgane SCHWARTZ, Greffier
DÉBATS ORAUX A L’AUDIENCE PUBLIQUE EN DATE DU : 05 Novembre 2025
PRONONCE PUBLIQUEMENT PAR MISE A DISPOSITION DU JUGEMENT AU GREFFE DU TRIBUNAL LE : 17 Décembre 2025
Premier ressort,
OBJET : Baux d’habitation – Demande tendant à l’exécution des autres obligations du locataire et/ou tendant à faire prononcer la résiliation pour inexécution de ces obligations et ordonner l’expulsion
FAITS ET PROCEDURE
Attendu que dans l’assignation qu’elle a fait délivrer le 22 août 2025 à monsieur [C] [O] et madame [S] [T] épouse [O], la société Habitat de l’Ill expose que :
— suivant actes sous seings privés du 23 novembre 2020, elle a donné à bail à monsieur et madame [O] un local à usage d’habitation ainsi qu’un emplacement de stationnement situés [Adresse 3] à [Localité 11] ;
— le loyer actuel est de 1 189,58 euros charges inclues ;
— après plusieurs mois de loyers impayés, elle a, le 26 novembre 2024, fait délivrer aux locataires un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail, et ce pour un arriéré locatif arrêté au 15 novembre 2024 à la somme de 2 395,19 euros en principal ;
Que le commandement n’ayant pas été suivi d’un règlement, la société Habitat de l’Ill a, le 22 août 2025, fait assigner monsieur et madame [O] devant le juge des contentieux de proximité de céans, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
▸ constater la résiliation du bail par application de la clause résolutoire, subsidiairement prononcer la résiliation du bail,
▸ ordonner l’expulsion,
▸ condamner en deniers ou quittances et solidairement monsieur et madame [O] au paiement de la somme de 1 021,59 euros due au 8 août 2025 au titre des loyers impayés, et de 1 219,05 pour les loyers courant à compter du mois d’août 2025 outre l’indexation ;
▸ les condamner solidairement à régler une indemnité d’occupation dont le montant est égal à celui du loyer et des charges et ce jusqu’à la libération effective des lieux,
▸ les condamner solidairement au paiement d’une indemnité de 300 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens, incluant notamment le coût du commandement de payer ;
Attendu que l’affaire a été appelée à l’audience du 5 novembre 2025, à laquelle l’affaire a été retenue ; que la société Habitat de l’Ill, représentée, a maintenu ses demandes et actualisé le montant des impayés à la somme de 1 487,85 euros ;
Que monsieur et madame [O] n’étaient ni présents ni représentés ;
Attendu que la partie présente était informée que le jugement sera mis à disposition à compter du 17 décembre 2025 ;
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Attendu qu’il résulte de l’article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 que les bailleurs personnes morales ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives ; que cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement ;
Que tel est le cas en l’espèce puisque la société Habitat de l’Ill justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives et la caisse d’allocations familiales par la voie électronique les 3 et 4 décembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 22 août 2025 ;
Attendu que l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989 dispose que l’assignation doit être dénoncée au représentant de l’État dans le département au moins six semaines avant l’audience ; qu’en l’espèce la copie de l’assignation a été notifiée aux services de la préfecture le 29 août 2025 et l’audience s’est tenue le 4 novembre 2025 ;
Que la demande est en conséquence recevable ;
Sur la demande en paiement de l’arriéré (loyers et charges) et des indemnités d’occupation jusqu’à la date de la présente décision
Attendu que le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989 ;
Qu’en l’espèce, il résulte du relevé de compte versé aux débats que monsieur et madame [O] n’ont pas réglé le montant des loyers et de la provision pour charges pas plus que les indemnités d’occupation dues à compter de la date à laquelle la clause résolutoire a commencé à produire ses effets, soit au 8 janvier 2025, de sorte qu’au jour de l’audience, il reste du la somme de 1 487,85 euros outre les frais ;
Que les locataires n’apportent aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette ;
Que la créance étant justifiée, il convient en conséquence de condamner solidairement les locataires au paiement de la somme de 1 487,85 euros au titre des impayés de loyers ;
Qu’il y a lieu cependant lieu de dire que la condamnation sera prononcée en deniers ou quittances pour tenir compte des versements réalisés entre temps ;
Sur les délais de paiement et l’acquisition de la clause résolutoire
Attendu qu’aux termes de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du Code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative ; que l’article 1343-5 alinéa 4 du même code s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa ; que le juge peut même d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi ; que l’article 24 VII précise que pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus ; que ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges ; que si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ;
Attendu cependant que l’octroi de délais n’a de sens que s’ils permettent le règlement de la dette locative au moins en grande partie ; qu’il y a par ailleurs lieu de prendre en compte l’ancienneté du contrat de bail, la situation familiale, l’évolution des revenus, les efforts effectués par les locataires pour régulariser la situation et le montant de la dette ;
Qu’en l’espèce, il résulte des débats et notamment du diagnostic social que les revenus de monsieur et madame [O] sont inconnus car ils ne se sont pas rendus au rendez-vous par les services sociaux ; qu’ils entretiennent trois enfants de 7, 6 et 3 ans ; qu’au regard du montant de la dette locative qui correspond peu ou prou à un mois de retard, et de son évolution entre le commandement de payer et le jour de l’audience, il y a lieu de noter les efforts consentis par monsieur et madame [O] ;
Qu’il y a en conséquence lieu d’accorder des délais dans les conditions précisées dans le « Par ces motifs » et en conséquence de suspendre les effets de la clause résolutoire ;
Que cependant il convient de rappeler que le défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance (plan d’apurement ou loyer courant) entraînerait la déchéance du terme et que la totalité du solde restant dû deviendrait alors immédiatement exigible suite à la mise en demeure de la société Habitat de l’Ill dont les modalités sont précisées ci-après ;
Que si monsieur et madame [O] se libèrent de la dette dans le délai et selon les modalités fixés ci-dessous, en sus du paiement du loyer courant, la clause de résolutoire de plein droit sera réputée ne pas avoir joué ;
Que dans le cas contraire, si la mensualité due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré reste impayée passé un délai de 15 jours (quinze jours) après réception ou avis fait au destinataire d’une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure :
— la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible,
— la clause résolutoire reprendra son plein effet ;
Que les locataires seront tenus au paiement d’une indemnité d’occupation égale au seul montant du loyer et des charges (provisions mensuelles avec régularisation annuelle) qui auraient été versés si le bail s’était poursuivi, hors toute autre somme telle que taxes et pénalités,
Que dans une telle hypothèse, le bailleur pourra faire procéder à l’expulsion de monsieur et madame [O] selon les modalités prévues au dispositif ci-après, et le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L 433-1 et L 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution ;
Sur les demandes accessoires
Attendu que monsieur et madame [O] seront condamnés aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 26 novembre 2024 ;
Que l’équité commande cependant de ne pas faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
Attendu que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
PAR CES MOTIFS
Nous, Olivier LICHY, statuant publiquement en qualité de juge des contentieux de la protection par jugement réputé contradictoire mis à disposition au greffe, et en premier ressort,
CONDAMNONS solidairement monsieur [C] [O] et madame [S] [O] à payer en deniers ou quittances à la société Habitat de l’Ill la somme de 1 487,85 euros (mille quatre cent quatre-vingt-sept euros et quatre-vingt-cinq cents) au titre des impayés de loyers et charges arrêtés au 4 novembre 2025 avec les intérêts au taux légal à compter de la notification de la présente décision ;
AUTORISONS monsieur [C] [O] et madame [S] [O] à s’acquitter de cette dette auprès de la société Habitat de l’Ill en 24 mois, par 23 premières mensualités de 50 euros (cinquante euros) puis une 24ème mensualité devant impérativement apurer le solde de la dette en principal et intérêts, au plus tard le dernier jour de chaque mois, en sus du loyer courant et entre les mains de son bailleur ou du mandataire de ce dernier gérant la perception des loyers ;
SUSPENDONS en conséquence les effets de la clause résolutoire laquelle sera réputée n’avoir jamais joué si monsieur [C] [O] et madame [S] [O] se libèrent de la dette locative dans les délais et modalités ainsi fixés en sus du paiement du loyer courant ;
DISONS qu’en cas de mensualité demeurée impayée, qu’elle soit due au titre du loyer, des charges courants ou de l’arriéré, dans les 15 jours (quinze jours) qui suivent l’envoi de la mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra son plein effet ;
Que dans cette situation AUTORISONS, faute de départ volontaire des lieux loués, la société Habitat de l’Ill à faire procéder à l’expulsion de monsieur et madame [O] et de tous occupants de leur chef, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, passé le délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, conformément aux dispositions des articles L 412-1 et suivants, R 411-1 et suivants, R 412-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution ;
RAPPELONS que le sort des meubles est régi conformément aux dispositions des articles L 433-1 et L 433-2 du Code des procédures civiles d’exécution ;
CONDAMNONS solidairement monsieur [C] [O] et madame [S] [O] au règlement d’une indemnité d’occupation mensuelle d’un montant égal au loyer et à la provision pour charges à compter du 8 janvier 2025 et jusqu’à la libération effective de l’appartement ;
DISONS que le montant de ces indemnités d’occupation est égal au seul montant du loyer et des charges (provisions mensuelles avec régularisation annuelle) qui auraient été versés si le bail s’était poursuivi, hors toute autre somme telle que taxes et pénalités et ce à compter de la date de présentation du courrier recommandé envoyé et jusqu’à la libération effective des lieux ;
DEBOUTONS la société Habitat de l’Ill de sa demande fondée sur l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS solidairement monsieur [C] [O] et madame [S] [O] aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 26 novembre 2024 ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de droit par provision ;
Ainsi fait et jugé à [Localité 11] le 17 décembre 2025,
Le Greffier Le Juge des contentieux de la protection
Morgane SCHWARTZ Olivier LICHY
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