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Sur la décision
| Référence : | TJ Strasbourg, 11e civ. s2, 16 avr. 2026, n° 26/00224 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00224 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 24 avril 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
N° RG 26/00224 – N° Portalis DB2E-W-B7J-OFOK
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 1]
11ème Chambre Civile, Commerciale
et des Contentieux de la Protection
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 2]
11ème civ. S2
N° RG 26/00224
N° Portalis DB2E-W-B7J-OFOK
Minute n°
☐ Copie exec. à :
Mme [P] [C]
☐ Copie c.c à la Préfecture
Le
Le Greffier
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
ORDONNANCE DU
16 AVRIL 2026
PARTIE REQUÉRANTE :
Société [Y], Immatriculée au RCS de [Localité 3] sous le n°788 058 030
Représentée par son Président du Conseil d’Administration
[Adresse 3]
[Localité 4]
représentée par Me Florence APPRILL-THOMPSON, avocat au barreau de STRASBOURG, vestiaire : 28
PARTIE REQUISE :
Madame [P] [C]
[Adresse 4] – logement A802
[Adresse 5]
[Localité 5]
comparante
OBJET : Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Laurent DUCHEMIN, Magistrat à titre temporaire statuant en qualité de Juge des Contentieux de la Protection
Virginie HOPP, Greffière
DÉBATS :
A l’audience publique du 20 Mars 2026 à l’issue de laquelle le Président, Laurent DUCHEMIN, Magistrat à titre temporaire statuant en qualité de Juge des Contentieux de la Protection, a avisé les parties que l’ordonnance serait prononcée par mise à disposition au greffe à la date du 16 Avril 2026.
ORDONNANCE:
Contradictoire en Premier ressort,
Rendue par mise à disposition au greffe,
Signée par Laurent DUCHEMIN, Magistrat à titre temporaire statuant en qualité de Juge des Contentieux de la Protection et par Virginie HOPP, Greffière
RAPPEL DES FAITS
Par contrat de résidence du 4 septembre 2024, la S.A.E.M. [Y] a attribué à Mme [P] [C] la jouissance privative pour une durée d’un mois renouvelable à compter du 1er septembre 2024 du logement n° A802 sis [Localité 1] [Adresse 6] moyennant une redevance mensuelle de 595,21 € payable mensuellement à terme échu.
La S.A.E.M. [Y] a mis en demeure Mme [P] [C] par signification par acte de commissaire de justice en date du 20 novembre 2025 de la lettre du 18 novembre 2025 aux termes de laquelle il lui est demandé de régulariser sa situation, solde débiteur de 1 429,46 €, dans un délai de 8 jours à peine de résiliation de plein droit du contrat de résidence.
Puis elle a fait assigner à l’audience du 20 mars 2026, Mme [P] [C] en référé devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal de judiciaire de STRASBOURG par acte de commissaire de justice du 13 janvier 2026 pour constater la résiliation du contrat, obtenir l’expulsion et la condamnation au paiement d’une indemnité d’occupation.
A cette audience, la S.A.E.M. [Y], représentée par son conseil, reprend les termes de son acte introductif d’instance au soutien du dépôt de son dossier de plaidoirie pour demander de :
constater la résiliation du contrat de résidence à la date du 20 décembre 2025 ;
en conséquence,
constater le maintien dans les lieux sans droit ni titre de la défenderesse ;
En conséquence,
ordonner son expulsion, ainsi que tous occupants de son chef, des lieux occupés au besoin avec le concours de la force publique ;
ordonner en tant que de besoin la séquestration dans tel local du foyer-logement ou dans tel garde-meuble aux choix de la société demanderesse et aux frais du défendeur des meubles et objets mobiliers appartenant à l’expulsé qui pourraient encore se trouver dans les lieux lors de l’expulsion ;
dire et juger qu’à défaut d’évacuation des locaux à compter du jour de la signification de l’ordonnance à intervenir, elle sera condamnée à une astreinte de 150 € par jour de retard ;
fixer l’indemnité d’occupation à la somme de 600 € mensuels ;
condamner la défenderesse au paiement, par provision, de l’indemnité d’occupation à compter du 1er janvier 2026 jusqu’à la libération effective des lieux et la remise des clés ;
la condamner à lui payer la somme de 600 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
la condamner aux entiers frais et dépens de la présente procédure ;
dire n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire.
Elle ajoute qu’aucune redevance n’est payée depuis un an, la dette qui augmente est actualisée à la somme de 3 394,33 €. Elle s’en rapporte sur les délais.
Mme [P] [C] a comparu. Elle expose toucher 1 900 € de la Caisse d’allocations familiales au titre des RSA, PAJE et allocations familiales. Elle souhaite rester dans l’appartement. Elle a deux enfants et est enceinte de 4 mois. Elle souhaite des délais de paiements proposant de régler le loyer résiduel et 200 € en sus.
Les débats clos, l’affaire a été mise en délibéré, la partie demanderesse autorisée à produire un décompte actualisé, et la décision rendue ce jour.
MOTIFS DE LA DÉCISION
1. SUR L’ACQUISITION DES EFFETS DE LA CLAUSE RÉSOLUTOIRE :
L’article 1103 du code civil dispose que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. »
Aux termes de l’article R. 633-3 du code de la construction et de l’habitation
«… II. — Le gestionnaire ou le propriétaire peut résilier le contrat dans l’un des cas prévus à l’article L. 633-2 sous réserve d’un délai de préavis:
a) D’un mois en cas d’inexécution par la ou les personnes titulaires du contrat d’une obligation leur incombant au titre de ce contrat ou en cas de manquement grave ou répété au règlement intérieur. La résiliation peut être décidée pour impayé, lorsque trois termes mensuels consécutifs, correspondant au montant total à acquitter pour le logement, les charges et les prestations obligatoires et facultatives, sont impayés ou bien, en cas de paiement partiel, lorsqu’une somme au moins égale à deux fois le montant mensuel à acquitter pour le logement et les charges reste due au gestionnaire.
…
III. — La résiliation du contrat est signifiée par huissier [commissaire] de justice ou notifiée par courrier écrit remis contre décharge ou par lettre recommandée avec avis de réception.
IV. — Lorsque la résiliation émane du gestionnaire, la personne logée est redevable, pendant le préavis, des sommes correspondant à la seule période d’occupation effective des lieux. Si la résiliation émane de la personne logée ou de son représentant, celle-ci est redevable des sommes correspondant à toute la durée du préavis. »
Le contrat de résidence conclu entre les parties mentionne, article 11 « Toutefois, le gestionnaire peut résilier de plein droit le contrat pour l’un des motifs suivants :
— en cas d’inexécution par le résident de l’une des obligations lui incombant au regard du présent contrat… ; la résiliation ne produit effet qu’un mois après la date de notification par lettre recommandée avec accusé de réception.»
En l’espèce, l’obligation dont il s’agit est celle de paiement de la redevance prévues aux articles 5 et 8.
Il est établi selon décompte du 18 mars 2026 que la bénéficiaire du contrat de résidence n’est plus à jour de ses paiements depuis le 31 décembre 2024.
Une mise en demeure a bien été délivré le 20 novembre 2025, celle-ci mentionnant « En conséquence, nous vous mettons en demeure de régulariser votre situation dans un délai de 8 jours à compter de la présentation de cette lettre. A défaut et 1 mois après d’expiration dudit délai, la résiliation du contrat de résidence sera acquise de plein droit »
En conséquence, la résiliation n’a pu intervenir que 8 jours et un mois après la date de signification, à savoir le 29 décembre 2025, le 27 étant un samedi. Il sera donc constaté la résiliation du contrat de résidence à cette date.
2. SUR L’OCCUPATION SANS DROIT NI TITRE
Il est constant que Mme [P] [C] s’est maintenue dans les lieux, l’assignation du 13 janvier 2026 lui ayant été délivrée à l’adresse des lieux objet du contrat de résidence. Elle est donc occupant sans droit ni titre du logement n° A802 sis [Adresse 7] [Adresse 6].
3. SUR L’EXPULSION
Son expulsion sera en tant que de besoin ordonnée selon les modalités précisées au dispositif.
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution . Il résulte de ces textes que c’est la personne expulsée qui décide du lieu d’entrepôt des meubles, qui sont à défaut laissés sur place, ou dans un autre lieu approprié . Dès lors, d’une part la question du lieu d’entrepôt ne naît qu’au moment de l’expulsion, et d’autre part, il n’est fait état d’aucune disposition légale ou réglementaire donnant compétence et pouvoir au juge des contentieux de la protection pour désigner un lieu d’entrepôt . La demande à ce titre sera rejetée.
4. SUR LE MONTANT DE L’ARRIÉRÉ LOCATIF :
En application de l’article 1353 du code civil « celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver et réciproquement, celui qui se prétend libéré, doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation ».
En l’espèce, la S.A.E.M. [Y] produit un décompte du 18 mars 2026 démontrant que Mme [P] [C] reste lui devoir la somme de 3 394,83 € au quittancement du mois de février 2026 exigible à la date du décompte, la redevance étant payable mensuellement à terme échu au plus tard le cinquième jour du mois suivant. Ce montant est donc justifié.
Mme [P] [C] n’apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de cette dette, le paiement de l’APL de 503 € étant suspendu depuis le mois de décembre 2025, justifiant ainsi une condamnation en deniers et quittance
Elle sera par conséquent condamnée à titre provisionnel au paiement en deniers et quittance de la somme de 3 394,83 €, avec les intérêts au taux légal à compter de la présente décision s’agissant d’une provision conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du code civil.
5. SUR LA DEMANDE DE DÉLAIS DE PAIEMENT
Selon l’article 1228 du Code civil, « Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l’exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts. »
Aux termes de l’article 1343-5 du code civil, alinéa 1, le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues.
En l’espèce, la proposition d’apurement formulée par Mme [P] [C], à laquelle le demandeur ne s’oppose pas, est compatible avec le montant de la dette, APL rétablie et déduite et les capacités de paiement résultant de la proposition de Mme [P] [C] et des ressources exposées à l’audience.
Les demandes tendant au prononcé d’une astreinte telles que formulées sont en conséquence inopérantes, la partie demanderesse en sera déboutée.
Les effets de la résolution seront suspendus pendant ces délais.
6. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
Mme [P] [C], partie perdante, supportera la charge des dépens.
Conformément aux dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée et il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation.
En l’espèce, l’équité justifie de condamner le défendeur à payer à la S.A.E.M. [Y] une somme de 100 € sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision sera exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire et en premier ressort,
REJETTE toutes demandes autres, plus amples ou contraires ;
CONSTATE que la résiliation du contrat de résidence du 23 août 2012 entre la S.A.E.M. [Y] et Mme [P] [C] concernant un logement° A802 sis [Localité 1] [Adresse 8], [Adresse 9], est acquise au bénéfice de la S.A.E.M. [Y] à la date du 29 décembre 2025 ;
CONDAMNE Mme [P] [C] à payer en deniers et quittance à titre provisionnel à la S.A.E.M. [Y] la somme de 3 394,83 € correspondant au solde restant dû au 18 mars 2026 au titre des redevances mensuelles impayées ;
AUTORISE Mme [P] [C] à s’acquitter de cette somme, outre la redevance mensuelle résiduelle APL déduite, en mensualités consécutives de 200 € chacune jusqu’à la dernière mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts ;
PRÉCISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 5 de chaque mois et pour la première fois avant le 5 du mois suivant la signification de la présente décision ;
SUSPEND les effets de la résiliation du contrat de résidence pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la résiliation sera réputée n’avoir jamais été acquise;
DIT qu’en revanche, toute mensualité, qu’elle soit due au titre de la redevance et des charges courants dont il est rappelé qu’il est payable mensuellement à terme échu au plus tard de 5ème jour du mois suivant ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après la réception, à défaut la première présentation, d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet, justifiera :
— que la résiliation retrouve son plein effet ;
— que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
— qu’à défaut pour Mme [P] [C] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la S.A.E.M. [Y] puisse faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
— que Mme [P] [C] soit condamnée à verser à la S.A.E.M. [Y] une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant de la redevance et des charges calculées tels que si le contrat s’était poursuivi en ce compris les révisions, réajustements et décompte définitif de charges qui auraient été dus, jusqu’à la date de la libération définitive des lieux caractérisée par la remise des clés;
CONDAMNE Mme [P] [C] aux dépens ;
CONDAMNE Mme [P] [C] à payer à la S.A.E.M. [Y] la somme de 100 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELLE que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
DIT que copie de la présente décision sera communiquée par les soins du greffe au représentant de l’État dans le département, en application de l’article R. 412-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Ainsi jugé et prononcé les jour, mois et an susdits par la mise à disposition de la décision au greffe.
La greffière Le Juge
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