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Sur la décision
| Référence : | TJ Thionville, pc civil réf., 10 avr. 2026, n° 26/00008 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00008 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 25 avril 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
B.P 50550
12, Allée Raymond Poincaré
57109 THIONVILLE
☎ : 03.55.84.30.20
RG N°: N° RG 26/00008 – N° Portalis DBZL-W-B7J-EAIM
ORDONNANCE DE REFERE N°26/308
DU : 10 Avril 2026
[O]
C/
[X] [P]
ORDONNANCE DE REFERE
A l’audience publique des référés, de ce Tribunal judiciaire, tenue le 10/04/2026;
PRESIDENT : Marie-Astrid MEVEL, Juge placée auprès du Premier Président de la Cour d’Appel de METZ déléguée dans les fonctions de Juge des contentieux de la protection
GREFFIER : Agnès BRENNEUR
DEMANDEUR(S) :
EPIC [O], demeurant 3 Rue de Courcelles – BP 25040 – 57071 METZ CEDEX 03, Représentée par Madame [W] munie d’un pouvoir
DEFENDEUR(S) :
Madame [X] [P], demeurant 8 rue de Boismortier – 57100 THIONVILE, comparant en personne
Date des débats : 10 Février 2026
Vu la citation introductive d’instance à la date et entre les parties susvisées:
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé en date du 5 mars 2024, l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE a donné à bail à Madame [X] [P] un bien immobilier à usage d’habitation situé 8 rue du Boismortier à THIONVILLE (57100), pour une durée d’un mois renouvelable automatiquement par tacite reconduction, le loyer étant fixé initialement à la somme mensuelle de 415,30 euros hors charges outre 123,71 euros de provisions sur charges.
Des loyers demeurant impayés, l’E.P.I.C.[O] OPH MOSELLE a fait signifier à Madame [X] [P] un commandement de payer la somme principale de 3 572,35 euros visant la clause résolutoire, par acte de commissaire de justice du 28 janvier 2025.
La société demanderesse a informé la CCAPEX de la situation d’impayés le 24 septembre 2025.
Par acte de commissaire de justice signifié le 1er décembre 2025 (dépôt étude), l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE a fait assigner Madame [X] [P] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Thionville statuant en référé, auquel elle demande de :
— constater la résiliation du bail à compter du 29 mars 2025 soit deux mois après la signification du commandement de payer visant la clause résolutoire du bail ;
— ordonner en conséquence l’expulsion de Madame [X] [P] et de tous occupants de leur chef, à l’expiration d’un délai de deux mois qui suivra la signification du commandement d’avoir à quitter les lieux ;
— dire que passé ce délai, ils pourront être expulsés au besoin avec l’aide de la force publique ;
— condamner Madame [X] [P] à payer à la demanderesse la somme provisionnelle de 6 189,52 euros (loyers et charges impayés suivant décompte actualisé arrêté au 27 novembre 2025) assortie des intérêts au taux légal à compter du commandement de payer ;
— condamner Madame [X] [P] à payer à compter du 1er avril 2025 une indemnité d’occupation mensuelle de 428,82 euros identique au montant du loyer et charges qui auraient été appelés si le bail n’avait pas été résilié jusqu’au départ effectif des locaux concernés, chaque terme portant intérêt à compter de sa date d’exigibilité ;
— dire que cette indemnité d’occupation sera revalorisée selon la règlementation propre aux sociétés d’HLM ;
— condamner Madame [X] [P] aux entiers dépens, qui comprendront notamment le commandement de payer visant la clause résolutoire du bail du 28 janvier 2025 , la présente assignation ainsi que tous les frais à exposer pour l’exécution de la présente décision ;
— constater l’exécution provisoire de plein droit de la décision à intervenir.
L’assignation aux fins de résiliation du bail a été notifiée à la Préfecture de MOSELLE par la voie électronique le 2 décembre 2025.
Lors de l’audience du 10 février 2026. l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE, représenté par Madame [X] [W], munie d’un pouvoir, se réfère à ses écritures et maintient ses demandes. Elle actualise sa créance à la somme de 7 899,70 €. Elle indique ne pas s’opposer à l’octroi de délais de paiement en cas de reprise du paiement du loyer.
La défenderesse indique qu’elle a perdu son emploi en qualité d’aide soignante et qu’elle vient de signer un contrat à durée indéterminée à temps complet. Elle sollicite un plan d’apurement de sa dette locative. Elle fait état de ressources à hauteur de 1 900 € et verse un loyer de 580 €, ajoutant qu’elle vit au domicile avec ses trois enfants.
L’affaire a été mise en délibéré au 10 avril 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité de la demande
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Moselle par la voie électronique le 2 décembre 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE justifie avoir informé la CCAPEX le 24 septembre 2025, de la situation d’impayés, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 1er décembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
La demande est donc recevable.
Sur la résiliation du bail et l’acquisition de la clause résolutoire
L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs dispose dans son premier alinéa que toute clause prévoyant la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
L’article 1353 du Code civil prévoit que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En l’espèce, la demanderesse produit à l’appui de ses demandes le contrat de bail et un décompte actualisé de la dette locative qui s’élève à la somme de 7 899,70 euros suivant décompte arrêté au 9 février 2026 (mois de janvier inclus).
Le contrat de bail, qui fait référence aux dispositions de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, contient une clause stipulant la résiliation de plein droit du bail en cas de défaut de paiement du loyer, dans un délai de six semaines après signification du commandement de payer.
Madame [X] [P] a laissé impayées plusieurs échéances de loyer et un commandement de payer dans le délai de deux mois, visant la clause résolutoire stipulée au bail et se référant aux dispositions des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et 6 de la loi du 31 mai 1990, lui a été signifié le 28 janvier 2025.
Madame [X] [P] ne justifie pas avoir apuré sa dette dans le délai de deux mois.
Il convient en conséquence de constater l’acquisition de la clause résolutoire au profit de la demanderesse à la date du 28 mars 2025.
Sur la créance du bailleur
En application de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
L’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE produit un décompte aux termes duquel Madame [X] [P] reste devoir la somme de 7 899,70 euros à la date du 9 février 2026 (loyer de janvier inclus).
Madame [X] [P] ne conteste pas être redevable de la somme sollicitée au titre des arriérés locatifs.
Elle sera par conséquent condamnée à titre provisionnel au paiement de cette somme de 7 899,70 euros (décompte arrêté au 9 février 2026, mois de janvier inclus), avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer sur la somme de 3 572,35 euros et à compter de la présente décision pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du code civil.
Sur l’octroi d’un délai de paiement
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que "le juge peut, même d’office, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, (…) à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience. (…) Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus. (…) Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet".
En l’espèce, si la locataire ne justifie pas avoir repris le paiement du loyer courant, elle fait état d’un changement de sa situation professionnelle et ainsi financière, expliquant avoir retrouvé un emploi en contrat à durée indéterminée, suite à la perte de son précédent travail.
Dès lors que la demanderesse ne s’oppose pas à l’octroi de délais de paiement, il y a lieu, en tenant compte de ces éléments, d’autoriser Madame [X] [P] à se libérer du montant de sa dette locative selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
Les effets de la clause résolutoire seront suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés, de telle sorte que la demande d’expulsion devient sans objet.
Il convient néanmoins de prévoir que tout défaut de paiement des loyers et charges courants d’une part, et des sommes dues au titre des arriérés locatifs, justifiera la condamnation de Madame [X] [P] au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle.
Sur la notification de la résiliation du bail au préfet
Compte tenu de la situation de Madame [X] [P] et en application des dispositions de l’article R 412-2 du Code des procédures civiles d’exécution, il convient d’ordonner que la présente ordonnance sera transmise par les soins du greffe au représentant de l’État dans le département dans le cadre du plan départemental d’action pour le logement des personnes défavorisées.
Sur les demandes accessoires
— Sur les dépens
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Madame [X] [P], partie perdante, supportera la charge des dépens.
En revanche, les frais exposés pour parvenir à l’exécution de la présente décision, étant à ce stade purement hypothétiques et ne constituant pas une créance certaine, il n’y a pas lieu de statuer les concernant
.
— Sur l’exécution provisoire
Il convient de rappeler que la présente instance est soumise aux dispositions de l’article 514 du code de procédure civile aux termes duquel les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire et en premier ressort,
CONSTATONS la résiliation du contrat de bail et l’acquisition des effets de la clause résolutoire insérée au contrat de bail conclu le 5 mars 2024 entre l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE et Madame [X] [P] concernant le bien immobilier à usage d’habitation situé 8 rue du Boismortier à THIONVILLE (57100), à la date du 28 mars 2025 ;
CONDAMNONS Madame [X] [P] à verser à l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE, à titre provisionnel, la somme de 7 899,70 euros (décompte arrêté au 9 février 2026, mois de janvier 2025 inclus), correspondant au montant des loyers, charges avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer les loyers du 28 janvier 2025 sur la somme de 3 572,35 euros et à compter de la présente décision pour le surplus ;
AUTORISONS Madame [X] [P] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants en 23 mensualités de 300 € et une 24e mensualité qui soldera la dette ;
PRECISONS que chaque mensualité devra intervenir avant le 5 de chaque mois et pour la première fois avant le 5 du mois avant signification de la présente ordonnance ;
SUSPENDONS les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés;
DISONS que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DISONS qu’en revanche, toute mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu’à défaut pour Madame [X] [P] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE puisse faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
* que Madame [X] [P] soit condamnée à verser à l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération définitive des lieux caractérisée par la remise des clés, soit la somme de 428,82 euros, autorisant d’ores et déjà l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE à réviser le montant de cette indemnité selon les mêmes modalités et périodicités que le loyer et à procéder à régularisation des charges, chaque terme portant intérêt à compter de sa date d’exigibilité ;
CONDAMNONS Madame [X] [P] aux dépens, comprenant les coûts des significations du commandement de payer du 28 janvier 2025 et de l’assignation ;
DÉBOUTONS l’E.P.I.C. [O] OPH MOSELLE de sa demande de condamnation de Madame [X] [P] au titre des frais éventuellement exposés pour parvenir à l’exécution de la présente décision ;
DEBOUTONS les parties de leurs demandes plus amples ou contraires ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
DISONS que la présente décision sera transmise par les soins du greffe à Monsieur le Préfet de la Moselle en application des dispositions de l’article R. 412-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal judiciaire, le 10 avril 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par Madame Marie-Astrid MEVEL, juge, et par Madame Agnès BRENNEUR, greffière.
La greffière, Le juge,
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