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Sur la décision
| Référence : | TJ Bordeaux, ppp réf., 10 sept. 2025, n° 25/00891 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00891 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 7 novembre 2025 |
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Texte intégral
Du 10 septembre 2025
5AA
SCI/jjg
PPP Référés
N° RG 25/00891 – N° Portalis DBX6-W-B7J-2NOZ
[U] [N], [F] [E] épouse [N]
C/
[T] [G]
— Expéditions délivrées à
— FE délivrée à
Le 10/09/2025
Avocats : Me Annick BATBARE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Pôle protection et proximité
[Adresse 1]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 10 septembre 2025
PRÉSIDENT : M. Laurent QUESNEL,
GREFFIER : Monsieur Jean-Jacques GERAUD,
DEMANDEURS :
Monsieur [U] [N]
représenté par sa tutrice, Mme [I] [M]
né le 29 Mars 1930 à [Localité 7]
[Adresse 2]
[Localité 5]
Représenté par Me Annick BATBARE (Avocat au barreau de BORDEAUX)
Madame [F] [E] épouse [N]
représentée par sa tutrice, Mme [I] [M]
née le 20 Mars 1935 à [Localité 9]
[Adresse 2]
[Localité 5]
Représentée par Me Annick BATBARE (Avocat au barreau de BORDEAUX)
DEFENDEUR :
Monsieur [T] [G]
né le 14 Août 1980 à [Localité 6]
[Adresse 2]
[Localité 5]
Absent
DÉBATS :
Audience publique en date du 11 Juillet 2025
PROCÉDURE :
Baux d’habitation – Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion en date du 28 Avril 2025
Articles 484 et suivants et 834 et suivants du Code de Procédure Civile
QUALIFICATION DE l’ORDONNANCE:
Réputée contradictoire et en premier ressort
EXPOSÉ DU LITIGE :
Par acte sous seing privé en date du 18 septembre 2023, Monsieur [U] [N] a donné à bail à Monsieur [T] [G] un logement situé [Adresse 3] [Localité 8].
Par jugements du 25 novembre 2024, le Tribunal judiciaire de Bordeaux, Service de la protection des majeurs, a prononcé deux décisions d’ouverture d’un régime de tutelle au bénéfice de Monsieur [U] [N] et de son épouse, Madame [F] [E], mesures confiées à Madame [M] [I], MJPM.
Par acte de commissaire de justice du 4 février 2025, Monsieur et Madame [N], représentés par Madame [M] [I], ont fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme de 6300 euros au titre de l’arriéré locatif et d’avoir à justifier d’une assurance locative, aux fins de mise en œuvre de la clause contractuelle de résiliation de plein droit du bail.
Par acte de commissaire de justice du 28 avril 2025, 18 avril 2025, Monsieur et Madame [N], représentés par Madame [M] [I], ont assigné Monsieur [G] devant le juge des contentieux de la protection statuant en matière de référé auprès du tribunal judiciaire de Bordeaux à l’audience du 11 juillet 2025 aux fins de voir :
— Constater le jeu de la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail,
— En conséquence, ordonner l’expulsion de Monsieur [G] ainsi que tout occupant de son chef, ainsi qu’à le vider de tout bien lui appartenant au plus tard dès le commandement d’avoir à le faire, avec si besoin est, le concours de la force publique et l’assistance d’un serrurier,
— Condamner le défendeur au paiement de la somme provisionnelle de 8400 euros, avril 2025 inclus,
— Le condamner au paiement provisionnel mensuel d’une indemnité d’occupation égale au loyer mensuel augmenté des charges jusqu’à la libération des lieux,
— Assortir d’une astreinte de100 euros par jour le défaut de libération du logement compter de l’ordonnance à intervenir,
— Le condamner au paiement de la somme de 1500 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, outre les dépens.
Lors de l’audience du 11 juillet 2025, la dette n’est pas actualisée. Les consorts [N], représentés par leur conseil, confirment les termes de leurs demandes initiales, notamment sur le défaut de justification de l’assurance.
En défense, Monsieur [G] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
Le Tribunal n’a pas été destinataire d’un diagnostic social et financier.
A l’issue de l’audience, la date du délibéré a été fixée au 10 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la non-comparution du défendeur :
En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée.
Le défendeur non comparant ayant été régulièrement assigné et ayant disposé d’un temps suffisant pour organiser sa défense, il y a lieu de statuer par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort.
Sur la régularité de la procédure
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, l’assignation a été régulièrement notifiée au représentant de l’État dans le département par courrier du 29 avril 2025, soit au moins six semaines avant la date de l’audience, par l’entremise de Madame [I], tutrice.
Les bailleurs justifient également avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 en date du 6 février 2025, par l’entremise de Madame [I], tutrice.
L’action aux fins de constat de la résiliation du bail est donc recevable et régulière.
Sur la résiliation du contrat de bail et l’expulsion
L’article 834 du code de procédure civile prévoit que, dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. L’absence de contestation sérieuse implique l’évidence de la solution qu’appelle le point contesté.
En outre, selon l’article 835 du même code, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
En vertu de l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
L’article 7g) de la loi du 6 juillet 1989, prévoit également l’obligation pour le locataire de souscrire une assurance garantissant les risques locatifs. La justification de cette assurance résulte de la remise au bailleur d’une attestation de l’assureur ou de son représentant. Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut d’assurance du locataire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Ce commandement reproduit, à peine de nullité, les dispositions du présent alinéa.
Il ressort par ailleurs des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version applicable à l’espèce, que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu entre les parties comporte une clause de résiliation de plein droit du bail pour défaut de paiement ou défaut d’assurance.
Les bailleurs ont fait signifier à Monsieur [G] un commandement d’avoir à payer la somme de 6300 euros au titre des loyers échus sous deux mois, et d’avoir à justifier d’une assurance locative, suivant exploit du 4 février 2025. Ce commandement comporte les mentions obligatoires prescrites à peine de nullité à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989.
Monsieur [G] n’ayant pas, dans le délai contractuel de deux mois, pour les impayés, et le délai légal d’un mois pour le défaut d’assurance, à compter de la délivrance du commandement du 4 février 2025, réglé les causes du commandement et justifié d’une assurance, ces manquements entraînent la résiliation du bail par le jeu de la clause de résiliation contractuelle qu’il y a lieu de constater à la date du 5 mars 2025, en application de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 relative aux rapports locatifs et 7g) de la même loi.
En conséquence, les consorts [N] sont fondés à se prévaloir de la clause de résiliation emportant résiliation du bail acquise depuis le 5 mars 2025.
Dès lors, Monsieur [G] est occupant sans droit ni titre du logement depuis le 5 mars 2025, ce qui constitue pour les bailleurs un trouble manifestement illicite auquel il y a lieu de mettre fin en ordonnant la libération des lieux et, faute de départ volontaire, l’expulsion du défendeur.
Une indemnité d’occupation équivalente au montant du loyer et charges courantes sera fixée à compter de la date d’effet de la résiliation du bail.
Sur la provision et les indemnités d’occupation
En application de l’article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent dans les cas où l’obligation n’est pas sérieusement contestable, accorder au créancier une provision ou ordonner l’exécution de l’obligation, même s’il s’agit d’une obligation de faire.
En l’espèce, au soutien de leur demande, les consorts [N], représentés par leur tutrice, présentent le décompte annexé à l’assignation du 28 avril 2025, selon lequel leur créance s’établirait à la somme de 8400 euros à la date du 28 avril 2025, terme d’avril 2025 inclus.
Cette créance n’étant pas sérieusement contestée ni contestable, Monsieur [G] sera donc condamné au paiement de la somme de 8400 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation dus à la date du 28 avril 2025 – échéance du mois d’avril 2025 incluse. Monsieur [G] sera, en outre, condamné au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant du loyer courant et des charges (700 euros par mois à la date de l’audience), à compter du 1er mai 2025 et jusqu’à la libération effective des lieux.
S’agissant d’une provision, cette somme portera intérêts au taux légal à compter du prononcé de la présente décision.
La demande d’astreinte pour quitter les lieux n’apparait pas nécessaire, l’expulsion étant autorisée. De surcroit, le préjudice résultant de l’occupation des lieux étant déjà réparé par l’indemnité d’occupation, il n’y a pas lieu de prononcer en outre une astreinte, celle-ci ne pouvant excéder le montant du préjudice, au visa de l’article L421-1 du CPCE.
Sur le sort des meubles
En ce qui concerne le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L433-1 et L433-2 du Code des procédures civiles d’exécution.
Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie qui succombe est condamnée aux dépens. Ceux-ci seront donc mis à la charge de Monsieur [G].
Aux termes de l’article 700 du même code, le juge condamne la partie tenue aux dépens à payer à l’autre partie, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, la somme qu’il détermine en tenant compte de l’équité. Il convient d’allouer à la partie qui a gain de cause une indemnité de 300 euros à ce titre.
Il convient de rappeler que l’exécution provisoire de la présente ordonnance est de droit.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront, et dès à présent, vu l’urgence :
CONSTATONS l’acquisition de la clause de résiliation de plein droit au bénéfice de Monsieur [U] [N] et de son épouse, Madame [F] [E], représentés par Madame [M] [I], à la date du 5 mars 2025,
CONDAMNONS Monsieur [T] [G] à quitter les lieux loués, logement situé [Adresse 4],
AUTORISONS, à défaut pour Monsieur [T] [G] d’avoir volontairement libéré les lieux, qu’il soit procédé à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef avec si nécessaire le concours de la force publique, deux mois après la délivrance d’un commandement de quitter les lieux conformément aux dispositions des articles L. 411-1 et L. 412-1 du code des procédures civiles d’exécution ;
DISONS qu’en ce qui concerne le sort des meubles, il sera procédé selon les dispositions des articles L. 433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
FIXONS une indemnité d’occupation égale au montant du loyer, révisable selon les dispositions contractuelles, et de la provision sur charges (700 euros par mois à la date de l’audience), augmentée de la régularisation au titre des charges dûment justifiées ;
CONDAMNONS Monsieur [T] [G] à payer à Monsieur [U] [N] et Madame [F] [E], épouse [N], représentés par Madame [M] [I], la somme de 8400 euros à titre d’indemnité provisionnelle pour l’arriéré de loyers, charges locatives et indemnités d’occupation à la date du 28 avril 2025 (échéance du mois d’avril 2025 incluse), avec intérêts au taux légal à compter de la date de la présente décision ;
CONDAMNONS Monsieur [T] [G] à payer à Monsieur [U] [N] et Madame [F] [E], épouse [N], représentés par Madame [M] [I], à compter du 1er mai 2025, l’indemnité d’occupation mensuelle ci-dessus fixée, jusqu’à libération effective des lieux ;
CONDAMNONS Monsieur [T] [G] aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement, de l’assignation et de la notification de l’assignation au représentant de l’État ;
CONDAMNONS Monsieur [T] [G] à payer à Monsieur [U] [N] et Madame [F] [E], épouse [N], représentés par Madame [M] [I], la somme de 300 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETONS le surplus des demandes ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit par provision ;
Ainsi jugé les jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
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