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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourg-en-Bresse, jcp, 22 mai 2025, n° 25/00034 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00034 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 19 juin 2025 |
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Sur les parties
| Parties : | S.C.I. MAGORVIE |
|---|
Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURG EN BRESSE
JCP juge des contentieux de la protection
JUGEMENT DU 22 MAI 2025
N° RG 25/00034 – N° Portalis DBWH-W-B7J-G65C
N° minute : 25/00193
Dans l’affaire entre :
DEMANDERESSE
S.C.I. MAGORVIE
dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Madame [E] [K], gérante
et
DEFENDERESSE
Madame [R] [P]
née le 06 Juillet 1984 à [Localité 4]
demeurant [Adresse 1]
comparante
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrat : Madame RENAULT, Vice-Présidente
Greffier : Madame TALMANT, Greffier
Débats : en audience publique le 27 Mars 2025
Prononcé : décision rendue publiquement par mise à disposition au greffe le 22 Mai 2025
copies délivrées le 22 MAI 2025 à :
S.C.I. MAGORVIE
Madame [R] [P]
formule(s) exécutoire(s) délivrée(s) le 22 MAI 2025 à :
S.C.I. MAGORVIE
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé du 30 août 2019, la SCI MAGORVIE a consenti un bail d’habitation à Madame [R] [P] portant sur un immeuble à usage d’habitation situé au rez-de-chaussée, [Adresse 3] à REPLONGES (01), contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 595 euros, outre les charges.
Par acte délivré par commissaire de justice le 23 octobre 2024, la SCI MAGORVIE a fait commandement à Madame [R] [P] d’avoir à payer la somme en principal de 2.675 euros et visant la clause résolutoire du bail.
Par acte délivré par commissaire de justice du 24 janvier 2025, dénoncé à la Préfecture de l’Ain par voie électronique le même jour, la SCI MAGORVIE a fait assigner Madame [R] [P] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOURG-EN-BRESSE aux fins d’obtenir sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— la constatation de la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire,
— l’expulsion de Madame [R] [P], si besoin avec le concours de la force publique,
— la condamnation de la locataire au paiement :
— de la somme de 1.485 euros au titre des loyers échus à fin décembre 2024, outre ceux restant dus jusqu’au jour de l’audience selon décompte actualisé au cours des débats,
— d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer mensuel indexé augmenté des charges, jusqu’à libération effective des lieux,
— de la somme de 200 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive et injustifiée,
— d’une indemnité de 200 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
— des entiers dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer et de l’assignation.
A l’audience du 27 mars 2025, la SCI MAGORVIE, dûment représentée par Madame [E] [K], a réitéré l’ensemble de ses demandes, ramenant à 1.580 euros la somme réclamée au titre des impayés de loyers, indemnités d’occupation et charges à fin mars 2025. Elle a indiqué ne pas être opposée à l’octroi de délais de paiement suspensifs à condition que les engagements de la locataire soient tenus et que la dette soit soldée avant la fin de l’année 2025.
En défense, Madame [R] [P], comparant en personne, n’a contesté ni le principe, ni le montant de la dette mais a réclamé des délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire. Elle a fait valoir avoir repris le paiement des loyers et a proposé d’apurer sa dette locative par mensualités de 200 €, en plus du loyer courant.
Le diagnostic social et financier a été communiqué par la Préfecture avant la clôture des débats et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 22 mai 2025.
MOTIVATION DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée au Préfet, représentant de l’Etat. Un accusé de réception électronique a été transmis au bailleur le 24 janvier 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions nouvelles de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la SCI MAGORVIE justifie avoir saisi le 25 octobre 2024 la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur les demandes en constatation de la résiliation du bail et d’expulsion
L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 rappelle que le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus constitue une obligation essentielle du locataire.
En vertu de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Il précise également les mentions obligatoires qui doivent figurer dans le commandement, à peine de nullité.
En l’espèce, le contrat de bail conclu entre les parties contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges après un délai expressément fixé à deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
La loi du 27 juillet 2023 n’inclut aucune disposition transitoire, et est dès lors entrée en vigueur le 29 juillet 2023 en application de l’article 1er du code civil.
Cependant, en matière contractuelle, en vertu de l’article 2 du code civil énonçant que la loi ne dispose que pour l’avenir et qu’elle n’a point d’effet rétroactif, le principe est celui de la survie de la loi ancienne, seuls les contrats conclus postérieurement à son entrée en vigueur y étant soumis.
Dès lors, et comme l’a rappelé la troisième chambre civile de la Cour de cassation, dans un avis en date du 13 juin 2024, l’article 10 de cette loi, « en ce qu’il fixe désormais à six semaines le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette, au terme duquel la clause résolutoire est acquise, ne s’applique pas immédiatement aux contrats en cours, qui demeurent régis par les stipulations des parties, telles qu’encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail, et ne peut avoir pour effet d’entraîner leur réfaction ».
Par acte délivré par commissaire de justice le 23 octobre 2024, la SCI MAGORVIE a fait commandement à Madame [R] [P] d’avoir à payer la somme en principal de 2.675 euros. Ce commandement, délivré en personne, reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail et respecte les dispositions légales susvisées.
Ce commandement précisait que faute pour la locataire de régler les sommes dues dans le délai contractuellement fixé à deux mois, le bailleur entendait se prévaloir de la clause résolutoire contractuelle.
La situation n’a pas été régularisée dans le délai de deux mois suivant la signification du commandement de payer. Par ailleurs, le juge n’a pas été saisi par la locataire aux fins d’obtenir des délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire.
Il y a donc lieu de constater la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire y étant insérée, acquise au 24 décembre 2024 et d’ordonner la libération des lieux, et le cas échéant l’expulsion des occupants.
Sur la demande en paiement au titre des indemnités d’occupation
En application de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
Madame [R] [P] occupe les lieux sans droit ni titre depuis le 24 décembre 2024. Il convient de réparer ce dommage et de la condamner à payer à la SCI MAGORVIE une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel, augmenté des charges, qui aurait été du en cas de non résiliation du bail, et ce jusqu’à restitution effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion).
Sur la demande en paiement des loyers, charges et indemnités d’occupation
En application de l’article 7 (a) de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En l’espèce, le bailleur fait la preuve de l’obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le 30 août 2019 et un dernier décompte faisant état à la date du 26 mars 2025 d’une dette de 1.580 euros.
Il y a donc lieu de condamner Madame [R] [P] à payer à la SCI MAGORVIE la somme de 1.580 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 26 mars 2025, échéance du mois de mars 2025 incluse.
Sur la demande de dommages et intérêts
L’article 1231-6 du code civil prévoit en son alinéa 3, le seul invoqué par le bailleur, que le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l’intérêt moratoire.
La SCI MAGORVIE ne démontrant pas la mauvaise foi de la locataire, sa demande de dommages et intérêts sera rejetée.
Sur les délais de paiement
Il résulte de l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989, dans sa version entrée en vigueur le 29 juillet 2023 et d’application immédiate, que :
V. – Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. (…)
VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Madame [R] [P] a sollicité le bénéfice de délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire. Elle a déclaré travailler en CDI et percevoir 2.131 euros de salaire, et avoir un enfant à charge âgé de 17 ans. Elle a expliqué avoir rencontré des difficultés financières suite à des travaux en avril-mai 2024 et à l’hébergement d’une amie pendant plusieurs mois.
Madame [R] [P] justifie avoir repris le paiement intégral du loyer courant grâce à un règlement de 795 euros versé début mars. Elle a proposé d’apurer sa dette locative par mensualités de 200 €, en plus du loyer courant.
De son côté, le bailleur a indiqué ne pas être opposée à l’octroi de délais de paiement suspensifs à condition que les engagements de la locataire soient tenus et que la dette soit soldée avant la fin de l’année 2025.
En l’espèce, Madame [R] [P] a prouvé sa bonne foi et la réalité de son engagement car sa dette locative a diminué depuis l’assignation. De plus, la proposition de règlement apparaît adaptée à ses capacités contributives.
Eu égard à la situation économique et familiale de Madame [R] [P] et au montant des sommes dues, il convient de favoriser le maintien dans les lieux et d’accorder des délais de paiement selon les modalités prévues au dispositif (fin) de la présente décision.
Pendant le déroulement de ces délais, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Tout défaut de paiement d’une mensualité ou d’un terme de loyer à son échéance entraînera la mise en jeu de la clause résolutoire, la résiliation du contrat de location et la poursuite de l’expulsion sans qu’il n’y ait besoin d’une nouvelle décision.
Sur les demandes accessoires
La présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 489 et 514 du code de procédure civile, dans leur version en vigueur à la date d’introduction de l’instance.
Madame [R] [P] qui succombe à l’instance, devra supporter les dépens, qui comprendront les frais de commandement de payer du 23 octobre 2024 et de l’assignation du 24 janvier 2025.
Il apparaît par ailleurs inéquitable de laisser à la charge de la SCI MAGORVIE l’intégralité des sommes avancées par elle et non comprises dans les dépens pour assurer la défense de ses droits et intérêts en justice. Madame [R] [P] sera donc condamnée à lui payer la somme de 100 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement contradictoire et en premier ressort,
Condamne Madame [R] [P] à payer à la SCI MAGORVIE la somme de 1.580 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 26 mars 2025, échéance du mois de mars 2025 incluse,
Autorise Madame [R] [P] à se libérer de sa dette par 8 mensualités de 200 euros payables en plus du loyer courant, le solde de la dette étant du lors de la dernière échéance, la première mensualité étant payable le 15 du mois suivant la signification du présent jugement et chaque mensualité étant payable le 15 de chaque mois,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail signé le 30 août 2019 entre la SCI MAGORVIE d’une part, et Madame [R] [P] d’autre part, et portant sur un immeuble à usage d’habitation sis [Adresse 5] à REPLONGES (01) sont réunies au 24 décembre 2024,
Suspend les effets de la clause résolutoire pendant les délais de paiement accordés,
Dit que si cette dette est intégralement payée, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué,
Dit qu’au contraire, à défaut de paiement du loyer courant ou d’une seule mensualité à l’échéance fixée et ce, quinze jours après une mise en demeure de payer par lettre recommandée avec accusé de réception demeurée vaine :
— la totalité de la somme restant due redeviendra exigible,
— la clause résolutoire reprendra ses pleins effets,
— à défaut par Madame [R] [P] d’avoir libéré les lieux DEUX MOIS après la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par ce dernier ou à défaut par le bailleur,
— Madame [R] [P] sera tenue de payer à la SCI MAGORVIE une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel révisé, augmenté des charges, qui aurait été payé en cas de non résiliation du bail et ce jusqu’à la libération effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion),
Rejette la demande de dommages et intérêts formée par la SCI MAGORVIE,
Condamne Madame [R] [P] à payer à la SCI MAGORVIE la somme de 100 euros au titre dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
Condamne Madame [R] [P] aux entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais de commandement de payer du 23 octobre 2024 et de l’assignation du 24 janvier 2025,
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à la Préfecture de l’Ain en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution,
Rappelle que l’exécution provisoire de la décision est de droit,
Rejette toute demande plus ample ou contraire.
AINSI JUGE ET PRONONCE, LES JOUR, MOIS et AN SUSDITS,
LE GREFFIER LE JUGE
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