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Sur la décision
| Référence : | TJ Créteil, sect. des réf., 17 mars 2025, n° 25/00064 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00064 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 23 octobre 2025 |
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Texte intégral
MINUTE N° :
ORDONNANCE DU : 17 Mars 2025
DOSSIER N° : N° RG 25/00064 – N° Portalis DB3T-W-B7J-VSST
CODE NAC : 12B – 0A
AFFAIRE : [W] [X], [K] [A] épouse [X] C/ S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE CRETEIL
Section des Référés
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
LE JUGE DES REFERES : Madame Elise POURON, Juge
GREFFIER : Madame Maëva MARTOL, Greffier
PARTIES :
DEMANDEURS
Monsieur [W] [X]
Né le 02 Juin 1934 à LAGARDE
demeurant 9, Chemin de Gojousse – 31320 VIEILLE-TOULOUSE
ET
Madame [K] [A] épouse [X]
Née le 26 Novembre 1937 à PARIS 6ÈME
demeurant 9, Chemin de Gojousse – 31320 VIEILLE-TOULOUSE
représentés par Maître Maxime TONDI, avocat au barreau du VAL-DE-MARNE, vestiaire : PC 145
DEFENDERESSE
S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA
dont le siège social est sis 1, Rue Emile Zola – 94800 VILLEJUIF
Non représentée
*******
Débats tenus à l’audience du : 17 Février 2025
Date de délibéré indiquée par le Président : 17 Mars 2025
Ordonnance rendue par mise à disposition au greffe le 17 Mars 2025
*******
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 1 juillet 2011, Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] ont donné à bail commercial à Monsieur [Y] [P] des locaux situés 1 rue Emile Zola à VILLEJUIF (94800), moyennant un loyer annuel de 14 400,00 €, hors charges et hors taxes, payable trimestriellement, par avance.
Par acte du 5 janvier 2015, Monsieur [Y] [P] a cédé son fonds de commerce à la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA, y compris le droit au bail.
Des loyers sont demeurés impayés.
Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] ont fait délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire par acte de commissaire de justice du 19 septembre 2024 à la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA pour une somme de 68 101,00 € au titre de l’arriéré locatif au 31 mai 2024.
C’est dans ces conditions que par acte de commissaire de justice du 9 décembre 2024, Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] ont fait assigner la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de Créteil aux fins de :
— constater l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail,
— ordonner l’expulsion de la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est, et ce en application des dispositions des articles L. 411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, ainsi que des dispositions des articles L. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, s’agissant du sort des meubles se trouvant dans les lieux,
— condamner la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA à payer à Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] la somme provisionnelle de 68 101,00 € au titre des loyers et charges arriérés, et ce avec intérêts de droit à compter du commandement de payer, ainsi qu’au paiement des loyers, impôts, taxes et charges échus à la date de la décision à intervenir,
— fixer l’indemnité d’occupation trimestrielle au montant du dernier loyer en vigueur augmenté des charges, jusqu’à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés ou l’expulsion du défendeur,
— condamner la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA au paiement mensuel desdites indemnités d’occupation et des charges à compter de l’ordonnance à intervenir jusqu’à libération effective des lieux,
— dire que le dépôt de garantie demeurera acquis au bailleur,
— condamner la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA au paiement d’une somme de 2 000,00 € au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement,
— ordonner que l’exécution de l’ordonnance a intervenir aura lieu au seul vu de la minute, conformément aux dispositions de l’article 489 du code de procédure civile.
Il convient de se référer à l’acte introductif d’instance pour un plus ample exposé des moyens qui y sont contenus.
À l’audience du 17 février 2025, Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X], par l’intermédiaire de leur conseil, ont maintenu les prétentions de leur assignation et les moyens qui y sont contenus.
Bien que régulièrement assignée par acte remis à étude, la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA n’a pas constitué avocat.
La procédure a été dénoncée aux créanciers inscrits sur le fonds de commerce.
À l’issue des débats, il a été indiqué aux parties que l’affaire était mise en délibéré et que la décision serait rendue par mise à disposition au greffe le 17 mars 2025.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et les demandes qui en découlent
L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
La juridiction des référés n’est toutefois pas tenue de caractériser l’urgence, au sens de l’article 834 du code de procédure civile, pour constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d’un bail.
L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
Le bailleur, au titre d’un bail commercial, demandant la constatation de l’acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance.
Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que :
1. le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif,
2. le bailleur soit, de toute évidence, en situation d’invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause,
3. la clause résolutoire soit dénuée d’ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d’un bail doit s’interpréter strictement.
En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion.
Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement du 19 septembre 2024 en ce qu’il correspond exactement au détail des montants réclamés préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu’à défaut de paiement dans le délai d’un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l’article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte.
En faisant délivrer ce commandement, Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause.
Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir 68 101,00 €.
Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance.
Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit à compter du 20 octobre 2024.
Aux termes de l’article 835 alinéa 1 du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite.
L’expulsion de la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans les 15 jours de la signification de la présente ordonnance.
Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance.
L’article 835, alinéa 2 du code de procédure dispose que dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, une provision peut être accordée au créancier.
Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire le preneur n’est plus débiteur de loyers mais d’une indemnité d’occupation.
L’indemnité d’occupation due par la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. Elle devra être payée par la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA dans les conditions prévues au bail.
S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d’une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l’existence d’une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée
Aux termes de l’article 1353 du code civil, c’est à celui qui réclame l’exécution d’une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En l’espèce, au vu du décompte produit par Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X], l’obligation de la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA au titre des loyers, charges, taxes et accessoires au 31 mai 2024 n’est pas sérieusement contestable à hauteur de 68 101,00 € [loyer de mai 2024 inclus], somme au paiement de laquelle il convient de condamner la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA, avec intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement.
Enfin, la clause du bail relative au dépôt de garantie s’analyse comme une clause pénale comme telle susceptible d’être modérée par le juge du fond, en application des dispositions de l’article 1231-5 du code civil. Par suite, il n’y a pas lieu à référé sur ce point.
Sur les demandes accessoires
L’article 491, alinéa 2 du code de procédure civile dispose que le juge statuant en référé statue sur les dépens. L’article 696 dudit code précise que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
La S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA, qui succombe, doit supporter la charge des dépens, conformément aux dispositions susvisées.
Aucun élément tiré de l’équité ou de la situation économique de la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA ne permet d’écarter la demande de Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] formée sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile. Celle-ci sera cependant évaluée à la somme de 1 000,00 € en l’absence d’éléments de calcul plus explicites versés aux débats.
Enfin, aucune urgence ne justifie que la décision soit exécutoire au seul vu de la minute.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par remise au greffe le jour du délibéré, après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail à la date du 20 octobre 2024,
ORDONNONS, à défaut de restitution volontaire des lieux dans les quinze jours de la signification de la présente ordonnance, l’expulsion de la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA et de tout occupant de son chef des lieux situés 1 rue Emile Zola à VILLEJUIF (94800) avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier,
DISONS, en cas de besoin, que les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désigné par elle et qu’à défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques ce conformément à ce que prévoient les dispositions du code des procédures civiles d’exécution sur ce point,
FIXONS à titre provisionnel l’indemnité d’occupation due par la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires et CONDAMNONS la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA à la payer dans les conditions prévues par le bail,
CONDAMNONS par provision la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA à payer à Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] la somme de 68 101,00 € au titre du solde des loyers, charges et accessoires arriérés au 31 mai 2024 [loyer de mai 2024 inclus], avec intérêts au taux légal à compter du 19 septembre 2024,
DISONS n’y avoir lieu à référé sur la demande formée au titre du dépôt de garantie,
CONDAMNONS la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement,
CONDAMNONS la S.A.R.L. BOULANGERIE EMILE ZOLA à payer à Monsieur [W] [X] et Madame [K] [A] épouse [X] la somme de 1 000,00 € par application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
RAPPELONS que l’ordonnance de référé rendue en matière de clause résolutoire insérée dans le bail commercial a autorité de chose jugée provisoire et est exécutoire à titre provisoire.
FAIT AU PALAIS DE JUSTICE DE CRÉTEIL, le 17 mars 2025.
LA GREFFIÈRE LE JUGE DES RÉFÉRÉS
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