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Sur la décision
| Référence : | TJ Troyes, ch. 3 ctx protection, 9 janv. 2026, n° 24/01005 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/01005 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 11 février 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES
CHAMBRE CIVILE N°3
ORDONNANCE DE REFERE
DU 09 JANVIER 2026
N° RG 24/01005 – N° Portalis DBWV-W-B7I-FDE3
Nac :5AA
Minute:
Ordonnance du :
09 janvier 2026
Monsieur [X] [U]
Madame [J] [T] épouse [U]
c/
Madame [W] [S]
DEMANDEURS
Monsieur [X] [U]
[Adresse 3]
[Localité 4]
représenté par Me Olivier LEROY, avocat au barreau d’AUBE
Madame [J] [T] épouse [U]
[Adresse 3]
[Localité 4]
représentée par Me Olivier LEROY, avocat au barreau d’AUBE
DEFENDERESSE
Madame [W] [S]
[Adresse 2]
[Localité 1]
non comparante, ni représentée
* * * * * * * * * *
L’affaire a été plaidée à l’audience du 21 novembre 2025 tenue par Madame Christine FRISON, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Troyes statuant en référé, assisté(e) de Monsieur Jean-Guy MARCHAL, Greffier, lors des débats et de la mise à disposition.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que l’ordonnance serait rendue par mise à disposition à la date du 09 janvier 2026, date à laquelle la décision dont la teneur suit a été rendue.
RAPPEL DES FAITS
Par un contrat du 1er février 2021, M. [V] [I] a donné à bail à Mme [W] [S] un appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 2], [Localité 1], pour un loyer mensuel de 420 €.
Suite à une vente notariée du bien locatif le 18 mars 2022, un avenant au bail a été effectué le 19 janvier 2023 désignant les bailleurs comme étant M. [X] [U] et Mme [J] [U].
Des loyers étant demeurés impayés, M. [X] [U] et Mme [J] [U] ont fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 2 août 2024.
Par acte d’huissier en date du 13 novembre 2024, M. [X] [U] et Mme [J] [U] ont ensuite fait assigner Mme [W] [S] à l’audience du 21 novembre 2025 devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de TROYES statuant en référé pour obtenir la résiliation du contrat, l’expulsion et la condamnation au paiement.
A l’audience du 21 novembre 2025, M. [X] [U] et Mme [J] [U] – représentés par leur conseil – reprend les termes de son assignation pour demander de :
constater l’acquisition de la clause résolutoire ;
ordonner l’expulsion de Mme [W] [S] ;
ordonner l’enlèvement, le transport et la séquestration des meubles aux frais, risques et périls du défendeur ;
et de condamner ce dernier au paiement, à titre provisionnel, de la somme actualisée de 8539,55 € avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer et à compter de l’exigibilité des sommes pour le surplus, d’une indemnité mensuelle d’occupation, outre une somme de 700 € en application de l’article 700 du code de procédure civile et les dépens.
Au soutien de leurs prétentions, les bailleurs indiquent que la locataire demeure redevable d’impayés locatifs et que le dernier règlement remonte au 24 juillet 2024. En conséquence, ils maintiennent leurs demandes.
Bien que régulièrement convoquée par acte d’huissier le 13 novembre 2024, remis à domicile Mme [W] [S] n’est ni présente ni représentée.
L’affaire a été mise en délibéré au 9 janvier 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
Le jugement est réputé contradictoire en application de l’article 473 du code de procédure civile, du seul fait qu’il est susceptible d’appel.
1. Sur la résiliation
1.1. Sur la recevabilité de l’action
Aux termes de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, applicable à compter du 29 juillet 2023, la notification de l’assignation au représentant de l’État dans le département doit être effectuée au moins six semaines avant la date de l’audience, sous peine d’irrecevabilité de la demande en résiliation de bail. Par ailleurs, aux termes du II de l’article 24 de la même loi les bailleurs personnes morales autres qu’une SCI familiale ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) prévue à l’article 7-2 de la loi du 31 mai 1990. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 351-2 du code de la construction et de l’habitation et aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code la sécurité sociale. Le IV du même article précise que ces dispositions sont applicables lorsque la résiliation est motivée par une dette locative du preneur.
En l’espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de l’Aube par la voie électronique le 14 novembre 2024, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, M. [X] [U] et Mme [J] [U] justifient avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 5 août 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 13 novembre 2024, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
1.2. Sur l’acquisition des effets la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ».Toutefois, les dispositions de l’article 10 de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, en ce qu’elles modifient le délai minimal imparti au locataire pour s’acquitter de sa dette après la délivrance d’un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail prévu par l’article 24, alinéa 1, et 1°, de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, n’ont pas pour effet de modifier les délais figurant dans les clauses contractuelles des baux en cours au jour de l’entrée en vigueur de la loi.
En l’espèce, un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail , conclu le 1er février 2021 a été signifié le 2 août 2024, pour la somme en principal de 926,62 €. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 3 octobre 2024.
Mme [W] [S] est désormais occupante sans droit ni titre du fait de la résiliation du contrat de bail.
Il n’apparaît pas sérieusement contestable qu’il y a urgence pour le propriétaire de l’immeuble ainsi occupé indûment, d’en retrouver la libre disposition.
Par conséquent, il y a lieu d’ordonner l’expulsion de Mme [W] [S]; ainsi que celle de tous occupants de son chef, si besoin est avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier dans les formes et délais prévus par les articles L. 412-1, R. 412-1 et suivants, L. 431-1 et suivants et R. 411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution. Il convient également d’autoriser M. [X] [U] et Mme [J] [U], conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du même code, à procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de leur choix aux frais et périls de Mme [W] [S] ; .
2. Sur les demandes de condamnation au paiement
En l’espèce, M. [X] [U] et Mme [J] [U] produisent un décompte démontrant que l’arriéré locatif s’élève, après soustraction des frais de poursuite, à la somme de 8539,55 € à la date du 1er novembre 2025 (mois de novembre 2025 inclus).
La locataire ne verse aucun élément de nature à contester le principe ou le montant de cette dette.
Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire étant acquises le 3 octobre 2024, Mme [W] [S] , reste redevable du paiement des loyers jusqu’à cette date puis, le bail étant résilié, les sommes dues le seront au titre d’une indemnité d’occupation de nature délictuelle dont le montant est fixé par référence au montant du loyer et des charges.
En conséquence, il y a lieu de condamner Mme [W] [S]; à verser à M. [X] [U] et Mme [J] [U], à titre provisionnel, cette somme de 8539,55 € comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation impayées (décompte arrêté au 1er novembre 2025) avec les intérêts au taux légal sur la somme de 926,62 € à compter du commandement de payer (2 août 2024) et à compter de la présente ordonnance pour le surplus, conformément aux dispositions de l’article 1231-6 du code civil.
La condamnation portera également sur le paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation, pour la période courant du 2 novembre 2025 à la date de la libération effective et définitive des lieux. Cette indemnité mensuelle d’occupation sera fixée au montant résultant du loyer et des charges, tel qu’il aurait été si le contrat s’était poursuivi.
3. Sur les frais du procès et l’exécution provisoire
Les dépens seront supportés par Mme [W] [S], partie perdante, et comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture.
Compte tenu des démarches judiciaires accomplies, il y a lieu de condamner Mme [W] [S]; à verser à M. [X] [U] et Mme [J] [U] une somme de 300 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Un bordereau de carence du diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Nous, juge des référés, statuant après débats publics, par décision réputée contradictoire mise à disposition des parties par le greffe et en premier ressort,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 1er février 2021 entre M. [X] [U] et Mme [J] [U] et Mme [W] [S], concernant l’appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 2], [Localité 1], sont réunies à la date du 3 octobre 2024 ;
ORDONNONS en conséquence à Mme [W] [S], de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu’à défaut pour Mme [W] [S] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, M. [X] [U] et Mme [J] [U] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique et pourra procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de leur choix aux frais et périls de Mme [W] [S], conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du même code ;
CONDAMNONS Mme [W] [S] à verser à M. [X] [U] et Mme [J] [U] à titre provisionnel la somme de 8539,55 € (décompte arrêté au 1er novembre 2025), incluant le montant des loyers, charges et indemnités d’occupations impayés jusqu’au mois de novembre 2025, avec les intérêts au taux légal à compter du 2 août 2024 sur la somme de 926,62 € et à compter de la présente ordonnance pour le surplus ;
CONDAMNONS Mme [W] [S] à payer à M. [X] [U] et Mme [J] [U] à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 2 novembre 2025 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ;
FIXONS cette indemnité mensuelle d’occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s’était poursuivi ;
CONDAMNONS Mme [W] [S] à verser à M. [X] [U] et Mme [J] [U] une somme de 300 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS Mme [W] [S] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de la CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
DISONS que la présente décision sera notifiée par le greffe à la préfecture de l’Aube en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal judiciaire, le 9 janvier 2026
Le greffier, Le président,
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