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Sur la décision
| Référence : | TJ Valence, ch5 jcp, 11 déc. 2025, n° 25/00410 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00410 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 29 décembre 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE VALENCE
[Localité 1]
JUGEMENT DU 11 Décembre 2025
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Minute n°
DOSSIER N° : N° RG 25/00410 – N° Portalis DBXS-W-B7J-IUI4
DEMANDEUR
E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT, dont le siège social est sis [Adresse 2]
comparant, valablement représenté par [F] [R], munie d’un pouvoir,
DÉFENDERESSE
Madame [P] [K] épouse [C], demeurant [Adresse 3]
représentée par Me Vincent BARD, avocat au barreau de la Drôme
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Emilie BONNOT, juge des contentieux de la protection
Greffier lors du prononcé de la décision : Loetitia MANNING
Débats tenus à l’audience du 23 Octobre 2025
Jugement prononcé le 11 Décembre 2025, par mise à disposition au greffe
Grosse à :
Le :
EXPOSÉ DU LITIGE
L’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT a donné à bail à M. [I] [C] et Mme [P] [K] épouse [C] un logement à usage d’habitation situé [Adresse 4], à [Adresse 7]) par contrat du 28 mars 2023, pour un loyer mensuel initial hors charge de 416,40 euros.
M. [I] [C] a donné congé par courrier en date du 25 novembre 2024.
Des loyers étant demeurés impayés, l’E.P.I.C. VALENCE ROMANS HABITAT a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 10 avril 2025 à Mme [P] [K] épouse [C] et a saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Valence par acte du 3 juillet 2025 délivré en étude pour :
— faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, ou à titre subsidiaire voir prononcer la résiliation du contrat de bail,
— être autorisé à faire procéder à l’expulsion de Mme [P] [K] épouse [C] ainsi que de tout occupant de son chef, au besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier,
— obtenir la condamnation de M. [P] [K] épouse [C] au paiement :
* de la somme de 1236,52 arrêtée au 8 avril 2025 ainsi que les loyers échus ou à échoir, soit la somme de 1980,58 euros arrêtée au 11 juin 2025 au titre de l’arriéré locatif et des charges, augmenté des intérêts au taux légal,
* d’une indemnité d’occupation égale au montant du loyer mensuel et des charges jusqu’à la libération effective des lieux loués,
* de la somme de 250 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
* des dépens en ce compris le coût du commandement.
Le diagnostic social et financier a été reçu au greffe le 28 août 2025. Il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
À l’audience du 23 octobre 2025 à laquelle l’affaire a été appelée et retenue, l’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT a maintenu ses demandes, sauf à préciser que la dette s’élevait désormais à 1624,08 euros au 21 octobre 2025, hors frais de procédure s’élevant à 203,33 euros. Il a demandé la suspension des effets de la clause résolutoire, avec octroi de délais de paiement à hauteur de 45 euros par mois au bénéfice de la défenderesse.
Mme [P] [K] épouse [C] a comparu, représentée par son conseil qui a déposé son dossier. Aux termes de ses conclusions, elle demande :
— à titre principal, de débouter l’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT de l’ensemble de ses demandes,
— à titre subsidiaire, de lui allouer les plus larges délais pour quitter les lieux et pour régler la dette locative,
— en tout état de cause, de constater qu’elle bénéficie de l’aide juridictionnelle total et de laisser les dépens à la charge définitive du Trésor Public.
Au soutien de ses prétentions, Mme [P] [K] épouse [C] fait valoir que son époux a déserté le domicile, la laissant en grandes difficultés économiques avec trois enfants en bas âge, et met en avant sa bonne foi.
En application de l’article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le président a invité les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
Les parties n’ont pas fait connaître l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au profit de Mme [P] [K] épouse [C].
L’affaire a été mise en délibéré au 11 décembre 2025, date du prononcé du jugement par mise à disposition au greffe.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Sur la recevabilité
L’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose qu’à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence du commissaire de justice au représentant de l’Etat dans le département au moins six semaines avant l’audience, afin qu’il saisisse l’organisme compétent désigné par le plan départemental d’action pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées. Cette notification s’effectue par voie électronique. L’organisme saisi réalise un diagnostic social et financier, au cours duquel le locataire et le bailleur sont mis en mesure de présenter leurs observations, et le transmet au juge avant l’audience, ainsi qu’à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives.
Par ailleurs, en vertu de l’article 24 II de la loi susvisée, les bailleurs personnes morales autres qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés préalablement signalée aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien de leur versement. Cette saisine s’effectue par voie électronique par l’intermédiaire du système d’information prévu au dernier alinéa de l’article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990.
En l’espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Drôme par voie électronique le 7 juillet 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi numéro 89-462 du 06 juillet 1989 susvisée.
En outre, l’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT justifie avoir avisé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 12 avril 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 3 juillet 2025, conformément aux dispositions précitées.
L’action est donc recevable.
Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version applicable à la date de conclusion du contrat, prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail conclu le 28 mars 2023 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 10 avril 2025, pour la somme en principal de 1236,52 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 11 juin 2025, sans que la situation familiale et la bonne foi de la locataire ne puissent y faire obstacle.
Mme [P] [K] épouse [C] est à compter de cette date occupante sans droit ni titre du logement donné à bail.
Sur les demandes de condamnation au paiement
L’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT produit un décompte démontrant que Mme [P] [K] épouse [C] reste lui devoir, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 1624,08 euros au 21 octobre 2025.
Mme [P] [K] épouse [C] n’apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette.
Mme [P] [K] épouse [C] sera dès lors condamnée à verser à l’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT la somme de 1624,08 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 21 octobre 2025.
Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire
L’article 24 V de loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ajoute que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en mesure de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Enfin, l’article 24 VII de cette même loi dispose que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge, Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
En l’espèce, il résulte des pièces produites aux débats que le versement intégral du loyer courant a été repris avant la date de l’audience, et ce depuis l’échéance du mois de juillet 2025. Il apparaît ainsi que Mme [P] [K] épouse [C], après avoir dû s’adapter au départ de son mari du domicile familial, a trouvé les ressources pour reprendre en main la gestion financière du foyer et n’a pas laissé la situation empirer.
Compte tenu de ces éléments et des délais de paiement par ailleurs convenus entre elle et le bailleur, un délai sera accordé à Mme [P] [K] épouse [C] pour régler la dette locative et il y a lieu de suspendre les effets de la clause de résiliation de plein droit. Elle sera tenue de verser, en plus du loyer courant et des provisions sur charges une somme mensuelle de 45 euros sur une durée de trente-six mois, la dernière mensualité apurant le solde.
Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus.
Si la locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué et le bail ne sera pas résilié.
En revanche, si la locataire ne respecte pas les modalités de l’échéancier ou ne paie pas le loyer courant ainsi que les charges, la clause résolutoire reprendra immédiatement ses effets : le bail sera résilié, l’expulsion de la locataire ordonnée, et une indemnité mensuelle d’occupation mise à sa charge jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés.
Le sort des meubles éventuellement laissés dans les lieux sera régi conformément aux articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Compte tenu des délais ainsi accordés, il n’y a pas lieu d’examiner les demandes subsidiaires de Mme [P] [K] épouse [C], qui sont présentées sur des fondements juridiques différents mais arrivent aux mêmes fins.
Sur les demandes accessoires
Sur les dépens
L’article 695 6° du code de procédure civile dispose que les dépens afférents aux instances, actes et procédures d’exécution comprennent les émoluments des officiers publics ou ministériels.
En vertu de l’article 696 alinéa 1 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
L’article 42 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique prévoit que lorsque le bénéficiaire de l’aide juridictionnelle est condamné aux dépens ou perd son procès, il supporte exclusivement la charge des dépens effectivement exposés par son adversaire, sans préjudice de l’application éventuelle des dispositions de l’article 75. Le juge peut toutefois, même d’office, laisser une partie des dépens à la charge de l’Etat.
En l’espèce, Mme [P] [K] épouse [C], partie succombante à la procédure, supportera la charge des dépens. Compte tenu de sa situation familiale et financière, il convient toutefois de laisser le coût du commandement de payer, de l’assignation, de la dénonce de l’assignation à la préfecture et de la signification du présent jugement à la charge de l’Etat.
Sur les frais irrépétibles
En application de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’occurrence, l’équité commande de ne pas faire application des dispositions susvisées.
Sur l’exécution provisoire
En vertu de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. L’article 514-1 du même code dispose que le juge peut écarter l’exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s’il estime qu’elle est incompatible avec la nature de l’affaire. Il statue, d’office ou à la demande d’une partie, par décision spécialement motivée. Par exception, le juge ne peut écarter l’exécution provisoire de droit lorsqu’il statue en référé, qu’il prescrit des mesures provisoires pour le cours de l’instance, qu’il ordonne des mesures conservatoires ainsi que lorsqu’il accorde une provision au créancier en qualité de juge de la mise en état.
En l’espèce, l’exécution provisoire n’étant pas incompatible avec la nature de l’affaire, il n’y a pas lieu de l’écarter.
Il sera toutefois rappelé que, conformément aux dispositions de l’article L. 111-10 du code des procédures civiles d’exécution, l’exécution provisoire a lieu aux risques et périls du créancier.
PAR CES MOTIFS,
La juge des contentieux de la protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement contradictoire et en premier ressort,
— Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 11 juin 2025, et qu’en conséquence le bail se trouve résilié depuis cette date,
— Suspend les effets de la clause résolutoire et dit que cette clause sera réputée n’avoir jamais joué si l’échéancier ci-après accordé est respecté,
— Condamne Mme [P] [K] épouse [C] à payer à l’E.P.I.C. [Localité 6] ROMANS HABITAT la somme de 1624,08 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 21 octobre 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 10 avril 2025 sur la somme de 1236,52 euros, et à compter du présent jugement pour le surplus,
— Accorde à Mme [P] [K] épouse [C] la faculté de se libérer de la dette par trente-six versements mensuels dont trente-cinq de 45 euros et la dernière mensualité apurant le solde, en plus du loyer courant et des charges ; chaque versement devant intervenir le jour du paiement du loyer, et ce à compter du mois suivant la signification de la présente décision,
— Dit qu’à défaut de paiement d’une seule échéance ou d’un terme de loyer courant à son échéance :
* la totalité de la dette redeviendra immédiatement exigible,
* la clause résolutoire reprendra ses effets,
* il pourra être procédé, à défaut de départ volontaire ou de meilleur accord entre les parties, à l’expulsion de Mme [P] [K] épouse [C] et de tous les occupants de son chef des lieux loués situés [Adresse 5], avec l’assistance de la force publique si besoin est,
* Mme [P] [K] épouse [C] sera tenue au paiement en deniers ou quittances d’une indemnité d’occupation mensuelle d’un montant égal au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, se substituant au loyer à compter du 11 juin 2025 et jusqu’à libération effective des lieux et remise des clefs,
— Dit que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
— Condamne Mme [P] [K] épouse [C] aux dépens,
— Laisse le coût du commandement de payer, de l’assignation, de la dénonce de l’assignation à la préfecture et de la signification du présent jugement à la charge de l’Etat,
— Dit n’y avoir lieu à condamnation au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
— Rappelle que la présente décision bénéficie de l’exécution provisoire de droit,
— Dit que la présente décision sera communiquée à la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Drôme.
La greffière, La juge des contentieux de la protection,
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