Rejet 26 avril 2012
Rejet 9 janvier 2025
Annulation 9 janvier 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Châlons-en-Champagne, 1re ch., 9 janv. 2025, n° 2201434 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne |
| Numéro : | 2201434 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Décision précédente : | Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, 26 avril 2012, N° 0900842 |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 3 juin 2025 |
Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 juin 2022, 6 juin 2023 et 11 juin 2024, la société Fuchs Lubrifiant France, représentée par Mes Plisson et Corrasco, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de la Marne l’a mise en demeure de respecter dans un délai de trois mois les prescriptions de l’arrêté préfectoral n° 2009-APC-59-IC du 17 avril 2009 concernant le site de Mareuil-sur-Aÿ ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
— l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n’est pas établie ;
— il est insuffisamment motivé en ce qui concerne les prescriptions à respecter et le délai de trois mois imparti pour se mettre en conformité avec ces prescriptions ;
— l’arrêté du 17 avril 2009 est intervenu postérieurement à la prescription trentenaire de l’obligation de remise en état du site dès lors que l’exploitation de l’installation classée pour la protection de l’environnement sur ce site a cessé en 1977 ;
— l’arrêté attaqué est entaché d’erreur de droit dès lors que c’est à tort que le préfet de la Marne a retenu qu’elle était l’unique ayant-droit de la société Superfinest ;
— le préfet de la Marne n’est pas fondé à se prévaloir en défense de l’autorité de chose jugée attachée au jugement n° 0900842 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 26 avril 2012 ayant retenu qu’elle avait la qualité d’ayant-droit de la société Superfinest, dès lors que des circonstances nouvelles sont intervenues à cet égard depuis ce jugement ;
— l’arrêté attaqué devrait viser la société FL Auto ou cette société aurait dû faire l’objet d’une mise en demeure ;
— il est sans objet dès lors qu’elle s’est conformée depuis 2011 aux mesures prescrites par l’arrêté du 17 avril 2009 ;
— le délai de trois mois imparti par la mise en demeure pour respecter les prescriptions est matériellement irréalisable.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2022 et 13 mai 2024, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Fuchs Lubrifiant France ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 septembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 25 septembre 2024.
Le préfet de la Marne et la société Fuchs Lubrifiant France ont été invités, en application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l’instruction.
Des pièces ont été produites par la société Fuchs Lubrifiant France le 18 octobre 2024 et par le préfet de la Marne le 19 novembre 2024.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur des moyens relevés d’office, tirés, d’une part, de l’irrecevabilité de l’exception d’illégalité de l’arrêté préfectoral du 17 avril 2009 qui est un acte non règlementaire devenu définitif, et, d’autre part, de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le préfet de la Marne pour édicter une mise en demeure sur le fondement de l’article L. 171-8 du code de l’environnement compte tenu du rapport de l’inspection des installations classées du 6 avril 2022.
Le préfet de la Marne a présenté des observations, enregistrées le 12 décembre 2024, qui ont été communiquées.
La société Fuchs Lubrifiant France a présenté des observations, enregistrées le 13 décembre 2024, qui ont été communiquées. En réponse aux moyens d’ordre public, elle soutient qu’elle n’a pas excipé de l’illégalité de l’arrêté du 17 avril 2009 et que la compétence liée du préfet est sans incidence sur les moyens qu’elle a soulevés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’environnement ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de M. Rifflard, conseiller,
— les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,
— et les observations de Me Plisson, représentant la société Fuchs Lubrifiant France, et de M. A, représentant le préfet de la Marne.
Considérant ce qui suit :
1. La société Superfinest a exercé, sous le régime de l’autorisation d’installation classée pour la protection de l’environnement, une activité de régénération d’huiles sur un site correspondant aux parcelles cadastrales n°355, 356, 357, 358, 651, 615, 616 et 618 sur le territoire de la commune de Mareuil-sur-Aÿ, intégrée depuis dans la commune d’Aÿ-Champagne. Cette activité, débutée en 1954, a cessé durant l’année 1977. Par un arrêté du 17 avril 2009, le préfet de la Marne a prescrit à la société Fuchs Lubrifiant France, en qualité d’ayant-droit de la société Superfinest, de faire réaliser une étude complémentaire relative à la pollution issue des activités exercées par la société Superfinest sur les parcelles précitées et de mettre en place une surveillance des eaux souterraines, selon des conditions précisées dans cet acte. Par un arrêté du 18 mai 2022, dont la société Fuchs Lubrifiant France demande l’annulation, le préfet de la Marne a mis en demeure cette société de respecter les prescriptions de cet arrêté préfectoral du 17 avril 2009 dans un délai de trois mois.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne, le préfet de la Marne a donné délégation de signature à M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne, et signataire de l’acte attaqué, pour signer tous arrêtés relevant des attributions du représentant de l’Etat dans le département à l’exception de certaines matières parmi lesquelles ne figurent pas les actes en matière d’installation classée pour la protection de l’environnement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit, en tout état de cause, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 171-8 du code de l’environnement : « I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d’inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l’autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l’obligation d’y satisfaire dans un délai qu’elle détermine. () II. – Si, à l’expiration du délai imparti, il n’a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d’urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l’article L. 171-7, l’autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () ».
4. Il résulte de l’article L. 171-8 du code de l’environnement, éclairé par les travaux préparatoires de la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976, que lorsque l’inspecteur des installations classées pour la protection de l’environnement a constaté, selon la procédure requise par le code de l’environnement, l’inobservation de conditions légalement imposées à l’exploitant d’une installation classée, le préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation constatée, est tenu d’édicter une mise en demeure de satisfaire à ces conditions dans un délai déterminé, qui a pour objet, en tenant compte des intérêts qui s’attachent à la fois à la protection de l’environnement et à la continuité de l’exploitation, de permettre à l’exploitant de régulariser sa situation, en vue d’éviter une sanction, et notamment la suspension du fonctionnement de l’installation. Si l’article L. 171-8 du code de l’environnement laisse au préfet un choix entre plusieurs catégories de sanctions en cas de non-exécution de son injonction, la mise en demeure qu’il édicte n’emporte pas par elle-même une de ces sanctions. En cas de non-exécution de son injonction, le préfet peut ainsi arrêter une ou plusieurs des mesures que cet article prévoit, au regard de la nature des manquements constatés et de la nécessité de rétablir le fonctionnement régulier de l’installation.
5. La société requérante soutient que l’arrêté portant mise en demeure n’est pas suffisamment motivé concernant, d’une part, la matérialité de l’inexécution des prescriptions de l’arrêté préfectoral du 17 avril 2009 qu’elle a été mise en demeure de respecter et, d’autre part, le délai de trois mois imparti pour respecter ces prescriptions, qu’elle estime trop court.
6. Toutefois, d’une part, le rapport de l’inspection des installations classées du 6 avril 2022 transmis au préfet de la Marne concluait à la nécessité de mettre la société Fuchs Lubrifiant France en demeure de respecter les prescriptions issues de l’arrêté du 17 avril 2009. Dès lors, conformément aux dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement, le préfet de la Marne était en situation de compétence liée pour prononcer, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation de ces prescriptions, à l’encontre de la société Fuchs Lubrifiant France une mise en demeure de respecter ces prescriptions. La requérante ne peut dès lors pas utilement se prévaloir de ce que cette mise en demeure ne serait pas suffisamment motivée concernant la matérialité de l’inobservation des prescriptions concernées.
7. D’autre part, si le préfet n’est pas en situation de compétence liée concernant le délai qu’il impartit dans le cadre de sa mise en demeure prononcée sur le fondement de l’article L. 171-8 du code de l’environnement, aucune disposition n’impose cependant au préfet de motiver ce délai.
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l’arrêté attaqué ne serait pas suffisamment motivé doit être écarté comme inopérant dans ses deux branches.
9. En troisième lieu, la société Fuchs Lubrifiant France se prévaut de la prescription trentenaire applicable à la procédure de remise en état du site, en faisant valoir que « l’arrêté du 17 avril 2009 est intervenu postérieurement à la prescription de l’obligation de Superfinest (et de ses ayants-droits) de remise en état du site ». Elle en déduit que l’arrêté du 18 mai 2022, en ce qu’il la met en demeure de mettre en œuvre ces prescriptions, est irrégulier. Ce faisant, elle se prévaut, en dépit de ses observations en réponse au moyen soulevé d’office par le tribunal, de l’illégalité de l’arrêté du 17 avril 2009 au regard de la prescription trentenaire qu’elle invoque, en tant qu’elle entacherait par voie d’exception d’illégalité l’arrêté du 18 mai 2022.
10. Toutefois, l’illégalité d’un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d’exception à l’appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l’application du premier acte ou s’il en constitue la base légale. Cette exception n’est recevable que si l’acte n’est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée. Or, il résulte de l’instruction que l’arrêté du 17 avril 2009 est devenu définitif après avoir fait l’objet d’une requête rejetée par le jugement n° 0900842 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 26 avril 2012. S’agissant d’un acte non réglementaire, la société Fuchs Lubrifiant France n’est, ainsi d’ailleurs qu’elle l’admet dans sa réponse au moyen soulevé d’office par le tribunal, plus recevable à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l’arrêté attaqué. Ce moyen doit par suite être écarté comme irrecevable.
11. En quatrième lieu, la société Fuchs Lubrifiant France fait valoir qu’elle n’a pas la qualité d’ayant-droit de la société Superfinest et que c’est dès lors à tort que le préfet de la Marne la tient responsable de la remise en état du site.
12. Toutefois, l’arrêté attaqué n’est pas fondé sur le motif tiré de ce que la société Fuchs Lubrifiant France aurait la qualité d’ayant-droit de la société Superfinest. Il se borne à mettre en demeure la société Fuchs Lubrifiant France de respecter les prescriptions complémentaires qui lui ont été personnellement assignées par l’arrêté du 17 avril 2009.
13. Au surplus, si l’arrêté du 17 avril 2009 était, quant à lui, fondé sur le motif tiré de ce que la société Fuchs Lubrifiant France devait être regardée comme ayant une telle qualité d’ayant-droit de la société Superfinest, d’une part, ainsi qu’il a déjà été dit au point 10 du jugement, l’illégalité de cet arrêté ne peut plus être soulevée par voie d’exception. D’autre part, cet arrêté a été adopté sur le fondement des dispositions de l’article R. 512-31 du code de l’environnement alors applicables et aux termes desquelles : « Des arrêtés complémentaires peuvent être pris sur proposition de l’inspection des installations classées et après avis du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques. Ils peuvent fixer toutes les prescriptions additionnelles que la protection des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 rend nécessaires ou atténuer celles des prescriptions primitives dont le maintien n’est plus justifié. () ». Les prescriptions complémentaires ainsi fixées à la société Fuchs Lubrifiant France ne portent dès lors pas, contrairement à ce que cette dernière soutient pour se prévaloir de la prescription trentenaire, sur une procédure de remise en état du site telle que relevant des articles R. 512-74 et suivants du code de l’environnement dans sa version applicable en 2009.
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la société Fuchs Lubrifiant France n’a pas la qualité d’ayant-droit doit être écarté comme inopérant.
15. En cinquième lieu, la société Fuchs Lubrifiant France fait valoir que la société FL Auto aurait dû être destinataire de l’arrêté de mise en demeure ou faire l’objet d’un autre arrêté préfectoral portant sur la situation environnementale du site, dès lors qu’elle est la dernière exploitante du site et qu’elle est à l’origine de potentielles pollutions du site.
16. D’une part, il résulte de l’instruction que la société FL Auto a fait l’objet d’une procédure distincte de mise en demeure sur le fondement de l’article L. 171-8 du code de l’environnement pour les pollutions du site qui lui sont imputées en propre. Cette branche du moyen doit être écartée comme manquant en fait.
17. D’autre part, il y a lieu de regarder la requérante, qui ne cite aucune disposition juridique au soutien de ce moyen, comme se prévalant des dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement selon lesquelles la mise en demeure doit être adressée à la personne à laquelle incombe l’obligation de satisfaire aux prescriptions en cause. Toutefois, la seule circonstance qu’une société tierce ait également exercé une activité potentiellement source de pollutions sur le même site ne suffit pas à établir que le préfet de la Marne aurait méconnu l’article L. 171-8 en mettant en demeure la société Fuchs Lubrifiants France de respecter les prescriptions de l’arrêté du 17 avril 2009 qui la concernent directement, plutôt que cette tierce société. Par ailleurs, à supposer même que la requérante ait plutôt entendu se prévaloir des dispositions de l’article R. 512-81 du code de l’environnement qui font spécifiquement référence à la notion de « dernier exploitant », ces dispositions sont toutefois relatives à la procédure de remise en état du site dont, ainsi qu’il a déjà été dit au point 13 ci-avant, l’arrêté attaqué ne relève pas. Ce moyen doit par suite être écarté comme non fondé.
18. En sixième lieu, il résulte de l’instruction que l’article 2 de l’arrêté du 17 avril 2009 prescrivait à la société Fuchs Lubrifiant France de réaliser une étude complémentaire devant permettre, dans un premier temps, d’établir puis d’exploiter l’état des lieux du site, et dans un second temps, si besoin, de proposer des mesures appropriées de gestion à mettre en œuvre. Ainsi, l’état des lieux devait permettre d’obtenir les résultats suivants : identifier les populations riveraines concernées et les enjeux environnementaux, connaître les polluants présents et caractériser l’état des milieux, comprendre les modes de contamination possibles, et représenter graphiquement les résultats obtenus. A partir de ces éléments, la société Fuchs Lubrifiant France devait se prononcer sur la présence ou l’absence de risques sanitaires en fonction des usages actuels et futurs du site et des milieux environnants. Enfin, la société Fuchs Lubrifiant France devait proposer des mesures de gestion appropriées afin de supprimer ou maîtriser les sources et les impacts, en présentant, pour cela, les différentes solutions techniques envisageables pour supprimer ou maîtriser les sources de pollutions. Un bilan coûts-avantages devait permettre de choisir la solution la mieux adaptée. Une évaluation quantitative des risques résiduels devait être réalisée pour prouver l’efficacité de la solution privilégiée et l’acceptabilité du projet. La proposition devait également prévoir les mesures d’ordre organisationnel à mettre en œuvre lors des travaux afin de contrôler que les mesures de gestion fussent réalisées conformément aux dispositions prévues. L’article 4 du même arrêté prévoyait l’obligation pour la société Fuchs Lubrifiant France d’exercer une surveillance des eaux souterraines par prélèvements des eaux de la nappe sur trois piézomètres implantés sur le site de l’ancienne usine Superfinest, dont l’emplacement sera soumis à l’avis d’un hydrogéologue agréé et qui devra être justifié techniquement par rapport au sens de l’écoulement de la nappe, leur profondeur devant également être justifiée. Enfin, les prélèvements et analyses réalisés à partir de ces piézomètres seront réalisés chaque trimestre en portant sur la quantification de paramètres énumérés par cet article 4, les échantillons devant être analysés par un laboratoire agréé et les résultats des mesures communiqués à l’unité départementale de la Marne de la DREAL.
19. D’une part, la société Fuchs Lubrifiant France justifie avoir installé trois piézomètres d’une profondeur de 10 m, et ce, en dépit des difficultés d’accès au site à l’époque, conformément aux prescriptions de la norme FD X 31-614. Le préfet de la Marne ne fait pas valoir, dans ses écritures, de grief concernant les conditions de leur installation et la réalisation des analyses à partir de ces ouvrages et la transmission des résultats aux services préfectoraux. Dans ces conditions, il résulte de l’instruction que cette société a respecté ces prescriptions. Le préfet de la Marne n’était par suite pas fondé à la mettre en demeure de respecter ces prescriptions.
20. D’autre part, il est constant que la société Fuchs Lubrifiant France a fait réaliser une étude complémentaire des sols en février 2011 par le cabinet IDDEA. Il résulte de l’instruction que cette étude a permis d’établir puis d’exploiter l’état des lieux du site à l’époque où elle a été réalisée. Le préfet de la Marne ne fait d’ailleurs valoir aucun caractère lacunaire de cette étude. Il se borne à soutenir que cette étude devrait être mise à jour, ainsi que cela avait été demandé à la société Fuchs Lubrifiant France par l’inspection des installations classées lors d’une réunion du 14 avril 2015. Toutefois, une telle obligation de mise à jour n’est pas prévue par les dispositions de l’article 2 de l’arrêté du 17 avril 2009, dont la prescription tenant à la réalisation de cette étude ne revêt par ailleurs pas le caractère d’une obligation perpétuelle. Dans ces conditions, la société requérante établit avoir respecté dès 2011 la prescription de l’arrêté du 17 avril 2009 qui lui imposait la réalisation d’une étude complémentaire permettant d’établir puis d’exploiter l’état des lieux du site.
21. Enfin, l’évaluation quantitative des risques sanitaires du 20 avril 2011 réalisée par le même cabinet IDDEA conclut que « Au vu des résultats des simulations, des mesures de gestion pragmatiques ont été définies en fonction des substances, des milieux sources, des vecteurs de transfert et des voies d’exposition à l’origine des dépassements des critères sanitaires fixés par la circulaire du 08 février 2007. Cette analyse a conduit à considérer qu’une comparaison de plusieurs techniques de dépollution et leur chiffrage associé ( » bilan coût-avantage ") n’était pas adaptée et réaliste dans le cas présent. () La synthèse des mesures de gestion et le détail des préconisations proposées, au droit du site ainsi qu’à l’extérieur, sont les suivants : 1) Au droit même du site : a) Réaliser des analyses de gaz des sols et d’air ambiant au droit des bâtiments sans sous-sol afin de s’affranchir des incertitudes liées aux modélisations (estimation des concentrations en substances volatiles dans les gaz des sols à partir des mesures réalisées dans les sols et/ou les eaux souterraines), affiner ainsi les calculs de risque et vérifier la compatibilité de l’usage actuel avec les critères sanitaires définis par la circulaire du 08 février 2007. Pour assurer la représentativité de ces mesures, cette campagne devra être réalisée en période estivale, propice au dégazage (idéalement entre juillet et septembre). Les paramètres à mesurer sont : – les HAP, – les hydrocarbures volatils C5-16, – le TPH, – les BTEX. De nouveaux calculs de risque seront à réaliser sur la base de ces nouvelles analyses. Si les résultats aboutissent à un niveau de risque inacceptable, des mesures de gestion seront préconisées (ex : traitement de la nappe en attendant la cessation d’activité, augmentation des taux de ventilation du bâtiment). Le traitement de la nappe permettrait également de prévenir la diffusion des composés les plus mobiles vers la nappe superficielle, puis la Livre, dans l’attente d’un traitement des sols, notamment ceux situés au droit même du bâtiment. / b) Recouvrir les terrains nus exploités par une dalle bétonnée. Les calculs de risque montrent que, en extérieur, dans le cas d’un recouvrement des terrains par une dalle béton d’au moins 20 cm d’épaisseur (hypothèse pris en compte dans les calculs), l’exploitation du site est compatible avec les critères sanitaires. Ainsi, il est préconisé de recouvrir les espaces nus utilisés dans le cadre de l’exploitation du site (stockage de véhicules) par une dalle béton d’au moins 20 cm d’épaisseur. c) Différer la réalisation du Plan de Gestion au prochain changement de propriétaire. L’imprégnation significative en profondeur en S2 (76 600 mg/kg de HCT entre 1.8 et 3.0 m) est à l’origine d’une incompatibilité sanitaire. Toutefois, le recouvrement de cette zone actuellement à nu par une dalle béton d’au moins 20 cm permet d’obtenir la compatibilité sanitaire. Ainsi, la réalisation d’un Plan de Gestion est bien recommandée mais, sous réserve d’un recouvrement, il peut être différé au changement de propriétaire. / 2) A l’extérieur du site : Comme mentionné dans le rapport d’étude complémentaire (rapport n°IC100177_version B du 28/02/2011), une IEM, basée sur le seul scénario d’ingestion de poissons est préconisée (pêche à prévoir dans le bras de la Livre en aval hydraulique du site et analyse de la chair des poissons). Les analyses devront porter sur les métaux, les HCT C10-C40, un TPH, les BTEX et les HAP. Des espèces dont le régime alimentaire sera varié (notamment espèces fouisseuses) seront privilégiées pour ces analyses. / En complément et comme abordé dans le rapport d’étude complémentaire IDDEA n°IC100177_version B du 28/02/2011, les préconisations suivantes sont également proposées : a) procéder à la réalisation de prélèvements d’eau aux robinets du vestiaire du bâtiment principal et dans les bureaux ; b) poursuivre la surveillance de la nappe à partir des 3 piézomètres réalisés ; c) assurer le repérage et, plus exactement, le nivellement avec rattachement NGF, en X et Y des points de sondages réalisés en septembre (visibles au sol par une pastille) ainsi que du forage (si existant) afin de les recaler par rapport aux anciens plans du site (période d’exploitation de SUPERFINEST). ".
22. Il ressort du compte-rendu de la réunion du 14 avril 2015 que ces mesures de gestion proposées dans cette évaluation quantitative n’ont pas été tenues pour suffisantes par l’inspection des installations classées. La dalle béton n’a ainsi été regardée que comme une solution transitoire ne permettant pas de gérer la pollution du sol qui était déjà très conséquente. Ce compte-rendu retenait qu’au regard de l’arrêté du 17 avril 2009, la société Fuchs Lubrifiant France devait présenter différentes solutions techniques appropriées pour supprimer ou maîtriser les sources de pollution et réaliser un bilan coût-avantage pour justifier du choix de la solution la mieux adaptée. Cependant, la société Fuchs Lubrifiant France n’a pas réalisé ces mesures en excipant alors, en 2015 et à la suite de cette réunion, notamment de ce que l’activité de la société FL Auto sur le site justifiait que leur exécution fût reportée.
23. Il résulte de ces éléments que, en dernier lieu, concernant les mesures de gestion appropriées afin de supprimer ou maîtriser les sources de pollution et leurs impacts que l’arrêté du 17 avril 2009 prescrivait à la société Fuchs Lubrifiant France de proposer, seule peut être regardée comme ayant été proposée, en 2011, une mesure liée à l’usage du site alors exploité par la société FL Auto consistant à recouvrir certaines portions du terrain d’une dalle bétonnée. Les autres mesures reprises au point 21 du jugement ne permettaient quant à elles pas de supprimer ou maîtriser les sources et impacts des pollutions, en particulier celles dues aux hydrocarbures présents dans le sol en lien avec l’activité de la société Superfinest. Or, cette seule dalle bétonnée n’était pas appropriée pour supprimer ou maîtriser ces sources et impacts des pollutions. La réalisation d’un plan de gestion a d’ailleurs été expressément reportée au changement de propriétaire. Enfin, un bilan coût-avantages de différentes mesures n’a jamais été réalisé.
24. Dans ces conditions, et aucune autre mesure n’ayant été réalisée depuis 2011, le préfet de la Marne était seulement fondé à mettre en demeure la société Fuchs Lubrifiant France de respecter les prescriptions de l’arrêté du 17 avril 2009 en vertu desquelles cette société devait proposer, dans le second temps de son étude complémentaire, des mesures de gestion appropriées afin de supprimer ou maîtriser les sources et les impacts, en présentant, pour cela, les différentes solutions techniques envisageables pour supprimer ou maîtriser les sources de pollutions, et établir un bilan coûts-avantages permettant de choisir la solution la mieux adaptée.
25. En septième lieu, lorsqu’un manquement à l’application des conditions prescrites à une installation classée a été constaté, la mise en demeure prévue par les dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement a pour objet, en tenant compte des intérêts qui s’attachent à la fois à la protection de l’environnement et à la continuité de l’exploitation, de permettre à l’exploitant de régulariser sa situation dans un délai déterminé. Il incombe à l’administration, pour donner un effet utile à ces dispositions, de prescrire dans la mise en demeure un délai en rapport avec les mesures à prendre par l’exploitant.
26. La société soutient que le délai de trois mois pour respecter les prescriptions de l’arrêté du 17 avril 2009 est « irréalisable ». Toutefois, ces prescriptions consistaient seulement à faire réaliser une étude complémentaire relative à la pollution issue des activités exercées par la société Superfinest sur le site en cause et à mettre en place une surveillance des eaux souterraines. A cet égard, dans un courrier du 24 septembre 2015, le prestataire IDDEA prévoyait, dans son offre technique et commerciale à la société Fuchs Lubrifiant France, un délai prévisionnel d’exécution permettant de respecter ce délai de trois mois. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que la pollution des sols liée à l’activité de la société Superfinest est très significative, et que cette pollution expose en particulier les cours d’eau situés à proximité immédiate du site, à savoir la Livre et la Marne. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l’instruction que le délai de trois mois imparti à la société pour respecter les prescriptions en cause était trop court. Ainsi, le moyen tiré de ce que le délai imparti par la mise en demeure n’était pas en rapport avec les mesures à prendre par l’exploitant doit être écarté comme non fondé.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la société Fuchs Lubrifiant France est seulement fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 18 mai 2022 en tant qu’il la met en demeure de respecter, d’une part, l’article 4 de l’arrêté du 17 avril 2009 relatif aux eaux souterraines, et, d’autre part, les dispositions de l’article 2 du même arrêté selon lesquelles elle devait réaliser une étude complémentaire devant permettre puis d’établir l’état des lieux du site. Elle n’est, en revanche, pas fondée à demander l’annulation de cet arrêté du 18 mai 2022 en tant qu’il l’a mise en demeure de respecter dans un délai de trois mois les autres prescriptions de l’arrêté du 17 avril 2009, à savoir tenant au second temps de l’étude complémentaire consistant à proposer des mesures de gestion appropriées afin de supprimer ou maîtriser les sources de pollutions et leurs impacts, en présentant, pour cela, les différentes solutions techniques envisageables pour supprimer ou maîtriser ces sources de pollutions, et établir un bilan coûts-avantages permettant de choisir la solution la mieux adaptée.
Sur les frais liés au litige :
28. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Fuchs Lubrifiant France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de la Marne a mis en demeure la société Fuchs Lubrifiant France de respecter dans un délai de trois mois les prescriptions de l’arrêté préfectoral n° 2009-APC-59-IC du 17 avril 2009 concernant le site de Mareuil-sur-Aÿ, est annulé en tant qu’il porte mise en demeure de respecter, d’une part, les prescriptions de l’article 4 de l’arrêté du 17 avril 2009 relatif aux eaux souterraines, et, d’autre part, les dispositions de l’article 2 du même arrêté selon lesquelles une étude complémentaire permettant d’établir puis d’exploiter l’état des lieux du site devait être réalisée.
Article 2 : Le surplus des conclusions à fin d’annulation présentées par la société Fuchs Lubrifiant France est rejeté.
Article 3 : L’Etat versera à la société Fuchs Lubrifiant France une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Fuchs Lubrifiant France et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Marne.
Délibéré après l’audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
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