Rejet 3 avril 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Nantes, 4e ch., 3 avr. 2025, n° 2300112 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nantes |
| Numéro : | 2300112 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 janvier 2023 et 21 septembre 2024, M. A demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l’année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
— le délai de dix-huit mois, prévu au dernier alinéa du IV de l’article 199 undecies C du code général des impôts, a été respecté dès lors que la société civile immobilière (SCI) Jezivivan s’est engagée dès le 2 septembre 2015 en concluant avec la société Procodom une convention de maîtrise d’ouvrage déléguée, laquelle donne mandat à cette société afin de procéder à des recherches puis à l’acquisition d’un terrain en vue de la construction d’un logement ; la société Procodom a pris l’engagement ferme et irrévocable par ce contrat de réaliser les travaux et en exécution de ce contrat, une somme de 90 000 euros lui a été versée par la SCI à la date de signature de ce contrat ;
— seule la date de l’investissement, qui a été réalisé le 2 septembre 2015, doit être prise en compte et non la date du résultat de l’investissement, compte tenu de son objet et des contraintes propres à la construction de logements dans les départements d’outre-mer ;
— l’investissement ne doit pas être confondu avec l’acquisition d’un bien immobilier ;
— l’administration avait retenu une autre interprétation de cette condition de délai dans le cadre des dispositifs fiscaux dits « B » ou « C ».
Par des mémoires en défense enregistrés le 26 juin 2023 et le 23 octobre 2024, le directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de Mme Frelaut, rapporteure,
— et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a bénéficié au titre de l’année 2014 d’une réduction de son impôt sur le revenu en raison des investissements qu’il a effectués en Martinique, dans le cadre du dispositif prévu à l’article 199 undecies C du code général des impôts, par l’intermédiaire de la SCI Jezivivan dont il est associé depuis le 31 décembre 2014. A l’issue d’un contrôle de sa déclaration fiscale, l’administration a, par une proposition de rectification du 29 novembre 2019, remis en cause cette réduction d’impôt au motif que le produit de la souscription n’avait pas été investi dans le délai de dix-huit mois suivant la clôture de celle-ci. Après le rejet des observations de M. A, une cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu établi au titre de l’année 2016, assortie de la pénalité prévue à l’article 1758 A du code général des impôts et des intérêts de retard, a été mise en recouvrement le 31 janvier 2020 pour un montant total de 9 216 euros. Sa réclamation a fait l’objet d’une décision de rejet. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu due au titre de l’année 2016 d’un montant de 7 877 euros, de la pénalité appliquée d’un montant de 788 euros et des intérêts de retard d’un montant de 551 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
En ce qui concerne l’application de la loi fiscale :
2. En vertu de l’article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa version applicable au litige, les contribuables domiciliés en France peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu à raison de l’acquisition ou de la construction de logements neufs destinés au logement social dans les départements d’outre-mer lorsqu’un certain nombre de conditions sont remplies. Aux termes du IV de ce même article : « IV. – La réduction d’impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-114 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l’article 8 du présent code, à l’exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l’intermédiaire d’une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l’article 4 B, dont la quotepart du revenu de la société est soumise en leur nom à l’impôt sur le revenu (). Dans ce cas, la réduction d’impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l’année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites. Lorsque l’investissement revêt la forme de la construction d’un immeuble ou de l’acquisition d’un immeuble à construire, la réduction d’impôt ne s’applique que si la société qui réalise l’investissement s’engage à achever les fondations de l’immeuble dans les deux ans qui suivent la clôture de la souscription et à achever l’immeuble dans les deux ans qui suivent la date d’achèvement des fondations. / () Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. / V.- La réduction d’impôt fait l’objet d’une reprise au titre de l’année au cours de laquelle : 1° Les conditions mentionnées au I ou, le cas échéant, au IV ne sont pas respectées () ».
3. Il résulte de ces dispositions, lesquelles, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent recevoir une interprétation stricte, que la réduction d’impôt sur le revenu qu’elles prévoient porte sur l’acquisition ou la construction de logements neufs dans les départements d’outre-mer. Cette réduction d’impôt peut être acquise, en particulier, au titre des investissements réalisés par une société mentionnée à l’article 8 du code général des impôts, dont le contribuable a acquis des titres en pleine propriété. Dans ce cas, le produit de la souscription de ces titres doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. Dans tous les cas, l’investissement ne peut que revêtir la forme de la construction ou de l’acquisition d’un immeuble d’habitation.
4. En vertu des règles gouvernant l’attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf disposition contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d’établir les faits nécessaires au succès de sa prétention. Toutefois, les éléments de preuve qu’une seule partie est en mesure de détenir, ne sauraient être réclamés qu’à celle-ci. Il appartient au juge de l’impôt d’apprécier au terme de son instruction si le contribuable remplit les conditions pour bénéficier du crédit d’impôt institué par l’article 199 undecies C du code général des impôts.
5. Pour justifier que la condition tenant à ce que le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci, qui est prévue au dernier alinéa du IV de l’article 199 undecies C du code général des impôts, est remplie, M. A soutient que la SCI Jezivivan a conclu le 2 septembre 2015 avec la SAS Procodom un contrat intitulé « convention de maîtrise d’ouvrage déléguée et mandat de recherche et d’acquisition de terrain ». Il fait valoir que, par ce contrat, cette SCI a donné à la SAS Procodom, maître d’ouvrage délégué, un « mandat ferme et irrévocable () de faire procéder pour le compte du maître de l’ouvrage et aux délais et prix convenus, à la recherche d’un terrain, à son acquisition et à la réalisation sur ce dernier des travaux » consistant en la création d’un logement de type F4 dont les caractéristiques sont définies par les « plans et descriptifs annexés » à cette convention et qu’en contrepartie, la SCI s’est engagée à verser à la société Procodom un prix « global, forfaitaire, ferme et définitif » de 250 000 euros selon un échéancier défini par l’article VIII du contrat et, au plus tard, à la livraison des travaux.
6. Il ne résulte pas de l’instruction que la totalité du produit des souscriptions des parts au sein de la SCI a été effectivement versée au même mandataire, la SAS Procodom, dans le délai de dix-huit mois qui suit la clôture de ces souscriptions en vue de la construction ou de l’acquisition d’un seul et même logement et des travaux qui s’y rapportent, alors que le requérant se prévaut du seul transfert de fonds au profit de la SAS Procodom en exécution de ce contrat et de l’extrait du journal des ventes de la SAS Procodom dont le versement de la SCI Jezivivan est d’ailleurs absent. En outre, il n’est pas établi que la société Procodom ait accompli des démarches en exécution du contrat conclu. Enfin, la SCI Jezivivan a procédé à un investissement dans un terrain par acte authentique de vente à terme datant du 10 mai 2021, soit une date intervenue au-delà du délai de dix-huit mois fixé par les dispositions précitées du dernier alinéa du IV de l’article 199 undecies C du code général des impôts. La SAS Procodom n’est pas intervenue en qualité de maître d’ouvrage délégué dans la conclusion de ce contrat de vente. Dès lors, c’est à bon droit que l’administration a estimé que M. A ne remplissait pas les conditions requises par les dispositions du IV de l’article 199 undecies C pour bénéficier de la réduction d’impôt litigieuse.
En ce qui concerne l’interprétation de la loi fiscale :
7. Aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Il ne sera procédé à aucun rehaussement d’impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l’administration est un différend sur l’interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s’il est démontré que l’interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l’époque, formellement admise par l’administration. () ».
8. Si M. A peut être regardé comme se prévalant, sur le fondement de ces dispositions, des énonciations référencées BOI-IR-RICI-230-10-20 et BOI-IR-RICI-200-10, relatives aux dispositifs dits « C » et « B », celles-ci ne sont pas applicables à sa situation et ne sauraient, dès lors, faire obstacle à l’application de la loi fiscale.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l’audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa rapporteure
L. FRELAUT
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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