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Sur la décision
| Référence : | TJ Lisieux, inscr civil cont 10000eur, 2 avr. 2026, n° 26/00067 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00067 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 17 avril 2026 |
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Texte intégral
Cour d’appel de [Localité 1]
— -----
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LISIEUX
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 2]
☎ : [XXXXXXXX01]
N° RG 26/00067 – N° Portalis DBW6-W-B7K-DROJ
JUGEMENT
DU 02 AVRIL 2026
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Loïc FROSSARD, Juge des contentieux de la protection
Greffière : Laura MOTIER
DÉBATS :
L’affaire a été examinée à l’audience publique du 09 Février 2026 du tribunal judiciaire de LISIEUX dans la composition énoncée ci-dessus.
***
L’affaire oppose :
PARTIE DEMANDERESSE
La S.A.R.L. LC ASSET 2, Société immatriculée au RCS de LUXEMBOURG sous le n°B241621, agissant poursuites et diligences de ses représentants légaux et dont le siège social est sis [Adresse 3] – [Localité 3]-Duché de Luxembourg
représentée par Me Bénédicte de LAVENNE, avocat au barreau de PARIS substitué par Me Frédéric MORIN, avocat au barreau de LISIEUX
PARTIE DÉFENDERESSE
Monsieur [T] [A],
demeurant [Adresse 4]
non comparant, ni représenté
***
À l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Le président a avisé les parties que le jugement serait prononcé le 02 Avril 2026 par mise à disposition au greffe de la juridiction.
FAITS ET PROCÉDURE
Selon acte sous seing privé daté du 26 janvier 2024, la SA BNP PARIBAS PERSONAL FINANCE (aux droits de laquelle vient désormais la SARL LC ASSET 2) a consenti à Monsieur [T] [A] un contrat de prêt d’une somme de 10 000,00 euros, au taux fixe de 7,080 % l’an, remboursable en 84 mensualités de 151,32 euros chacune, hors assurance.
Se prévalant d’impayés récurrents, et selon acte de commissaire de justice signifié le 7 janvier 2026, la SARL LC ASSET 2 a fait assigner Monsieur [T] [A] devant la présente juridiction aux fins de le voir condamner, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
à lui payer les sommes de :8 855,52 euros, avec intérêts au taux contractuel de 7,080 % l’an à compter du 4 février 2025,708,44 euros, avec intérêts au taux légal au titre de l’indemnité de résiliation,et ce compte tenu de la déchéance du terme, ou à défaut après avoir prononcé la résiliation du contrat,le tout avec capitalisation des intérêts,aux dépens ainsi qu’à lui payer une somme de 1 000,00 euros au titre de l’article 700 code de procédure civile.
À l’audience du 9 février 2026, la SARL LC ASSET 2 a réitéré et soutenu oralement ses demandes par la voix de son conseil.
La SARL LC ASSET 2 ajoute que Monsieur [T] [A] n’a pas respecté le remboursement régulier de ses échéances de sorte qu’après une mise en demeure restée infructueuse du 10 juillet 2025, elle a invoqué la déchéance du terme du contrat de crédit.
Elle précise à cet égard qu’après déduction de toutes les sommes versées par Monsieur [T] [A], depuis l’octroi du crédit, celui-ci reste redevable des entières sommes visées à l’assignation.
Bien que convoqué par l’effet de l’assignation mentionnée ci-avant, Monsieur [T] [A] n’était ni présent, ni représenté.
À l’audience, la juridiction a relevé d’office les causes usuelles de forclusion et de déchéance du droit aux intérêts résultant du code de la consommation, ainsi que la possibilité de réduire l’indemnité conventionelle et de supprimer l’intérêt au taux légal pour assurer l’effectivité de la sanction de déchéance du droit aux intérêts.
Le conseil du prêteur s’en est rapporté à Justice sur ces points.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, l’absence de Monsieur [T] [A] ne fait pas obstacle à ce qu’une décision soit rendue sur le fond du litige, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
I. SUR LA RECEVABILITÉ DE L’ACTION
Aux termes des dispositions de l’article R. 312-35 du code de la consommation, les actions en paiement à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.
Cet événement est caractérisé par le premier incident de paiement non régularisé.
La demande de la SARL LC ASSET 2, introduite le 7 janvier 2026 alors que le premier incident de paiement non régularisé date du 4 juin 2025, est recevable.
II. SUR LE FOND
Le contrat en cause ayant été conclu le 26 janvier 2024, il convient de faire application :
du code de la consommation dans sa rédaction issue de l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016 et du décret n° 2016-884 du 29 juin 2016,et du code civil dans sa rédaction résultant de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016.
Sur la demande en paiement
Les pièces versées aux débats (offre de prêt et documents précontractuels) démontrent que selon acte sous seing privé daté du 26 janvier 2024, la SARL LC ASSET 2 a consenti à Monsieur [T] [A] un contrat de prêt d’une somme de 10 000,00 euros, au taux fixe de 7,080 % l’an, remboursable en 84 mensualités de 151,32 euros chacune, hors assurance.
Il résulte des pièces produites par l’établissement de crédit que Monsieur [T] [A] a durablement manqué à son obligation de restitution des fonds.
Après une mise en demeure restée infructueuse adressée par lettre datée du 10 juillet 2025, la SARL LC ASSET 2 a invoqué la déchéance du terme par courrier daté du 7 août 2025.
***
L’article R. 632-1 (anciennement L. 141-4) du code de la consommation prévoit que le juge peut soulever d’office toutes les dispositions de ce code dans les litiges nés de son application.
L’article L. 312-16 du code de la consommation impose à l’établissement de crédit de vérifier la solvabilité de l’emprunteur, avant d’octroyer le financement, et ce à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des documents justificatifs fournis par ce dernier à la demande du prêteur.
L’article L. 341-2 du code de la consommation édicte que le prêteur qui n’a pas respecté cette obligation est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge.
La solvabilité se définit comme la mesure de l’aptitude d’une personne à payer ses dettes. Celle-ci ne peut se déterminer qu’en fonction des ressources, d’une part, et des charges, d’autre part, de la personne concernée.
En l’espèce, force est de constater que l’établissement de crédit ne produit aucune pièce démontrant qu’il s’est suffisamment assuré de la réalité des charges de l’emprunteur.
Au regard de l’importance de la somme prêtée, ce prêteur professionnel se devait de faire preuve d’une vigilance renforcée, d’autant plus qu’il était informé de ce que l’emprunteur faisait face à des poursuites par le Trésor Public, notamment une saisie administrative à tiers détenteur au cours de l’année ayant précédé la conclusion du contrat de crédit.
Partant, la vérification de solvabilité s’avère incomplète.
La déchéance totale de la SARL LC ASSET 2 du droit aux intérêts doit donc être prononcée, et ce dès l’origine du contrat dans la mesure où l’irrégularité a trait à la formation même de celui-ci.
***
La déchéance du droit aux intérêts, qui est destinée à assurer le respect des règles protectrices instaurées par les articles L. 312-1 et suivants du code de la consommation, en faveur de l’ensemble des consommateurs, n’est pas subordonnée à l’existence d’un préjudice quelconque ou d’un grief pour l’emprunteur.
En application des dispositions de l’article L. 341-8 du code de la consommation, le débiteur n’est tenu qu’au remboursement du seul capital restant dû, après déduction des intérêts réglés à tort.
Pour fixer les sommes restant dues par l’emprunteur, il convient alors de déduire du capital versé l’ensemble des sommes versées à quelque titre que ce soit par l’emprunteur depuis l’origine.
Cette limitation légale de la créance du prêteur exclut par ailleurs qu’il puisse prétendre au paiement de l’indemnité prévue par l’article L. 312-39, alinéa 2 du code de la consommation.
Compte tenu de la déchéance du droit aux intérêts, la dette restant due par Monsieur [T] [A] s’élève à :
capital versé par l’établissement de crédit : 10 000,00 eurospaiements effectués par Monsieur [T] [A] : – 2 551,00 eurosindemnité L. 312-39, alinéa 2 C. Conso. : 0,00 euro,SOMME RESTANT DUE : 7 449,00 euros.
En conséquence, Monsieur [T] [A] doit être condamné à payer à la SARL LC ASSET 2 la somme de 7 449,00 euros.
En application de l’article 1231-6 du code civil, cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification de la déchéance du terme valant mise en demeure, soit le 7 août 2025. Ces intérêts seront capitalisés, suivant la demande de la banque.
Sur les frais du procès et l’exécution provisoire
Monsieur [T] [A], qui succombe, sera condamné aux dépens de l’instance.
Compte tenu des situations économiques respectives des parties, il n’apparaît toutefois pas inéquitable de laisser à la charge de la SARL LC ASSET 2 l’intégralité des frais irrépétibles exposés pour les besoins de la présente procédure. Sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile sera donc rejetée.
Vu l’article 514 du code de procédure civile, l’exécution provisoire de droit sera constatée.
PAR CES MOTIFS,
LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION,
Statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire en premier ressort,
DÉCLARE RECEVABLE l’action de la SARL LC ASSET 2 ;
PRONONCE la déchéance totale de la SARL LC ASSET 2 de son droit aux intérêts conventionnels, et ce dès l’origine du contrat ;
CONDAMNE Monsieur [T] [A] à payer à la SARL LC ASSET 2 la somme de 7 449,00 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 7 août 2025 ;
DIT que ces intérêts seront capitalisés dans les conditions de l’article 1343-2 du code civil ;
DÉBOUTE la SARL LC ASSET 2 du surplus de ses demandes, en ce compris celle tirée de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Monsieur [T] [A] aux dépens de l’instance ;
CONSTATE que l’exécution provisoire est de droit ;
Le présent jugement a été signé par le juge et la greffière, puis prononcé par mise à disposition au greffe à la date susdite après avis donné aux parties conformément aux dispositions de l’article 450, alinéa 2 du code de procédure civile.
LA GREFFIÈRE, LE JUGE,
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