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Sur la décision
| Référence : | TJ Paris, pcp jtj proxi fond, 23 sept. 2025, n° 25/01838 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01838 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE [Localité 8] [1]
[1] Copie conforme délivrée
le :
à :S.C.I. HAPPY FOREVER
Copie exécutoire délivrée
le :
à :Me Stéphanie GIOVANNETTI
Pôle civil de proximité
■
PCP JTJ proxi fond
N° RG 25/01838 – N° Portalis 352J-W-B7J-C7QHY
N° MINUTE :
JUGEMENT
rendu le mardi 23 septembre 2025
DEMANDERESSE
Syndicat des copropriétaires du [Adresse 4], représenté par son syndic, la société VALORIM GESTION SNC – [Adresse 6]
représentée par Me Stéphanie GIOVANNETTI, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #D1982
DÉFENDERESSE
S.C.I. HAPPY FOREVER, dont le siège social est sis [Adresse 5]
non comparante, ni représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Mathilde CLERC, Juge, statuant en juge unique
assistée de Audrey BELTOU, Greffier,
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 01 juillet 2025
JUGEMENT
réputé contradictoire, en premier ressort, prononcé par mise à disposition le 23 septembre 2025 par Mathilde CLERC, Juge assistée de Audrey BELTOU, Greffier
Décision du 23 septembre 2025
PCP JTJ proxi fond – N° RG 25/01838 – N° Portalis 352J-W-B7J-C7QHY
EXPOSE DU LITIGE
La SCI HAPPY FOREVER est propriétaire des lots n°233, 236, 237, 244 et 260 dans l’immeuble sis [Adresse 2], cadastré EA n°[Cadastre 1], soumis au régime de la copropriété représentant respectivement 2298/10006, 28/10006, 25/10006, 23/10006 et 23/10006ème.
Par acte de commissaire de justice en date du 29 janvier 2025, le syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 3], représenté par son syndic la société VALORIM GESTION en exercice, a assigné la SCI HAPPY FOREVER devant le tribunal judiciaire de Paris, en paiement des sommes suivantes, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
6154,21 euros au titre des charges de copropriété, décompte arrêté au 22 janvier 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 27 septembre 2024, 252 euros au titre des frais de recouvrement sur le fondement de l’article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965, 1000 euros de dommages et intérêts,1500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens de l’instance.
Au soutien de sa demande, le syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 3] fait valoir que les appels de charges ne sont pas régulièrement payés, ce qui entraîne pour lui des difficultés de gestion.
L’affaire a été appelée à l’audience du 1 juillet 2025, à laquelle le syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 3], représenté par son conseil, a sollicité le bénéfice de son acte introductif d’instance, actualisant toutefois sa créance à la baisse, à la somme de 3654,21 euros, compte-tenu de deux paiements intervenus postérieurement à la délivrance de l’assignation.
Bien que régulièrement assignée à personne morale, la SCI HAPPY FOREVER n’a pas comparu, ne s’est pas fait représenter et n’a pas fait connaître au tribunal les motifs de son absence.
Conformément à l’article 473 du code de procédure civile, il sera statué par jugement réputé contradictoire.
La décision a été mise en délibéré ce jour par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En l’espèce, la défenderesse n’a pas comparu, de sorte qu’il sera fait application des dispositions précitées.
Sur les charges et provisions sur charges de copropriété et les travaux
Selon l’article 10 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, les copropriétaires sont tenus de participer au paiement des charges, que ce soit :
les charges générales relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes, ainsi que le fonds de travaux mentionné à l’article 14-2 de la loi, lesquelles sont dues proportionnellement aux valeurs relatives des parties privatives comprises dans leurs lots,les charges spéciales entraînées par les services collectifs et éléments d’équipement communs, lesquelles sont dues en fonction de l’utilité que ces services et éléments présentent à l’égard de chaque lot.
En vertu des dispositions conjuguées des articles 1353 du code civil et 9 du Code de procédure civile, il appartient au syndicat des copropriétaires de prouver que le copropriétaire est redevable de la somme réclamée dans sa totalité.
Il incombe ainsi au syndicat qui poursuit le recouvrement de charges de rapporter la preuve de sa créance. A ce titre, il lui appartient de produire le procès-verbal de l’assemblée générale approuvant les comptes de l’exercice correspondant et rendant la créance certaine, liquide et exigible, un décompte de répartition de charges ainsi qu’un décompte individuel permettant de vérifier l’adéquation entre les montants à répartir par types de charges et les sommes demandées au copropriétaire. Le grand livre du syndic ne constitue pas la preuve de l’exigibilité de la créance du syndicat.
L’article 14-1 de cette même loi dispose également que, pour faire face aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d’administration des parties communes et équipements communs de l’immeuble, le syndicat des copropriétaires vote, chaque année, un budget prévisionnel et les copropriétaires versent au syndicat des provisions égales au quart du budget voté. En vertu de l’article 35 du décret du 17 mars 1967, les appels provisionnels auxquels procède le syndic, dans les limites et sous les conditions prévues par ce texte, constituent une créance certaine, liquide et exigible.
Le recouvrement des provisions peut ainsi être poursuivi jusqu’à l’établissement des comptes définitifs qui seront soumis à l’approbation de l’assemblée générale. A ce titre, le syndicat doit produire la délibération de l’assemblée générale adoptant le budget prévisionnel et démontrer la date d’exigibilité des provisions impayées.
Par ailleurs, les travaux non inclus dans les charges de copropriété sus-définies et prévus à l’article 44 du décret n°67-223 du 17 mars 1967, ne sont pas compris dans le budget prévisionnel. Ils doivent faire l’objet d’un vote à l’assemblée générale quant à leur principe, leur montant et à leurs modalités de paiement et d’exigibilité.
Enfin, il sera rappelé qu’en application de l’article 42 de la même loi, les décisions d’une assemblée générale s’imposent aux copropriétaires tant que la nullité n’en a pas été prononcée et ce même si une procédure pour obtenir cette nullité a été diligentée. En effet, les actions ayant pour objet de contester les décisions des assemblées générales ne suspendent que les travaux décidés par l’assemblée générale en application des articles 25 et 26 durant le délai de recours de deux mois. Le copropriétaire qui n’a pas contesté la décision de l’assemblée générale ayant approuvé les comptes, n’est ainsi pas fondé à refuser de payer les sommes qui lui sont réclamées.
En l’espèce, le syndicat des copropriétaires produit à l’appui de sa demande :
le relevé de matrice cadastrale à jour concernant l’immeuble et relatif aux lots 233, 236, 237, 244 et 260, indiquant la répartition des tantièmes et établissant la qualité de copropriétaire de la SCI HAPPY FOREVER ,les appels de charges, provisions sur charges et travaux pour la période du 1 janvier 2024 au 31 décembre 2024,le décompte annuel de répartition des charges définitives de l’exercice 2023,l’historique du compte du 1 janvier 2024 au 1 juillet 2025 faisant état d’un solde débiteur de 7654,95 euros (en ce inclus 700,80 euros de frais de mise en demeure et deux appels de charges et fonds travaux postérieurs à l’assignation, pour un montant total de 3748,74 euros), les procès-verbaux d’assemblée générale des 26 juin 2023 et 24 juin 2024 comportant : o approbation des comptes des exercices 2022 et 2023,
o vote des budgets prévisionnels et fonds travaux 2023, 2024 et 2025,
o vote des travaux ou opérations suivantes : réalisation d’un diagnostic technique global, travaux de peinture du couloir, de remplacement de la porte du couloir et de création d’un allumage automatique dans l’escalier (46 Belles Feuilles), travaux de réduction sur 6 magnolias, mission d’audit confiée à un architecte, installation d’un ruban led au [Adresse 7],
les attestations de non recours concernant les procès-verbaux susvisés,trois mises en demeure de payer adressées par avocat à la SCI HAPPY FOREVER le 7 février 2024 (sans preuve de l’envoi), 3 mai 2024 et 27 septembre 2024,le contrat de syndic, une facture d’un montant de 252 euros TTC pour la rédaction d’un courrier de mise en demeure par avocat.
Il convient de relever que le demandeur inclut au décompte des frais qui relèvent des frais exposés au titre du recouvrement de la créance (224,40 euros au titre de la mise en demeure du 7 février 2024, 224,40 euros au titre de la mise en demeure du 3 mai 2024 et 252 euros au titre de la mise en demeure du 27 septembre 2024) et qui ne peuvent être inclus dans le principal comprenant uniquement les charges de copropriété, ceci pour un total de 700,80 euros.
Le décompte inclut par ailleurs deux nouveaux appels de charges, postérieurs à l’assignation, qui représentent un montant total de 3748,74 euros, dont il ne peut être tenu compte, cette nouvelle somme n’ayant pas été demandée de façon contradictoire.
Il n’est par ailleurs pas justifié de la somme de 610 euros imputée au titre de la pose de deux interphones.
La somme due sera donc arrêtée à la somme de 7654,95 euros – 3748,74 (appels de fonds postérieurs à l’assignation) – 700,80 euros (frais de recouvrement) – 610 euros (somme non justifiée) = 2595,41 euros.
La SCI HAPPY FOREVER sera en conséquence condamnée au paiement de la somme de 2595,41 euros, portant sur la période allant du 1 janvier 2024 au 1 janvier 2025 (premier trimestre 2025 inclus).
Cette somme produira intérêts au taux légal à compter de la date de la mise en demeure réceptionnée le 30 septembre 2024.
Sur les frais nécessaires pour le recouvrement des charges
Aux termes de l’article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965 " sont imputables au seul copropriétaire concerné a) les frais nécessaires exposés par le syndicat, notamment les frais de mise en demeure, de relance et de prise d’hypothèque à compter de la mise en demeure, pour le recouvrement d’une créance justifiée à l’encontre d’un copropriétaire ainsi que les droits et émoluments des actes des huissiers de justice et le droit de recouvrement ou d’encaissement à la charge du débiteur; « » b) les frais et honoraires du syndic afférents aux prestations effectuées au profit de ce copropriétaire (…) "
Cette liste n’est pas limitative, les frais réclamés devant toutefois être justifiés.
Il convient d’ajouter que les frais de recouvrement ne sont nécessaires au sens de l’article 10-1 précité que s’ils ne relèvent pas de la gestion courante du syndic et traduisent des diligences réelles, inhabituelles et nécessaires propres à permettre au syndicat des copropriétaires de recouvrer une créance justifiée à l’encontre d’un copropriétaire défaillant.
En l’espèce, il est sollicité la somme totale de 252 euros au titre de l’envoi de la mise en demeure par avocat du 27 septembre 2024.
Cet envoi étant justifié, il sera fait droit à la demande.
Cette somme produira intérêts au taux légal à compter de la date de la mise en demeure réceptionnée le 30 septembre 2024.
Sur les dommages et intérêts
L’article 1231-6 du code civil dispose que le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts, distincts des intérêts moratoires de la créance.
L’article 2274 du code civil précise que la bonne foi est toujours présumée, et que c’est à celui qui se prévaut de la mauvaise foi d’en rapporter la preuve.
Par ailleurs, en application de l’article 1240 du même code, il est de jurisprudence constante que la faute, même non grossière ou dolosive suffit, lorsqu’un préjudice en résulte, à justifier une condamnation à des dommages-intérêts pour abus du droit d’agir en justice ou de résistance abusive à une action judiciaire.
Le syndicat des copropriétaires ne justifie ni de l’abus de droit, ni de la mauvaise foi -ce qui ne résulte pas du seul défaut de paiement du débiteur- ni d’un préjudice subi distinct du retard apporté au paiement et compensé par les intérêts moratoires.
Les dépenses engagées pour recouvrer la créance sont quant à elles compensées par les dépens, l’article 700 du code de procédure civile et les articles 10 et 10-1 de la loi du 10 juillet 1965.
La réalité d’aucun autre préjudice n’est avérée.
Il y a lieu, en conséquence, de rejeter sa demande en paiement de dommages et intérêts.
Sur les demandes accessoires
La défenderesse, qui succombe, supportera les dépens, en application de l’article 696 du code de procédure civile.
Il serait inéquitable de laisser à la charge du syndicat des copropriétaires les frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens. La somme de 1200 euros lui sera donc allouée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile dans sa rédaction issue du décret n° 2019-1333 du 11 décembre 2019.
PAR CES MOTIFS,
Le tribunal judiciaire statuant publiquement, après débats en audience publique, par jugement mis à disposition au greffe réputé contradictoire et en premier ressort,
CONDAMNE la SCI HAPPY FOREVER à payer au syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 3], pris en la personne de son syndic la société VALORIM GESTION :
— la somme de 2595,41 euros au titre des provisions sur charges et charges de copropriété et des travaux impayés, pour la période allant du 1 janvier 2024 au 1 janvier 2025 (premier trimestre 2025 inclus), avec intérêts au taux légal à compter de la date de la mise en demeure réceptionnée le 30 septembre 2024,
— la somme de 252 euros au titre des frais de recouvrement, avec intérêts au taux légal à compter de la date de la mise en demeure réceptionnée le 30 septembre 2024,
REJETTE la demande de dommages-intérêts,
CONDAMNE la SCI HAPPY FOREVER à payer au syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 3], pris en la personne de son syndic la société VALORIM GESTION, la somme de 1200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
REJETTE le surplus des demandes,
CONDAMNE la SCI HAPPY FOREVER aux dépens,
RAPPELLE que le présent jugement est exécutoire de plein droit à titre provisoire.
Fait et jugé à [Localité 8] le 23 septembre 2025
le greffier le Président
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