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Sur la décision
| Référence : | TJ Poitiers, juge cx protection jcp, 9 mai 2025, n° 25/00084 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00084 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
5AA Minute N°
N° RG 25/00084 – N° Portalis DB3J-W-B7J-GTPZ
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE POITIERS
ORDONNANCE DE REFERE RENDUE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
EN DATE DU 09 MAI 2025
JUGE DES RÉFÉRÉS
Madame DURBECQ Sophie, Vice Président, Juge des Contentieux de la Protection au Tribunal Judiciaire de POITIERS
GREFFIER
Madame [U] [L]
DEMANDEUR
EKIDOM (OFFICE PUBLIC DE L’HABITAT DE [Localité 5])
dont le siège social est sis [Adresse 3]
Représenté par Madame [I] [H], chargée de contentieux au sein du Pôle Précontentieux et Contentieux à la Direction de la Relation Clients, mandatée
DEFENDEUR
Monsieur [J] [X] [T]
né le 21 Janvier 2002 à [Localité 4],
demeurant [Adresse 1]
Comparant en personne
DÉBATS AUDIENCE PUBLIQUE DU 14 MARS 2025
ORDONNANCE RENDUE PAR MISE A DISPOSITION AU GREFFE LE 11 AVRIL 2025, DATE PROROGEE AU 09 MAI 2025
Copie exécutoire délivrée le
à
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé à effet du 5 novembre 2021, l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5], dénommé EKIDOM, a donné à bail à [J] [X] [T] un logement situé [Adresse 7], moyennant un loyer mensuel de 334,63 € outre une provision mensuelle sur charges de 88,46 €.
Le 19 juillet 2024, l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5] a fait signifier à [J] [V] [T] un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant en principal de 6 683,88 € au titre des loyers et charges dus à cette date.
Par acte de commissaire de justice du 23 janvier 2025, l’Office Public de l’Habitat de Grand Poitiers a fait assigner à comparaître en référé [J] [V] [T] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de POITIERS aux fins de voir :
— constater la résiliation du bail par l’effet du jeu de la clause résolutoire ;
— prononcer l’expulsion de [J] [V] [T] et de tous occupants de son chef, au besoin avec l’assistance de la force publique ;
— condamner [J] [V] [T] au paiement d’une provision d’un montant de 6 808,14 € au titre des loyers et charges dus avec intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ainsi que d’une indemnité d’occupation d’un montant mensuel égal à celui du loyer révisable et des charges ;
— condamner [J] [V] [T] au paiement d’une indemnité de 800 € sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
A l’audience du 14 mars 2025, l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5], régulièrement représenté, a maintenu ses demandes conformément à l’acte introductif d’instance, sauf à actualiser le montant de l’impayé locatif à la somme de 7 758,37 €.
[J] [V] [T] reconnaît le principe et le montant de la dette. Il explique que les difficultés administratives qu’il rencontre, notamment pour obtenir un titre de séjour, compliquent ses démarches d’insertion professionnelle, ce qui compromet ses capacités financières. Il demande à pouvoir se maintenir dans le logement, précisant entendre apurer sa dette dès qu’il trouvera un emploi ; il prépare en outre son examen de fin de formation.
La décision a été mise en délibéré pour être rendue le 11 avril 2025, délai qui a été prorogé au 9 mai 2025 en raison du placement en arrêt maladie du magistrat.
MOTIFS DE LA DÉCISION
En application des articles 834 et 835 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le juge peut ordonner en référé toutes les mesures ne se heurtant à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. En outre, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des référés peut accorder une provision au créancier.
Sur la recevabilité
L’assignation a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département par voie électronique le 24 janvier 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24-III de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige.
Par ailleurs, le bailleur, personne morale autre qu’une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus, justifie avoir saisi la Commission spécialisée de coordination des actions de prévention des expulsions locatives de la [Localité 8] le 28 août 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation.
La demande aux fins de constat de la résiliation du bail pour impayés locatifs est donc recevable.
Sur la résiliation du bail et la provision due
L’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au litige s’agissant d’un bail dont la rédaction est antérieure au 29 juillet 2023, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour un défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit d’effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructeux.
En application de l’article 24 V et VII de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version en vigueur depuis le 29 juillet 2023, toutefois, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années.
Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, le bail signé par les parties contient une clause résolutoire qui reprend les termes de la loi du 6 juillet 1989, à savoir une résiliation de plein droit à défaut de paiement des loyers ou charges échus deux mois après la délivrance d’un commandement resté infructueux.
Il ressort du décompte produit que la somme visée par le commandement de payer du 19 juillet 2024 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois.
Les conditions d’application de la clause résolutoire sont donc réunies en l’espèce, emportant constat de la résiliation du bail au 20 septembre 2024. La provision à valoir sur l’indemnité d’occupation est fixée à compter de cette date au montant du loyer en cours révisable suivant les règles applicables aux [Adresse 6], augmenté des charges qui seront à régulariser.
Au vu du décompte actualisé produit, le bailleur justifie que lui est due la somme de 7 758,37 € au 12 mars 2025, incluant l’indemnité d’occupation pour le mois de février 2025.
Tant l’obligation que le montant de celle-ci n’étant ni sérieusement contestables ni contestés, il convient de condamner [J] [V] [T] à verser à l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5] une provision de 7 758,37 €, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision.
Il résulte des éléments repris dans le diagnostic social et financier, d’une part, et des déclarations à l’audience, d’autre part, que le locataire, qui pâtit d’une situation administrative complexe, a perdu son emploi et ne peut prétendre aux minima sociaux. Il rencontre par ailleurs des difficultés de santé qui ont empêché la poursuite d’une activité professionnelle dans le domaine de la préparation de commandes ; il aspire à terminer une formation de conseiller client au mois d’avril.
Pour autant, en l’absence de reprise de paiement du loyer, d’une part, et d’accord du bailleur, d’autre part, aucun délai de paiement, suspensif ou non des effets de la clause résolutoire ne peut être envisagé.
Sur les dépens et l’application de l’article 700 du code de procédure civile
Il convient, en application de l’article 696 du code de procédure civile, de condamner [J] [V] [T] aux dépens en ce inclus notamment les frais du commandement de payer.
Ni l’équité ni la situation économique respective des parties ne justifiant l’application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, les demandes formées de ce chef seront rejetées.
La présente ordonnance est assortie de plein droit de l’exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, publiquement par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire et en premier ressort,
RENVOYONS les parties à se pourvoir au principal ainsi qu’elles aviseront, mais dès à présent :
DÉCLARONS recevable l’action de l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5], dénommé EKIDOM ;
CONSTATONS à la date du 20 septembre 2024 la résiliation du bail conclu entre l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5] et [J] [V] [T], portant sur le logement situén°[Adresse 2] ;
CONSTATONS que depuis cette date, [J] [V] [T] est occupant sans droit ni titre du dit logement ;
DISONS qu’à défaut pour [J] [V] [T] d’avoir spontanément libéré les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants et tous biens de son chef, avec le concours de la force publique et l’assistance d’un serrurier si besoin est, et en tout état de cause, à l’expiration d’un délai de deux mois à compter du commandement d’avoir à quitter les lieux ;
DISONS qu’en cas de difficultés quant aux meubles, il sera procédé conformément aux prévisions des articles L433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
DISONS qu’une copie de la présente décision sera transmise par les soins du greffe au représentant de l’Etat dans le département en vue du relogement de [J] [V] [T], en application des dispositions de l’article R412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
FIXONS le montant de la provision, à valoir sur l’indemnité d’occupation mensuelle due, à une somme égale au montant du loyer, révisable suivant les règles applicables aux organismes HLM, outre les charges récupérables ;
CONDAMNONS [J] [V] [T] à payer à l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5] une provision de 7 758,37 euros à valoir sur le montant des loyers, indemnités d’occupation et charges échus non réglés à la date du 12 mars 2025, incluant l’indemnité de février 2025, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
CONDAMNONS à compter du 13 mars 2025 et jusqu’à libération des lieux par remise des clés, [J] [V] [T] à payer à l’Office Public de l’Habitat de [Localité 5] une provision sur l’indemnité d’occupation d’un montant mensuel égal au loyer en cours (372,06 €) révisable suivant les règles applicables aux organismes HLM, outre la provision mensuelle sur charges qui sera à régulariser (93,94 €) ;
CONDAMNONS [J] [V] [T] aux dépens de l’instance, en ce notamment compris le coût du commandement de payer ;
DISONS n’y avoir lieu de faire application de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est assortie de plein droit de l’exécution provisoire.
Ainsi dit et jugé les jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE JUGE DES REFERES
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