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Sur la décision
| Référence : | TJ Rouen, annexe rue de crosne, 15 sept. 2025, n° 25/00197 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00197 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
MINUTE N°25/02790
DOSSIER N° RG 25/00197 – N° Portalis DB2W-W-B7J-M5UX
JUGEMENT REPUTE CONTRADICTOIRE ET EN PREMIER RESSORT
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE ROUEN
JUGEMENT DU 15 SEPTEMBRE 2025
_____________________________________________________________________________________________
DEMANDERESSE :
SOCIETE D’ECONOMIE MIXTE DE LA VILLE DU TRAIT
Impasse F. Couffon
BP 28
76580 LE TRAIT
représentée par Maître Carole BONVOISIN de la SELARL BESTAUX BONVOISIN MATRAY, avocats au barreau de ROUEN substituée par Me Sigrid KREUZER, avocat au barreau de ROUEN
DEFENDEURS :
Mme [P] [I]
27 Rue Marcellin Berthelot
Appt 10 les Chesnes
76580 LE TRAIT
comparante en personne
M. [C] [L]
27 Rue Marcellin
Appt 10 les Chenes res la Foret
76580 LE TRAIT
non comparant, ni représenté
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Lors des débats à l’audience publique du 11 Juillet 2025
JUGE : Lémia BENHILAL
GREFFIÈRE : Céline JOINT
Le présent jugement a été signé par Madame Lémia BENHILAL, Juge des Contentieux de la Protection et Madame Céline JOINT, Greffière, lors du délibéré, prononcé par mise à disposition au greffe de la juridiction par application des dispositions de l’article 450 al 2 du Code de Procédure Civile.
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat en date du 5 juin 2013, la Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait (la société S.E.M. V.I.T) a donné à bail à Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] un local à usage d’habitation situé 27, Rue Marcelin Berthelot (Les Chenes – Res La Foret – Appt 10) à LE TRAIT 76580, pour un loyer mensuel de 504,45€, outre une avance sur charges de 45,93€.
Le bailleur a fait délivrer à Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] le 4 avril 2024 commandement de payer dans un délai de six semaines la somme de 888,53 € au titre des loyers et charges impayés.
Par lettre du 8 juillet 2024, la société S.E.M. V.I.T a saisi la caisse d’allocations familiales de la situation d’impayés de loyers.
Par assignation en date du 21 janvier 2025, la société S.E.M. V.I.T a saisi le juge des contentieux de la protection afin qu’il :
constate la résiliation de plein droit du bail liant les parties ;ordonne l’expulsion de Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] et de tous occupants de leur chef, au besoin avec l’assistance de la force publique ;condamne Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à lui payer la somme de 2.048,70€ au titre des arriérés de loyers et de charges échus au 31 décembre 2024 et non encore réglés, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer ;condamne Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à lui payer une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant mensuel du loyer et charges prévus au bail, outre revalorisation légale, à compter de la résiliation du bail, révisable comme lui, jusqu’à libération des lieux et restitution des clés ;condamne Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] au paiement d’une somme de 2.000€ au titre de l’article 1231-1 du code civil ;condamne Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] au paiement d’une somme de 2.000€ au titre de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux dépens, en ce compris le coût du commandement ;ordonne l’exécution provisoire.
Au soutien de ses prétentions, la société S.E.M. V.I.T fait valoir, à titre principal, que les locataires n’ont pas régularisé la situation relative aux loyers dans le délai de six semaines impartis par le commandement du 4 avril 2024, et qu’en application de la clause résolutoire prévue au bail ce dernier se trouve résilié de plein droit.
A l’audience du 11 juillet 2025, la société S.E.M. V.I.T, comparante représentée par son Conseil, reprend les termes de son assignation et actualise sa demande en paiement de l’arriéré locatif à la somme de 4.873,77 € selon décompte arrêté au 01 juillet 2025.
Elle ne s’oppose pas aux délais de paiement sollicités par Madame [I] [P].
À l’audience, Madame [I] [P], comparante en personne, sollicite la suspension de la clause résolutoire, ainsi qu’un échelonnement du paiement des sommes dues, par mensualités de 100€. Elle fait état de sa bonne foi et de difficultés financières.
Bien que régulièrement cité par dépôt de l’acte à l’étude de l’huissier de justice, Monsieur [L] [C] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
Aucun diagnostic social et financier n’a été reçu au greffe avant l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 15 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En l’espèce, Monsieur [L] [C] cité à l’étude de l’huissier, n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter à l’audience. Dès lors, la décision étant susceptible d’appel, il y a lieu de statuer par jugement réputé contradictoire en application de l’article 473 du code de procédure civile.
Sur la recevabilité de la demande
Conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation aux fins de constat de la résiliation du bail a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département le 24 janvier 2025, soit au moins six semaines avant l’audience.
Par ailleurs, il est justifié que la situation d’impayés perdure malgré son signalement à la caisse d’allocations familiales par la société S.E.M. V.I.T le 8 juillet 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 21 janvier 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
En conséquence, la demande de la société S.E.M. V.I.T aux fins de constat de résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers est recevable.
Sur la demande principale
Sur la demande de résiliation du contrat de bail
L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 précise, dans sa rédaction issue de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, que tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
La loi ne prévoit pas de dispositions transitoires permettant de déterminer l’application de l’article 24 dans sa rédaction issue de ce texte, aux baux en cours.
Selon l’avis de la Cour de Cassation, troisième chambre civile, en date du 13 juin 2024, les dispositions de l’article 10 de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 en ce qu’elles modifient le délai minimal imparti au locataire pour s’acquitter de sa dette après la délivrance d’un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au bail prévue par l’article 24 alinéa 1er et 1°de la loi 89-462 du 6 juillet 1989 n’ont pas pour effet de modifier les délais figurant dans les clauses contractuelles des baux en cours au jour de l’entrée en vigueur de la loi.
En l’espèce, il convient de constater que le bail signé par les parties le 5 juin 2013, soit avant l’entrée en vigueur de la loi 2023-668 du 27 juillet 2023 contient une clause résolutoire qui prévoit qu’en cas de non-paiement des loyers ou charges échus et deux mois après un commandement de payer resté infructueux, le bail pourrait être résilié de plein droit.
Par conséquent, s’agissant d’un contrat en cours au jour de l’entrée en vigueur de la loi 2023-668 du 27 juillet 2023, la clause résolutoire contractuelle se référant expressément au délai de deux mois entre la délivrance du commandement de payer et l’acquisition des effets de ladite clause doit prévaloir sur le nouveau délai légal de six semaines.
Par exploit en date du 4 avril 2024, le bailleur a fait commandement aux locataires de s’acquitter de la somme de 888,53 € de loyers et charges impayés dans un délai de six semaines.
Les locataires ne s’étant pas acquittés de l’intégralité des causes du commandement dans le délai de deux mois imparti par le contrat signé entre les parties, ladite clause résolutoire est acquise, et le bail s’en trouve de plein droit résilié le 5 juin 2024.
Sur la demande d’expulsion
Les locataires n’ayant plus aucun droit ni titre pour occuper l’immeuble litigieux, il y a lieu d’ordonner leur expulsion ainsi que celle de tous occupants de leur chef, ainsi qu’il en sera disposé ci-après.
Sur l’indemnité d’occupation
En occupant sans droit ni titre les lieux loués, Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] causent un préjudice au bailleur qui sera réparé par l’allocation d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et de l’avance sur charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, jusqu’à libération effective des locaux et remise des clés.
Sur la demande de paiement des arriérés de loyers et de charges
Aux termes de l’article 7, alinéa 1er, a) de la Loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En l’espèce, il ressort du décompte de créance produit par le bailleur, qu’à la date du 01 juillet 2025, Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] demeurent redevables de la somme de 4.873,77 € au titre des loyers et charges impayés.
Madame [I] [P] ne conteste pas le montant réclamé selon le décompte produit.
Il y a donc lieu de condamner Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à payer à la société S.E.M. V.I.T, au titre des arriérés de loyers, charges et indemnités d’occupation, la somme de 4.873,77 €, avec intérêts au taux légal à compter du commandement sur la somme de 888,53 €, et de l’assignation sur la somme de 2.048,70 € et du présent jugement pour le surplus.
Sur la demande de dommages et intérêts
La société S.E.M. V.I.T sollicite la somme de 2.000 euros à titre de dommages et intérêts.
Elle ne justifie d’aucun préjudice distinct du non-paiement des loyers déjà compensé par les intérêts au taux légal.
La demande à ce titre sera rejetée.
Sur les délais de paiement
En application de l’article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Selon l’article 24-VII, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. Le texte prévoit que la suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans les délais et selon les modalités fixées par le juge et que ces délais ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location, notamment suspendre le paiement des loyers et charges.
Si le locataire se libère de sa dette dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué et dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Madame [I] [P] fait valoir qu’elle travaille en tant que saisonnière chez FERRERO et perçoit 1.200€ de revenus mensuels. Elle a 4 enfants à charge, dont deux mineurs qui vivent au domicile. Le bailleur ne s’oppose pas à l’octroi de délais de paiement.
Les locataires étant en mesure de régler leur dette locative, et le bailleur ne s’opposant pas aux délais de paiement sollicités, cette situation justifie de leur accorder un délai de 36 mois pour se libérer de leur dette, par mensualités de 100€, et selon les modalités décrites au présent dispositif.
Conformément à la demande, il y a lieu de suspendre les effets de la clause résolutoire pendant cette période, ce qui signifie que si les échéances sont réglées régulièrement, et la dette réglée dans sa totalité, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué.
À défaut de règlement d’une des échéances, ou en cas d’impayé, la suspension prendra fin et la clause reprendra son effet, et l’intégralité de la dette restée impayée sera immédiatement exigible par le bailleur.
De plus, l’expulsion de Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] et de tout occupant de leur chef sera autorisée. Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur les mesures accessoires
Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P], succombant dans le cadre de la présente instance, seront condamnés aux dépens, en ce compris le coût du commandement du 4 avril 2024, de l’assignation du 21 janvier 2025 et de la notification de ces actes aux administrations les 8 juillet 2024 et 24 janvier 2025.
Condamnés aux dépens, Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] seront condamnés à verser au bailleur une indemnité qu’il est équitable de fixer à 150 € sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
Conformément à l’article 514 du code de procédure civile, le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire, de droit.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats en audience publique, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail conclu le 5 juin 2013 entre la Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait d’une part, et Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] d’autre part, concernant les locaux situés 27, Rue Marcelin Berthelot (Les Chenes – Res La Foret – Appt 10) à LE TRAIT 76580, sont réunies à la date du 5 juin 2024,
CONSTATE la résiliation du bail à compter de cette date,
CONDAMNE Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à payer à la Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait la somme de 4.873,77 euros au titre des loyers et charges arrêtés au 01 juillet 2025 échéance de juin 2025 incluse, avec intérêts au taux légal à compter du 4 avril 2024 sur la somme de 888,53 euros, de l’assignation du 21 janvier 2025 sur la somme de 2.048,70 euros et du présent jugement pour le surplus,
ACCORDE un délai à Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] pour le paiement de ces sommes,
AUTORISE Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à s’acquitter de la dette en 36 mois, en procédant à 35 versements de 100 euros, et un dernier versement égal au solde de la dette, sauf meilleur accord entre les parties et ce en plus du loyer courant et des charges,
DIT que chaque versement devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement,
SUSPEND les effets de la clause résolutoire,
RAPPELLE que la présente décision suspend la procédure d’exécution,
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise,
DIT qu’à défaut de paiement du loyer courant et des charges ou d’une seule mensualité à sa date d’échéance, l’échelonnement sera caduc, la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible, et la clause résolutoire reprendra ses effets, et ce, 15 jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet,
En ce cas,
ORDONNE, à défaut de départ volontaire des lieux, l’expulsion de Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] ainsi que de tout occupant de leur chef, dans un délai de deux mois à compter de la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, avec l’assistance de la force publique si besoin est, ainsi que le transport des meubles laissés dans les lieux loués, conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNE Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à payer à la Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait une indemnité d’occupation égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges qui auraient été dus, si le bail s’était poursuivi à compter du 5 juin 2024 jusqu’à la libération effective des lieux, déduction faite des paiements déjà intervenus,
DEBOUTE les parties du surplus de leurs demandes ;
CONDAMNE Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] aux dépens, en ce compris le coût du commandement du 4 avril 2024, de l’assignation du 21 janvier 2025 et de la notification de ces actes aux administrations les 8 juillet 2024 et 24 janvier 2025;
CONDAMNE Monsieur [L] [C] et Madame [I] [P] à payer à la Société d’Economie Mixte de la Ville du Trait la somme de 150 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
DIT que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à M. le Préfet de la Seine-Maritime en application de l’article R412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire de droit.
Ainsi jugé les jour, mois et an que dessus et après lecture la greffière a signé avec la présidente.
LA GREFFIERE LA PRESIDENTE
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