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Sur la décision
| Référence : | TJ Saint-Denis de la Réunion, civil tp saint paul, 19 nov. 2024, n° 24/00574 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00574 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 24 septembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Cabinet(s) : | |
| Parties : |
Texte intégral
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
N° RG 24/00574 – N° Portalis DB3Z-W-B7I-G4WS
MINUTE N° : 24/00188
COUR D’APPEL DE SAINT-DENIS DE LA RÉUNION
TRIBUNAL DE PROXIMITE DE SAINT-PAUL
— -------------------
JUGEMENT DU 19 NOVEMBRE 2024
—
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
PARTIES
DEMANDEUR :
S.A. CREDIT MODERNE
[Adresse 2]
[Adresse 2]
[Localité 4]
Représentéepar la SELARL CLOIX & MENDES-GIL, avocats au barreau de PARIS, ayant pour postulant Maître Sophie MARGAIL, avocate au barreau de Saint Denis
DÉFENDEUR :
Monsieur [E] [N]
[Adresse 1]
[Adresse 1]
[Localité 3]
comparant en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Isabelle OPSAHL, Vice-présidente,
Assistée de : Cecile CRESCENCE, Greffier,
DÉBATS :
À l’audience publique du 29 Octobre 2024
DÉCISION :
Prononcée par Isabelle OPSAHL, Juge au Tribunal de Proximité de Saint-Paul, assistée de Cecile CRESCENCE, Greffier,
Copie exécutoire délivrée le : 20/11/2024 aux parties
EXPOSE DU LITIGE
Le 1er décembre 2021, la société Crédit Moderne Océan Indien a proposé une offre de prêt personnel amortissable n° 42966133569004 à [E] [N] pour la somme de 6.000 euros au taux contractuel de 8,89% l’an, remboursable en 60 échéances de 128,73 euros, offre qui a été acceptée par l’emprunteur.
Des échéances étant impayées, le Crédit Moderne a vainement mis en demeure le débiteur, par lettre recommandée avec avis de réception du 7 décembre 2023, de lui régler la somme de 525,21 euros.
La situation n’ayant pas été régularisée, le Crédit Moderne a, par lettre recommandée avec avis de réception du 30 janvier 2024 notifié la déchéance du terme à M. [N] et l’a mis en demeure de lui régler la somme de 6.091,12 euros, ce qui est resté infructueux.
Par acte du 30 septembre 2024, le Crédit Moderne a dès lors fait citer M. [N] devant le juge des contentieux de la protection au tribunal de proximité de Saint-Paul aux fins, sous le bénéfice de l’exécution provisoire, de le condamner à :
— lui payer la somme 6.091,12 euros majorée des intérêts au taux contractuel de 8,89 % l’an à compter de la mise en demeure,
— ordonner la capitalisation des intérêts à compter de l’assignation,
— n’accorder aucun délai de paiement compte tenu des retards répétés,
— le condamner à lui payer la somme de 500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile, ainsi qu’aux entiers dépens.
A l’audience du 29 octobre 2024, M. [N] a communiqué au greffier sa nouvelle adresse.
Le juge a soulevé d’office plusieurs causes de déchéance du droit aux intérêts : pas de justificatif de remise d’une notice d’assurance, pas de vérification suffisante de la solvabilité de l’emprunteur, défaut d’avertissement complet sur les conséquences de leur défaillance, pas de justificatif de remise d’un bordereau de rétractation conforme, pas de justificatif de consultation du FICP dans les délais légaux et de production d’une fiche FIPEN conforme.
Le demandeur a dit s’en rapporter.
Le défendeur a indiqué avoir repris un travail et sollicité à ce titre des délais de paiement à raison de 250 euros par mois, voire moins si possible. Le demandeur a dit s’y opposer.
L’affaire a été mise en délibéré au 19 novembre 2024.
Le jugement contradictoire en premier ressort sera rendu par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande en paiement
En application de l’article L. 341-2 du code de la consommation dispose que “Le prêteur qui n’a pas respecté les obligations fixées aux articles L. 312-14 et L. 312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge."
L’article L. 312-29 du code de la consommation prévoit quant à lui que “lorsque l’offre de contrat de crédit est assortie d’une proposition d’assurance, une notice est fournie à l’emprunteur, sur support papier, ou tout autre support durable. Cette notice comporte les extraits des conditions générales de l’assurance le concernant, notamment les nom et adresse de l’assureur, la durée, les risques couverts et ceux qui sont exclus”.
Si la notice a bien été versée, il n’est pas justifié de sa remise à l’emprunteur et de la régularité de celle-ci. La simple clause selon laquelle l’emprunteur reconnaît avoir reçu ce document ne peut en faire présumer la régularité. Il ne peut constituer qu’un indice qu’il appartient au prêteur de corroborer par un ou plusieurs éléments de preuve pertinents (CJUE, 18 décembre 2014, affaire C 449/13, CA Consumer Finance SA c/ [O] B et autres). La déchéance est donc encourue sur ce point.
En outre, l’article R. 312-10 du Code de la consommation prévoit que le contrat de crédit doit comporter de manière claire et lisible un avertissement relatif aux conséquences de la défaillance de l’emprunteur. Or, si le contrat conclu porte effectivement une mention relative aux conséquences en cas de défaillance de l’emprunteur, force est de constater que seules sont visées les conséquences relatives à la conclusion d’un nouveau contrat de crédit, à l’inscription éventuelle au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers et à l’exigibilité des sommes dues. Aucune autre conséquence, notamment eu égard à l’assurance souscrite et aux procédures et mesures d’exécution susceptibles d’être diligentées à l’endroit de l’emprunteur, n’est énoncée par le contrat. La banque encourt donc pour ce nouveau motif, en application de l’article L. 341-2 du code de la consommation, la déchéance de tout droit aux intérêts contractuels. La déchéance est donc encourue à cet égard.
Il ressort des pièces du dossier que si le prêteur a bien consulté le Fichier des Incidents de Paiement des Crédits aux Particuliers comme imposé par les articles L. 312-16 et L. 751-1, il l’a fait après la signature du contrat. La déchéance ne peut qu’être prononcée à ce titre.
Enfin, il ne ressort pas du dossier que l’emprunteur a été rendu destinataire de la fiche d’information précontractuelle (FIPEN) au titre des prescriptions de l’article R.312-2-11 du Code de la consommation portant mention d’un exemple représentatif mentionnant toutes les hypothèses utilisées pour le calcul du taux annuel effectif global, ce qui entraîne la déchéance de ce chef.
Les autres causes de déchéance soulevées à l’audience n’ont pas été retenues.
Il résulte néanmoins de ce qui précède que le Crédit Moderne doit être déchu de son droit aux intérêts sur le prêt litigieux.
Le débiteur n’est donc tenu que du capital emprunté (6.000 euros) déductions faite de toutes les sommes versées par lui (992,29 euros), soit un solde dû de 5.007.71 euros, à l’exclusion de toute autre somme, notamment la clause pénale.
Le défendeur ne justifie pas avoir versé des sommes après la déchéance du terme.
Sur les intérêts
Bien que déchu de son droit aux intérêts, le prêteur est fondé, en vertu de l’article 1153 du Code civil, à réclamer à l’emprunteur le paiement des intérêts au taux légal sur le capital restant dû à compter de la mise en demeure (cf. not. Civ. 1ère, 26 novembre 2002, n° 00-17.119 ; Civ. 1ère, 27 mai 2003, n° 01-10.635), le taux d’intérêt étant en principe majoré de plein-droit deux mois après le caractère exécutoire de la décision de justice.
Mais, par un arrêt du 27 mars 2014, la Cour de Justice de l’Union Européenne (affaire C-565/12, Le Crédit Lyonnais SA/Fesih Kalhan) a dit pour droit que l’article 23 de la directive 2008/48 s’oppose à l’application d’intérêts au taux légal lesquels sont en outre majorés de plein-droit deux mois après le caractère exécutoire d’une décision de justice prononçant la déchéance du droit aux intérêts si « les montants susceptibles d’être effectivement perçus par le prêteur à la suite de l’application de la sanction de la déchéance des intérêts ne sont pas significativement inférieurs à ceux dont celui-ci pourrait bénéficier s’il avait respecté » ses obligations découlant de ladite directive. La Cour de Justice a ainsi indiqué que « si la sanction de la déchéance des intérêts se trouvait affaiblie, voire purement et simplement annihilée, en raison du fait que l’application des intérêts au taux légal majoré est susceptible de compenser les effets d’une telle sanction, il en découlerait nécessairement que celle-ci ne présente pas un caractère véritablement dissuasif » (point 52). Il s’ensuit qu’en vue d’apprécier le caractère réellement dissuasif de la sanction, il appartient à la juridiction « de comparer, dans les circonstances de l’affaire dont elle est saisie, les montants que le prêteur aurait perçus en rémunération du prêt dans l’hypothèse où il aurait respecté son obligation » découlant de la directive, « avec ceux qu’il percevrait en application de la sanction de la violation de cette même obligation » (point 50). La Cour de Justice a également dit que « dans l’occurrence où la juridiction de renvoi constaterait que la sanction de la déchéance des intérêts conventionnels ne présente pas un caractère véritablement dissuasif au sens de l’article 23 de la directive 2008/48, il y a lieu de rappeler à cet égard qu’une juridiction nationale, saisie d’un litige opposant exclusivement des particuliers, est tenue, lorsqu’elle applique les dispositions du droit interne, de prendre en considération l’ensemble des règles du droit national et de les interpréter, dans toute la mesure du possible, à la lumière du texte ainsi que de la finalité de la directive applicable en la matière pour aboutir à une solution conforme à l’objectif poursuivi par celle-ci » (point 54).
En l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats que les montants susceptibles d’être effectivement perçus par le prêteur au titre des intérêts au taux légal majoré de cinq points, nonobstant la déchéance des intérêts, ne sont pas suffisamment inférieurs à ceux dont celui-ci pourrait bénéficier s’il avait respecté ses obligations découlant de la directive 2008/48, le taux de l’intérêt légal étant voisin voire supérieur à celui du contrat (8,89 %), de sorte que la sanction de la déchéance du droit aux intérêts ne revêt pas de caractère effectif et dissuasif.
Afin d’assurer l’effet de le directive 2008/48 notamment de son article 23, et par conséquent le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts, il convient donc de ne pas faire application de l’article L. 313-3 du Code monétaire et financier et de dire que la somme restant due en capital ne portera intérêts pour l’avenir qu’au taux légal non majoré.
Les intérêts courront à compter du 30 janvier 2024, date de la dernière mise en demeure valant sommation suffisante de s’acquitter de la créance.
La capitalisation des intérêts contractuels est exclue par l’article L. 312-39 du code de la consommation. Elle doit donc être a fortiori écartée en cas d’application de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts.
Sur la demande de délais
Aux termes de l’article 1343-5 du Code civil, le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues.
Le défendeur a sollicité un échéancier à raison de 250 euros par mois comme ayant retrouvé du travail, voire moins si cela est possible.
Le demandeur s’y est opposé, ce qui est compréhensible, M. [N] ayant montré sa défaillance dès la première échéance du prêt. Il reste devoir une somme qu’il ne peut cependant régler que via un échéancier.
Il convient dès lors, de dire qu’il pourra s’acquitter de la somme de 5.007.71 euros en versant 23 mensualités de 209 euros chacune et une 24ème de 200,71 euros qui soldera la dette.
Il convient de préciser que le défaut de paiement d’une seule de ces échéances entraînera que le solde de la créance sera immédiatement exigible.
Sur les autres demandes
Attendu qu’il n’apparaît inéquitable de laisser au demandeur la charge des frais irrépétibles eu égard à la situation pécuniaire fragile de M. [N].
Il supportera toutefois les dépens qui comprendront le coût de l’assignation (100,66 euros).
Rien ne justifie d’écarter l’exécution provisoire de droit.
PAR CES MOTIFS,
La vice-présidente des contentieux de la protection,
Statuant publiquement par jugement contradictoire en premier ressort rendu par mise à disposition au greffe,
PRONONCE la déchéance du droit de la société Crédit Moderne Océan Indien aux intérêts sur le prêt personnel amortissable n° 42966133569004 consenti pour la somme de 6.000 euros à [E] [N] le 1er décembre 2021 au taux contractuel de 8,89 % l’an ;
En conséquence,
CONDAMNE [E] [N] à payer à la société Crédit Moderne Océan Indien au titre de ce prêt la somme de 5.007.71 euros, portant intérêts au taux légal non soumis à la majoration de l’article L. 313-3 du Code monétaire et financier à compter du 30 janvier 2024 ;
DÉBOUTE la société Crédit Moderne Océan Indien du surplus de ses demandes et de ses autres demandes;
AUTORISE [E] [N] à s’acquitter de la somme de 5.007.71 euros par le versement de 23 mensualités de 209 euros chacune et d’une 24ème de 200,71 euros qui soldera la dette ;
DIT que le défaut de paiement d’une seule de ces échéances entraînera que le solde de la créance sera immédiatement exigible ;
CONDAMNE [E] [N] aux dépens qui comprendront le coût de l’assignation (100,66 euros) ;
RAPPELLE que la présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire.
Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction aux jour, mois et année susdits. En foi de quoi le jugement a été signé par la vice-présidente des contentieux de la protection et la greffière (faisant fonction).
La greffière La vice-présidente des contentieux de la protection
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