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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourg-en-Bresse, jcp, 22 mai 2025, n° 25/00105 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00105 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 25 septembre 2025 |
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Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURG EN BRESSE
JCP juge des contentieux de la protection
JUGEMENT DU 22 MAI 2025
N° RG 25/00105 – N° Portalis DBWH-W-B7J-G776
N° minute : 25/00202
Dans l’affaire entre :
DEMANDERESSE
[Localité 8]
dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Me Annie MONNET SUETY avocat au barreau de l’Ain
et
DEFENDERESSE
Madame [R] [V] [L] [E]
née le 16 Octobre 1992 à [Localité 9]
demeurant [Adresse 4]
comparante
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrat : Madame RENAULT, Vice-Présidente
Greffier : Madame TALMANT, Greffier
Débats : en audience publique le 27 Mars 2025
Prononcé : décision rendue publiquement par mise à disposition au greffe le 22 Mai 2025
copies délivrées le 22 MAI 2025 à :
[Localité 8]
Madame [R] [E]
formule(s) exécutoire(s) délivrée(s) le 22 MAI 2025 à :
[Localité 8]
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé du 05 avril 2018, l’Office Public de l’Habitat [Localité 6] a consenti un bail d’habitation à Madame [R] [E] portant sur un immeuble à usage d’habitation situé au 1er étage, [Adresse 3] à [Localité 10] (01), contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 467,68 euros, provision sur charges incluse.
Suivant acte séparé du même jour, l’Office Public de l’Habitat [Localité 5] HABITAT a également consenti un contrat de location à Madame [R] [E] portant sur une aire de stationnement située au [Adresse 3] à [Localité 10] (01), contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 51,34 euros, provision sur charges incluse.
Par acte délivré par commissaire de justice le 08 octobre 2024, [Localité 8] a fait commandement à Madame [R] [E] d’avoir à payer la somme en principal de 1.167,56 euros et visant les clauses résolutoires des deux baux.
Par acte délivré par commissaire de justice du 24 janvier 2025, dénoncé à la Préfecture de l’Ain par voie électronique le même jour, GRAND BOURG HABITAT a fait assigner Madame [R] [E] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOURG-EN-BRESSE aux fins d’obtenir sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— la constatation de la résiliation des baux du logement et de l’aire de stationnement par l’effet des clauses résolutoires,
— l’expulsion sans délai de Madame [R] [E], si besoin avec le concours de la force publique,
— la condamnation de la locataire au paiement :
— de la somme de 2.182,28 euros au titre des loyers échus à fin novembre 2024, outre ceux restant dus jusqu’au jour de l’audience selon décompte actualisé au cours des débats, concernant tant le logement que l’aire de stationnement,
— d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant des loyers mensuels indexés augmentés des charges, jusqu’à libération effective des lieux,
— d’une indemnité de 300 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
— des entiers dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer.
A l’audience du 27 mars 2025, [Localité 8], représenté par son conseil, a réitéré l’ensemble de ses demandes, portant à 3.562,36 euros la somme réclamée au titre des impayés de loyers, indemnités d’occupation et charges au 28 février 2025. Il a indiqué ne finalement pas être opposé à l’octroi de délais de paiement suspensifs eu égard à la reprise du loyer courant.
En défense, Madame [R] [E], comparant en personne, n’a contesté ni le principe, ni le montant de la dette mais a réclamé des délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire, proposant d’apurer sa dette par règlements de 100 euros par mois, en plus du loyer courant.
Le diagnostic social et financier a été communiqué par la Préfecture avant la clôture des débats et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 22 mai 2025.
MOTIVATION DE LA DÉCISION
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée au Préfet, représentant de l’Etat. Un accusé de réception électronique a été transmis au bailleur le 24 janvier 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions nouvelles de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, [Localité 8] justifie avoir saisi le 16 juillet 2021 la caisse d’allocations familiales et le 20 septembre 2024 la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur les demandes en constatation de la résiliation des baux et d’expulsion
L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 rappelle que le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus constitue une obligation essentielle du locataire.
En vertu de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Il précise également les mentions obligatoires qui doivent figurer dans le commandement, à peine de nullité.
En l’espèce, les contrats de bail du logement et de l’aire de stationnement conclus entre les parties contiennent une clause prévoyant la résiliation de plein droit des contrats pour défaut de paiement du loyer ou des charges après un délai expressément fixé à deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
La loi du 27 juillet 2023 n’inclut aucune disposition transitoire, et est dès lors entrée en vigueur le 29 juillet 2023 en application de l’article 1er du code civil.
Cependant, en matière contractuelle, en vertu de l’article 2 du code civil énonçant que la loi ne dispose que pour l’avenir et qu’elle n’a point d’effet rétroactif, le principe est celui de la survie de la loi ancienne, seuls les contrats conclus postérieurement à son entrée en vigueur y étant soumis.
Dès lors, et comme l’a rappelé la troisième chambre civile de la Cour de cassation, dans un avis en date du 13 juin 2024, l’article 10 de cette loi, « en ce qu’il fixe désormais à six semaines le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette, au terme duquel la clause résolutoire est acquise, ne s’applique pas immédiatement aux contrats en cours, qui demeurent régis par les stipulations des parties, telles qu’encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion des baux, et ne peut avoir pour effet d’entraîner leur réfaction ».
Par acte délivré par commissaire de justice le 08 octobre 2024, [Localité 8] a fait commandement à Madame [R] [E] d’avoir à payer la somme en principal de 1.167,56 euros. Ce commandement, délivré en étude, reproduit les clauses résolutoires insérées aux contrats de bail du logement et du garage et respecte les dispositions légales susvisées.
Ce commandement précisait que faute pour la locataire de régler les sommes dues dans le délai contractuellement fixé à deux mois, le bailleur entendait se prévaloir des clauses résolutoires contractuelles.
La situation n’a pas été régularisée dans le délai de deux mois suivant la signification du commandement de payer. Par ailleurs, le juge n’a pas été saisi par la locataire aux fins d’obtenir des délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire.
Il y a donc lieu de constater la résiliation des baux du logement et de l’aire de stationnement par l’effet des clauses résolutoires y étant insérées, acquise au 09 décembre 2024 et d’ordonner la libération des lieux, et le cas échéant l’expulsion des occupants.
Aucune circonstance ne justifie la demande d’expulsion « sans délai » et la suppression du délai de deux mois à compter du commandement de quitter les lieux prévu par l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution. Cette demande sera donc rejetée.
Sur la demande en paiement au titre des indemnités d’occupation
En application de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
Madame [R] [E] occupe les lieux sans droit ni titre depuis le 09 décembre 2024. Il convient de réparer ce dommage et de la condamner à payer à [Localité 7] HABITAT une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant des loyers mensuels, augmentés des charges, qui auraient été dus en cas de non résiliation des baux du logement et de l’aire de stationnement, et ce jusqu’à restitution effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion).
Sur la demande en paiement des loyers, charges et indemnités d’occupation
En application de l’article 7 (a) de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En l’espèce, le bailleur fait la preuve de l’obligation dont il se prévaut en produisant les baux du logement et de l’aire de stationnement signés le 05 avril 2018 et un dernier décompte faisant état à la date du 24 mars 2025 d’une dette de 3.562,36 euros dont il y a lieu de déduire les sommes suivantes :
— les frais de retard pour l’enquête sociale 2024, qui ne sont pas justifiés dans le présent dossier, soit la somme de 15,24 euros,
— les “frais de poursuites” imputés en novembre 2024, qui ne font pas partie de la dette locative mais éventuellement des dépens, soit la somme de 90,71 euros.
Il y a donc lieu de condamner Madame [R] [E] à payer à [Localité 7] HABITAT la somme de 3.456,41 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 24 mars 2025, échéance du mois de février 2025 incluse.
Sur les délais de paiement
Il résulte de l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989, dans sa version entrée en vigueur le 29 juillet 2023 et d’application immédiate, que :
V. – Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. (…)
VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Madame [R] [E] a sollicité le bénéfice de délais de paiement suspendant les effets de la clause résolutoire.
Elle expose avoir trois enfants à charge (âgés de 4, 7 et 12 ans) et que son conjoint travaille en intérim et perçoit généralement un salaire situé entre 1.700 et 2.000 euros par mois. Elle ajoute être pour sa part à la recherche d’un emploi.
Madame [R] [E] justifie avoir effectué un règlement de 400 euros le 12 mars 2025 ce qui correspond à une reprise du paiement du loyer résiduel de février 2025. Elle a proposé d’apurer sa dette locative par mensualités de 100 euros par mois, en plus du loyer courant. Le rapport social et financier confirme que ce plan d’apurement est compatible avec leurs ressources.
De son côté, le bailleur a indiqué à l’audience ne finalement pas s’opposer à l’octroi de délais de paiement.
Enfin, le rappel des droits APL (dont le versement est suspendu depuis le mois d’octobre 2024) diminuera d’autant le montant de la dette locative.
Eu égard à la situation économique et familiale de Madame [R] [E] et au montant des sommes dues, il convient de favoriser le maintien dans les lieux et d’accorder des délais de paiement selon les modalités prévues au dispositif (fin) de la présente décision.
Pendant le déroulement de ces délais, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Tout défaut de paiement d’une mensualité ou d’un terme de loyer à son échéance entraînera la mise en jeu de la clause résolutoire, la résiliation du contrat de location et la poursuite de l’expulsion sans qu’il n’y ait besoin d’une nouvelle décision.
Sur les demandes accessoires
La présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 489 et 514 du code de procédure civile, dans leur version en vigueur à la date d’introduction de l’instance.
Madame [R] [E] qui succombe à l’instance, devra supporter les dépens, qui comprendront les frais de commandement de payer du 08 octobre 2024.
Il n’apparaît par ailleurs pas inéquitable de laisser à la charge de [Localité 8] l’intégralité des sommes avancées par lui et non comprises dans les dépens pour assurer la défense de ses droits et intérêts en justice, la locataire devant concentrer ses efforts financiers sur le remboursement de la dette locative. Sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile sera donc rejetée.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement contradictoire et en premier ressort,
Condamne Madame [R] [E] à payer à [Localité 8] la somme de 3.456,41 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 24 mars 2025, échéance du mois de février 2025 incluse,
Autorise Madame [R] [E] à se libérer de sa dette par 35 mensualités de 100 euros payables en plus du loyer courant, le solde de la dette étant du lors de la dernière échéance, la première mensualité étant payable le 15 du mois suivant la signification du présent jugement et chaque mensualité étant payable le 15 de chaque mois,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail signé le 05 avril 2018 entre [Localité 8] d’une part, et Madame [R] [E] d’autre part, et portant sur un immeuble à usage d’habitation sis [Adresse 2] [Adresse 3] à [Localité 10] (01) sont réunies au 09 décembre 2024,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de location signé le 05 avril 2018 entre [Localité 8] d’une part, et Madame [R] [E] d’autre part, et portant sur une aire de stationnement sis [Adresse 3] à [Localité 10] (01) sont réunies au 09 décembre 2024,
Suspend les effets des clauses résolutoires pendant les délais de paiement accordés,
Dit que si cette dette est intégralement payée, les clauses résolutoires seront réputées n’avoir jamais joué,
Dit qu’au contraire, à défaut de paiement du loyer courant ou d’une seule mensualité à l’échéance fixée et ce, quinze jours après une mise en demeure de payer par lettre recommandée avec accusé de réception demeurée vaine :
— la totalité de la somme restant due redeviendra exigible,
— les clauses résolutoires reprendront leur pleins effets,
— à défaut par Madame [R] [E] d’avoir libéré les lieux DEUX MOIS après la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par ce dernier ou à défaut par le bailleur,
— Madame [R] [E] sera tenue de payer à [Localité 8] une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant des loyers mensuels révisés, augmentés des charges, qui auraient été payés en cas de non résiliation des baux du logement et de l’aire de stationnement et ce jusqu’à la libération effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion),
Dit n’y avoir lieu à application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
Condamne Madame [R] [E] aux entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais de commandement de payer du 08 octobre 2024,
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à la Préfecture de l’Ain en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution,
Rappelle que l’exécution provisoire de la décision est de droit,
AINSI JUGE ET PRONONCE, LES JOUR, MOIS et AN SUSDITS,
LE GREFFIER LE JUGE
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