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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourg-en-Bresse, jcp, 13 oct. 2025, n° 25/00300 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00300 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURG EN BRESSE
JCP juge des contentieux de la protection
JUGEMENT DU 13 OCTOBRE 2025
N° RG 25/00300 – N° Portalis DBWH-W-B7J-HFG2
N° minute : 25/00369
Dans l’affaire entre :
DEMANDERESSE
[Localité 9]
dont le siège social est sis [Adresse 3]
représentée par Me Annie MONNET SUETY avocat au barreau de l’Ain
et
DEFENDERESSE
Madame [H] [K] épouse [Y]
née le 01 Janvier 1939 à [Localité 10] (MAROC)
demeurant [Adresse 2]
représentée par Madame [R] [S], sa fille
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrat : Madame RENAULT, Vice-Présidente
Greffier : Madame TALMANT, Greffier
Débats : en audience publique le 25 Septembre 2025
Prononcé : décision rendue publiquement par mise à disposition au greffe le 13 Octobre 2025
copies délivrées le 13 OCTOBRE 2025 à :
[Localité 9]
Madame [H] [K] épouse [Y]
formule(s) exécutoire(s) délivrée(s) le 13 OCTOBRE 2025 à :
[Localité 9]
EXPOSE DU LITIGE
Après la résiliation d’un premier bail pour impayés de loyers, GRAND [Localité 6] HABITAT a consenti un second bail d’habitation par acte sous seing privé du 18 mars 2024 à Mme [H] [K] épouse [Y] portant sur un immeuble à usage d’habitation situé au 5ème étage, [Adresse 1] à [Localité 7] (01), et à compter du 5 mars 2021 (date de résiliation du premier bail) contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 511,28 euros, provision sur charges incluse.
[Localité 9] lui a également consenti le même jour un second bail à compter du 5 mars 2021 (date de résiliation du premier bail) portant sur une aire de stationnement (garage ou box fermé) situé au [Adresse 4] à [Localité 7] (01), contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 36,54 euros, provision sur charges incluse.
Par acte délivré par commissaire de justice le 20 février 2025, [Localité 9] a fait commandement à Mme [H] [K] épouse [Y] d’avoir à payer la somme en principal de 878,03 euros et visant la clause résolutoire du bail.
Par acte délivré par commissaire de justice du 20 juin 2025, dénoncé à la Préfecture de l’Ain par voie électronique le même jour, GRAND BOURG HABITAT a fait assigner Mme [H] [K] épouse [Y] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOURG-EN-BRESSE aux fins d’obtenir sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— la constatation de la résiliation des baux par l’effet de la clause résolutoire,
— l’expulsion immédiate de Mme [H] [K] épouse [Y], si besoin avec le concours de la force publique,
— la condamnation de la locataire au paiement :
— de la somme de 1.588,40 euros au titre des loyers échus à fin avril 2025, outre ceux restant dus jusqu’au jour de l’audience selon décompte actualisé au cours des débats,
— d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant des loyers mensuels indexés augmentés des charges, jusqu’à libération effective des lieux,
— d’une indemnité de 300 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
— des entiers dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer.
A l’audience du 25 septembre 2025, [Localité 9], représenté par son conseil, a réitéré l’ensemble de ses demandes, portant à 2.138,63 euros la somme réclamée au titre des impayés de loyers, indemnités d’occupation et charges. Il a indiqué ne pas être opposé à l’octroi de délais de paiement suspensifs.
Assignée à personne, Mme [H] [K] épouse [Y] n’a pas comparu. En revanche, sa fille [R] [S] s’est présentée, sans pouvoir, pour solliciter pour elle des délais de paiement suspensifs.
Le diagnostic social et financier a été communiqué par la Préfecture avant la clôture des débats et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 13 octobre 2025.
MOTIVATION DE LA DÉCISION
Sur l’absence du défendeur
En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée.
Mme [H] [K] épouse [Y] ayant été régulièrement assignée, il y a lieu de statuer sur le fond.
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée au Préfet, représentant de l’Etat. Un accusé de réception électronique a été transmis au bailleur le 20 juin 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions nouvelles de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, [Localité 9] justifie avoir saisi le 8 octobre 2024 la caisse d’allocations familiales, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur les demandes en constatation de la résiliation des baux et d’expulsion
L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 rappelle que le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus constitue une obligation essentielle du locataire.
En vertu de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Il précise également les mentions obligatoires qui doivent figurer dans le commandement, à peine de nullité.
En l’espèce, le contrat de bail conclu entre les parties contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges après un délai expressément fixé à six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Par acte délivré par commissaire de justice le 20 février 2025, [Localité 9] a fait commandement à Mme [H] [K] épouse [Y] d’avoir à payer la somme en principal de 878,03 euros. Ce commandement, délivré en personne, reproduit la clause résolutoire insérée aux contrats de baux et respecte les dispositions légales susvisées.
Ce commandement précisait que faute pour la locataire de régler les sommes dues dans un délai de deux mois, le bailleur entendait se prévaloir de la clause résolutoire contractuelle.
La situation n’a pas été régularisée dans le délai laissé au locataire de deux mois suivant la signification du commandement de payer. Par ailleurs, le juge n’a pas été saisi par le locataire aux fins d’obtenir des délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire.
Il y a donc lieu de constater la résiliation des baux par l’effet des clauses résolutoires y étant insérées, acquises au 21 avril 2025 et d’ordonner la libération des lieux, et le cas échéant l’expulsion des occupants.
Aucune circonstance ne justifie la demande d’expulsion « immédiate » et la suppression du délai de deux mois à compter du commandement de quitter les lieux prévu par l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution. Cette demande sera donc rejetée.
Sur la demande en paiement au titre des indemnités d’occupation
En application de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
Mme [H] [K] épouse [Y] occupe les lieux sans droit ni titre depuis le 21 avril 2025. Il convient de réparer ce dommage et de la condamner à payer à [Localité 9] une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel, augmenté des charges, qui aurait été du en cas de non résiliation des baux (y compris du garage), et ce jusqu’à restitution effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion).
Sur la demande en paiement des loyers, charges et indemnités d’occupation
En application de l’article 7 (a) de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En l’espèce, le bailleur fait la preuve de l’obligation dont il se prévaut en produisant les baux signés le 18 mars 2024 et un dernier décompte faisant état à la date du 22 septembre 2025 d’une dette de 2.138,63 euros.
Il y a donc lieu de condamner Mme [H] [K] épouse [Y] à payer à [Localité 8] HABITAT la somme de 2.138,63 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 22 septembre 2025, échéance du mois d’août 2025 incluse.
Sur les délais de paiement
Il résulte de l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989, dans sa version entrée en vigueur le 29 juillet 2023 et d’application immédiate, que :
V. – Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. (…)
VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
Mme [H] [K] épouse [Y] justifie avoir repris le paiement intégral du loyer courant avant l’audience.
Le bailleur propose l’octroi de délais de paiement suspensifs.
Mme [H] [K] épouse [Y] a prouvé sa bonne foi et la réalité de son engagement. De plus, la proposition de règlement, qui est acceptée par le bailleur, apparaît adaptée à ses capacités contributives. Sa fille indiquait qu’elle viendrait s’installer au domicile de sa mère et l’aiderait à payer le loyer.
Eu égard à la situation économique et familiale de Mme [H] [K] épouse [Y] et au montant des sommes dues, il convient de favoriser le maintien dans les lieux et d’accorder des délais de paiement selon les modalités prévues au dispositif (fin) de la présente décision.
Pendant le déroulement de ces délais, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Tout défaut de paiement d’une mensualité ou d’un terme de loyer à son échéance entraînera la mise en jeu de la clause résolutoire, la résiliation du contrat de location et la poursuite de l’expulsion sans qu’il n’y ait besoin d’une nouvelle décision.
Sur les demandes accessoires
La présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 489 et 514 du code de procédure civile, dans leur version en vigueur à la date d’introduction de l’instance.
Mme [H] [K] épouse [Y] qui succombe à l’instance, devra supporter les dépens, qui comprendront les frais de commandement de payer du 20 février 2025 et de l’assignation du 20 juin 2025.
Il n’apparaît par ailleurs pas inéquitable de laisser à la charge de [Localité 8] HABITAT l’intégralité des sommes avancées par lui et non comprises dans les dépens pour assurer la défense de ses droits et intérêts en justice, la locataire devant concentrer ses efforts financiers sur le remboursement de la dette locative. Sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile sera donc rejetée.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
Condamne Mme [H] [K] épouse [Y] à payer à [Localité 9] la somme de 2.138,63 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 22 septembre 2025, échéance du mois d’août 2025 incluse,
Autorise Mme [H] [K] épouse [Y] à se libérer de sa dette par 22 mensualités de 100 euros payables en plus du loyer courant, le solde de la dette étant du lors de la dernière échéance, la première mensualité étant payable le 15 du mois suivant la signification du présent jugement et chaque mensualité étant payable le 15 de chaque mois,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail signé le 18 mars 2024 entre [Localité 8] HABITAT d’une part, et Mme [H] [K] épouse [Y] d’autre part, et portant sur un immeuble à usage d’habitation sis [Adresse 5] [Adresse 1] à [Localité 7] (01) sont réunies au 21 avril 2025,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail signé le 18 mars 2024 entre [Localité 9] d’une part, et Mme [H] [K] épouse [Y] d’autre part, et portant sur une aire de stationnement (garage) situé [Adresse 4] à [Localité 7] (01) sont réunies au 21 avril 2025,
Suspend les effets des clauses résolutoires pendant les délais de paiement accordés,
Dit que si cette dette est intégralement payée, les clauses résolutoires seront réputées n’avoir jamais joué,
Dit qu’au contraire, à défaut de paiement du loyer courant ou d’une seule mensualité à l’échéance fixée et ce, quinze jours après une mise en demeure de payer par lettre recommandée avec accusé de réception demeurée vaine :
— la totalité de la somme restant due redeviendra exigible,
— les clauses résolutoires reprendront leurs pleins effets,
— à défaut par Mme [H] [K] épouse [Y] d’avoir libéré les lieux DEUX MOIS après la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux (garage compris), il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par ce dernier ou à défaut par le bailleur,
— Mme [H] [K] épouse [Y] sera tenue de payer à [Localité 9] une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel révisé, augmenté des charges, qui aurait été payé en cas de non résiliation des baux et ce jusqu’à la libération effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion), garage compris,
Dit n’y avoir lieu à application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
Condamne Mme [H] [K] épouse [Y] aux entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais de commandement de payer du 20 février 2025 et de l’assignation du 20 juin 2025,
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à la Préfecture de l’Ain en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution,
Rappelle que l’exécution provisoire de la décision est de droit,
Rejette toute demande plus ample ou contraire.
AINSI JUGE ET PRONONCE, LES JOUR, MOIS et AN SUSDITS,
LE GREFFIER LE JUGE
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