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Sur la décision
| Référence : | TJ Créteil, sect. des réf., 1er déc. 2025, n° 25/01247 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01247 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 6 février 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N° :
ORDONNANCE DU : 01 Décembre 2025
DOSSIER N° : N° RG 25/01247 – N° Portalis DB3T-W-B7J-WFWQ
CODE NAC : 30B – 0A
AFFAIRE : S.C.I. FRATIMMO C/ E.U.R.L. IL ETAIT UNE FLEUR
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE CRETEIL
Section des Référés
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
LE JUGE DES REFERES : Madame Judith COLOMBAT-SULTAN, Juge
GREFFIER : Madame Valérie PINTE, Greffier
PARTIES :
DEMANDERESSE
S. C. I. FRATIMMO
immatriculée au RCS de CRETEIL sous le numéro D 422 269 472
dont le siège social est sis 51 rue de Plaisance – 94130 NOGENT-SUR-MARNE
représentée par Maître Karl SKOG, avocat au barreau de PARIS – Vestiaire : E1677
DEFENDERESSE
E. U. R. L. IL ETAIT UNE FLEUR
immatriculée au RCS de CRETEIL sous le numéro B 382 632 297
dont le siège social est sis 96 avenue du Général de Gaulle – 94170 LE PERREUX SUR MARNE
comparante en personne – non représentée
*******
Débats tenus à l’audience du : 03 Novembre 2025
Date de délibéré indiquée par le Président : le 1er Décembre 2025
Ordonnance rendue par mise à disposition au greffe le 01 Décembre 2025
*******
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 30 août 1991, la SCI Fratimmo a donné à bail commercial à M. [H] [R] et Mme [Y] [B], aux droits desquels vient l’EURL Il Etait Une Fleur, des locaux situés 96, avenue du Général de Gaulle à Le Perreux-sur-Marne (94170), moyennant un loyer annuel de 55 200 francs, actualisé à un loyer trimestriel de 4 298,70 €, hors charges et hors taxes, payable trimestriellement, par avance.
Des loyers sont demeurés impayés.
La SCI Fratimmo a fait délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire par acte de commissaire de justice du 9 mai 2025 à l’EURL Il Etait Une Fleur pour une somme de 7 221,96 € au titre de l’arriéré locatif au 25 avril 2025.
C’est dans ces conditions que par acte de commissaire de justice du 18 juillet 2025, la SCI Fratimmo a fait assigner l’EURL Il Etait Une Fleur devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de Créteil aux fins de :
— constater l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail,
— ordonner l’expulsion de l’EURL Il Etait Une Fleur et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique si besoin est,
— ordonner le transport et la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu’il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée,
— condamner l’EURL Il Etait Une Fleur à payer à la SCI Fratimmo la somme provisionnelle de 11 556,66 € au titre de l’arriéré locatif arrêté au 3 juillet 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2025, date de la délivrance du commandement de payer,
— condamner l’EURL Il Etait Une Fleur au paiement d’une indemnité d’occupation provisionnelle égale au montant du dernier loyer en vigueur augmenté des charges, jusqu’à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés ou l’expulsion du défendeur,
— condamner l’EURL Il Etait Une Fleur au paiement d’une somme de 1 500,00 € au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement.
Il convient de se référer à l’acte introductif d’instance pour un plus ample exposé des moyens qui y sont contenus.
A l’audience du 3 novembre 2025, la SCI Fratimmo, par l’intermédiaire de son conseil, a maintenu les prétentions de son assignation et les moyens qui y sont contenus, et a donné son accord à l’octroi de délais de paiements à la défenderesse afin de lui permettre de s’acquitter de sa dette en 24 mensualités.
Bien que régulièrement assignée, l’EURL Il Etait Une Fleur n’a pas constitué avocat.
Il est produit un état néant des inscriptions sur le fonds de commerce.
A l’issue des débats, il a été indiqué aux parties que l’affaire était mise en délibéré et que la décision serait rendue par mise à disposition au greffe le 1 décembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et les demandes qui en découlent
L’article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d’urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
La juridiction des référés n’est toutefois pas tenue de caractériser l’urgence, au sens de l’article 834 du code de procédure civile, pour constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d’un bail.
L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai.
Le bailleur, au titre d’un bail commercial, demandant la constatation de l’acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance.
Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que :
1. le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif,
2. le bailleur soit, de toute évidence, en situation d’invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause,
3. la clause résolutoire soit dénuée d’ambiguïté et ne nécessite pas interprétation ; en effet, la clause résolutoire d’un bail doit s’interpréter strictement.
En l’espèce, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion.
Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu’il correspond exactement au détail des montants réclamés préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu’à défaut de paiement dans le délai d’un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l’article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte.
En faisant délivrer ce commandement, la SCI Fratimmo n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause.
Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir 7 221,96 €.
Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance.
Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit à compter du 10 juin 2025.
L’article 835, alinéa 2 du code de procédure dispose que dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, une provision peut être accordée au créancier.
S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d’une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l’existence d’une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée
Aux termes de l’article 1353 du code civil, c’est à celui qui réclame l’exécution d’une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
En l’espèce, au vu du décompte produit par la SCI Fratimmo, l’obligation de l’EURL Il Etait Une Fleur au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d’occupation au 28 octobre 2025 n’est pas sérieusement contestable à hauteur de 11 556,66 €, somme au paiement de laquelle il convient de condamner l’EURL Il Etait Une Fleur, avec intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement à hauteur de 7 221,96 € et à compter du 18 juillet 2025 pour le solde.
Sur la demande de délais de paiement
Les juges saisis d’une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l’article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses de résiliation, lorsque la résiliation n’est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l’autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge.
L’octroi des délais de paiement autorisés par l’article 1343-5 du code civil, n’est par ailleurs pas conditionné à la seule existence d’une situation économique irrémédiablement compromise de celui qui les demande, mais relève du pouvoir d’appréciation du juge.
En l’espèce, la SCI Fratimmo a indiqué à l’audience ne pas s’opposer à l’octroi de délais de paiement à l’EURL Il Etait Une Fleur afin de lui permettre de s’acquitter de sa dette locative en 24 mensualités.
Dès lors, il convient de suspendre les effets de la clause résolutoire et d’accorder à l’EURL Il Etait Une Fleur des délais de paiement sur 24 mois pour s’acquitter de sa dette locative, en réglant en plus du loyer la somme de 481,52 € par mois pendant 23 mois, la 24ème mensualité équivalant au solde de la dette et cela dans les conditions détaillées au dispositif de la présente décision.
Sur les demandes accessoires
L’article 491, alinéa 2 du code de procédure civile dispose que le juge statuant en référé statue sur les dépens. L’article 696 dudit code précise que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
L’EURL Il Etait Une Fleur, qui succombe, doit supporter la charge des dépens, conformément aux dispositions susvisées.
Aucun élément tiré de l’équité ou de la situation économique de l’EURL Il Etait Une Fleur ne permet d’écarter la demande de la SCI Fratimmo formée sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, qu’il est équitable de fixer à la somme de 1 000,00 €.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par remise au greffe le jour du délibéré, après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire insérée au bail à la date du 10 juin 2025,
CONDAMNONS par provision l’EURL Il Etait Une Fleur à payer à la SCI Fratimmo la somme de 11 556,66 € au titre du solde des loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés au 28 octobre 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2025 sur 7 221,96 € euros et à compter du 18 juillet 2025 sur le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures,
AUTORISONS l’EURL Il Etait Une Fleur à se libérer de sa dette locative sur 24 mois en réglant la somme de 481,52 € pendant 23 mois, la 24ème mensualité équivalant au solde de la dette, payables le 1er de chaque mois, en plus du loyer courant et pour la première fois le 1er du mois suivant la signification de la présente décision,
ORDONNONS la suspension des effets de la clause résolutoire pendant le cours de ces délais,
DISONS que les loyers et charges courants devront être payés dans les conditions fixées par le bail commercial,
DISONS que, faute pour l’EURL Il Etait Une Fleur de payer dans le délai susvisé le montant de la dette locative :
— le tout deviendra immédiatement exigible,
— la clause résolutoire sera acquise,
— il sera procédé à l’expulsion immédiate de l’EURL Il Etait Une Fleur et à celle de tous occupants de son chef avec l’assistance si nécessaire de la force publique des lieux loués,
— en cas de besoin, que les meubles se trouvant sur les lieux seront remis aux frais de la personne expulsée dans un lieu désigné par elle et qu’à défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier chargé de l’exécution, avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire à l’expiration duquel il sera procédé à leur mise en vente aux enchères publiques ce conformément à ce que prévoient les dispositions du code des procédures civiles d’exécution sur ce point,
— une indemnité provisionnelle égale au montant du loyer contractuel augmenté des charges sera mise à sa charge, en cas de maintien dans les lieux, jusqu’à libération effective des lieux par remise des clés,
CONDAMNONS l’EURL Il Etait Une Fleur aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement,
CONDAMNONS l’EURL Il Etait Une Fleur à payer à la SCI Fratimmo la somme de 1 000,00 € par application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
RAPPELONS que l’ordonnance de référé rendue en matière de clause résolutoire insérée dans le bail commercial a autorité de chose jugée provisoire et est exécutoire à titre provisoire.
FAIT AU PALAIS DE JUSTICE DE CRÉTEIL, le 1er décembre 2025.
LE GREFFIER LE JUGE DES RÉFÉRÉS,
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