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Sur la décision
| Référence : | TJ Créteil, sect. des réf., 24 févr. 2026, n° 25/01141 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01141 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Désigne un expert ou un autre technicien |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mars 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N° :
ORDONNANCE DU : 24 Février 2026
DOSSIER N° : N° RG 25/01141 – N° Portalis DB3T-W-B7J-WBHR
CODE NAC : 54G – 0A
AFFAIRE : [J] [P] pacsée [I], [R] [I] C/ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE)
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE CRETEIL
Section des Référés
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
LE JUGE DES REFERES : Madame Isabelle KLODA, Première vice-présidente
GREFFIER : Madame Valérie PINTE, Greffier
PARTIES :
DEMANDEURS
Madame [J] [P] pacsée [I] née le 05 Novembre 1989 à CHOISY LE ROI (VAL-DE-MARNE), nationalité française,demeurant 53 rue Victor Hugo – 94320 THIAIS
Monsieur [R] [I] né le 22 Juin 1991 à DOLE (JURA), nationalité française, demeurant 53 rue Victor Hugo – 94320 THIAIS
tous deux représentés par Maître Alexandra LEROUX, avocat au barreau de PARIS – Vestiaire : D1163
DEFENDERESSE
Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE) – ENTREPRISE INDIVIDUEILLE
immatriculée au RCS de NANTERRE sous le numéro 947 503 371
dont le siège social est sis 1 rue du Débarcadère – 92700 COLOMBES
représentée par Maître Serge REP, avocat au barreau de PARIS – Vestiaire : E058
*******
Débats tenus à l’audience du : 06 Janvier 2026
Date de délibéré indiquée par le Président : le 10 Février 2026 prorogé au 24 Février 2026, nouvelle date indiquée par le Président
Ordonnance rendue par mise à disposition au greffe le 24 Février 2026
*******
EXPOSE DU LITIGE
Par acte de commissaire de justice du 13 juin 2025, Madame [J] [P] et [R] [I] ont fait assigner l’ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE) devant la juridiction des référés du tribunal judiciaire de Créteil aux fins d’obtenir, à titre principal, la condamnation de la société FJ COUVERTURE à payer à Madame [J] [P] et [R] [I] la somme de
80 000 euros à titre de provision, à valoir sur les dommages et intérêts qui leur sont dus; à titre subsidiaire, la désignation d’un expert judiciaire, ainsi que la condamnation de l’ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE) à leur payer la somme de 3 000,00 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux dépens.
Le dossier a été évoqué à l’audience du 6 janvier 2026, au cours de laquelle Madame [J] [P] et [R] [I] ont maintenu leurs demandes.
Ils font valoir que le préjudice financier est évalué à 80 000 euros comprenant le paiement injustifié de la somme de 28.000 euros non remboursées à ce jour par l’ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE), et du surcoût de reprise des travaux par une entreprise tierce évalué entre 41000 euros et 49 390; ils sollicitent également l’indemnisation d’un préjudice matériel résultant de la mise en péril de la sécurité et du non- respect des règles de l’art concernant la reprise de la toiture et le ravalement de façade, évalués à 50.000 € ; d’un préjudice moral résultant du dol de la Société FJ COUVERTURE pour la dissimulation d’une fausse attestation de garantie décennale évalué à 20.000 € ; ainsi que du préjudice d’anxiété subi alors que, parents de deux enfants, ils ont été contraints de vivre dans l’incertitude quant à la solidité de la toiture de leur habitation, évalué à 10.000.
Aux termes de ses observations orales à l’audience du 6 janvier 2026, l’Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE), à titre principal, s’est opposée à la demande de provision formée par Madame [J] [P] et [R] [I] ainsi qu’à la demande représentée au titre de l’article 700 du code de procédure civile. A titre subsidiaire, elle a émis toutes protestations et réserves sur la demande d’expertise.
Conformément aux articles 446-1 et 455 du code de procédure civile, il est renvoyé à l’acte introductif et aux écritures déposées par les parties pour un plus ample exposé de leurs prétentions et moyens.
À l’audience du 6 janvier 2026, l’affaire a été mise en délibéré, les parties étant informées que la décision serait rendue par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande d’expertise
Aux termes de l’article 145 du code de procédure civile, s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé.
Il est acquis que l’article 145 du code de procédure civile est un texte autonome auquel les conditions habituelles du référé ne sont pas applicables. Il n’est ainsi pas soumis à la condition d’urgence ou à la condition d’absence de contestation sérieuse.
Ce texte suppose l’existence d’un motif légitime c’est-à-dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l’objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d’instruction sollicitée à condition que cette mesure ne porte pas une atteinte illégitime aux droits d’autrui. Elle doit être pertinente et utile.
Ainsi, si le demandeur à la mesure d’instruction n’a pas à démontrer l’existence des faits qu’il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d’éléments rendant crédibles ses suppositions et justifier que le litige potentiel n’est pas manifestement voué à l’échec et que la mesure est de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur.
La faculté prévue à l’article 145 du code de procédure civile ne saurait, en outre, être exercée à l’encontre d’un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne serait pas susceptible d’être mis en cause dans une action principale.
De plus, si la partie demanderesse dispose d’ores et déjà de moyens de preuves suffisants pour conserver ou établir la preuve des faits litigieux, la mesure d’instruction demandée est dépourvue de toute utilité et doit être rejetée.
Enfin, l’application de cet article n’implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d’être ultérieurement engagé.
En l’espèce, Madame [J] [P] et [R] [I] n’ont pas à démontrer l’existence de désordres ou fautes qu’ils invoquent puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir. Ils doivent seulement justifier d’éléments rendant crédibles leurs suppositions.
Or, tel est le cas au vu notamment:
— du procès verbal de constat du 4 avril 2025, faisant état des désordres affectant les tuiles de rives; les gouttières; la toiture ainsi que faîtière coté mitoyenneté; de l’absence de finition du raccordement de la toiture et de la présence, coté rue adjacente présence, d’une poutre en bois blanche;
— du compte rendu de visite, état des lieux de la toiture et de la façade et après travaux, établi par le cabinet MV architecture, le 20 juin 2025, lequel conclu qu’un grand nombre de malfaçons ont été relevés, rendant la toiture réalisée non conforme aux règles de l’art et aux DTU en vigueur, et précisant qu’aucune remise aux normes n’est possible au regard de l’ampleur des désordres;
— de la facture, éditée le 31 juillet 2025, par Aertoît couverture, par laquelle, il est établi que Madame [J] [P] et [R] [I] ont versé un acompte de 32 300 euros.
Il importe peu à ce stade que ces éléments n’aient pas été contradictoirement débattus, la mesure d’instruction sollicitée ayant précisément pour objet de rendre les constatations de l’expert contradictoires.
Au regard de ces éléments, et alors que le débat sur la teneur et l’imputabilité des désordres relève du juge du fond, Madame [J] [P] et [R] [I] disposent d’un motif légitime à faire établir les désordres qu’ils allèguent, un procès éventuel n’étant pas manifestement voué à l’échec.
Du tout, il résulte que les conditions d’application des dispositions de l’article 145 du code de procédure civile sont réunies et qu’il convient d’ordonner la mesure d’expertise requise, dans les termes du dispositif, en mettant à la charge de Madame [J] [P] et [R] [I] le paiement de la provision initiale.
Concernant la mission confiée à l’expert, il appartient au juge des référés d’apprécier, en droit et en fait, l’opportunité et l’utilité des chefs de mission proposés, étant rappelé que, nonobstant les propositions de mission formulées dans le dispositif des écritures des parties, il demeure libre, en application de l’article 145 du code de procédure civile, de choisir les chefs de mission adaptés.
Les protestations et réserves ont été mentionnées dans la présente décision, de sorte qu’un donner-acte formel dans le dispositif ci-après, qui serait dépourvu de toute portée décisoire, est inutile.
Sur la demande de provision
L’article 835, alinéa 2, du code de procédure civile dispose que le juge des référés peut accorder une provision au créancier, « dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable ».
En l’espèce, il ressort des pièces produites que Madame [J] [P] et [R] [I] ont versé à l’ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE) la somme de 28 000,00 € au titre des travaux litigieux.
Il est également justifié que l’état des travaux conduit à leur reprise dans les règles de l’art.
Dans ces conditions et sans préjuger des responsabilités qui seront déterminées au fond ou dans le cadre de la mesure d’expertise sollicitée, l’obligation de restitution de la somme de 28 000,00 € n’apparaît pas sérieusement contestable.
Sur les demandes accessoires
L’article 491, alinéa 2 du code de procédure civile précise que la juridiction des référés statue sur les dépens. L’article 696 dudit code dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Il n’y a donc pas lieu de réserver les dépens : en effet, la juridiction des référés est autonome et la présente ordonnance vide la saisine du juge.
À la lumière de ce qui précède, l’expertise étant ordonnée à la demande et dans l’intérêt de Madame [J] [P] et [R] [I], pour leur permettre ultérieurement et éventuellement d’engager une instance judiciaire, les dépens doivent provisoirement demeurer à leur charge.
L’équité commande de faire application de l’article 700 du code de procédure civile comme précisé au dispositif.
PAR CES MOTIFS
Statuant par mise à disposition de la présente ordonnance au greffe le jour du délibéré après débats en audience publique, par décision contradictoire, en premier ressort et en matière de référé,
ORDONNONS une mesure d’expertise,
DÉSIGNONS pour y procéder :
Monsieur [Q] [Y]
7 avenue Pierre Curie -
91450 SOISY-SUR-SEINE
Port. : 06.73.86.51.16
Email : oliver.fournier@expert-de-justice.org
expert inscrit sur les listes de la Cour d’appel de PARIS, lequel, sollicité préalablement à sa désignation l’a accepté par un courriel du 12 février 2026 et pourra prendre l’initiative de recueillir l’avis d’un autre technicien, mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne, avec mission de :
— se faire préciser les liens contractuels entre les divers intervenants ;
— relever et décrire les désordres et malfaçons allégués expressément dans l’assignation et affectant l’immeuble litigieux, ainsi que les non-conformités et/ou inachèvements allégués au regard des documents contractuels liant les parties ;
— en détailler l’origine, les causes et l’étendue, et fournir tous éléments permettant à la juridiction de déterminer à quels intervenants ces désordres, malfaçons, non conformités et/ou inachèvements sont imputables, et dans quelles proportions ;
— donner son avis sur les conséquences de ces désordres, malfaçons, non conformités et/ou inachèvements quant à la solidité, l’habitabilité, l’esthétique du bâtiment, et, plus généralement quant à l’usage qui peut en être attendu ou quant à la conformité à sa destination ;
— dire si les travaux ont été conduits conformément aux documents contractuels et aux règles de l’art ;
— à partir de devis d’entreprises fournis par les parties, sur proposition, le cas échéant du maître d’œuvre de leur choix, donner un avis sur la ou les solutions appropriées pour remédier aux désordres entachant l’ouvrage et sur le coût des travaux utiles ;
— donner son avis sur les préjudices et coûts induits par ces désordres, malfaçons, inachèvements ou non conformités et sur leur évaluation, dès lors que ces demandes sont présentées de manière motivée ;
— rapporter toutes autres constatations utiles à l’examen des prétentions des parties ;
— donner, le cas échéant, son avis sur les comptes entre les parties ;
DÉSIGNONS le magistrat chargé du contrôle des expertises pour contrôler les opérations d’expertise,
DISONS que pour procéder à sa mission l’expert devra :
— convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l’occasion de l’exécution des opérations ou de la tenue des réunions d’expertise ;
— se faire remettre toutes pièces utiles à l’accomplissement de sa mission, notamment, s’il le juge utile, les pièces définissant le marché, les plans d’exécution, le dossier des ouvrages exécutés ;
— se rendre sur les lieux, la maison appartenant à Madame [J] [P] et [R] [I], située au 53 rue Victor Hugo 94320 Thiais et si nécessaire en faire la description, au besoin en constituant un album photographique et en dressant des croquis ;
— à l’issue de la première réunion d’expertise, ou dès que cela lui semble possible, et en concertation avec les parties, définir un calendrier prévisionnel de ses opérations ; l’actualiser ensuite dans le meilleur délai :
. en faisant définir une enveloppe financière pour les investigations à réaliser, de manière à permettre aux parties de préparer le budget nécessaire à la poursuite de ses opérations;
. en indiquant les mises en cause, les interventions volontaires ou forcées qui lui paraissent nécessaires et en invitant les parties à procéder auxdites mises en cause dans le délai qu’il fixera ;
. en les informant de l’évolution de l’estimation du montant prévisible de ses frais et honoraires et en les avisant de la saisine du juge du contrôle des demandes de consignation complémentaire qui s’en déduisent ;
. en les informant, le moment venu, de la date à laquelle il prévoit de leur adresser son document de synthèse ;
— au terme de ses opérations, adresser aux parties un document de synthèse, sauf exception dont il s’expliquera dans son rapport (par ex. : réunion de synthèse; communication d’un projet de rapport), et y arrêter le calendrier de la phase conclusive de ses opérations :
. fixant, sauf circonstances particulières, la date ultime de dépôt des dernières observations des parties sur le document de synthèse,
. rappelant aux parties, au visa de l’article 276 alinéa 2 du code de procédure civile, qu’il n’est pas tenu de prendre en compte les observations transmises au-delà de ce délai.
DISONS qu’en cas d’urgence ou de péril en la demeure reconnu par l’expert, ce dernier pourra autoriser Madame [J] [P] et [R] [I] à faire exécuter à leurs frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux estimés indispensables par l’expert, sous la direction du maître d’œuvre de Madame [J] [P] et [R] [I], par des entreprises qualifiées de leur choix ; que, dans ce cas, l’expert déposera une note circonstanciée aux parties, précisant la nature, l’importance et le coût de ces travaux,
FIXONS à la somme de 3 000 € la provision concernant les frais d’expertise qui devra être consignée par Madame [J] [P] et [R] [I] à la régie du tribunal judiciaire de Créteil dans le mois qui suit la demande de consignation adressée par le greffe,
DISONS que faute de consignation de la provision dans ce délai impératif, ou demande de prorogation sollicitée en temps utile, la désignation de l’expert sera caduque et de nul effet,
DISONS que l’expert sera saisi et effectuera sa mission conformément aux dispositions des articles 232 à 248, 263 à 284-1 du code de procédure civile et qu’il déposera l’original de son rapport au greffe du tribunal (service du contrôle des expertises), dans les six mois de la réception de l’avis de consignation, sauf prorogation de ce délai, dûment sollicitée en temps utile auprès du juge du contrôle, ainsi qu’une copie du rapport à chaque partie (ou à son avocat pour celles étant assistées),
DISONS que l’exécution de la mesure d’instruction sera suivie par le juge du service du contrôle des mesures d’instruction de ce tribunal, spécialement désigné à cette fin en application des articles 155 et 155-1 du même code,
RAPPELONS aux parties les dispositions de l’article 2239 du code civil :
« La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d’instruction présentée avant tout procès.
Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée »,
DISONS que les dépens resteront à la charge de Madame [J] [P] et [R] [I],
CONDAMNONS l’ Entreprise [T] [G] (Ets FJ COUVERTURE) à payer à la partie demanderesse la somme provisionnelle de 28 000,00 € et celle de 1 000,00 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
RAPPELONS que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l’exécution provisoire.
FAIT AU PALAIS DE JUSTICE DE CRETEIL, le 24 février 2026.
LE GREFFIER LE JUGE DES REFERES
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