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Sur la décision
| Référence : | TJ Lyon, ppp pole circuit court, 4 mai 2026, n° 26/00627 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00627 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 13 mai 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : | S.A. ALLIADE HABITAT SA D' HLM |
Texte intégral
DOSSIER N° RG 26/00627 – N° Portalis DB2H-W-B7K-34IX
Ordonnance du :
04/05/2026
MINUTE N°
PPP PÔLE CIRCUIT COURT
Copie exécutoire délivrée
le :
à : Me Nagi MENIRI,
Expédition délivrée
le :
à : M. [D] [H]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LYON
PÔLE DE LA PROXIMITE ET DE LA PROTECTION
ORDONNANCE DE REFERE
A l’audience publique du tribunal judiciaire tenue le lundi quatre Mai deux mil vingt six
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
JUGE : AZOULAY Avner
GREFFIER : CESARI Carol
ENTRE :
DEMANDERESSE
S.A. ALLIADE HABITAT SA D’HLM,
dont le siège social est sis 173 Avenue Jean Jaurès – 69007 LYON
représentée par Me Nagi MENIRI, avocat au barreau de LYON,
vestiaire : 436
d’une part,
DEFENDEUR
Monsieur [D] [H],
demeurant 2 place du Gouvernement – 69005 LYON
comparant en personne
Cité à étude par acte de commissaire de justice en date du 09 Février 2026.
d’autre part
Débats à l’audience publique du 27/02/2026
Mise à disposition au greffe le 20/04/2026
prorogé au 04 mai 2026
EXPOSÉ DU LITIGE
La SA ALLIADE HABITAT est propriétaire d’un logement situé au 2 place du Gouvernement, 69005 LYON.
Il s’est avéré que Monsieur [D] [H] s’est installé dans les lieux sans autorisation du bailleur.
Par acte de commissaire de justice en date du 22 janvier 2026, la SA ALLIADE HABITAT a fait constater la présence de Monsieur [D] [H] dans les lieux.
Le requérant a souhaité reprendre possession de son bien immobilier en présence d’une intrusion et d’un maintien dans les lieux par le biais de voies de fait et en l’absence de bail conclu au bénéfice de l’occupant.
Par acte de commissaire de justice du 09 février 2026, la SA ALLIADE HABITAT a fait assigner Monsieur [D] [H] devant le juge des contentieux de la protection statuant en référé près le tribunal judiciaire de LYON afin d’obtenir :
— L’expulsion immédiate et sans délai Monsieur [D] [H], ainsi que celle de tous occupants de son chef, et de tous occupants sans droit ni titre des lieux ;
— La suppression du délai de deux mois suivant le commandement de quitter les lieux et la suppression du bénéfice de la trêve hivernale ;
— L’autorisation de procéder à l’enlèvement de tous les objets mobiliers se trouvant dans les lieux après le départ des occupants ;
— La condamnation de Monsieur [D] [H] à verser à la SA ALLIADE HABITAT :
— Une indemnité d’occupation mensuelle d’un montant de 150 euros qui sera due à compter du 01juillet 2025 jusqu’à la libération des lieux ;
— La somme de 700 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
— La condamnation Monsieur [D] [H] aux dépens de l’instance.
Lors de l’audience en date du 27 février 2026, la SA ALLIADE HABITAT a maintenu ses demandes.
Monsieur [D] [H] a comparu.
L’affaire a été mise en délibéré au 20 avril 2026, puis prorogé à ce jour par sa mise à disposition au greffe.
Le jugement étant susceptible d’appel, il sera statué par décision contradictoire.
MOTIFS DE LA DÉCISION
— Sur la demande en expulsion
Aux termes de l’article 835 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
En l’espèce, la définition de la notion de voie de fait constitue la question principale du présent litige et emporte pour conséquence la suppression des délais d’expulsion et du bénéfice de la trêve hivernale.
La « voie de fait » est originellement une notion du droit administratif. Il s’agit d’une action de l’administration réalisée sans droit qui porte matériellement et illégalement une atteinte grave à une liberté fondamentale ou à un droit de propriété.
Le droit privé a fait sienne cette notion en sanctionnant l’atteinte violente à une situation légitime faite par toute personne dont l’action ne peut se justifier d’aucune disposition contractuelle, légale ou réglementaire.
La notion de violences ou de dégradations en matière d’occupation illicite d’un logement est quant à elle un emprunt à la matière pénale qui a aussi récupéré la notion de voie de fait.
S’agissant d’une définition purement civile et applicable à la loi, il existe des jurisprudences dissonantes.
Pour autant, la cour d’appel de Lyon a rappelé l’ancienne définition civile de la voie de fait par son arrêt du 30 juin 2020 en indiquant que le fait de prendre possession d’un local sans y être autorisé par le propriétaire et sans avoir été abusé ou induit en erreur constitue incontestablement une voie de fait.
En l’espèce, il est constant que Monsieur [D] [H] occupe de manière illicite les lieux. Un procès-verbal d’occupation des lieux a été dressé en ce sens par un commissaire de justice le 22 janvier 2026.
L’occupation des lieux en dehors de tout titre par Monsieur [D] [H] caractérise un trouble manifestement illicite qu’il convient de faire cesser.
Dès lors, à défaut de départ volontaire, il convient d’ordonner l’expulsion de Monsieur [D] [H] et de tous occupants de son fait, en application des articles L.412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution.
Il est rappelé qu’en vertu des articles L.153-1 et L.153-2 du code des procédures civiles d’exécution, l’huissier instrumentaire pourra recourir au concours de la force publique.
Conformément à l’article L.433-1 du code des procédures civiles d’exécution, les meubles se trouvant sur les lieux seront remis au frais de la personne expulsée en un lieu que celle-ci désigne. A défaut, ils seront laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrit avec précision par l’huissier de justice chargé de l’exécution avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans le délai imparti.
A défaut de quoi, conformément à l’article L.433-2 du Code des procédures civiles d’exécution, les meubles seront mis en vente aux enchères publiques après autorisation du juge de l’exécution.
S’agissant des délais d’expulsion, il convient de se référer au II de l’article 10 de la loi de 2023 qui modifie le régime des délais de grâce à l’expulsion prévue par l’article L. 412-3 du Code des procédures civiles d’exécution. En effet, cet article prévoit que le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l’expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Il n’est désormais plus précisé « sans que ces occupants aient à justifier d’un titre à l’origine de l’occupation », ces termes ayant été supprimés. Pour autant, il n’est pas plus exigé que désormais les occupants auraient à justifier d’un titre à l’origine de l’occupation.
Le juge qui ordonne l’expulsion peut accorder les mêmes délais, dans les mêmes conditions.
Il est en revanche précisé désormais parmi les exceptions à l’application ces délais de grâce, qu’ils sont exclus lorsque le locataire est de mauvaise foi.
Ils ne s’appliquent pas non plus aux squatteurs, c’est-à-dire lorsque les occupants dont l’expulsion a été ordonnée sont entrés dans les locaux à l’aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte.
S’agissant de la demande tendant à l’exclusion de la trêve hivernale, l’article L. 412-6 du Code des procédures civiles d’exécution prévoit que nonobstant toute décision d’expulsion passée en force de chose jugée et malgré l’expiration des délais accordés, il est sursis à toute mesure d’expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu’au 31 mars de l’année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l’unité et les besoins de la famille.
Toutefois, par dérogation, ce sursis ne s’applique pas lorsque la mesure d’expulsion a été prononcée en raison d’une introduction sans droit ni titre dans le domicile d’autrui à l’aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte.
En outre, aux termes de l’article 62 de la loi du 9 juillet 1991, si l’expulsion porte sur un local affecté à l’habitation principale de la personne expulsée ou de tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu, sans préjudice des dispositions des articles L. 613-1 à L. 613-5 du code de la construction et de l’habitation, qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement.
Toutefois, par décision spéciale et motivée, le juge peut, notamment lorsque les personnes dont l’expulsion a été ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait ou lorsque la procédure de relogement effectuée en application de l’article L. 442-4-1 du code de la construction et de l’habitation n’a pas été suivie d’effet du fait du locataire, réduire ou supprimer ce délai.
En l’espèce, il apparaît que le défendeur a occupé le logement en présence d’une intrusion et d’un maintien dans les lieux par le biais de voies de fait et en l’absence de bail conclu au bénéfice de l’occupant.
Il conviendra en conséquence d’exclure les délais d’expulsion et le bénéfice de la trêve hivernale.
Par conséquent, le bailleur est autorisé procédé à l’expulsion immédiate de Monsieur [D] [H], et de tout occupant de son chef, du logement situé au 2 place du Gouvernement, 69005 LYON.
— Sur l’indemnité d’occupation
Monsieur [D] [H] occupe les lieux sans droit ni titre et cause, par ce fait, un préjudice au bailleur qu’il convient de réparer en fixant l’indemnité d’occupation mensuelle à la somme de 150 euros mensuelle.
Cette indemnité est due depuis le 01 juillet 2025, date à laquelle Monsieur [D] [H] reconnait le début de son occupation illicite et jusqu’au départ effectif des lieux.
Cette indemnité sera due au prorata temporis et payable à terme et au plus tard le 5 du mois suivant.
Il convient de rappeler que, conformément à l’article 1153-1 du code civil, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l’absence de demande ou de disposition spéciale du jugement.
En conséquence, les indemnités échues à ce jour produiront intérêt au taux légal à compter du présent jugement, et toutes les indemnités d’occupation ultérieures non payées à terme se verront augmentées des intérêts au taux légal dès leur date d’exigibilité.
— Sur les autres demandes
— Sur les dépens
Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
Monsieur [D] [H], partie succombante, sera condamné aux dépens, en ce compris le coût du procès-verbal de constat d’occupation du 22 janvier 2026.
— Sur l’article 700 du code de procédure civile
En application de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a lieu à condamnation.
Monsieur [D] [H], condamné aux dépens, devra verser à la SA ALLIADE HABITAT la somme de 700 euros au titre des frais irrépétibles.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant en référé en audience publique par ordonnance contradictoire, en premier ressort et rendue par mise à disposition au greffe,
CONSTATONS que Monsieur [D] [H] est occupant sans droit ni titre du logement situé 2 place du Gouvernement, 69005 LYON depuis le 01 juillet 2025 ;
ORDONNONS la libération des lieux et, à défaut, l’expulsion de Monsieur [D] [H] et celle de tous occupants de son fait, avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par ce dernier ou à défaut par le bailleur ;
DISONS n’y avoir lieu au bénéfice de délais d’expulsion ou de trêve hivernale ;
CONDAMNONS Monsieur [D] [H] une indemnité d’occupation égale à la somme de 150 euros mensuelle, depuis le 01 juillet 2025 et jusqu’au jour de la libération totale des lieux ; ces indemnités d’occupation porteront intérêts légaux à compter du présent jugement pour les indemnités échues et à compter de chaque indemnité pour les indemnités à échoir ;
DISONS que l’indemnité d’occupation sera due au pro-rata temporis et payable à terme et au plus tard le 5 du mois suivant ;
CONDAMNONS Monsieur [D] [H] à verser à la SA ALLIADE HABITAT la somme de 700 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
REJETONS les plus amples demandes ;
CONDAMNONS Monsieur [D] [H] aux dépens, en ce compris le coût du procès-verbal de constat d’occupation du 22 janvier 2026 ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de plein droit ;
La présente ordonnance, prononcée à la date indiquée en tête des présentes, est signée par le juge présidant l’audience qui l’a rendu et le greffier,
LE GREFFIER LE JUGE
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