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Sur la décision
| Référence : | TJ Tours, jcp baux, 21 nov. 2025, n° 25/00197 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00197 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 24 février 2026 |
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Texte intégral
MINUTE N° : 25/01169
JUGEMENT
DU 21 Novembre 2025
N° RC 25/00197
DÉCISION
REPUTEE CONTRADICTOIRE
PREMIER RESSORT
VAL TOURAINE HABITAT
ET :
[N] [R]
[U] [R]
Débats à l’audience du 09 Octobre 2025
Le
— copie exécutoire+copie certifiée conforme
à VTH
— copie certifiée conforme
à M et Mme [R]
— copie certifiée conforme
à M. Le Préfet d'[Localité 1] et [Localité 2]
— copie certifiée conforme au dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 3]
TENUE le 21 Novembre 2025
Au siège du Tribunal, [Adresse 1] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : B. BOIS, Magistrat à titre temporaire du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER lors des débats : E.ESPADINHA,
GREFFIER lors du délibéré : E. FOURNIER,
DÉBATS :
A l’audience publique du 09 Octobre 2025
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 21 Novembre 2025 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, initialement fixée le 14 Novembre 2025 et prorogée, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
VAL TOURAINE HABITAT (OPH), établissement public à caractère industriel et commercial, inscrit au RCS de [Localité 3] sous le numéro 781 598 248,
dont le siège social est sis [Adresse 2]
Représentée par Monsieur [H] [S], responsable du service recouvrement à [Localité 4] HABITAT, et muni d’un pouvoir régulier,
D’une Part ;
ET :
Monsieur [N] [R], né le 14 Mars 1965 à [Localité 5] (91)
non comparant, non représenté,
Madame [U] [R], née le 14 Septembre 1956 à [Localité 6] (93)
comparante en personne,
demeurant tous deux au [Adresse 3]
D’autre Part ;
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 10 juin 2020, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT a consenti un bail d’habitation à Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] portant sur un logement situé [Adresse 4], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 295,39 €, provision pour charges comprises.
Invoquant des impayés de loyers, le 25 octobre 2024, le bailleur a fait délivrer à ses locataires un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail, demeuré infructueux.
L’EPIC VAL TOURAINE HABITAT a ainsi fait assigner Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] par actes de commissaire de justice du 6 janvier 2025 devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de TOURS afin de voir :
— constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire ou, à défaut, prononcer la résiliation judiciaire du bail consenti à Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] ;
— dire et juger en conséquence que Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] se trouvent être occupants sans droit ni titre ;
— ordonner leur expulsion et celle de tous leurs biens ainsi que de toute personne à leur charge ou occupant l’immeuble de leur chef, par toutes les voies et moyens de droit, même avec l’assistance de la force publique ;
— condamner conjointement et solidairement Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] au paiement :
— de la somme en principal de 1 925,29 € au titre des impayés de loyers et de charges ;
— d’une indemnité d’occupation mensuelle correspondant aux loyers et charges comme indiqué au contrat de location étant précisé que le prix du loyer est révisable conformément à la règlementation en vigueur et les provisions de charges pourront être actualisées en fonction des dépenses à prévoir, à compter de la date de résiliation du bail et jusqu’à libération définitive des locaux ;
— de la somme de 150,00 € en application de l’article 700 du Code de procédure civile ;
— aux entiers dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer, de ses formalités et de l’assignation.
A l’audience du 9 octobre 2025, l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT – par son représentant dûment mandaté – maintient les termes de son assignation et actualise la dette locative à la somme de 5 146,73 €, hors frais, au 6 octobre 2025. Il précise qu’aucun paiement n’est intervenu depuis octobre 2024.
Madame [U] [R] explique percevoir 1400 € mensuellement. Des difficultés de santé de sa mère genèrent des coûts de trajets importants, ne lui permettant plus de régler son loyer. Monsieur ne disposerait d’aucune ressource.
Bien que régulièrement assigné par acte de commissaire de justice remis à sa personne, Monsieur [N] [R] n’est ni présent ni représenté.
Le diagnostic social et financier reçu au greffe avant l’audience indique que les ressources sont constituées de retraites à hauteur de 1 600 € environ.
L’affaire a été mise en délibéré au 14 novembre 2025, prorogée au 21 novembre 2025, par mise à disposition au greffe.
MOTIFS
Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparait pas il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime recevable et bien fondée.
Sur la recevabilité de la demande
Le bailleur justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 21 octobre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément à l’article 24 II de la loi du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture d'[Localité 1] et [Localité 2] par voie électronique le 8 janvier 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89 – 462 du 06 juillet 1989 en vigueur modifié par la loi 2023-668 du 27 juillet 2023.
L’action est donc recevable.
Sur les loyers et charges impayés
Selon l’article 1728 du Code civil et l’article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est tenu de payer les loyers et les charges récupérables aux termes convenus.
Le bailleur fait la preuve de l’obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le 10 juin 2020, le commandement de payer délivré le 25 octobre 2024 pour un montant en principal de 1 208,03 € ainsi que le décompte actualisé à la date de l’audience à la somme de 5 146,73 € hors frais.
En s’abstenant de comparaître, Monsieur [N] [R] s’interdit de contester le décompte de la créance ou de rapporter la preuve de paiements en sus de ceux repris sur ledit décompte alors que cette charge lui incombe en application de l’article 1353 du Code civil.
L’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 permet au juge de vérifier d’office tout élément constitutif de la dette locative.
Le bailleur a d’ores et déjà déduit du décompte arrêté à la somme de 5 432,49 € au 6 octobre 2025 les frais de commissaire de justice à hauteur de 285,76 € qui ne constituent pas une dette de loyer ou de charge mais qui relèvent des dépens, dont le sort sera examiné ci-après.
En application de l’article 1310 du Code civil, “la solidarité est légale ou conventionnelle. Elle ne se présume pas”. Le contrat de bail a été signé le 10 juin 2020 par Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] avec la mention manuscrite “solidairement responsables”. Le contrat de location, dans ses conditions générales – article 12 – précise qu’en cas “de pluralité de locataires, les locataires s’obligent solidairement à l’égard de [Localité 4] HABITAT…”. Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] seront ainsi solidairement condamnés à verser à l’EPIC [Localité 4] HABITAT la somme demandée de 5 146,73 €, hors frais.
Sur la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers et délais suspensifs
L’article 24 I de la loi du 06 juillet 1989 dans sa version applicable prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus … ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bailleur verse aux débats le contrat de bail signé entre les parties, le commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice le 25 octobre 2024 portant sur la somme en principal de 1 208,03 € au titre des impayés de loyers et de charges ainsi que le décompte actualisé à la date de l’audience.
Ce commandement reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail ainsi que les dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 en vigueur de même que les dispositions de l’article 6 de la loi n°90 – 449 du 31 mai 1990 et mentionne la faculté pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement.
Les causes du commandement de payer n’ont cependant pas été réglées dans le délai de deux mois applicable en l’espèce, rendant acquise la clause résolutoire à effet du 26 décembre 2024.
Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais
Aux termes de l’article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années.
Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son effet.
En l’espèce, il ressort du décompte actualisé produit que Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] n’ont repris le paiement de leur loyer courant depuis octobre 2024. Madame [U] [R], présente à l’audience, confirme son impossibilité de régler actuellement le loyer compte tenu d’autres impératifs financiers en lien avec l’état de santé de sa mère.
En l’absence de reprise de paiement du loyer courant et compte tenu d’une dette locative équivalent à plus de quinze mensualités de loyer, il ne pourra être accordé à Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] des délais pour s’acquitter de leur dette. Leur expulsion sera prononcée selon les modalités ci- après.
Sur l’indemnité d’occupation
Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] occupent les lieux sans droit ni titre depuis le 26 décembre 2024 causant ainsi un préjudice au bailleur. Ils seront condamnés à verser au bailleur une indemnité d’occupation égale au montant des loyers et des charges qui auraient été dus en cas de non résiliation du bail à compter de cette date et jusqu’à libération effective des lieux et la remise des clés.
Sur les demandes accessoires
Aucune considération tirée de l’équité ou de la situation économique des parties ne vient justifier l’application de l’article 700 du Code de procédure civile. Le demandeur sera donc débouté de sa demande.
L’article 696 du Code de procédure civile dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens. Il convient donc de mettre les dépens à la charge solidaire de Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] comprenant notamment le coût du commandement de payer, sa dénonciation à la Ccapex et le coût de l’assignation.
Conformément aux dispositions de l’article 514 du Code de procédure civile, la présente décision de première instance sera exécutoire de droit à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement par jugement réputé contradictoire, mis à disposition au greffe, et rendu en premier ressort,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 10 juin 2020 entre Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] et l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT concernant le bien situé [Adresse 4] sont réunies au 26 décembre 2024 ;
Dit que Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] sont désormais occupants sans droit ni titre du logement ;
Ordonne en conséquence à Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] de libérer le bien immobilier et de restituer les clés dans le délai de huit jours à compter de la signification de la présente décision ;
Dit qu’à défaut, par Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R], d’avoir libéré les lieux situés [Adresse 4], deux mois après la notification à la Préfecture du commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef, avec le concours de la force publique, si besoin est ;
Condamne solidairement Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] à payer à l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT la somme de 5 146,73 € (CINQ MILLE CENT QUARANTE SIX EUROS, et SOIXANTE TREIZE CENTIMES) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus au 6 octobre 2025 ;
Condamne solidairement Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] à verser à l’EPIC VAL TOURAINE HABITAT, jusqu’à libération définitive des lieux, une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle égale au montant du loyer et de la provision sur charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail au jour de la défaillance ;
Rappelle que la présente décision est exécutoire par provision de plein droit ;
Condamne solidairement Madame [U] [R] et Monsieur [N] [R] aux entiers dépens de l’instance ;
Déboute le bailleur de sa demande fondée sur l’article 700 du Code de procédure civile ;
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du Tribunal à la Préfecture d’Indre-et-Loire en application de l’article R 412-2 du Code des procédures civiles d’exécution.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe, le vingt et un novembre deux mille vingt cinq par la Juge et la Greffière susnommées.
La Greffière La Juge des contentieux de la protection
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