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Sur la décision
| Référence : | TJ Troyes, ch. 3 ctx protection, 3 avr. 2026, n° 25/00460 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00460 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 16 avril 2026 |
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES
CHAMBRE CIVILE N°3
ORDONNANCE DE REFERE
DU 03 AVRIL 2026
N° RG 25/00460 – N° Portalis DBWV-W-B7J-FJIR
Nac :5AA
Minute:
Ordonnance du :
03 avril 2026
Madame [W] [Z] épouse [V]
Monsieur [R] [V]
c/
Monsieur [A] [E]
Madame [N] [E]
DEMANDEURS
Madame [W] [Z] épouse [V]
[Adresse 1]
[Localité 1]
représentée par Maître Steffy CHARDIN, de la SCP ACG & ASSOCIES, avocats au barreau de REIMS
Monsieur [R] [V]
[Adresse 1]
[Localité 1]
représentée par Maître Steffy CHARDIN, de la SCP ACG & ASSOCIES, avocats au barreau de REIMS
DEFENDEURS
Monsieur [A] [E]
[Adresse 2]
[Localité 2]
non comparant, ni représenté
Madame [N] [E]
[Adresse 2]
[Localité 2]
non comparante, ni représentée
* * * * * * * * * *
L’affaire a été plaidée à l’audience du 06 mars 2026 tenue par Madame Christine FRISON, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Troyes statuant en référé, assistée de Madame Julie DOMITILE, Greffière, lors des débats et de Monsieur Jean-Guy MARCHAL, Greffier de la mise à disposition
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que l’ordonnance serait rendue par mise à disposition à la date du 03 avril 2026, date à laquelle la décision dont la teneur suit a été rendue.
RAPPEL DES FAITS
Par un contrat du 28 février 2018, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] ont donné à bail à M. [A] [E] et Mme [N] [E] un pavillon à usage d’habitation situé [Adresse 3], pour un loyer mensuel de 750 euros.
Des loyers étant demeurés impayés et l’assurance annuelle n’ayant pas été fournie, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] ont fait signifier un commandement de payer et de justifier d’une assurance visant la clause résolutoire le 10 juillet 2024.
Par acte d’huissier en date du 1er août 2025, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] ont ensuite fait assigner M. [A] [E] et Mme [N] [E], à l’audience du 6 mars 2026 devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de TROYES statuant en référé pour obtenir la résiliation du contrat, l’expulsion et la condamnation au paiement.
A l’audience du 6 mars 2026, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] – représentés par leur conseil – reprennent les termes de leur assignation pour demander de :
constater l’acquisition de la clause résolutoire ;
ordonner l’expulsion de M. [A] [E] et Mme [N] [E] ;ordonner l’enlèvement, le transport et la séquestration des meubles aux frais, risques et périls du défendeur; de condamner ces derniers au paiement de la somme actualisée de 21496,39 euros, d’une indemnité mensuelle d’occupation, outre une somme de 800 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile et les dépens.
Au soutien de leurs prétentions, les bailleurs indiquent que les locataires n’ont pas fourni l’attestation d’assurance du logement et demeurent redevables d’impayés locatifs. En conséquence, ils maintiennent leurs demandes.
Bien que régulièrement convoqués par acte d’huissier signifié à personne concernant Madame et à domicile concernant Monsieur le 1er août 2025, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] ne sont ni présents ni représentés.
Un bordereau de carence concernant le diagnostic social et financier a été remis au greffe avant l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré au 3 avril 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
L’ordonnance est réputée contradictoire en application des articles 473 et suivants du code de procédure civile, du seul fait qu’elle est susceptible d’appel.
I. Sur la résiliation
a. Sur la recevabilité de l’action
Aux termes de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, applicable à compter du 29 juillet 2023, la notification de l’assignation au représentant de l’État dans le département doit être effectuée au moins six semaines avant la date de l’audience, sous peine d’irrecevabilité de la demande en résiliation de bail.Par ailleurs, aux termes du II de l’article 24 de la même loi les bailleurs personnes morales autres qu’une SCI familiale ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) prévue à l’article 7-2 de la loi du 31 mai 1990. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l’article L. 351-2 du code de la construction et de l’habitation et aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code la sécurité sociale. Le IV du même article précise que ces dispositions sont applicables lorsque la résiliation est motivée par une dette locative du preneur.
En l’espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de l'[Localité 3] par la voie électronique le 5 août 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) , par la voie électronique le 11 juillet 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 1er août 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
b. Sur l’acquisition des effets la clause résolutoire
Il résulte de l’article 7 g) de la loi du 6 juillet 1989 que le locataire a l’obligation de s’assurer contre les risques dont il doit répondre en sa qualité de locataire et d’en justifier lors de la remise des clés puis, chaque année, à la demande du bailleur. La justification de cette assurance résulte de la remise au bailleur d’une attestation de l’assureur ou de son représentant. Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut d’assurance du locataire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Ce commandement reproduit, à peine de nullité, les dispositions du présent paragraphe.
En l’espèce, le bail du 28 février 2018 prévoit qu’à défaut pour le locataire de s’assurer auprès d’une compagnie d’assurance contre les risques locatifs et d’en justifier lors de la remise des clés et chaque année au bailleur et un mois après un commandement demeuré infructueux la convention sera résiliée de plein droit.
Un commandement de payer avec commandement d’avoir à justifier d’une attestation d’assurance a été délivré à M. [A] [E] et Mme [N] [E] le 10 juillet 2024.
Ce commandement qui reproduit intégralement les termes de l’article 7 g) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 modifié par la loi n°94-624 du 21 juillet 1994, vise et reproduit la clause résolutoire prévue au contrat de bail est conforme aux prescriptions de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Les pièces produites aux débats ne démontrent pas que le logement a été assuré dans le délai légal d’un mois suivant ce commandement.
Il y a lieu par conséquent de constater l’acquisition de la clause résolutoire à compter du 11 août 2024 et la résiliation de plein droit du contrat de bail à compter de cette même date.
M. [A] [E] et Mme [N] [E] sont donc désormais occupants sans droit ni titre du fait de la résiliation du contrat de bail.
Il n’apparaît pas sérieusement contestable qu’il y a urgence pour le propriétaire de l’immeuble ainsi occupé indûment, d’en retrouver la libre disposition.
Par conséquent, il y a lieu d’ordonner l’expulsion de M. [A] [E] et Mme [N] [E] ainsi que celle de tous occupants de leur chef, si besoin est avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier dans les formes et délais prévus par les articles L. 412-1, R. 412-1 et suivants, L. 431-1 et suivants et R. 411-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution. Il convient également d’autoriser Mme [W] [Z] et M. [R] [V], conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du même code, à procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de M. [A] [E] et Mme [N] [E].
II. Sur les demandes de condamnation au paiement
En l’espèce, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] produisent un décompte démontrant que l’arriéré locatif s’élève, après soustraction des frais de poursuite, à la somme de 21496,39 euros à la date du 6 mars 2026 (mois de mars 2026 inclus).
Les locataires ne versent aucun élément de nature à contester le principe ou le montant de cette dette.
Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire étant acquise le 11 août 2024, M. [A] [E] et Mme [N] [E] restent redevables du paiement des loyers jusqu’à cette date puis, le bail étant résilié, les sommes dues le seront au titre d’une indemnité d’occupation de nature délictuelle dont le montant est fixé par référence au montant du loyer et des charges.
En conséquence, il y a lieu de condamner solidairement M. [A] [E] et Mme [N] [E] à verser à Mme [W] [Z] et M. [R] [V], à titre provisionnel, cette somme de 21496,39 euros comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation impayées (décompte arrêté au 6 mars 2026) avec les intérêts au taux légal sur la somme de 5895,90 euros à compter du commandement de payer (10 juillet 2024) et à compter de la présente ordonnance pour le surplus, conformément aux dispositions de l’article 1231-6 du code civil.
La condamnation portera également sur le paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation, pour la période courant du 7 mars 2026 à la date de la libération effective et définitive des lieux. Cette indemnité mensuelle d’occupation sera fixée au montant résultant du loyer et des charges, tel qu’il aurait été que si le contrat s’était poursuivi.
III. Sur les demandes accessoires
Les dépens seront supportés par M. [A] [E] et Mme [N] [E], partie perdante, et comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture.
Compte tenu des démarches judiciaires accomplies, il y a lieu de condamner M. [A] [E] et Mme [N] [E] à verser à Mme [W] [Z] et M. [R] [V] une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS :
Nous, juge des référés, statuant après débats publics, par décision réputée contradictoire mise à disposition des parties par le greffe et en premier ressort,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 28 février 2018 entre Mme [W] [Z] et M. [R] [V] et M. [A] [E] et Mme [N] [E] concernant un pavillon à usage d’habitation situé au [Adresse 4] [Localité 4] [Adresse 5], sont réunies à la date du 11 août 2024 ;
ORDONNONS en conséquence à M. [A] [E] et Mme [N] [E] de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu’à défaut pour M. [A] [E] et Mme [N] [E] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Mme [W] [Z] et M. [R] [V] pourront, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de leur chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique et pourront procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de M. [A] [E] et Mme [N] [E] conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du même code ;
CONDAMNONS solidairement M. [A] [E] et Mme [N] [E] à verser à Mme [W] [Z] et M. [R] [V] à titre provisionnel la somme de 21496,39 euros (décompte arrêté au 6 mars 2026), incluant le montant des loyers, charges et indemnités d’occupations impayés jusqu’au mois de mars 2026, avec les intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2024 sur la somme de 5895,90 euros et à compter de la présente ordonnance pour le surplus ;
CONDAMNONS solidairement M. [A] [E] et Mme [N] [E] à payer à Mme [W] [Z] et M. [R] [V] à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 7 mars 2026 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ;
FIXONS cette indemnité mensuelle d’occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s’était poursuivi ;
CONDAMNONS in solidum M. [A] [E] et Mme [N] [E] à verser à Mme [W] [Z] et M. [R] [V] une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS in solidum M. [A] [E] et Mme [N] [E] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de la CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
DISONS que la présente décision sera notifiée par le greffe à la préfecture de l'[Localité 3] en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal judiciaire, le 3 avril 2026,
Le greffier, La juge des référés,
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