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Sur la décision
| Référence : | TJ Alençon, ctx protection soc., 23 mai 2025, n° 24/00226 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/00226 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Pôle social - Ordonne une nouvelle expertise médicale |
| Date de dernière mise à jour : | 4 juillet 2025 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
Tribunal judiciaire d’Alençon
POLE SOCIAL
Contentieux Général de la Sécurité Sociale et de l’aide sociale
Greffe : POLE SOCIAL du Tribunal Judiciaire Site Wilson – 22 Avenue Wilson – CS 40312 – 61009 [Adresse 3]
Minute n°25/00141
N° RG 24/00226 – N° Portalis DBZX-W-B7I-CUMB
Objet du recours : Contestation refus AAH
TR / SC
JUGEMENT RENDU LE 23 Mai 2025
DEMANDEUR :
Madame [F] [N], demeurant [Adresse 1]
Rep/assistant : Me Anne-victoire MARCHAND, avocat au barreau d’ARGENTAN
Substituée par Me Stéphanie LELONG, avocate au barreau d’ALENCON
(bénéficie d’une aide juridictionnelle Totale numéro C-61001-2024-3268 du 26/12/2024 accordée par le bureau d’aide juridictionnelle de [Localité 2])
DÉFENDEUR :
[8], dont le siège social est sis [Adresse 6]
Rep. : Mme [L] [B], munie d’un pouvoir
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Lors des débats et du délibéré :
Madame Tiphaine ROUSSEL, Présidente du Pôle social du Tribunal judiciaire d’Alençon, assistée de Eric EBSTEIN et de M. OLIVIER GAUDRON, assesseurs.
Faisant fonction de Greffière lors des débats et de la mise à disposition : Mme Ségolène CHAUVIN
DÉBATS :
L’affaire a été plaidée le 23 Mai 2025, et mise en délibéré au 23 Mai 2025.
JUGEMENT :
Jugement contradictoire, en avant dire droit , mis à disposition au greffe, conformément aux articles 450 à 453 du C.P.C.
DATE DE LA NOTIFICATION :
***
EXPOSE DU LITIGE
Madame [F] [Z] est née le 19 avril 1976.
Par demande déposée à la [Adresse 7] (ci-après désignée la « [8] ») le 24 avril 2023, Madame [F] [Z] a sollicité l’attribution de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ([11]) et d’une orientation professionnelle.
Par décision du 23 juin 2023, la [5] ([4]) a accordé à Madame [F] [Z] la [11] avec une validité à partir du 9 juin 2023 et sans limitation de durée, ainsi qu’une orientation professionnelle vers le marché du travail également à partir du 9 juin 2023 et sans limitation de durée.
Par décision du 23 juin 2023, la [4] a cependant refusé la demande d’Allocation aux Adultes Handicapés au motif que le taux d’incapacité évalué au regard du guide barème pour l’évaluation des déficiences et des incapacités des personnes handicapées est inférieur à 50%.
Contestant la décision de rejet de l’Allocation aux Adultes Handicapés, le 8 septembre 2023, date de réception du courrier par la [4], Madame [F] [Z] a saisi la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées d’un recours amiable.
La [4] a, par décision prise le 8 mars 2024, rejeté son recours et maintenu sa décision de rejet d’AAH, retenant que les difficultés rencontrées par la requérante correspondent à des difficultés pouvant entraîner des limitations d’activité mais que lesdites difficultés ont une incidence légère à modérée sur son autonomie sociale et professionnelle, ce qui correspond à un taux d’incapacité de Madame [F] [Z] inférieur à 50%.
Madame [F] [Z], contestant la décision rendue par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées de l’Orne, a saisi le Pôle social du Tribunal judiciaire d’ALENCON par requête du 16 août 2024.
Après plusieurs renvois à la demande de la requérante, l’affaire a été appelée et plaidée à l’audience du 28 mars 2025.
Lors de cette audience, Madame [F] [Z] est représentée par son conseil et la [9] est représentée par Madame [L] [B], munie d’un pouvoir.
A l’audience, Madame [F] [Z] soutient les termes de sa requête et demande au Tribunal de :
— Déclarer sa requête recevable,
— Avant dire droit, ordonner une consultation médicale,
— Sursoir à statuer sur la demande relative à l’attribution de l’AAH.
Au soutien de ses prétentions, la requérante fait valoir qu’elle souffre de plusieurs pathologies justifiant que l’allocation aux adultes handicapés lui soit attribuée. Elle sollicite une consultation médicale.
Dans ses conclusions du 10 octobre 2024, la [9] demande au Tribunal de :
— Maintenir la décision de la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées de l’Orne en date du 8 mars 2024 (sic), soit reconnaître un taux d’incapacité entre 50 et 79%, sans restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi, justifiant le refus de l’attribution de l’Allocation aux Adultes Handicapés,
— Condamner la partie adverse aux éventuels dépens de l’instance au regard de l’article 696 et suivants du code de procédure civile.
Au soutien de ses prétentions, la [8] fait valoir que la restriction pour l’accès à l’emploi est dépourvue d’un caractère substantiel et durable. Elle estime que Madame [F] [Z] pourrait se maintenir dans une activité professionnelle.
Pour un plus ample exposé des faits, des moyens et des prétentions des parties, il convient de se reporter aux conclusions susvisées, conformément aux dispositions de l’article 455 du Code de Procédure Civile.
L’affaire a été mise en délibéré au 23 mai 2025 par mise à disposition au greffe par application des dispositions de l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.
MOTIFS
1°/ Sur l’attribution de l’AAH.
Aux termes des articles L821-1 et D821-1 du Code de la sécurité sociale, toute personne résidant sur le territoire métropolitain ou dans les collectivités mentionnées à l’article L751-1 ou à [Localité 12]-et-Miquelon ayant dépassé l’âge d’ouverture du droit à l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé et dont l’incapacité permanente est au moins égale à 80% perçoit, dans les conditions prévues au titre 2 du livre 8 dudit code, une allocation aux adultes handicapés.
Aux termes des articles L821-2 et D821-1 du code de la sécurité sociale, l’allocation aux adultes handicapés est également versée à toute personne qui remplit l’ensemble des conditions suivantes:
son incapacité permanente est supérieure ou égale à 50 % et la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées lui reconnaît, compte tenu de son handicap, une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi, précisée par l’article D821-1-2.
En outre, concernant l’évaluation de la restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi, l’article D 821-1-2 du même Code précise :
« Pour l’application des dispositions du 2° de l’article L. 821-2, la restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi subie par une personne handicapée qui demande à bénéficier de l’allocation aux adultes handicapés est appréciée ainsi qu’il suit :
1° La restriction est substantielle lorsque le demandeur rencontre, du fait de son handicap même, des difficultés importantes d’accès à l’emploi. A cet effet, sont à prendre en considération:
a) Les déficiences à l’origine du handicap ;
b) Les limitations d’activités résultant directement de ces mêmes déficiences ;
c) Les contraintes liées aux traitements et prises en charge thérapeutiques induits par le handicap;
d) Les troubles qui peuvent aggraver ces déficiences et ces limitations d’activités.
Pour apprécier si les difficultés importantes d’accès à l’emploi sont liées au handicap, elles sont comparées à la situation d’une personne sans handicap qui présente par ailleurs les mêmes caractéristiques en matière d’accès à l’emploi.
2° La restriction pour l’accès à l’emploi est dépourvue d’un caractère substantiel lorsqu’elle peut être surmontée par le demandeur au regard :
a) Soit des réponses apportées aux besoins de compensation mentionnés à l’article L. 114-1-1 du code de l’action sociale et des familles qui permettent de faciliter l’accès à l’emploi sans constituer des charges disproportionnées pour la personne handicapée ;
b) Soit des réponses susceptibles d’être apportées aux besoins d’aménagement du poste de travail de la personne handicapée par tout employeur au titre des obligations d’emploi des handicapés sans constituer pour lui des charges disproportionnées ;
c) Soit des potentialités d’adaptation dans le cadre d’une situation de travail.
3° La restriction est durable dès lors qu’elle est d’une durée prévisible d’au moins un an à compter du dépôt de la demande d’allocation aux adultes handicapés, même si la situation médicale du demandeur n’est pas stabilisée. La restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi est reconnue pour une durée de un à cinq ans.
4° Pour l’application du présent article, l’emploi auquel la personne handicapée pourrait accéder s’entend d’une activité professionnelle lui conférant les avantages reconnus aux travailleurs par la législation du travail et de la sécurité sociale.
5° Sont compatibles avec la reconnaissance d’une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi :
a) L’activité à caractère professionnel exercée en milieu protégé par un demandeur admis au bénéfice de la rémunération garantie mentionnée à l’article L. 243-4 du code de l’action sociale et des familles ;
b) L’activité professionnelle en milieu ordinaire de travail pour une durée de travail inférieure à un mi-temps, dès lors que cette limitation du temps de travail résulte exclusivement des effets du handicap du demandeur ;
c) Le suivi d’une formation professionnelle spécifique ou de droit commun, y compris rémunérée, résultant ou non d’une décision d’orientation prise par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées mentionnée à l’article L. 241-5 du code de l’action sociale et des familles ».
Aux termes de l’article R142-16 du même Code, la juridiction peut ordonner toute mesure d’instruction.
***
En l’espèce, Madame [F] [Z] conteste le taux de handicap retenu par la [4].
A ce stade, le [13] relève une erreur de lecture, par les deux parties au litige, concernant le taux retenu par la [4] dans sa décision prise le 8 mars 2024. La [4] a en effet rejeté le recours de Madame [F] [Z] et maintenu sa décision de rejet d’AAH, retenant que les difficultés rencontrées par la requérante correspondent à un taux d’incapacité inférieur à 50%.
Pour autant, il résulte des divers éléments produits aux débats que la requérante souffre de diverses pathologies, notamment une fibromyalgie depuis plusieurs années ainsi que de la maladie de [X] qui affecte sa colonne vertébrale. Elle présente également des problèmes cardiaques.
Au vu de ces éléments, il importe de déterminer l’état de santé physique et moral de Madame [F] [Z] et les conséquences sur sa vie quotidienne et notamment sur sa vie professionnelle. Dès lors, une consultation médicale est ordonnée avant dire droit dans les conditions précisées au dispositif du présent jugement.
Il est rappelé que :
— Les fonctions de consultant ne peuvent être exercées par le médecin qui a examiné ou soigné le malade ou la victime, un médecin attaché à l’entreprise, un médecin appartenant au conseil d’administration de la caisse intéressée à l’instance, par le médecin participant au service de contrôle médical fonctionnant auprès de la caisse intéressée ni par le médecin qui a examiné le recours préalable du requérant dans le cadre de la commission visée à l’article R142-8 (article R142-16-2 du code de la sécurité sociale),
— Les éléments ou informations à caractère secret ayant fondé la décision de l’autorité compétente pour examiner le recours préalable sont transmis à l’expert ou au médecin consultant désigné par la juridiction compétente, sans que puisse être opposé l’article 226-13 du code pénal (article L142-10 alinéa 2 du code de la sécurité sociale). Le greffe demande par tous moyens à la maison départementale des personnes handicapées, de transmettre au consultant désigné l’ensemble des éléments ou informations à caractère secret au sens de l’article L142-10 susvisé ayant fondé sa décision, la mention « confidentiel » devant être apposée sur l’enveloppe (Article R142-16-3 du code de la sécurité sociale).
2°/ Sur les dépens et les frais irrépétibles
Les dépens sont réservés, étant précisé que par application des dispositions de l’article L142-11, R142-18-2 et R142-16-1 du code de la sécurité sociale, les honoraires du médecin consultant et ses frais de déplacement sont pris en charge par la caisse nationale de l’assurance maladie selon le tarif fixé par l’arrêté des ministres respectivement chargés de la sécurité sociale, de la justice, de l’agriculture et du budget du 21 décembre 2018, et ce dès accomplissement de sa mission par ledit médecin.
Il est par ailleurs rappelé qu’aux termes de l’article R142-18 du code de la sécurité sociale, les requérants ou leurs ayants droit qui doivent quitter leur commune de résidence ou celle de leur lieu de travail pour répondre à la convocation d’un médecin expert ou d’un médecin consultant désigné par une juridiction mentionnée à la présente section en première ou seconde instance en application du présent titre sont indemnisés de leurs frais de déplacement et de séjour dans les conditions fixées par le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 , sans préjudice de l’application des articles R322-10-1, R322-10-2, R322-10-4 R322-10-6 et R322-10-7. Afin de bénéficier du remboursement de l’un des transports mentionnés aux 1° et 2° de l’article R322-10-1 et des frais de transport de la personne l’accompagnant en application de l’article R322-10-7, le requérant en fait la demande dans sa requête. Le bénéfice de ce remboursement est soumis à l’avis conforme du médecin expert ou consultant qui examine la demande du requérant sur la base des pièces que ce dernier a jointes à sa requête. S’il n’en a pas fait la demande dans sa requête, le requérant peut bénéficier du remboursement des frais prévus à l’alinéa précédent, s’il justifie auprès de son organisme de prise en charge d’une prescription médicale de transport dans les conditions prévues par les articles R322-10 à R322-10-7.
3°/ Sur l’exécution provisoire
Aux termes de l’article R142-10-6 al 1 du Code de la sécurité sociale, le Tribunal peut ordonner l’exécution par provision de ses décisions.
L’exécution provisoire est nécessaire au vu de la mesure de consultation ordonnée.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal, statuant publiquement, après en avoir délibéré conformément à la loi, par jugement contradictoire à signifier et avant dire droit, mis à disposition au greffe ;
DECLARE la requête de Madame [F] [Z] recevable ;
SURSOIT à STATUER sur la demande relative à l’attribution de l’Allocation Adulte Handicapé ;
ORDONNE une consultation médicale sur la personne de Madame [F] [Z] ;
DESIGNE pour y procéder le Docteur [J] [E] lequel a pour mission de :
— Prendre connaissance du dossier médical de Madame [F] [Z],
— Procéder à un examen médical sur la personne de Madame [F] [Z], le 11 juin 2025 à 10H00,
— Dire si Madame [F] [Z] présentait à la date de la réception de sa demande par la [10], soit au 24 avril 2023, un taux d’incapacité :
— Inférieur à 50%,
— Supérieur ou égal à 50% et inférieur à 80 %,
— Supérieur ou égal à 80%.
— Si ce taux est supérieur ou égal à 50% et inférieur à 80 %, dire si Madame [F] [Z] présentait au 24 avril 2023 une restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi telle que définie à l’article D821-1-2 du code de la sécurité sociale et notamment dire :
— si à cette date Madame [F] [Z] rencontrait, du fait de son handicap même, des difficultés importantes d’accès à l’emploi par rapport à la situation d’une personne sans handicap qui présente par ailleurs les mêmes caractéristiques en matière d’accès à l’emploi (en prenant en considération les déficiences à l’origine du handicap, les limitations d’activités résultant directement de ces mêmes déficiences, les contraintes liées aux traitements et prises en charge thérapeutiques induits par le handicap et les troubles qui peuvent aggraver ces déficiences et ces limitations d’activités),
— Le cas échéant, si la restriction pour l’accès à l’emploi peut être surmontée par le demandeur au regard soit des réponses apportées aux besoins de compensation mentionnés à l’article L114-1-1 du code de l’action sociale et des familles qui permettent de faciliter l’accès à l’emploi sans constituer des charges disproportionnées pour la personne handicapée, soit des réponses susceptibles d’être apportées aux besoins d’aménagement du poste de travail de la personne handicapée par tout employeur au titre des obligations d’emploi des handicapés sans constituer pour lui des charges disproportionnées, soit des potentialités d’adaptation dans le cadre d’une situation de travail,
— Le cas échéant, si la restriction est durable (à savoir qu’elle est d’une durée prévisible d’au moins un an à compter du 24 avril 2023 même si la situation médicale du demandeur n’est pas stabilisée),
— Si le handicap et la restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi sont ou non susceptibles d’évolution favorable au cours de la période d’attribution,
— Le cas échéant, dire quelle est la durée prévisible de la restriction substantielle au 24 avril 2023.
— Faire toutes observations utiles,
— Etablir un rapport oral à l’audience du 27 juin 2025 à 11h,
DIT que Madame [F] [Z] devra communiquer au médecin consultant tout document médical utile dès notification du présent jugement,
DIT que la [9] devra transmettre au médecin consultant les éléments ou informations à caractère secret ayant fondé la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées pour examiner le recours préalable, sans que puisse être opposé l’article 226-13 du code pénal, sous pli fermé avec la mention « confidentiel » apposée sur l’enveloppe,
RENVOIE l’affaire à l’audience du 27 juin 2025 à 11h et DIT que la notification du présent jugement vaut convocation des parties à ladite audience,
SURSOIT à STATUER sur les autres demandes,
RESERVE les dépens,
ORDONNE l’exécution provisoire du présent jugement.
Faisant fonction de Greffière La Présidente
Ségolène CHAUVIN Tiphaine ROUSSEL
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