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Sur la décision
| Référence : | TJ Avignon, réf. jcp <ou= 10 000eur, 15 juil. 2025, n° 25/00235 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00235 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 23 juillet 2025 |
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Texte intégral
COUR D’APPEL DE NÎMES
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’AVIGNON
N° RG 25/00235 – N° Portalis DB3F-W-B7J-KB3D
Minute N° : 25/00340
Procédure civile de droit commun
ORDONNANCE DE REFERE
Code de procédure Civile art.454
DU 15 Juillet 2025
Dossier + Copie + Copie exécutoire délivrés à :GRAND DELTA
Copie délivrée à :M.[W]
le :15/07/25
DEMANDEUR
SCIC H.L.M GRAND DELTA HABITAT
[Adresse 1]
[Adresse 1]
[Localité 2]
représentée par Mme [T] [K], munie d’un pouvoir régulier
DÉFENDEURS :
Monsieur [H] [W]
né le 13 Août 1983 à [Localité 4] (COTE D’IVOIRE)
[Adresse 6]
[Adresse 6]
[Localité 3]
comparant
Madame [N] [J] [X] épouse [W]
née le 22 Mai 1988 à [Localité 5]
[Adresse 6]
[Adresse 6]
[Localité 3]
non comparante, non représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Madame Amandine GORY, Vice-Président,
assisté de Madame Béatrice OGIER, Greffier
DÉBATS :
Après avoir entendu à l’audience du 17 Juin 2025 les parties comparantes ou leurs conseils, le président les a informés que l’affaire était mise en délibéré et que l’ordonnance serait rendue ce jour, par mise à disposition au greffe.
— -
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 25 juin 2019, GRAND DELTA HABITAT a consenti à Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] un bail portant sur un local à usage d’habitation sis [Adresse 6] [Localité 3], moyennant un loyer mensuel de 696,15 euros hors charges.
Faute de paiement des loyers dans les délais convenus, et par exploit du 28 janvier 2025, GRAND DELTA HABITAT, a fait délivrer à Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] un commandement de payer, au titre du solde des loyers et charges non réglés, la somme de 2.249,58 euros hors frais.
C’est dans ce contexte et faute de régularisation que par exploit délivré le 10 avril 2025, GRAND DELTA HABITAT a fait citer Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] devant le juge des référés du présent tribunal aux fins de les voir principalement condamnés à :
— voir constater l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de plein droit du contrat de bail ;
— l’expulsion ainsi que tous occupants de leur chef avec, si besoin est, le concours de la force publique ;
— lui payer solidairement et à titre provisionnel et de l’arriéré locatif, la somme de 3.294,92 euros due à la date de l’assignation, outre les loyers et charges échus ou à échoir jusqu’à la résiliation du bail, ladite somme portant intérêts judiciaires à compter du commandement de payer ;
— lui payer solidairement et à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation fixée au moins au montant du loyer et des charges, et ce jusqu’à départ effectif des lieux loués ;
— payer les entiers dépens, lesquels comprendront le coût du commandement de payer.
L’affaire est appelée à l’audience du 17 juin 2025, lors de laquelle la société GRAND DELTA HABITAT comparaît représentée et sollicite le bénéfice de son assignation, sous réserve de l’actualisation de la dette locative à la somme de 1.950,84 euros au 10 juin 2025. Elle précise qu’elle ne s’oppose pas à l’octroi de délais de paiement ni à la suspension de la clause résolutoire si ceux-ci sont respectés.
Monsieur [H] [W] comparait en personne et reconnaît la dette ; il sollicite des délais de paiement à hauteur de 200 euros par mois. ainsi que la suspension de la clause résolutoire. Il explique avoir effectué des paiements les 14 et 15 juin 2025 pour des montants respectifs de 500 et 393,88 euros.
Madame [N] [X] épouse [W] ne comparait pas et n’est pas représentée.
Les défendeurs régulièrement assignés, n’ayant pas tous comparu ni été représentés, la présente ordonnance, susceptible d’appel, sera réputée contradictoire à l’égard de toutes les parties en application de l’article 474 du code de procédure civile.
Aucun Diagnostique Social Financier n’a été fourni au Tribunal avant l’audience.
— -
La décision est mise en délibéré au 15 juillet 2025.
MOTIFS
L’article 472 du code de procédure civile prévoit que lorsque le défendeur ne comparait pas, le Tribunal fait droit à la demande s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Aux termes de l’article 834 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le juge des contentieux de la protection peut, dans la limite de sa compétence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend.
Par ailleurs, par application de l’article 835 du même code, le juge peut accorder une provision au créancier, lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable.
Enfin, il ressort de l’article 9 de ce code qu’il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention. Il résulte en outre de l’article 1353 du code civil que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.
1) Sur la recevabilité de l’action
Conformément aux dispositions de l’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, l’assignation a été régulièrement dénoncée à la préfecture de Vaucluse le 11 avril 2025, au moins six semaines avant la première audience.
Par ailleurs, la CCAPEX du Vaucluse a été saisie le 04 février 2025 de la situation d’impayés, soit dans les délais légaux impartis.
La demande de résiliation formée par GRAND DELTA HABITAT est donc recevable.
2) Sur l’indemnité provisionnelle au titre de l’arriéré locatif
Aux termes de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, et des dispositions du bail, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
Le locataire indique avoir effectué deux versements le 14 et 15 juin 2025 pour des montants respectifs de 500 et 393,88 euros ; toutefois, ces montants ne pourront être déduits au montant du calcul de l’arriéré locatif à défaut de justificatif ou de décompte actualisé comprenant ces virements. Il appartiendra ainsi au bailleur d’actualiser la dette en prenant en compte ces virements par la suite.
Ainsi, après examen des décomptes produits par GRAND DELTA HABITAT et la reconnaissance de la dette par le locataire à l’audience, la créance apparaît incontestable dans son principe comme dans son montant et la demande est fondée à hauteur de 1.950,84 euros, à titre de provision à valoir sur les arriérés de loyers et de charges impayés, terme de mai 2025 inclus et décompte arrêté au 10 juin 2025.
Cette somme sera assujettie au taux d’intérêt légal à compter de la présente ordonnance.
En application de l’article 220 du code civil, chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l’entretien du ménage ou l’éducation des enfants toute dette contractée par l’un oblige l’autre solidairement.
Par ailleurs, le contrat de bail signé entre les parties contient expressément une clause de solidarité.
Ainsi la condamnation à intervenir sera prononcée solidairement à l’encontre des défendeurs.
3) Sur la résiliation du bail et les délais de paiement
Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au présent litige, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le contrat de location est bien doté d’une telle clause résolutoire, lequel prévoit un délai de deux mois pour régulariser la dette après le commandement de payer.
Il ressort de manière incontestable de la lecture des décomptes produits par GRAND DELTA HABITAT que Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] n’ont pas satisfait aux termes du commandement de payer dans le délai de deux mois impartis dans le bail et le commandement de payer (retenu car plus favorable malgré les nouvelles dispositions législatives), soit avant le 29 mars 2025.
Les conditions de l’acquisition de la clause résolutoire sont donc réunies au bénéfice de GRAND DELTA HABITAT depuis le 29 mars 2025.
*
Aux termes de l’article 544 du code civil, la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.
Par ailleurs, il résulte d’une lecture combinée des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et de l’article 1343-5 du code civil que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années au locataire en situation de régler sa dette locative. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect par le bailleur de son obligation de remettre au locataire un logement décent.
Enfin, il ressort du même article que, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, l’examen des décomptes produits atteste d’efforts de paiement et notamment un règlement de 1.000 euros le 31 mai 2025, et la société GRAND DELTA HABITAT a indiqué ne pas être opposée à l’octroi de délais de paiement dans ces circonstances ; elle a également indiqué ne pas s’opposer à la suspension de la clause résolutoire si lesdits délais étaient respectés.
Le locataire a indiqué à l’audience pouvoir régler 200 euros par mois en plus du paiement du loyer courant. Il y aura toutefois lieu de mettre en place un échéancier plus souple avec des mensualités à 150 euros par mois afin de ne pas mettre en difficulté les défendeurs. Pour rappel, ceux-ci pourront cependant effectuer des versements plus importants chaque mois si leurs finances le permettent afin de faire diminuer l’arriéré locatif plus rapidement.
Dès lors, il y a lieu d’accorder à Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] un délai paiement de 13 mois, correspondant à 12 mensualités de 150 euros, et le solde restant dû à la treizième mensualité, selon des modalités qui seront précisées au dispositif de la présente ordonnance.
Par application de l’article 24 précité, pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus. Si les requis se libèrent dans le délai et selon les modalités fixées, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir jouée, et ils ne seront pas expulsés.
En revanche, si ceux-ci ne respectent pas les délais accordés ou s’ils ne règlent pas l’intégralité du loyer courant à la date convenue, la totalité des sommes dues deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire sera réputée acquise.
Dans cette hypothèse, leur expulsion sera ordonnée et le sort des meubles se trouvant dans les lieux sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution. Par ailleurs, ils seront condamnés solidairement à payer à GRAND DELTA HABITAT, à titre provisionnel et d’indemnité d’occupation, en application de l’article 1240 du code civil et à compter de la résiliation du bail, une somme égale au montant du loyer augmenté des charges fixés tels qu’ils auraient subsisté si le contrat de bail n’avait pas été résilié, indexation contractuelle comprise.
PAR CES MOTIFS,
Nous, Amandine GORY, Vice-Présidente chargée des contentieux de la protection statuant en qualité de juge des référés, assistée de Béatrice OGIER, greffière, statuant publiquement, par ordonnance de référé réputée contradictoire rendue en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront mais, dès à présent et par provision,
Déclarons recevable la demande de résiliation formée par GRAND DELTA HABITAT concernant le contrat de bail du 25 juin 2019, consenti à Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] et portant sur un local à usage d’habitation sis : [Adresse 6] [Localité 3] ;
Constatons que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies depuis le 29 mars 2025 ;
Condamnons solidairement Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] à payer à GRAND DELTA HABITAT la somme de 1.950,84 euros à titre de provision à valoir sur les arriérés locatifs impayés échus au 10 juin 2025, terme de mai 2025 inclus, avec intérêts au taux légal à compter de la présente ordonnance ;
Autorisons Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] à se libérer de cette somme sur une durée de treize mois par versements mensuels de 150 euros les douze premiers mois, le solde au treizième mois et, sauf meilleur accord des parties, le premier versement devant intervenir le quinzième jour du mois suivant la signification de la présente ordonnance, puis le 10 de chaque mois, en plus des loyers et charges en cours, tout paiement étant imputé en premier lieu sur ces derniers ;
Suspendons pendant cette période, les effets de la clause résolutoire qui sera réputée n’avoir jamais été acquise en cas de respect des modalités de paiement ;
Disons qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité (loyer et arriéré locatif) à son échéance et dans son intégralité, le solde restant dû deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra ses effets ;
— Constatons en ce cas la résiliation de plein droit du bail précité ;
— Autorisons en ce cas l’expulsion de Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] et de tous occupants de leur chef du local d’habitation précité, et disons qu’à défaut de départ volontaire, les intéressés pourront être contraints à l’expulsion avec, si besoin est, l’assistance de la force publique et d’un serrurier à la suite du délai légal de deux mois suivant la délivrance d’un commandement délivré par huissier de justice d’avoir à quitter les lieux ;
— Disons en ce cas qu’il sera procédé en tant que de besoin à l’enlèvement des meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux, dont le sort sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
— Condamnons en ce cas Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] à payer solidairement à GRAND DELTA HABITAT une indemnité d’occupation mensuelle provisionnelle à compter de la résiliation du bail, une somme égale au montant du loyer augmenté des charges, tels qu’ils auraient subsistés si le contrat de bail n’avait pas été résilié, indexation contractuelle comprise, et ce jusqu’à la libération définitive et effective des lieux par restitution des clés ;
ET PAR AILLEURS
Condamnons in solidum Monsieur [H] [W] et Madame [N] [X] épouse [W] aux entiers dépens de l’instance, qui comprendront le coût du commandement de payer;
Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de l’exécution provisoire de droit ;
Rejetons les autres demandes pour le surplus.
Ainsi ordonné et mis à disposition au greffe le 15 juillet 2025.
Le Greffier Le Juge
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