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Sur la décision
| Référence : | TJ Bobigny, ch. 25 proxi fond, 24 sept. 2025, n° 25/04416 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/04416 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
TRIBUNAL DE PROXIMITE
DE MONTREUIL
[Adresse 3]
[Localité 5]
Téléphone : [XXXXXXXX01]
@ : [Courriel 6]
REFERENCES : N° RG 25/04416 – N° Portalis DB3S-W-B7J-3A3E
Minute : 25/
S.A. IMMOBILIERE 3F
Représentant : Maître Judith CHAPULUT-AUFFRET de la SELARL KACEM ET CHAPULUT, avocats au barreau de PARIS
C/
Madame [I] [W]
Monsieur [M] [S]
Copie(s) exécutoire(s) délivrée(s) à :
Maître Judith CHAPULUT-AUFFRET
Copie(s) certifiée(s) conforme(s) délivrée(s) à :
Madame [I] [W]
Monsieur [M] [S]
Le
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
JUGEMENT
du 24 Septembre 2025
Jugement contradictoire rendu en premier ressort et mis à disposition au greffe du tribunal de proximité de Montreuil-sous-Bois en date du 24 Septembre 2025 ;
Par Madame Laurence HAIAT, vice-présidente chargée des fonctions de juge des contentieux de la protection au tribunal de proximité de Montreuil-sous-Bois, assistée de Madame Marianne TRUSSARDI, cadre greffier ;
Après débats à l’audience publique du 13 mai 2025 tenue sous la présidence de Madame Laurence HAIAT, vice-présidente chargée des fonctions de juge des contentieux de la protection au tribunal de proximité de Montreuil-sous-Bois, assistée de Madame Marianne TRUSSARDI, cadre greffier audiencier ;
ENTRE DEMANDEUR :
S.A. D’H.L.M. IMMOBILIERE 3F,
sise [Adresse 2]
représentée par Maître Judith CHAPULUT-AUFFRET de la SELARL KACEM ET CHAPULUT, avocats au barreau de PARIS
D’UNE PART
ET DÉFENDEURS :
Madame [I] [W],
demeurant [Adresse 4]
comparante en personne
Monsieur [M] [S],
demeurant [Adresse 4]
comparant en personne
D’AUTRE PART
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat sous seing privé en date du 20 mai 2019, la société IMMOBILIERE 3F a donné à bail à Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W], un appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 4].
Des loyers étant demeurés impayés, la société IMMOBILIERE 3F a fait signifier à Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W], par acte d’huissier en date du 10 juillet 2023, un commandement de payer la somme de 3.499,84 euros, en principal, correspondant à l’arriéré locatif en date du 31 juillet 2023, et visant la clause résolutoire contractuelle.
Par acte d’huissier en date du 10 mars 2025, la société IMMOBILIERE 3F a fait assigner Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de MONTREUIL, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
à titre principal, constater l’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail liant les parties sur le fondement de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, relative au paiement des loyers et charges, et en conséquence, résilier le bail,
à titre subsidiaire, prononcer la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges
ordonner la libération des lieux, et celle de tous les occupants de leur chef et avec tous les meubles non affectés au paiement de la créance des requérants et ce, dès signification du commandement d’avoir à libérer les locaux, à peine d’y être contraint par expulsion réalisée, avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin,
condamner Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] solidairement à lui payer les sommes suivantes :
5.274,63 euros à valoir sur l’arriéré locatif avec intérêts de droit à compter de la date du commandement de payer en application de l’article 1344-1 du code civil,
les loyers et accessoires impayés et échus entre la date de la signification de l’assignation et le prononcé de la décision à intervenir, dont le compte sera produit à l’audience,
une indemnité d’occupation d’un montant équivalent à celui du loyer et des charges et ce jusqu’au départ effectif du locataire matérialisé par remise des clefs ou expulsion,
800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
les entiers dépens de l’instance, comprenant le coût du commandement de payer et de l’assignation.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 13 mai 2025.
La société IMMOBILIERE 3F, régulièrement représentée, actualise sa créance à la somme de 5.373,92 euros, échéance du mois d’avril 2025 comprise, selon un décompte en date du 12 mai 2025. Elle ne s’oppose pas à l’octroi de délai de paiement.
Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W], comparaissent et sollicitent des délais de paiement à hauteur de 150 euros par mois en plus du loyer courant. Monsieur [M] [S] indique qu’il est réceptionniste intérimaire et dispose de 1.600 euros de revenus par mois. Madame [I] [W] dispose de 1.300 euros de ressources par mois et travaille en tant qu’assistante administrative chez KD SERV à [Localité 7] en CDI. Ils ont un enfant à charge.
La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 24 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de Seine-Saint-Denis par la voie électronique le 14 mars 2025, soit plus de six semaines avant l’audience du 13 mai 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la société IMMOBILIERE 3F justifie avoir saisi la CAF le 27 novembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 10 mars 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur l’acquisition de la clause résolutoire et la résiliation du bail
L’une des obligations essentielles du preneur d’un contrat de bail est celle du paiement des loyers aux termes convenus en application de l’article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Aux termes de l’article 1224 du code civil, la résolution d’un contrat résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice. L’article 1229 du même code précise que lorsque les prestations échangées ont trouvé leur utilité au fur et à mesure de l’exécution réciproque du contrat, il n’y a pas lieu à restitution pour la période antérieure à la dernière prestation n’ayant pas reçu sa contrepartie et que, dans ce cas, la résolution est qualifiée de résiliation.
Selon l’article 24 la loi du 6 juillet 1989, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie.
En l’espèce, le bail conclu le 20 mai 2019 contient une clause résolutoire et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 10 juillet 2023, pour la somme en principal de 3.499,84 euros. Ce commandement rappelle la mention que les locataires disposent d’un délai de deux mois pour payer leur dette, comporte l’avertissement qu’à défaut de paiement ou d’avoir sollicité des délais de paiement, les locataires s’exposent à une procédure judiciaire de résiliation de leur bail et d’expulsion, outre la mention de la possibilité pour les locataires de saisir le fonds de solidarité pour le logement de son département aux fins de solliciter une aide financière et de saisir, à tout moment, la juridiction compétente aux fins de demander un délai de grâce sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil. Il est ainsi régulier en sa forme.
Il correspond par ailleurs bien à une dette justifiée à hauteur du montant des loyers échus et impayés (voir ci-après au titre de la demande en paiement) et est ainsi valable.
Il est en outre établi, au vu des éléments fournis, que les sommes dues dont le paiement était demandé n’ont pas été réglées dans le délai de deux mois.
Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont en principe réunies à l’expiration du délai de deux mois à compter du commandement de payer, soit, le 10 septembre 2023 à 24 heures. En conséquence, il y a lieu de constater la résiliation du bail conclu le 20 mai 2019 à compter du 11 septembre 2025.
Sur la demande en paiement au titre de l’arriéré locatif
Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] sont redevables des loyers impayés en application des articles 1103 du code civil et 7 de la loi du 6 juillet 1989.
La société IMMOBILIERE 3F produit un décompte démontrant que Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] lui doivent la somme de 5.373,92 euros, à la date du 12 mai 2025 mois d’avril 2025 inclus.
Il convient de déduire 165,31 euros de frais.
Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] seront donc condamnés solidairement au paiement de la somme de 5.208,61 euros avec intérêts de droit à compter de la présente décision.
Sur la suspension de la clause résolutoire et sur les délais de paiement
Il résulte de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 en sa version applicable aux procédures en cours à compter du 29 juillet 2023 que « le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années ». Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, [M] [S] et Madame [I] [W] sollicitent des délais de paiement à hauteur de 150 euros par mois en sus du loyer courant. Monsieur [M] [S] travaille en tant que réceptionniste intérimaire et dispose de 1.600 euros de revenus par mois. Madame [I] [W] dispose de 1.300 euros de ressources par mois et travaille en tant qu’assistante administrative chez KD SERV à [Localité 7] en CDI. Ils ont un enfant à charge.
Compte tenu de ces éléments et du montant de la dette, Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] seront autorisés à se libérer du montant de leur dette selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
L’attention des locataires est attirée sur le fait qu’à défaut de paiement d’une seule échéance comprenant le loyer et la mensualité d’apurement, la clause résolutoire sera acquise, et le bail résilié de plein droit, sans qu’une nouvelle décision de justice ne soit nécessaire : dans ce cas, et pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, le bailleur pourra faire procéder à leur expulsion, et à celle de tout occupant de leur chef, et justifiera la condamnation de Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et charges si le bail s’était poursuivi.
Sur les demandes accessoires
Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W], parties perdantes, supporteront in solidum la charge des dépens en application de l’article 696 du code de procédure civile, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et celui de l’assignation.
L’équité justifie de ne pas faire droit à la demande formée au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection statuant publiquement, après débats en audience publique, par jugement mis à disposition au greffe contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que les conditions d’acquisition des clauses résolutoires figurant au bail conclu le 20 mai 2019, entre la société IMMOBILIERE 3F et Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] concernant l’appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 4], sont réunies à la date du 11 septembre 2025 ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] à verser à la société IMMOBILIERE 3F la somme de 5.208,61 euros (décompte arrêté au 12 mai 2025 incluant la mensualité d’avril 2025) avec intérêts de droit à compter de la présente décision .;
AUTORISE Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 35 mensualités de 144 euros chacune et une 36ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts ;
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois jusqu’à extinction de la dette et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
RAPPELLE qu’en application de l’article R. 824-29 du code de la construction et de l’habitation, sous réserve du respect de ce plan d’apurement, l’aide personnelle au logement est maintenue ou rétablie dans les conditions prévues à l’article R. 824-26 ;
DIT qu’en revanche, toute mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu’à défaut pour Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la société IMMOBILIERE 3F puisse faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de leur chef, conformément à l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, si besoin est, étant rappelé que le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ;
* que Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] soient condamnés à verser à la société IMMOBILIERE 3F une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au la société IMMOBILIERE 3F ou à son mandataire ;
DIT n’y avoir lieu à paiement d’une indemnité au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE in solidum Monsieur [M] [S] et Madame [I] [W] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de l’assignation ;
RAPPELLE que le présent jugement est exécutoire de plein droit à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le Juge des contentieux de la protection et le Greffier susnommés.
Le greffier, Le juge des contentieux de la protection
REFERENCES A RAPPELER : N° RG 25/04416 – N° Portalis DB3S-W-B7J-3A3E
DÉCISION EN DATE DU : 24 Septembre 2025
AFFAIRE :
S.A. IMMOBILIERE 3F
Représentant : Maître Judith CHAPULUT de la SELARL KACEM ET CHAPULUT, avocats au barreau de PARIS
C/
Madame [I] [W]
Monsieur [M] [S]
EN CONSÉQUENCE
la République française mande et ordonne à tous commissaires de justice, sur ce requis, de mettre ledit jugement à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d’y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Président et le Greffier.
POUR COPIE CERTIFIÉE CONFORME
revêtue de la formule exécutoire
P/le directeur des services de greffe judiciaires
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