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Sur la décision
| Référence : | TJ Bourg-en-Bresse, jcp, 23 avr. 2026, n° 26/00020 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00020 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 20 mai 2026 |
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Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURG EN BRESSE
JCP juge des contentieux de la protection
JUGEMENT DU 23 AVRIL 2026
N° RG 26/00020 – N° Portalis DBWH-W-B7K-HJJD
N° minute : 26/00131
Dans l’affaire entre :
DEMANDERESSE
GRAND BOURG HABITAT
dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Me Annie MONNET SUETY avocat au barreau de l’Ain
et
DEFENDERESSE
Madame [B] [W] épouse [Q]
née le 01 Août 2000 en ALBANIE
demeurant [Adresse 2]
non comparante, ni représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrat : Madame RENAULT, Vice-Présidente
Greffier : Madame TALMANT, Greffier
Débats : en audience publique le 12 Février 2026
Prononcé : décision rendue publiquement par mise à disposition au greffe le 23 Avril 2026
copies délivrées le 23 AVRIL 2026 à :
GRAND BOURG HABITAT
Madame [B] [W] épouse [Q]
formule(s) exécutoire(s) délivrée(s) le 23 AVRIL 2026 à :
GRAND BOURG HABITAT
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte sous seing privé du 23 avril 2024, [Localité 1] HABITAT a consenti un bail d’habitation à Mme [B] [W] épouse [Q] portant sur un immeuble à usage d’habitation situé au 2ème étage, [Adresse 3] à [Localité 2] (01) contre le paiement d’un loyer mensuel révisable de 379,07 euros, provision sur charges incluse.
Par acte délivré par commissaire de justice le 21 août 2025, [Localité 1] HABITAT a fait commandement à Mme [B] [W] épouse [Q] d’avoir à payer la somme en principal de 478,28 euros et visant la clause résolutoire du bail.
Par acte délivré par commissaire de justice le 28 novembre 2025, dénoncé à la Préfecture de l’Ain par voie électronique le 01er décembre 2025, GRAND BOURG HABITAT a fait assigner Mme [B] [W] épouse [Q] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOURG-EN-BRESSE aux fins d’obtenir sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— la constatation de la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire,
— l’expulsion sans délai de Mme [B] [W] épouse [Q], et de tout occupant, si besoin avec le concours de la force publique,
— la condamnation de la locataire au paiement :
— de la somme de 736,19 euros au titre des loyers échus à fin septembre 2025, outre ceux restant dus jusqu’au jour de l’audience selon décompte actualisé au cours des débats,
— d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer mensuel indexé augmenté des charges, jusqu’à libération effective des lieux,
— d’une indemnité de 300 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,
— des entiers dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer.
A l’audience du 12 février 2026, [Localité 1] HABITAT, représenté par son conseil, a réitéré l’ensemble de ses demandes, portant sa demande en paiement des impayés de loyers, indemnités d’occupation et charges à la somme de 915,23 euros arrêtée au 31 décembre 2025. Il a précisé qu’aucun règlement n’avait été effectué depuis le mois d’avril 2025 alors que le montant du loyer résiduel s’élève à la seule somme de 59 euros.
Assignée à personne, Mme [B] [W] épouse [Q] n’a pas comparu.Elle a toutefois écrit un courriel au tribunal, reçu le 12 février 2026 après la tenue de l’audience, pour exposer sa situation personnelle et indiquer avoir reçu un rappel de paiement de la CAF et souhaiter reprendre le paiement du loyer courant.
Le diagnostic social et financier a été communiqué par la Préfecture avant la clôture des débats et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 23 avril 2026.
MOTIVATION DE LA DÉCISION
Sur l’absence de la défenderesse
En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée.
Mme [B] [W] épouse [Q] ayant été régulièrement assignée, il y a lieu de statuer sur le fond.
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée au Préfet, représentant de l’Etat. Un accusé de réception électronique a été transmis au bailleur le 01 décembre 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions nouvelles de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, [Localité 1] HABITAT justifie avoir saisi le 31 juillet 2024 la caisse d’allocations familiales et le 08 août 2025 la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur les demandes en constatation de la résiliation du bail et d’expulsion
L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 rappelle que le paiement du loyer et des charges récupérables aux termes convenus constitue une obligation essentielle du locataire.
En vertu de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Il précise également les mentions obligatoires qui doivent figurer dans le commandement, à peine de nullité.
En l’espèce, le contrat de bail conclu entre les parties contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges après un délai expressément fixé à six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Par acte délivré par commissaire de justice le 21 août 2025, [Localité 1] HABITAT a fait commandement à Mme [B] [W] épouse [Q] d’avoir à payer la somme en principal de 478,28 euros. Ce commandement, délivré en personne, reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail et respecte les dispositions légales susvisées.
Ce commandement précisait que faute pour la locataire de régler les sommes dues dans le délai contractuellement fixé à deux mois, le bailleur entendait se prévaloir de la clause résolutoire contractuelle.
Dès lors, Mme [B] [W] épouse [Q] a pu légitimement croire qu’elle disposait d’un délai de deux mois et non de six semaines. Il convient de faire prévaloir ce délai de deux mois sur le délai contractuel, plus favorable à la partie légalement protégée.
La situation n’a pas été régularisée dans le délai de deux mois suivant la signification du commandement de payer. Par ailleurs, le juge n’a pas été saisi par la locataire aux fins d’obtenir des délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire.
Il y a donc lieu de constater la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire y étant insérée, acquise au 22 octobre 2025 et d’ordonner la libération des lieux, et le cas échéant l’expulsion des occupants.
Aucune circonstance ne justifie la demande d’expulsion « sans délai » et la suppression du délai de deux mois à compter du commandement de quitter les lieux prévu par l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution. Cette demande sera donc rejetée.
Sur la demande en paiement au titre des indemnités d’occupation
En application de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
Mme [B] [W] épouse [Q] occupe les lieux sans droit ni titre depuis le 22 octobre 2025. Il convient de réparer ce dommage et de la condamner à payer à [Localité 3] une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel, augmenté des charges, qui aurait été du en cas de non résiliation du bail.
Sur la demande en paiement des loyers, charges et indemnités d’occupation
En application de l’article 7 (a) de la loi du 06 juillet 1989, le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.
En l’espèce, le bailleur fait la preuve de l’obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le 23 avril 2024 et un dernier décompte faisant état à la date du 09 février 2026 d’une dette de 915,23 euros.
Il n’est rapporté la preuve d’aucune autre paiement effectué par Mme [Q].
Il y a donc lieu de condamner Mme [B] [W] épouse [Q] à payer à [Localité 1] HABITAT la somme de 915,23 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 09 février 2026, échéance du mois de décembre 2025 incluse.
Sur les délais de paiement
Il résulte de l’article 24 de la loi du 06 juillet 1989, dans sa version entrée en vigueur le 29 juillet 2023 et d’application immédiate, que :
V. – Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. (…)
VII. – Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Mme [B] [W] épouse [Q] n’a pas comparu à l’audience, et n’a pas sollicité le bénéfice de délais de paiement avant l’audience.
En outre, si dans son courriel reçu après l’audience Mme [B] [W] épouse [Q] a déclaré reprendre le paiement du loyer courant, il n’est pas établi qu’elle avait repris le paiement intégral du loyer courant avant la date de l’audience comme l’exige la loi. Le décompte du bailleur ne mentionne aucun versement depuis le mois d’avril 2025.
Ainsi, en dépit d’une situation familiale et sociale complexe décrite dans le diagnostic, la loi ne permet pas dans ces conditions d’octroyer des délais de paiement qui suspendraient les effets de la clause résolutoire.
Sur les demandes accessoires
La présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément aux articles 489 et 514 du code de procédure civile, dans leur version en vigueur à la date d’introduction de l’instance.
Mme [B] [W] épouse [Q], qui succombe à l’instance, devra supporter les dépens, qui comprendront notamment les frais de commandement de payer du 21 août 2025.
Il n’apparaît par ailleurs pas inéquitable, au vu de la situation familiale et sociale de Mme [Q] décrite dans le diagnostic social et financier, de laisser à la charge de [Localité 1] HABITAT l’intégralité des sommes avancées par lui et non comprises dans les dépens pour assurer la défense de ses droits et intérêts en justice, la locataire devant concentrer ses efforts financiers sur le remboursement de la dette locative. Sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile sera donc rejetée.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire insérée au contrat de bail du 23 avril 2024 conclu entre [Localité 1] HABITAT d’une part et Mme [B] [W] épouse [Q] d’autre part, et portant sur un immeuble à usage d’habitation situé au 2ème étage, [Adresse 3] à [Localité 2] (01) sont réunies au 22 octobre 2025,
Ordonne la libération des lieux,
Dit qu’à défaut par Mme [B] [W] épouse [Q] d’avoir libéré les lieux DEUX MOIS après la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l’assistance de la force publique, si besoin est, et au transport des meubles laissés dans les lieux aux frais de l’expulsé dans tel garde-meuble désigné par ce dernier ou à défaut par le bailleur,
Condamne Mme [B] [W] épouse [Q] à payer à [Localité 3] une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel révisé, augmenté des charges, qui aurait été payé en cas de non résiliation du bail et ce jusqu’à la libération effective des lieux (caractérisée par la remise des clés ou l’expulsion),
Condamne Mme [B] [W] épouse [Q] à payer à [Localité 1] HABITAT la somme de 915,23 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 09 février 2026, échéance du mois de décembre 2025 incluse,
Dit n’y avoir lieu à des délais de paiement,
Rappelle qu’en cas de mise en place d’une procédure de surendettement, la créance sera remboursée selon les termes et conditions fixées dans ladite procédure,
Dit n’y avoir lieu à application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
Condamne Mme [B] [W] épouse [Q] aux entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment les frais du commandement de payer du 21 août 2025,
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à la Préfecture de l’Ain en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution,
Rappelle que l’exécution provisoire de la décision est de droit,
Rejette toute demande plus ample ou contraire.
AINSI JUGE ET PRONONCE, LES JOUR, MOIS et AN SUSDITS,
LE GREFFIER, LE JUGE,
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